FeniXX réédition numérique (Jean Guénot)
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À chaque fois, au moment de s'embarquer, on se demande. En tous cas je suis sûr qu'ici, tout est réel, intégralement. Donc, ma chienne Belle m'observe. Petite femelle, je la sens jalouse de Gilberte, ma dame de coeur au bel abricot. Je ne peux fréquenter sans que Belle pose sa truffe dans les conversations et jusqu'entre mes draps. Tueuse, elle course les merles à la saison des nids. Trois coups de gueule : un pour saisir ; un autre pour affirmer, sentir la mort lui glisser entre les crocs ; et le dernier, lent, pour tuer. Je l'encourage, je la flatte ; tandis qu'elle tue, elle me laisse à mes amours. Puis, les circonstances telluriques se dégradent, ma Belle s'enfuit, je la cherche. À l'instant où je crois la trouver, un lion saute sur moi. Bien sûr, je m'aperçois qu'il faut s'appeler Androclès pour vivre une histoire pareille. C'est un livre d'enfant écrit pour les adultes, avec des rebondissements dans les territoires des lions et un dénouement en famille.
Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.
« J'ai devant la tête des yeux insuffisants. Le mardi 4 novembre 1980, à huit heures moins le quart du soir, je me suis cousu la main. Il faisait froid, je brochais. J'étais en retard... » Ainsi débute "La main cousue", premier des dix-sept récits de ce recueil. Le journalisme, l'édition (Soir d'été, Kré Bobo, André Napoléon Bidoche, Naturel assez tendre), la voiture, le travail ou la maison (L'enculé, Jurys, La maison de carton, Douaumont chocolat), les souvenirs retapissés (Edouardo, Le talon d'Achille), la famille, la guerre et les assassinats (Très peur en juin, Garde tes lunettes Mado, Les cordons du poêle, Quatre pas, Poire, Fleurs ni couronnes) fournissent matière à de l'écrit intime, pour soi-même et qu'on cache, mais brut et de première pression. Cette commodité relève d'impudeurs parfois vives les joies grises du journal intermittent, figuratif, avec des impatiences d'instantané à l'aquarelle. Personnes et lieux sont déguisés, ainsi tout reste lisible au plus grand nombre, sans offenser.
Isidore arrive en un pays où les femmes sont le sexe fort. Camionneuses, fliques, chèffes de service, chirurgiennes, souteneuses, boxeuses, footballeuses ou présidentes de la république, elles prennent instinctivement les hommes de haut. Gardiennes de la vertu, elles trouvent dévergondées les rencontres amoureuses dont elles n'ont pas l'initiative. À travail égal, il est normal qu'on les paie plus. Elles donnent naturellement des ordres aux hommes quand elles sont en leur compagnie. Chaque chronique est indépendante du reste, mais conserve la forme d'un divertissement moral.
Dans toute vie construite vers la réussite, on ne rencontre que des gens au-dessus. À quoi bon aller vers ceux du dessous ? Pour quel profit ? Ces endroits à n'atteindre jamais, je suis allé les voir. J'ai regardé, écouté des gens comme on en trouve dans les squares, des gens de rien. Même plus des individus, des amoindris. J'ambitionnais des réussites de prose courte, des effets plats, des maigreurs d'oiseau. Marcher sur le silence. Et plus j'écrivais ces croquis, plus je rendais le réel invraisemblable. Je proposais à des journaux, on me publiait. Puis, à force de croquer les gens, on les mange. J'entrais tellement dans mon miroir, je devenais mon héros. Jean de rien. C'est le destin du reporter. Je finis dans un recueil, un joli cercueil de nouvelles nées en périodiques, c'est habituel pour les textes de ce genre.