Poésie sans frontière
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Kostas Zaroukas, poète et artiste de théâtre, d'origine grecque, est né à Salonique ; après avoir terminé ses études à la Faculté de droit et à l'École supérieure d'art dramatique du « Théâtre national » d'Athènes, est venu à Paris, au début de 1946, comme boursier du gouvernement français pour des études supérieures de mise en scène théâtrale, de philosophie, esthétique et histoire de l'art, à la Sorbonne. Son premier recueil de poèmes, « Marche solitaire », a paru à Athènes, en 1944, et fut accueilli par les critiques les plus notoires de la Grèce avec enthousiasme : « La poésie jaillit, pénétrante, des poèmes de Kostas Zaroukas. Ceux qui auront aimé ses poésies d'aujourd'hui et de l'avenir, qui auront reçu d'elles une élévation et une joie artistique, seront nombreux et le suivront. »
Avant de prendre la forme d'un texte, la poésie s'impose comme la voix intérieure d'un chant profond. Miroir d'une parfaite nudité, elle reflète les images nées de l'univers intérieur autant que celles surgies du regard longuement porté sur le monde extérieur. Dès lors, tous les droits de transgression lui sont accordés, à condition de s'exercer au sein d'une rigueur absolue qui repoussera de l'acte poétique tout ce qui - de l'hermétisme au manifeste socio politique - se targue de parler en son nom. Sur l'écume des jours, la poésie affirmera donc le flux de son insistante présence. Aussi sera-t-elle, à l'ensemble des activités littéraire ou critiques, ce que la musique de chambre est à la musique : son essence, sa charpente et son ossature. Né d'un dialogue fertile d'un homme avec lui-même, le texte poétique brûle avidement de prolonger ce dialogue avec d'autres vivants confusément conscients de leurs ombres assumées comme de leurs lumières entrevues. J. L.W.
Un style familier, volontiers persifleur, anime ces poèmes-randonnées : faits divers, anecdotes, souvenirs de dialogue, regards nus sur les êtres et les choses. L'amour et la mort sont violemment déshabillés. La vérité parfois s'appuie sur la caricature, - pudeur du désespoir. Fantaisie, tendresse se mêlent sans cesse à l'acide, à la surprise, à l'amertume. Des raccourcis. De l'invention. Un art personnel.
En colère contre la dérive de son pays natal, le Québécois Guy Huppé fait ici une satire sociale et politique d'un état de fait. Pour lui, ses compatriotes « jouent au chat et à la souris avec leur identité ». Dans des vers d'un brio éblouissant, le poète insulte cette société « dressée » à la consommation, à la télévision et à la misère bien administrées, où il sait lire en filigrane « la grammaire des luttes de classe ». Cette colère est aussi un grand chant d'amour. Par un parallélisme naturel, d'autres poèmes dans En Neuve France s'adressent à la femme aimée entre toutes, ainsi qu'à des filles multiples. Le moteur érotique carbure bien. Le rut toutefois n'est qu'un premier stade. Par des biais béants, on voit la tendresse réclamer son dû, et la quête de l'amour unité répandre à la fois les couleurs de son amertume et celles de son espérance. N'oublions pas l'humour, indétachable de la personnalité singulière de ce nouveau poète de Montréal.