Paul Thierrin
Paul Thierrin
Personne dans le bar. Peut-être quelques consommateurs ? Non, personne, sauf l'enfant. Il est assis sur la haute chaise à traire, magnifique, souverain. Ses mains tiennent la barre du comptoir. Il gouverne. Il est prêtre. La barmaid porte surplis ; mon vin blanc sent l'encens. Il est globe-trotteur. Il rentre de Curaçao, ou de Madère, ou de La Jamaïque. Il est magicien. Il réveille les rêves qui dorment dans les bouteilles, il enchante les flûtes de champagne, il métamorphose en petrouchkas les flacons de Stravinsky. Je suis revenu au bar. Il n'y avait plus de présence. Des consommateurs, c'est tout. L'enfant n'a pas d'habitudes.
Un style familier, volontiers persifleur, anime ces poèmes-randonnées : faits divers, anecdotes, souvenirs de dialogue, regards nus sur les êtres et les choses. L'amour et la mort sont violemment déshabillés. La vérité parfois s'appuie sur la caricature, - pudeur du désespoir. Fantaisie, tendresse se mêlent sans cesse à l'acide, à la surprise, à l'amertume. Des raccourcis. De l'invention. Un art personnel.