École française d´Athènes
Delphes, VIe-Ier siècle av. J.-C. : découvrez comment une petite cité grecque, souvent éclipsée par son célèbre sanctuaire, a façonné son identité politique et sociale à l’ombre d’Apollon.
This volume explores the multiple perceptions of Hellenic antiquity in modern Greece, a central yet contested aspect of modern Greek national identity ever since the foundation of the Greek state in 1830. How did the various disciplines of modern Greek classical scholarship cultivate conceptions of Hellenic antiquity that suited the national narrative of the continuity of Greek history? In what ways did modern Greeks engage with and adapt Western European ideas about ancient Greece? How were the dominant views of Hellenic antiquity reinforced or challenged by alternative perspectives appearing within scholarship, but also in the arts and the public sphere? And how was Hellenic antiquity turned into a commodity that could be consumed and exploited in the tourism industry as well as in Greece's relations with other countries? By bringing together specialists from a wide spectrum of disciplines to address such questions, the volume aims to shed light on the diversity of modern Greek perceptions of ancient Greece and their usages from the 19th to the 21st century.
Libérée de la tutelle athénienne en 314 avant notre ère, dans les remaniements géopolitiques qui marquent les débuts de la période hellénistique dans le monde égéen, Délos construit peu à peu son indépendance politique et économique. La communauté des Déliens redéfinit au cours des e et e siècles la place centrale que l'île n'a cessé d'occuper dans les circulations économiques, financières et culturelles de la Méditerranée. Cette étude s'appuie principalement sur les sources épigraphiques comptables, plus de cinq cents comptes et inventaires gravés qui furent exposés dans le sanctuaire d'Apollon, mais aussi sur les sources numismatiques et les vestiges archéologiques du front de mer, pour réenvisager la question de la place de Délos dans l'économie hellénistique. Loin d'être une exception à écarter des séries, la documentation délienne est le révélateur de situations économiques égéennes et témoigne des capacités des communautés grecques à s'adapter au changement dans des époques troublées. Derrière les chiffres gravés sur la pierre apparaissent des communautés humaines et des sociétés dont les activités économiques éclairent d'un jour nouveau l'histoire de cette partie de la Méditerranée.
Argos was one of the most important cities in ancient Greece-if we follow Isocrates and Strabo. However, it has generally been studied as a secondary participant compared to its more important neighbours like Athens and Sparta. This work places Argos centre-stage and attempts to see the Greek world through Argive eyes. In this volume, top specialists of Argos analyse an array of evidence (including archaeological, epigraphic, and literary, among others) using new methodologies and recent research to grant Argos its full weight. Studies traverse the local, regional, and Mediterranean scales, from the Archaic to the Imperial period, and emphasize Argos' interactions with different actors, from the small komai (villages) of its territory to the greatest powers of the Mediterranean, such as the Macedonians and Romans, to ensure its hegemony over the northeast Peloponnese.
Athènes, 1910-1950 : derrière les grands noms masculins de l’archéologie, des femmes ont dessiné, classé, sauvé des trésors antiques. Pencil and Dust révèle leurs combats, leurs découvertes et leur héritage trop souvent effacé.
Dans la revue comme dans les éditions Cahiers d'art, Christian Zervos a pris le parti de faire dialoguer des oeuvres de domaines différents et de diverses époques historiques. Il envisageait l'art moderne en partant toujours de ses rapports à des formes universelles, provenant des arts dits « premiers » ou « archaïques » et des instincts « primordiaux » de l'humanité. Il jetait ainsi un nouveau regard sur les objets anciens dans le cadre d'une double démarche qui les réactualisait, tout en réinscrivant l'art moderne dans une perspective historique. La contribution de Zervos fut particulièrement importante pour la réhabilitation de l'art de la Grèce antique - notamment de l'art préclassique - ainsi que pour la redéfinition des civilisations anciennes et des formes d'art archaïques dans le cadre du modernisme. Dans ce volume, il est question de sa vision globale de la culture méditerranéenne, qui se forma « au miroir de la Grèce », à travers un double lien : au départ l'ancrage de sa démarche « moderniste » dans les principes des arts premiers du bassin méditerranéen, puis le retour au pays, dans les années 1950, pour renouer avec les « origines » de la culture méridionale poursuivant ainsi son projet de retracer les sources primitives du Sud européen (en Sardaigne, dans les Cyclades, en Crète). Ces textes retracent le développement de son goût pour ces périodes sans témoignages écrits et la poursuite de son projet de constituer un récit photographique des cultures du « Sud préhistorique ».
À 150 ans d'écart, Charles Du Cange (1610-1688) et Jean-Alexandre Buchon (1791-1846) dessinent les contours épistémologiques du domaine d'études que représente l'expansion franque et latine en Grèce médiévale. À leurs yeux, la période mérite d'être détachée des évolutions propres à l'Orient latin en observant la dynamique des rapports de force dans les Balkans et en Adriatique. Ils construisent un récit fondé sur une histoire politique et militaire, centrée sur une conception aristocratique de l'histoire, qui justifie d'amples enquêtes généalogiques. Évoluant en des contextes intellectuels distincts, ils jettent les bases des futures recherches sur le domaine : si Du Cange fonde son érudition sur l'examen des sources manuscrites disponibles en France, Buchon élargit les investigations aux dépôts d'archives italiens. Pour apprécier leurs apports respectifs, ce volume rassemble dix-neuf études issues des colloques organisés à l'Université de Rouen-Normandie, le 28 octobre 2022, et à l'École française d'Athènes, les 26-27 octobre 2023.
Au cours de la période de l'Indépendance, les hiéropes - magistrats de Délos chargés de gérer les biens sacrés - devaient chaque année rédiger un inventaire des offrandes consacrées à Apollon et à d'autres divinités. Ils les faisaient ensuite graver sur des stèles que les fouilleurs de l'École française d'Athènes ont exhumées bien des siècles plus tard. Publiés par Félix Durrbach, ces textes sont riches en données très diverses. Dans une thèse soutenue en 1959, Jacques Tréheux a traité de tout ce qui concernait les collections de vases, ce qui l'a conduit à analyser de manière critique les inscriptions publiées en IG XI 2 puis dans la collection des ID. Son étude porte principalement sur les inventaires de l'Hiéropoion et de la Chalcothèque. J. Tréheux aurait souhaité étendre cette étude à l'ensemble des inventaires ; mais son travail est demeuré inachevé. Du moins les sept chapitres rassemblés ici en apprennent-ils beaucoup à la fois sur la gestion des offrandes, sur la rédaction des premiers inventaires et sur un certain nombre de termes employés par les hiéropes - dont il a su préciser le sens. Des addenda et corrigenda dus à Pierre Charneux ainsi que des indices détaillés en facilitent la lecture et la consultation.
Freed from Athenian tutelage in 314 BC, at a time of geopolitical changes that marked the beginnings of the Hellenistic period in the Aegean world, Delos gradually consolidated its political and economic independence. During the third and second centuries, the Delian community redefined the central place that the island had continually occupied in the economic, financial and cultural flows of the Mediterranean. This study, mainly based on epigraphic accounting sources, including more than five hundred accounts and engraved inventories that were displayed in the sanctuary of Apollo, but also on numismatic sources and archaeological remains on the seafront, re-considers the question of Delos' place in the Hellenistic economy. Far from being an exception to be excluded from serialized comparisons, the Delian evidence is indicative of Aegean economic circumstances and demonstrates the capacities of the Greek communities to adapt to change in troubled times. Behind the numbers cut in stone appear human communities and societies whose economic activities shed fresh light on the history of this part of the Mediterranean.
La guerre antique est bien plus qu'une affaire cantonnée au domaine militaire : c'est un fait total, à la fois politique, social, culturel, qui structure durablement les sociétés qui la font ou qui cherchent à s'en prémunir. Le livre de Thierry Lucas entend traiter de front cette question majeure à travers le cas de la Béotie aux époques classique et hellénistique, sur le temps long, au cours de cinq chapitres thématiques. L'enquête prend appui sur les récits de bataille de l'époque classique, qui donnent un aperçu du fonctionnement de l'armée béotienne au moment de la guerre du Péloponnèse et de la période d'hégémonie thébaine, et sur la riche documentation épigraphique de l'époque hellénistique. Ces données, croisées avec les apports de l'archéologie, de l'iconographie ou de la numismatique, permettent de dresser le tableau d'un système militaire qui imprégnait l'ensemble de la société béotienne, qu'il s'agisse des institutions politiques, de la religion ou encore de la culture. Même pour l'époque hellénistique, malgré le rôle en retrait de la Confédération sur la scène internationale, les sources épigraphiques nous montrent un koinon doté d'organes militaires bien rodés et pleinement fonctionnels, constamment adaptés aux évolutions des pratiques guerrières qui reflètent une culture militaire très développée. Cet ouvrage propose en somme, pour la première fois, une synthèse complète, inscrite dans le temps long, sur un système militaire fédéral antique. Il serait trompeur d'y voir simplement un volume de plus d'études béotiennes : bien plus qu'une analyse strictement régionale, ce travail constitue un véritable paradigme pour l'histoire militaire du monde grec.
En cette année de commémoration du bicentenaire de la révolution d'Indépendance grecque, cette étude de Pascal M. Kitromilidès consacrée à la réception et à l'influence de la Révolution française sur les nationalismes balkaniques se devait d'être mise à l'honneur. Ce travail, dans l'édition grecque de 1990, a accompagné les bouleversements récents de l'histoire européenne, depuis les commémorations de la Révolution française en 1989 jusqu'aux évolutions des années suivantes en Europe de l'Est et du Sud-Est. Son édition révisée, proposée ici en français, invite encore à relire ce passé récent en interrogeant les croisements entre idées révolutionnaires et construction des nationalismes, tant l'analyse de l'historien est aussi le reflet des interrogations de son époque. Réinterroger ainsi la question des Lumières, c'est porter un regard différent, éclairé par d'autres contextes, décentrer le point de vue en prenant les Balkans pour point de départ. Il en ressort une image renouvelée de la réception des idées révolutionnaires françaises en Europe et des critiques dont elle fait l'objet dans la pensée libérale, mais aussi une vision approfondie de la place singulière de l'hellénisme dans ce nouveau paysage qui émerge entre la fin du XVIIIe et le milieu du XIXe siècle. Les idées, éminemment révolutionnaires, de nation et de libération nationale trouvent ainsi dans les Balkans et en Europe du Sud-Est un écho bien particulier.
Les années 1945-1975 représentent un sommet dans les échanges culturels franco-grecs, en dépit - ou peut-être justement à cause - des crises successives que connaît la Grèce durant cette période, depuis la guerre civile (1944-1949) jusqu'à la dictature militaire (1967-1974). Le Paris de l'après-guerre exerce encore un attrait incontesté sur les élites intellectuelles et artistiques grecques, qui y trouvent à la fois un refuge contre l'arbitraire qui règne dans leur pays et une ouverture sur la modernité. La Grèce est à Paris : des architectes grecs y font carrière, souvent en passant par l'atelier de Le Corbusier, une nouvelle génération d'artistes y expose, tandis que la traduction de la littérature grecque en français connaît un essor sans précédent. Mais le voyage se fait dans les deux sens, et la France est aussi en Grèce, à travers l'influence exercée par les idées, aussi bien dans le domaine artistique que dans celui des lettres et de la philosophie. Parmi les nombreux acteurs de ce double voyage, d'une rive à l'autre de la Méditerranée, le lecteur rencontrera les noms de Candilis, Dubuisson, Xenakis, Restany, Kessanlis, Aragon, Ritsos, Éluard, Kazantzakis, Sartre, Vassilikos, Milliex et bien d'autres.
Les Poisons sociaux analysent pourquoi et comment, à la fin du XIXe et au début du XXe s., la consommation de substances toxiques s'est érigée en une question sociale qui a provoqué les plus vives inquiétudes auprès des contemporains. Tirant parti d'une grande variété de sources (textes législatifs, archives policières, documents diplomatiques, ouvrages criminologiques, médicaux et psychiatriques, articles de presse, écrits littéraires et autres créations artistiques, comme les chansons populaires appelées rébétika), cette étude apporte un éclairage nouveau sur un processus historique complexe : l'avènement de la « toxicomanie », où se rencontrent usages médicaux et récréatifs de substances psychoactives, politiques de prohibition de la production, du commerce et de la consommation des stupéfiants, ainsi que peurs plus larges et historiquement définies de la société grecque dans une période de transition. C'est le moment où la superficie et la population du pays doublent, où la question de la modernisation se pose avec insistance et où des évolutions telles l'arrivée en masse de nouvelles populations, la renégociation du rôle des femmes ou l'apparition de nouveaux courants idéologiques ébranlent l'ordre établi et les points de référence traditionnels. En examinant tous ces aspects de manière synthétique, le livre met en lumière la forme et l'ampleur de l'usage de drogues en Grèce, qu'il insère d'une part dans le cadre législatif, social et culturel de l'époque et d'autre part dans le contexte plus large de l'histoire des stupéfiants en Méditerranée orientale, en Europe et dans le monde. De la sorte, les Poisons sociaux constituent aussi bien une approche originale et insolite de l'histoire de la Grèce au début du XXe s., qu'une mise en perspective historique des interrogations actuelles et du débat public sur les politiques en matière de drogues.
Cette monographie constitue le dernier volet de publication scientifique du programme « Des espaces et des rites. Pour une archéologie du culte dans les sanctuaires du monde méditerranéen », commun aux Écoles françaises d'Athènes et de Rome (2012-2016), et rassemble dix essais. Face à la richesse sémantique des genres littéraires et des processus de narration, l'archéologie offre une grande variété d'informations matérielles qui font sens et qui regardent au moins trois domaines, l'architecture et l'organisation des espaces, les objets et les programmes iconographiques ainsi que les pratiques, rituelles ou non, déployées dans les complexes sacrés. C'est la place du religieux dans la vie des cités qui est en jeu ici : on côtoyait les dieux partout, « dans des espaces vécus comme peu humanisés », dans les murs et hors les murs, dans les espaces urbains, dans la sphère privée, mais aussi et surtout dans la nature, « into the wild ». Toute la perception du divin est analysée ici, dans toutes ses formes, par des chercheurs spécialistes des sanctuaires antiques.
En publiant en français cet ouvrage, dont une première version a d'abord paru en grec sous les auspices de l'Académie d'Athènes, l'École française d'Athènes fait connaître les recherches d'une grande spécialiste du Péloponnèse franc et byzantin, Aspasia Louvi-Kizi, dont le travail révèle toute la complexité des formes architecturales, des emprunts et des modèles repérables dans les monuments de la ville byzantine et médiévale de Mistra. Parmi les créations architecturales du couple de despotes, Manuel Cantacuzène (1349-1380) et son épouse Isabelle de Lusignan, qui a façonné Mistra en un centre de pouvoir, Aspasia Louvi-Kizi analyse deux de ses monuments emblématiques, les monastères de la Péribleptos et de la Pantanassa, proposant une nouvelle histoire de leur construction. Des éléments de l'art franc, c'est-à-dire occidental ou gothique, étrangers à la tradition byzantine locale, ont été incorporés dans leur architecture. Distincts de la production franco-byzantine de la principauté voisine d'Achaïe, ces éléments gothiques de Mistra ont plutôt à voir avec l'art occidental de Chypre ; la contribution d'Isabelle à leur introduction dans le Péloponnèse est alors déterminante. Ces éléments occidentaux, qui ornent les clochers et les tours sur les façades, sont combinés avec les éléments byzantins et constituent une véritable expression de la politique pro-occidentale du couple de despotes, en symbiose avec la politique impériale de Constantinople à l'époque. Dans le monde fragmenté et multipolaire de la Méditerranée orientale à la veille de la conquête ottomane, ce livre met ainsi en lumière le rôle de Mistra en tant que centre régional de pouvoir et contribue à sa réinterprétation. En poursuivant ce dialogue international sur un site de renom, l'École française d'Athènes dit aussi son attachement aux regards croisés qui font émerger la complexité des échanges à l'oeuvre dans cette histoire d'un monde grec en transition.
Au début du XXe siècle, les politiques de santé évoluent au gré des bouleversements des sociétés civiles confrontées au choc des armées européennes. En Grèce, les Guerres Balkaniques, la Première Guerre mondiale puis l'expédition d'Asie Mineure imposent dix années de conflit (1912-1922) durant lesquelles les mouvements de troupes et de réfugiés comme la détresse des populations forment le terreau d'épidémies dévastatrices. À cette situation de crise sanitaire, sociale et démographique, répondent pour la première fois des politiques volontaristes de prise en charge médicale et de contrôle social, dans le sillage des théories hygiénistes de la fin du XIXe siècle. Si leurs réalisations restent limitées durant la période, elles posent les bases administratives, organisationnelles et idéologiques du système de soins moderne. Cet ouvrage propose une étude de ce processus à travers l'influence de la mission militaire française puis de l'Armée française d'Orient, mettant en lumière les interactions complexes des acteurs grecs et étrangers impliqués dans cette « guerre totale ».
Les compétitions artistiques et sportives de type grec (agônes) connaissent leur apogée quantitatif et géographique sous le Haut-Empire. Musiciens, coureurs, boxeurs sillonnent le monde méditerranéen, de Rome à Antioche et de la Gaule à l'Afrique, pour tenter de remporter des concours aux récompenses toujours plus spectaculaires. Quand un monument est érigé en l'honneur d'un multiple vainqueur dans les grands agônes, on y grave parfois la liste de ses succès comme preuve de son excellence. Les palmarès de champion n'ont jamais été aussi souvent immortalisés dans la pierre que durant la période qui va de la mort de César jusqu'au milieu du IIIe s., quand on a quasiment cessé de graver ces textes. Le présent ouvrage étudie ce genre épigraphique particulier à travers un corpus de quelque 270 documents. Les palmarès ont leur propre histoire, faite de modifications subtiles ou de ruptures étonnantes ; ils sont aussi la mémoire parfois extraordinairement détaillée et vivante de la vie des champions et de leurs exploits.
Depuis son indépendance, la Grèce a entretenu avec la France une relation privilégiée, sans égale avec les autres pays européens. Au cours du xxe siècle, de profondes crises ont pu la distendre mais n'ont jamais effacé les affinités existant entre ces deux nations. Leur résistance à travers le temps invite à interroger la teneur de tels rapports, leur continuité, leur régénération, et à scruter les transferts qui se sont opérés à toute époque entre les deux pays. À Athènes comme à Paris, d'importantes archives, parfois méconnues, forment la matière première de cette enquête unissant archivistes et historiens dans un commun effort pour dépasser les poncifs d'un philhellénisme ou d'une francophilie à tout crin.
La Réforme orthodoxe est la première analyse sociohistorique complète du processus centenaire de rénovation conservatrice de l'Église orthodoxe grecque, un processus qui a vu le passage à une religion « moderne », l'innovation religieuse et l'activisme social rimer avec l'affirmation de l'intolérance sur les plans religieux et politique. S'appuyant sur des recherches approfondies dans les archives publiques et religieuses de Grèce, de France et du Vatican, ainsi que sur un éventail impressionnant de pamphlets et de périodiques publiés tout autour de la Méditerranée orientale, l'ouvrage brosse un tableau sans précédent de ce que l'on peut appeler la composante grecque-orthodoxe de la confessionnalisation ottomane tardive. Remettant en question les récits d'un lien ininterrompu entre une Église orthodoxe immuable ancrée dans la tradition et un État national grec pratiquant l'intolérance religieuse depuis sa fondation, ce livre soutient que la configuration politico-religieuse actuelle de la Grèce est le produit des transformations majeures survenues pendant l'entre-deux-guerres, lorsque le zèle des activistes orthodoxes de Grèce et de l'Empire ottoman a profité de la crise sociale et nationale dramatique qui a suivi la Katastrophi de 1922 pour finalement donner l'impulsion à ce que l'on peut appeler à juste titre la version orthodoxe de la réforme et inaugurer une modernité grecque-orthodoxe.
La civilisation byzantine a marqué durablement de son empreinte les hommes et les sociétés du Sud-Est de l'Europe. Après la chute de Constantinople en 1453, cette civilisation fut dissociée de l'État qui lui avait servi de cadre pendant plus d'un millénaire, l'Empire byzantin. Contraints par un nouveau pouvoir substitué à l'ancien, celui de l'Empire ottoman, les héritages de Byzance n'en disparurent pas pour autant. Ils cheminèrent dans les mémoires et les coutumes, dans l'histoire et la foi, dans des institutions formelles ou informelles. Et quand les peuples anciennement soumis à l'Empire byzantin ou sujets à son influence s'affirmèrent comme nations, quand ils entreprirent d'écrire leur passé et de se projeter dans un avenir européen - à partir des Lumières et plus encore aux XIXeet XXe siècles -, Byzance fut naturellement repensée, réévaluée, réinventée. L'ambition de ce volume collectif est d'étudier, de façon comparée et grâce à des études de chercheurs de tous pays, l'histoire de la mémoire de Byzance dans les sociétés sud-est européennes. Une conclusion s'en dégage : plus qu'une nostalgie et mieux qu'une curiosité, Byzance apparaît comme l'un des fondements de notre Europe contemporaine.
Avec les Juifs et les Arméniens, les Grecs constituent l'une des trois diasporas dites « classiques » de la période moderne : implantés sur l'ensemble du pourtour méditerranéen voire au-delà, ils investissent en particulier la plupart des grandes villes portuaires d'Europe méridionale, où ils s'adonnent au grand négoce et à la navigation comme au petit commerce et à l'artisanat. Comment cette présence s'organise-t-elle au quotidien ? Comment investit-elle l'espace urbain, quels sont ses modes d'inscription sociale et quelles identités (sociales, ethniques et confessionnelles) sécrète-t-elle ? Cette vaste enquête est ici envisagée dans une dimension comparatiste, à partir de trois terrains - Venise, Livourne et Marseille - à la fois distincts et étroitement connectés, au cours du demi-siècle précédant la guerre d'indépendance grecque (1821-1830) et la naissance de l'État néohellénique. À rebours des lectures traditionnellement homogénéisantes et inclusives des groupes étrangers dans la ville moderne, cet ouvrage s'attache à mettre en évidence le caractère complexe et souvent conflictuel des différentes stratégies d'affirmation et de négociation du fait communautaire grec en diaspora. Véritable laboratoire de définitions concurrentes de la « grécité », l'expérience communautaire grecque au tournant des XVIIIeet XIXesiècles constitue ainsi le creuset d'un complexe processus de formation identitaire à l'aube de l'ère des nationalismes.
L'enquête menée sur la perception des conversions à l'islam dans la littérature historique des XIXe et XXe siècles a abouti à la publication d'une bibliographie raisonnée, parue dans la collection Mondes méditerranéens et balkaniques de l'École française d'Athènes, en 2011 (MMB 3). Poursuivant la réflexion engagée sur les époques seldjoukide et ottomane, en Asie Mineure et dans les Balkans, onze historiens et spécialistes de sciences humaines, réunis lors d'un colloque en 2012, considèrent la conversion à l'islam sous divers angles, à des époques distinctes. Les études réunies reviennent sur les contextes micrasiatiques ou balkaniques et examinent d'autres situations culturelles et temporelles : les débuts de l'islam, la Syrie des XVIIe-XIXe siècles, la péninsule indienne, l'archipel insulindien, sans oublier les modalités spécifiques aux groupes juifs (marranes, morisques, dnme-s).
À travers son oeuvre littéraire, historique et politique, Safvet-beg Basagi´c (1870-1934) a formulé les grandes problématiques du nationalisme bosno-musulman, alors que sa communauté reculait devant les exigences de modernisation qu'imposait la présence austro-hongroise depuis le Congrès de Berlin de 1878. Inspiré par les mouvements nationaux ottoman, croate et serbe du XIXe siècle, il a voulu établir une identité distincte de celles que fondaient ces mouvements en affirmant la spécificité religieuse et culturelle de ses coreligionnaires et compatriotes. Ces engagements étaient étroitement liés à la question agraire en Bosnie-Herzégovine : Basagi´c a oeuvré en conservateur, soulignant que la propriété de la terre était un droit historique du beylicat local, auquel il appartenait. De son vivant, il n'a pas joui de l'audience qu'il aurait espérée ; mais l'essentiel de ses thèses, malgré leur peu de sérieux scientifique, a fait florès aujourd'hui.
Voisinages fragiles est le premier résultat d'un effort collectif, toujours en cours, ambitionnant de participer à l'écriture d'une histoire connectée de la Méditerranée orientale aux XIXe et XXe siècles. Cet ouvrage rompt avec les carcans géo-disciplinaires arbitraires qui obligent souvent spécialistes de l'Empire ottoman, du Moyen-Orient et des Balkans à travailler de façon séparée. Il remet également en question la perception de cet espace en termes de cadres identitaires, religieux ou politiques essentialistes et monolithes, en soulignant la valeur heuristique de l'étude des interactions dans toute leur complexité. Notre approche analytique multiscalaire (locale, régionale, nationale, impériale, globale) nous amène à esquisser un premier tableau de la variété des contacts, de la multitude des stratégies des individus comme des institutions, du rapport complexe entre religions, identités et politique.
Cet ouvrage propose la première synthèse en français sur l'histoire de la confédération béotienne à l'époque hellénistique, de la destruction de Thèbes par Alexandre le Grand (335 av. J.-C.) à la bataille de Pydna et ses conséquences immédiates en Béotie (168-167 av. J.-C.). La confédération béotienne, l'une des plus anciennes du monde grec, a joué un rôle important dans l'histoire de la Grèce pendant la période hellénistique. L'analyse des sources, notamment épigraphiques, éclaire d'un jour nouveau des pans entiers de l'histoire politique, institutionnelle, économique et sociale de ce système politique singulier. L'originalité et la pertinence de l'enquête tiennent aussi à l'apport décisif de nouvelles inscriptions, qui font pour la première fois l'objet d'une édition scientifique et d'un commentaire approfondi. Par sa rigueur et son ampleur de vue, l'ouvrage espère nourrir la réflexion sur la Béotie, mais aussi plus largement sur le fédéralisme antique, expérience politique originale qui demeure une source d'inspiration importante en Europe. Il s'intègre également dans la série des études régionales qui sont une voie majeure de progrès dans la connaissance de l'histoire grecque. Yannis Kalliontzis, ancien membre de l'École française d'Athènes, est historien et épigraphiste. Formé en Grèce, en Suisse et en France, il a étudié l'épigraphie et l'histoire de plusieurs régions de la Grèce. Il travaille actuellement à une nouvelle édition du corpus des inscriptions de la Béotie à paraître dans la série des Inscriptiones Graecae de l'Académie de Berlin.
Les inscriptions chypriotes témoignent de façon privilégiée des évolutions de la dynastie lagide au cours des trois siècles de son existence, et de sa présence à Chypre. Elles expriment aussi les changements et les permanences d'une société en cours de redéfinition. Les résultats de cette enquête s'articulent autour de trois orientations majeures : la politique et l'administration, les pratiques religieuses et culturelles, l'idéologie royale et les interactions entre la société chypriote et les Ptolémées. L'ouvrage explore en détail les conditions d'implantation de l'administration lagide dans les cadres politiques, sociaux et religieux locaux, marqués de façon traditionnelle par la coexistence de rois et de cités. Il s'attache à montrer, à la suite des travaux récents consacrés à la vie politique et institutionnelle des cités grecques à l'époque hellénistique, que les modalités de la négociation entamée par les cités chypriotes avec le pouvoir lagide relèvent d'une interprétation originale de la relation entre les poleis et les souverains. Anaïs Michel est spécialiste d'épigraphie grecque, docteure en archéologie et membre de l'École française d'Athènes. Ses recherches portent sur la relation entre les Ptolémées et la société chypriote, le culte royal lagide et les modalités de l'administration lagide hors d'Égypte. Elle est l'auteure de plusieurs articles sur l'histoire hellénistique de Chypre et collabore au Bulletin épigraphique de la Revue des études grecques. Elle mène également des recherches sur les inscriptions de l'île de Délos où elle est en charge de l'étude des décrets de l'époque hellénistique.
Navire militaire affrété par l'Institut français d'Athènes en décembre 1945, le Mataroa a permis à plus d'une centaine de jeunes Grecs de quitter la Grèce et de rejoindre Tarente, en Italie, avec pour destination finale Paris. Quittant un pays en ruine, profondément affaibli par la guerre et au seuil de la guerre civile, ceux-ci ont ainsi pu être accueillis en France, y mener leurs études et carrière dans des domaines aussi variés que la philosophie, la sculpture, l'architecture, la musique, etc. Au coeur de cette expédition, le directeur de l'Institut français d'Athènes de l'époque, Octave Merlier, qui rendit possible cette opération, aux allures d'épopée moderne. Longtemps passé sous silence, ce voyage constitue sans conteste l'un des événements les plus marquants de l'histoire franco-grecque de l'après-guerre. S'appuyant sur un matériel d'archives inédit, ce volume vise à offrir un éclairage historique et critique à cet événement, tantôt oblitéré, tantôt mythifié, part intégrante de la mémoire des échanges entre les deux pays.
Les courses hippiques ont eu dans le monde grec une importance considérable, non seulement dans les concours olympiques, mais dans beaucoup d'autres rencontres sportives de fréquentation locale, régionale ou panhellénique. Ce volume constitue le premier ouvrage exclusivement consacré à ces courses et aux hippodromes. Il rend compte des importants progrès faits ces dernières années dans l'analyse des représentations iconographiques et des textes littéraires ou épigraphiques ayant trait aux sports hippiques. Il contient de nouvelles restitutions d'hippodromes déjà connus, comme ceux d'Olympie et du Lykaion, et la présentation de pistes nouvellement identifiées, comme celles de Delphes ou d'Épidaure. Vingt-huit articles, issus d'un colloque international qui s'est tenu à Athènes en 2016, restituent dans toute leur ampleur et dans toute leur diversité la place et la forme des hippodromes et des courses hippiques dans l'architecture, les arts figurés, la poésie et l'histoire politique, économique, sociale et religieuse du monde grec.
Il y a cent ans prenait fin la Première Guerre mondiale. Ses commémorations nous permettent de reconsidérer dans son ensemble et dans ses spécificités les formes de la mémoire du conflit. Mais peut-on parler d'une mémoire ? Il existe en réalité une pluralité de mémoires qui varient selon les origines familiale et sociale, mais qui restent largement nationale et hétérogène d'un pays à un autre. L'objet de cette publication est de cartographier l'évolution dans le temps, jusqu'à aujourd'hui, des mémoires de la Première Guerre mondiale en Europe, à travers les textes d'éminents historiens. Trop souvent négligée, la péninsule des Balkans est ici particulièrement étudiée à côté des grandes puissances traditionnelles européennes. Compte tenu de leurs histoires respectives, certains pays ont vu la mémoire de la Grande Guerre avoir une forte dynamique historiographique et mémorielle quand dans d'autres elle a été relayée au second plan par d'autres événements contemporains. Ces articles consacrés aux cas nationaux coexistent avec des études novatrices consacrées aux dimensions paneuropéennes et transnationales des mémoires, courants historiographiques émergents qui ouvrent une perspective différente.
Qu'est-ce que la représentation honorifique ? À partir de cette simple question, cet ouvrage analyse la pratique qui consiste à offrir aux bienfaiteurs un monument à leur image. Tout à la fois historique, matérielle et iconographique, l'étude met en lumière les facettes variées de ce genre panhellénique, qui est autant un signe de vitalité des institutions démocratiques qu'un instrument de prestige social. Héritée des pratiques de l'aristocratie archaïque, la représentation honorifique brosse en effet le portrait de la cité idéale et de sa hiérarchie sociale, du stratège vainqueur à la bonne épouse. Mais elle façonne également l'espace public, peuplé, parfois jusqu'à la saturation, de monuments variés, du plus modeste tableau à l'éclatante statue de bronze doré, placée sur une immense colonne. En rendant leur apparence à des oeuvres trop souvent réduites aux clauses des décrets qui promulguent leur installation, cet ouvrage offre une interprétation nouvelle de leur rôle politique, social et culturel.
Pourquoi, après la fin de la guerre froide, des personnes et des populations entières, installées en Ukraine, ainsi que dans d'autres républiques d'ex-Union soviétique depuis des siècles, ont revendiqué une origine grecque et construit des projets de « retour » vers la Grèce ? C'est la question qui est au coeur de cet ouvrage. Il étudie les migrations grecques vers l'Empire russe où des Grecs, dans leur grande majorité ressortissants de l'Empire ottoman, se sont installés en nombre dès le xviiie s. et analyse les migrations de retour diasporiques et les migrations économiques transnationales d'Ukraine, et d'autres républiques d'ex-Union soviétique, vers la Grèce et vers Chypre, dès la fin des années 1980. À travers l'histoire d'un groupe diasporique, les Grecs de Mariupol, il essaie de comprendre pourquoi il n'y a pas eu de « retour » collectif de ces Grecs vers la « mère-patrie imaginée ».
Perçues comme un moment exceptionnel et tragique de l'histoire des communautés anciennes, les catastrophes naturelles ne cessèrent, tout au long de l'Antiquité, de susciter l'étonnement, l'irraison et la peur. Elles furent l'objet de débats entre les défenseurs d'une opinion rationnelle, fondée sur la compréhension de l'harmonie et de la démesure du monde, et ceux qui, intrigués par la violence de tels phénomènes, en tenaient pour responsables les divinités. Il est néanmoins frappant de constater que les Grecs ne disposaient pas de mot pour désigner une catastrophe naturelle. L'enquête proposée ici repose donc sur une définition et un paradigme contemporains, l'étude des implications sociales qu'un aléa naturel impose aux sociétés. Loin de céder au fatalisme, les communautés surent s'adapter progressivement aux contraintes de leur environnement, tirèrent de ces expériences des enseignements au sujet des comportements à adopter et prirent des mesures efficaces afin de surmonter l'événement dévastateur. Les réactions populaires soulignent aussi la variété des attitudes face aux catastrophes : actes de bravoure ou de piété religieuse, évacuation des zones sinistrées, sollicitation des réseaux de voisinage, reconstruction des édifices ruinés. Ces réponses apportées au désastre révèlent les réalités quotidiennes dans les cités grecques. La catastrophe ne rompt ainsi pas le temps vécu, mais s'inscrit, au contraire, dans un processus historique de longue durée.