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Les Chansons de Bilitis sont sans âge. Elles sont grecques parce que la Grèce est le pays de la Beauté et que cette Beauté éclaire l'Amour d'une lumière pure et mystérieuse... C'est le jardin d'Eden, son innocence... ses faiblesses, aussi. Mais aux épaules de Bilitis battent doucement les ailes de la poésie qui, dans un long nimbe aux couleurs changeantes, lui font traverser cette toute petite tragédie du temps qui passe et tout emporte, dans le souffle tiède de l'Amour qui, lui, demeure et toujours parlé au coeur des créatures... 'Dans l'ombre des forêts profondes, dans la poudre légère des rues de Mytilène et les nuits moites de Chypre, Bilitis rit et pleure, et aime, dans l'impatience des premiers âges, dans la triste mélancolie du temps si vite enfui... Les corps sont des courbes, la Beauté est intemporelle, l'Amour est une chanson, et qu'importent la main qui tient la plume, l'époque ni la langue, la corde vibre et la musique nous emporte.
Salomé, chef-d'œuvre sulfureux d'Oscar Wilde, plonge le lecteur dans une tragédie biblique où désir, pouvoir et folie s'entremêlent. La danse des sept voiles et la demande macabre de Salomé restent gravées dans l’histoire du théâtre décadent.
Ils sont de Noirmoutier, des Sables, de Saint-Nazaire... Pêcheurs, matelots, sous-mariniers, ils sillonnent et labourent la mer, comme d'autres labourent et sillonnent la terre, mais ce qu'ils y arrachent se paie à vie d'homme... L'Océan chaque jour prend le petit peuple des marins au creux de sa main, onduleuse et profonde comme la houle, et chaque jour aussi il la referme et y retient, au hasard des tempêtes et des courants, muet et impassible sphinx, son tribut de fils, de maris, de pères, que l'attente obsédante de ceux qui sont restés à terre ne ramènera plus... Et puis il y a les femmes, souvent sagesse, parfois sirènes, et puis les barques et les autres pêcheurs, les querelles où s'étalonnent les fiertés et se construisent les rancoeurs, et puis toujours et partout, il y a la mer, et tout cela emporte les hommes dans un grand charivari dont ils ne maîtrisent rien... Mails ils luttent, contre tous et contre tout, portent haut leur pavillon d'orgueil, et s'ils n'atteignent que rarement la sagesse, c'est que chez ce peuple de la mer elle n'est qu'un des visages de la résignation.
Au cœur des forêts québécoises, Maria Chapdelaine incarne le déchirement entre tradition et liberté. Trois hommes, trois destins : un coureur des bois, un colon résigné, un émigrant vers l'Amérique.
Le texte de Ruskin a 150 ans. L'abord en est aride.... Mais dans ces conférences sur le rôle de la lecture et sur l'éducation des filles, le cours paisible des premières pages enfle vite sous le vent de la révolte et de l'imprécation : esprit national, christianisme, capitalisme, dans Sésame rien ne va plus... Et dans les Lys , c'est la place et le rôle des femmes qui est en jeu... Exaspéré, Ruskin lance l'anathème, apostrophe le public, secoue les consciences : c'est Indignez-vous ! avec un siècle et demi d'avance... Le texte de Proust a 100 ans. L'abord en est délicieux... Dans le miroir ruskinien, Proust décante, théorise et prépare son grand oeuvre, sa propre révolution romanesque, dans une préface et des notes où déjà opère cette fusion parfaite de la profondeur du regard et de l'aérienne et serpentine finesse de l'écriture...