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En ce quatre-vingtième anniversaire de l'armistice, les carnets de guerre du commandant d'infanterie, Bernard de Ligonnès, retracent la Grande Guerre, du front de l'Est au front d'Orient. À la différence de nombreux récits ayant dépeint les souffrances et l'héroïsme des poilus, nous sommes confrontés, ici, à l'expérience d'un officier qui, tout en partageant les épreuves de ses hommes, fait la guerre en stratège sans se départir de son sang-froid. Du 8 août 1914 au mois de décembre 1916, nous le suivons en Lorraine, en Champagne, dans les Vosges, dans la grisaille de la vie enterrée sur les terres de France, dans la boue, le feu et le sang. Avec ses hommes de la 22e compagnie, il participe aux batailles de la Mortagne, du Grand Couronné, de Flirey, à la 2e bataille de Champagne... Le 1er janvier 1917, Bernard de Ligonnès quitte la France pour les Balkans. Les carnets continuent à parler de la guerre, mais ils évoquent aussi Salonique et la Macédoine, le croisement des peuples, les églises et les mosquées, les yeux des femmes turques... Ligonnès fait alors ce qu'il aime : la guerre en montagne. Sur les routes enneigées qui vont vers l'Albanie, il guide la marche des fantassins, puis lance l'attaque contre les Turcs, les Autrichiens et les Bulgares qui s'accrochent furieusement à leurs positions. À la suite du capitaine Conan, il nous entraîne vers ces opérations d'Orient qui restent encore si mal connues.
Le colportage, qui connut en France son âge d'or au XVIIIe siècle, n'est pas mort avec l'avènement de la société industrielle. Jusqu'à la veille de la Seconde Guerre mondiale, il se maintiendra dans certaines régions isolées. Étienne Bon fut l'un de ces derniers messagers des campagnes. Né en 1902, en Savoie, au-dessus de Saint-Jean-de-Maurienne, il a mené, enfant, une vie rude, dans un pays où élevage et cultures vivrières sont à la base de l'économie, mais où le colportage constitue un appoint indispensable. Aussi, à dix-sept ans, à l'exemple de son père, il entame sa première tournée, et c'est dans le département de la Drôme qu'il opérera, visitant fermes et hameaux à l'écart des grands axes. À raison de deux tournées de deux cents kilomètres par an, il sillonne le pays de mi-novembre à fin avril, avant de retourner en Savoie pour les travaux de la ferme. La tournée se fait à pied, la balle de soixante kilos sur le dos, sorte d'armoire en bois équipée de tiroirs, contenant de la mercerie, du linge, du savon, des couteaux, des almanachs, marchandises qu'Étienne Bon achète à crédit à Romans ou à Bourg-de-Péage. La tournée s'arrêtera en 1934, année où il se marie et ouvre une épicerie à Romans. Après la guerre, il travaillera dans diverses fabriques de chapellerie et de chaussures. Il meurt en 1980. Rolande Bonnain et Jean-Claude Bouvier, qui ont interrogé Étienne Bon, et sont retournés avec lui sur les lieux mêmes de ses tournées, nous donnent à voir, avec ce témoignage, la vie quotidienne, les distractions, les parlers d'une société paysanne aujourd'hui disparue.
« Voilà douze ans que je n'ai plus mis un pied par terre. Douze ans que je n'ai plus entendu le son de ma voix. Douze ans que je n'ai plus conscience de mon poids, de ma hauteur, que je n'ai plus étreint, empoigné, touché... » C'est ainsi que Robert Nadalet résume sa condition aujourd'hui. Et pourtant, grâce à un ordinateur commandé par ses seuls yeux, il a rédigé cet étonnant et poignant témoignage sur ce que furent ces années d'enfermement, et celles qui l'avaient amené à la paralysie à 99 %. Un extraordinaire parcours avec la maladie, un combat héroïque - et quotidien - pour s'arracher à la dépendance profonde et retrouver toute sa dimension d'homme.
21 juin 1941, Hitler rompt le Pacte germano-soviétique et attaque Staline. Cet affrontement militaire et idéologique va changer l'histoire du monde. Izia, 17 ans, un Juif lituanien qui veut croire aux idéaux communistes, est pris dans la tourmente. Pour survivre, il doit abandonner sa famille et son pays, et se retrouve incorporé dans l'Armée rouge. Mais le rouge du « paradis » soviétique ressemble aux flammes de l'enfer. En récompense des blessures reçues au Front, Izia sera déporté au goulag et, lorsqu'il parviendra, après quatorze mois de faim, de froid et d'horreur, à s'évader enfin d'URSS, il ne lui restera qu'un seul bien : sa peau. L'oiseau de pluie est un document rare sur un pan de la Deuxième Guerre, sa folie meurtrière, sa réalité humaine. C'est surtout, à travers une histoire dramatique où l'humour éclate au coeur même de l'inconcevable, la leçon d'espoir d'un adolescent, qui ne perd pas son courage avec ses illusions, et qui puise sa force dans l'amour têtu de la liberté.