Perle noire
Le père de Rouletabille met en scène, sur une terrasse de café, cinq loups de mer qui se racontent des histoires épouvantables: C'est à qui dira, avec une délectation certaine, la plus effroyable... Il y a de cela bien des années, je me trouvais à Guersaü, petite station sur le lac des Quatre-Cantons, à quelques kilomètres de Lucerne. J'avais décidé de passer là l'automne pour y terminer quelque travail, dans la paix de ce charmant village, qui mire ses vieux toits pointus dans une onde romantique où glissa la barque de Guillaume Tell. En cette arrière-saison, les touristes avaient fui et tous les affreux Tartarins, descendus d'Allemagne avec leurs alpenstocks, leurs bandes molletières et leur chapeau rond inévitablement adorné d'une plume légère, étaient remontés vers leurs bocks et leur choucroute et leurs « gross concerts », nous laissant enfin le pays libre entre le Pilate, les Mitten et le Rigi. [...] Gaston Leroux s'amuse beaucoup à écrire ces histoires, qui sont autant d'hommages à ses maîtres, Balzac, Stendhal, Dumas, Maupassant et Mirbeau... Le maître ne perd jamais de vue que le bizarre, l'étrange, le grotesque savent très bien s'accommoder d'un zeste d'humour noir et de dérision, elles procurent toujours un délicieux frisson au lecteur bien emmitouflé sous ses couvertures par un soir de tempête. (Extrait de la préface de Roger Martin)
De Victor Hugo à Robert Badinter, retour sur un combat pour l'abolition de la peine de mort à travers leurs textes... Il est dix heures. Ô ma pauvre petite fille ! encore six heures, et je serai mort ! je serai quelque chose d'immonde qui traînera sur la table froide des amphithéâtres ; une tête qu'on moulera d'un côté, un tronc qu'on disséquera de l'autre ; puis de ce qui restera, on en mettra plein une bière, et le tout ira à Clamart. Voilà ce qu'ils vont faire de ton père, ces hommes dont aucun ne me hait, qui tous me plaignent et tous pourraient me sauver. Ils vont me tuer. Comprends-tu cela, Marie ? Me tuer de sang-froid, en cérémonie, pour le bien de la chose ! Ah ! grand Dieu S'il est un artisan historique de l'abolition, c'est bien notre Victor national. Ce grand bourgeois, sensible à la misère du temps, à la férocité du système pénal, fut pugnace et constant. Il fallut le mûrissement des années et le cheminement à bas bruit dans les têtes et les coeurs des arguments et des raisonnements où se mêlèrent également : compassion et croyance en l'homme. Et un siècle et demi les séparant, on pourra lire également deux discours, celui de Hugo en 1848, et celui, mémorable, de Robert Badinter, alors Garde des Sceaux en 1981.
Quand le meurtre commande les pulsions humaines, un grand écrivain expose les ressorts de cette malédiction... La sensation est exquise de penser que l'on va tuer des choses qui bougent, qui avancent, qui semblent parler, qui supplient. En dirigeant contre elles la carabine ou le pistolet, il vous vient à la bouche comme un petit goût de sang. Aussi quelle joie, quand la balle décapite ces semblants d'hommes ! Quels trépignements lorsque la flèche crève les poitrines de carton et couche par terre les corps inanimés dans des positions de cadavres ! Chacun s'excite, s'encourage, s'acharne. On n'entend que des mots de destruction et de mort : « Crève-le !... Il a son affaire !... Vise-le à l'oeil... Dans trois articles parus dans Le Figaro à la fin du XIXe siècle, Octave Mirbeau nous fait part de ses préoccupations face à ces pulsions de mort qui animent les humains. Après les guerres meurtrières du 20e siècle, la raison ne l'a toujours pas emporté. Comme quoi la littérature d'une vigie aussi talentueuse que notre auteur n'y a pas pu grand-chose. La fascination du crime opère toujours comme le succès du genre polar le révèle. Mais il est bon de se replonger dans ces textes toujours aussi pertinents plus d'un siècle plus tard . (Préface Guylain de Malpassant)
Dans l'histoire littéraire, voici le premier roman - dit policier... indispensable à votre culture livresque... Ceux qui avaient parlé de crime ne s'étaient malheureusement pas trompés, le commissaire de police en fut convaincu dès le seuil. Tout, dans la première pièce, dénonçait avec une lugubre éloquence la présence des malfaiteurs. Les meubles, une commode et deux grands bahuts, étaient forcés et défoncés. Dans la seconde pièce, qui servait de chambre à coucher, le désordre était plus grand encore. C'était à croire qu'une main furieuse avait pris plaisir à tout bouleverser. » Emile Gaboriau est le premier à créer la figure romanesque du policier enquêteur qui aura, comme on le sait, une descendance féconde. Il faut évoquer le plaisir qu'on a à relire ce classique du roman policier, au-delà de la résolution de l'affaire elle-même. L'Affaire Lerouge, et les autres livres de Gaboriau, héritiers des romans populaires, ce sont des digressions, des chemins de traverse, des péripéties compliquées, l'exploration du passé des protagonistes, l'explication des motifs du crime et du modus operandi. Cela possède un charme véritable, qui faisait les délices d'André Gide, grand amateur de polar, comme Cocteau ou Mac Orlan. » (extrait de la préface d'Hervé Delouche)
« ...quand M. Podgers vit la main de lord Arthur, il devint étrangement pâle et ne souffla mot. Un frisson sembla passer sur lui. Ses grands sourcils broussailleux furent saisis d'un tremblement convulsif d'un tic bizarre, irritant, qui le dominait quand il était embarrassé. Alors, quelques grosses gouttes de sueur perlèrent sur son front jaune, comme une rosée empoisonnée, et ses doigts gras devinrent froids et visqueux. Lord Arthur ne manqua pas de remarquer ces étranges signes d'agitation et, pour la première fois de sa vie, il éprouva de la peur. Son mouvement naturel fut de se sauver du salon, mais il se contint. Il valait mieux connaître le pire, quel qu'il fût, que de demeurer dans cette affreuse incertitude. J'attends, monsieur Podgers, dit-il. » Cette farce à retournement est servie par le style d'Oscar Wilde, fait d'esprit et de malice. Parfois de cruauté sous des dehors plaisants. Wilde s'empare d'un personnage de chiromancien qui, - c'est bêta, n'est-il pas ? - n'a pas prévu son propre sort. Il le place au centre d'un décor et d'une société aristocratique qui raffole de ces personnages so crasy mais qu'elle méprise néanmoins copieusement. Nous sommes à la fin du XIX° siècle, dans une Angleterre marquée par le long règne de la Reine Victoria qui pèse de tout son poids sur le couvercle des moeurs. (extrait de l'avant-propos de Nigel Greyman)
Une fille opiniâtre poursuit l'assassin de son père... ainsi se résume succinctement cette histoire, écrite par l'un des précurseurs du roman policier... « Était-ce bien une main, cette tâche noirâtre qui tranchait sur le rideau blanc ? Camille en douta d'abord, mais elle ne parvenait pas à s'expliquer cette étrange apparition. Elle crut même être dupe d'une illusion d'optique. Le feu se mourait dans l'âtre et la lumière de la lampe commençait à baisser, si bien que le salon s'emplissait d'ombre et qu'elle ne distinguait plus nettement les objets. Elle aurait voulu fermer les yeux et elle ne pouvait pas. Ce point noir la fascinait. Cela ressemblait à une araignée énorme, armée de pattes velues, et cela ne bougeait pas. Était-ce la griffe de quelque bête monstrueuse ? Camille n'était pas poltronne, et pourtant elle sentait son sang se glacer dans ses veines. » Selon Thierry Chevrier, du Boisgobey « nous présente des héros profondément faillibles et humains, sujets au doute comme à l'erreur, lancés dans une traque pour la vérité, tenaces, hésitants, parfois déçus de fausses apparences, vérité souvent détruite au moment où l'on commençait à y croire, au fil d'aventures toujours profondément aléatoires et surprenantes. » Si l'on voit parfois les coutures de fil blanc dans ses intrigues, le point se rapproche davantage de la broderie que du ravaudage grossier. Emile Zola si critique envers les auteurs populaires de feuilletons à succès de son époque distinguait du Boisgobey qui faisait « plus proprement que les autres ». (extrait de l'avant-propos de Franq Dilo)
Une histoire étrange où le modus operandi révèle un appétit féroce chez une géante insoupçonnée... « Je l'ai vu tirer ses six coups dans une foule d'hommes qui le bousculait pour l'entraîner dans le bar de Simpson, alors qu'une danse était en train. Une autre fois, il planta son couteau de chasse dans Tom Hooper, parce que celui-ci lui avait renversé par mégarde son verre sur le gilet. Non, il ne reculait pas devant un assassinat, Joe, oh non, et il ne fallait pas lui faire confiance tant que vous n'aviez pas l'oeil sur lui... » L'oeuvre d'Arthur Conan Doyle ne se résume pas aux enquêtes de Sherlock Holmes. Parmi ses ouvrages, de nombreuses nouvelles révèlent son génie de conteur. Il y excelle dans le crime étrange.
Une enquête du mirobolant Allan Dickson, le Sherlock Holmes australien... L'obscurité était complète. Je frottai une allumette et regardai rapidement autour de moi, cherchant d'un coup d'oeil à me représenter la scène qui s'était passée. J'ai toujours pour habitude de procéder ainsi, car j'ai remarqué que ma première impression est généralement la bonne. M. Crawford suivait tous mes mouvements avec un intérêt visible. Je regrette, dit-il, de n'avoir pas la facilité d'un docteur Watson pour me faire l'historiographe des tours de force de votre imagination. Votre admiration me flatte, répondis-je en souriant... mais elle est un peu prématurée... Attendez donc, au moins, que j'aie découvert quelque chose. La destinée littéraire est souvent injuste. Arnould Galopin est un véritable créateur. L'ombre portée des grands auteurs passés à la postérité le dissimule, il est temps de le redécouvrir. Préface Franq Dilo.
La dinguerie littéraire à son sommet ! L'invraisemblable élevé au niveau du génie par un adepte du délirium très gros. Un régal ! Abus recommandé ! GRINGALET CROYAIT REVER. Messa poursuivit, en soulevant un peu son emplâtre pour respirer plus commodément l'air de la nuit : Total général soixante-treize ! c'est notre compte. Les deux autres firent écho, répétant : Soixante-treize ! c'est notre compte. Et Messa avec une gaieté farouche ajouta : M. le duc sera content, je lui en apporte un petit par-dessus le marché. En même temps, il frappa le cercueil d'enfant, qui rendit un son lugubre. Gringalet comprenait vaguement. La moelle de ses os se figeait dans ses veines ! C'est donc bien vrai ! ce que disent les romans à un sou, pensa-t-il. Paris contient d'épouvantables mystères ! Ces inconnus sont peut-être les trois Pieuvres mâles de l'impasse Guéménée. Sa voix s'arrêta dans son gosier, tout son corps trembla. Que dire d'un chapitre parmi d'autres de cet « affreux » roman qui s'intitule ? « Adultère, Inceste et Bigamie » Quel programme... qui de pirouettes en rebondissement va tenir en quinze pages. Que dire des moyens baroques de faire passer de vie à trépas des quidams condamnés à fournir soixante-treize victimes par chapitre ? Masque de poix ou chatouillis des plantes de pieds, jusqu'à l'explosion de gaz merdique, font partie de la panoplie. Poussez la porte de la Fabrique pour laquelle seuls les superlatifs seraient adaptés, et encore. Alors riez, ronchonnez, amusez-vous à essayer d'imaginer avec Féval les crimes les plus fous des « pieuvres mâles de l'impasse Guéménée ».
Maladie professionnelle, chagrin d'amour, persécutions, racisme ordinaire, tous les détonateurs sont réunis en un seul homme pour déclencher une vengeance aveugle... et terrifiante. Depuis environ un mois qu'il s'était fixé à Montrouge, celui que l'on appelait « l'Horreur » sortait régulièrement, à la tombée de la nuit, comme les chauves-souris ; il prenait les rues désertes, rasait timidement les maisons, cherchant le plus possible à se dissimuler dans l'ombre. La première fois qu'on l'avait aperçu, il avait provoqué un sentiment de curiosité inquiète, une sorte d'indéfinissable malaise comme on en éprouve à la vue de quelque chose d'étrange, d'anormal, qui épouvante et déconcerte. Puis, à la longue, la crainte avait fait place à l'aversion, l'aversion au dégoût. La rumeur est une arme aux multiples tranchants. Sa victime peut être conduite à la plus extrême des réactions. Dans ce roman, Arnould Galopin, champion du roman populaire du début du XX° siècle, nous embarque dans une histoire aux indéniables résonances contemporaines. Avant-propos de Franq Dilo.
Plongez dans Amok, chef-d’œuvre de Stefan Zweig, où passion et folie s’entremêlent dans une course tragique vers l’abîme. Une nouvelle intense, saluée dès 1922, qui explore les limites de l’âme humaine.
Abraham Lincoln relate une ténébreuse affaire qui aurait pu coûter la vie à trois innocents. Vraiment innocents ? Texte en français et en anglais (américain). APRES LE DEJEUNER, les trois frères Trailor et Fisher quittèrent la pension en déclarant vouloir passer la journée en ville. Mais les Trailor revinrent à l'heure du repas du soir, sans Fisher. Certains résidents s'en étonnèrent. Après le souper, les Trailor dirent à qui voulait l'entendre qu'ils allaient partir à sa recherche. Durant la soirée, ils s'en revinrent, un par un, le dernier bien après l'heure du dernier thé, et chacun déclara, ne l'ayant pas retrouvé, être incapable d'expliquer la disparition de Fischer. Il s'agit bien du président des Etats-Unis, père de l'abolition de l'esclavage, et sur la vie duquel Steven Spielberg vient de sortir un film. On sait qu'il était amateur de roman policier, genre naissant à l'époque, notamment des récits d'Edgar Poe. Cette nouvelle qui s'apparente davantage à une chronique judiciaire s'intègre naturellement dans la collection Perle noire. Claude Mesplède donne son éclairage sur cette curiosité littéraire dans une traduction de Jeanne Desaubry.
Froissart, le double romanesque de George Darien, raconte ses 33 mois passés dans l'enfer du bagne militaire de Gafsa, dans le sud tunisien à la fin XIX° siècle...Terrifiant ! Ils se sont précipités sur moi, trois ou quatre, m'ont ramené les bras en avant et m'ont serré les poignets dans la chaîne infâme. Encore un cran ! N'ayez pas peur de tirer dessus. Ça lui apprendra à rouspéter. Ça ne m'apprendra rien du tout. Ce que ça pourrait m'apprendre, je le sais depuis longtemps : c'est que le jour où j'ai jeté bas mes effets de civil pour endosser l'habit militaire, j'ai dépouillé en même temps ma qualité de citoyen et que, étant soldat, je suis un peu plus qu'une chose, puisque j'ai des devoirs, mais beaucoup moins qu'un homme, puisque je n'ai plus de droits. Le gendarme qui doit m'escorter m'a conduit à l'entrée de la cour, devant la route qui traverse la Kasbah et m'a fait asseoir sur une grosse pierre. Attendez-moi là. J'attends. On doit me prendre pour une bête fauve exhibée à la porte d'une ménagerie pour attirer les curieux. « Je ne sais si c'est un livre, je voudrais que ce fut un cri. » Biribi est certes un roman, mais un roman vrai, un reportage romancé, décrivant l'horreur de ces établissements tortionnaires. L'oeuvre de George Darien, « est le plus rigoureux assaut que je sache contre l'hypocrisie, l'imposture, la sottise, la lâcheté » selon André Breton. Conclusion de la préface de Max Obione.
Une aventure parmi les plus noires des péripéties lupinesques... Notre héros y commettra un crime... découvrira l'énigme du chiffre 813... et sauvera la patrie... Le nom du célèbre aventurier sembla faire sur M. Kesselbach la meilleure impression. Lupin ne manqua pas de le remarquer et s'écria : Ah ! ah ! cher monsieur, vous respirez ! Arsène Lupin est un cambrioleur délicat, le sang lui répugne, il n'a jamais commis d'autre crime que de s'approprier le bien d'autrui une peccadille, quoi ! et vous vous dites qu'il ne va pas se charger la conscience d'un assassinat inutile. D'accord... Mais votre suppression sera-t-elle inutile ? Tout est là. En ce moment, je vous jure que je ne rigole pas. Allons-y, camarade. Il rapprocha sa chaise du fauteuil, relâcha le bâillon de son prisonnier,... On ne présente plus Maurice Leblanc, on ne le vante plus non plus. Il est l'un des auteurs monument de la littérature policière française. Hormis les détails et le contexte qui révèlent une époque révolue évidemment, le style narratif reste d'une grande modernité. Méconnu, 813 est certainement le roman de Leblanc le plus caractéristique de la saga lupinienne. (Préface de Michel Bussi)
Ce n'était pas une Chinoise, mais une Annamite, une pauvre Annamite de dix-sept ans, bien jaune et bien mince, échouée dans cette abominable maison après de navrantes aventures. À treize ans, servante dans une buvette à matelots de la rue Catinat, à Saïgon, elle avait consenti à suivre en Europe un mécanicien des Messageries Maritimes qui, las d'elle en rentrant à Marseille, l'expédiait bientôt sur Toulon où elle se plaçait dans une gargote de la rue du Canon. Là, elle faisait rencontre d'un bellâtre de la maistrance qui, après l'avoir gardée un an, entre deux campagnes, l'abandonnait avec un bébé de deux mois. Quelques semaines après le départ du père, l'enfant mourut.
Le martyr d'un petit clebs dans le Pays de Caux de Maupassant. La noirceur selon un grand connaisseur du versant noir de l'âme humaine.
Qui est de la bête noire ou de la femme fatale gantée l'exécutrice des destins ?
On peut voir une ode élégiaque à la flânerie, au travers de ce personnage observateur qu'on imagine aisément sous les traits d'un Pierrot lunaire, hantant le Paris d'antan. Le portraitde la ville lumière nous est fait dans sa langueur bigarrée d'entre deux guerres, évoquant les tableaux mi-réalistes, mi-impressionnistes de Renoir ou Monet. Ensuite,c'est la découverte progressive de ce passant et de sa « profession » bien particulière entraînant une mise en abîme du narrateur lui-même.
Une « grosse fille » au grand coeur flouée par l'égoïsme bourgeois.