La ville en débat
Partant de l'expérience d'un jeune enseignant dans une des nouvelles écoles d'architecture créées après mai 68, à un moment où les architectes français formés aux Beaux-arts redécouvrent la ville, l'ouvrage s'interroge sur les changements et réorientations qui doivent aujourd'hui guider notre réflexion et notre pratique d'urbaniste. Après une première période marquée symboliquement par la parution du livre d'Henri Lefebvre, Le droit à la ville en mars 1968, la réflexion sur la ville et l'urbain est reprise cinquante ans plus tard par échelles successives dans cet ouvrage qui explore tout d'abord comment faire de tout logement un chez-soi appropriable et évolutif avant de plaider pour le rassemblement des tissus urbains diversifiés, à l'inverse des logiques séparatrices et pour l'unification de la ville fragmentée. Enfin, Philippe Panerai donne une place centrale aux « chemins de l'eau » pour accorder la ville et le territoire.
Lancé en 2003, le programme de rénovation urbaine arrive à son terme en 2013. Mais déjà la plupart des responsables politiques demandent sa reconduction. Est-ce à dire que l'on a, avec lui, trouvé la solution au problème des banlieues ? Cela se saurait ! Mais un tel consensus sur ce mode d'action correspond nécessairement à l'obtention d'un certain nombre d'effets. C'est à l'analyse des raisons de ce consensus, des nouveautés de ce mode d'action et de la nature de ses effets que se consacre ce recueil. Pour montrer, d'abord, comment ce programme visant à défaire les grands ensembles au nom de la mixité sociale a pu satisfaire à la fois la gauche (en évitant la réservation du logement social aux pauvres, en gardant donc sa vocation « généraliste ») et la droite (en proposant de réaliser la mixité dans les cités sociales plutôt que dans les beaux quartiers et en y apportant ainsi un principe d'ordre). Pour décrire ensuite le mode d'action de la rénovation, la raison de son impact spectaculaire. Pour décrire enfin et surtout les effets de cette rénovation des cités sociales en montrant comment elle a déconcerté autant les préjugés à son encontre que les espérances dont elle était officiellement porteuse.Quel est alors le bénéfice principal de toute cette action ? Celui de faire pénétrer la ville dans l'espace de la cité, de dissoudre son étrangeté aux yeux des autres habitants, bref, de lever ce voile qui donne à croire que la question des cités se cantonne à la périphérie des villes.
Les villes, en s'étendant, intègrent dans leur orbite de nouvelles communes. Beaucoup de ces communes restent toutefois séparées des villes dont elles dépendent par des espaces naturels ou agricoles. Ces communes sont dites « périurbaines ». En 20 ans, leur nombre a quasiment doublé, approchant aujourd'hui le seuil de 20 000. Ces communes sont petites, avec un peuplement moyen nettement inférieur à 1 000 habitants. Ce sont souvent d'anciens villages ruraux, transformés par l'urbanisation en clubs résidentiels pavillonnaires. Ainsi, avec la périurbanisation, les pourtours des villes s'émiettent. Cet émiettement est à la fois politique (avec des pouvoirs métropolitains divisés, notamment en matière d'urbanisme), paysager (avec un tissu bâti fragmenté) et social (avec des communes qui se spécialisent). Ceci pose des problèmes nouveaux pour le gouvernement des métropoles et pour la solidarité entre les citadins.
Les nouvelles modalités d'exercice du maintien de l'ordre contribuent au développement de nouvelles figures spatiales, obligeant les architectes à repenser la place de la sécurité dans leurs projets. Cet art nouveau de la gestion des espaces urbains emprunte beaucoup à la conception des stades et de leurs abords, à la nécessité de prévoir une gestion des parcours et des flux qui permette l'événement sportif ou festif tout en évitant les frictions dont ils peuvent être l'occasion. La première partie de l'ouvrage est consacrée à une analyse de ces nouvelles figures spatiales de la sécurité urbaine. La seconde se propose d'examiner les écueils auxquels ces nouvelles figures nous exposent, en particulier celles d'une réduction des usages possibles sur l'espace public. Ces constats portent l'auteur à avancer, dans une troisième partie, quelques pistes susceptibles de concilier la sécurité avec la spontanéité et l'hospitalité qui font les charmes de la vie urbaine.
La métropole francilienne peine à s'inscrire dans la globalisation, malgré sa puissance économique et culturelle qui en fait l'une des toutes premières métropoles mondiales, sans doute parce que son histoire et sa culture politique ont enfermé l'Île-de-France dans un cadre national en grande partie autoréférencé.En comparant Paris avec ses deux grandes rivales, Londres et New York, cet ouvrage permet de mieux percevoir cette singularité historique et culturelle. Largement dominé par le monde politique, et notamment par l'État, le système d'acteurs francilien éprouve des difficultés à s'ouvrir alors même que le processus de globalisation fait de plus en plus entendre ses exigences. Le territoire francilien apparaît alors comme un lieu de conflits où différentes visions du monde s'opposent, notamment sur la question de la place de l'Île-de-France dans la globalisation. Si l'on observe quelques tentatives de construction d'un acteur collectif, elles restent parcellaires et sectorielles. Paris, tiraillée entre ses identités et ses aspirations, pourra-t-elle s'affirmer comme métropole dans la globalisation ?
Les sociétés humaines deviennent de plus en plus urbaines et les villes sont elles-mêmes peuplées par des hommes sans cesse plus en mouvement : mobilité professionnelle, résidentielle, récréative (vacances, retraite, loisirs...). Du coup, le paysage urbain perd de son unité : d'un côté des métropoles orientées vers une production mondialisée, de l'autre des espaces urbanisés à fonction résidentielle (quotidienne ou récréative). C'est pourquoi le gouvernement des villes perd de son unité, deux régimes politiques apparaissant : celui des villes-centres, tourné vers la compétition économique, et celui des intercommunalités, spécialisé dans les services à la personne. L'avenir de la démocratie locale se trouve donc subordonné à la capacité politique d'articuler ces deux régimes, pour qu'ils se complètent sans s'exclure.
« La montée en puissance des régions urbaines va de pair avec l'affirmation d'une situation paradoxale. Les métropoles sont à la fois le produit et le moteur d'un capitalisme mondialisé qui repose sur l'hypermobilité des capitaux, des idées et des personnes, et ce à un niveau probablement jamais atteint jusqu'alors. Mais elles sont aussi les espaces dans lesquels les tensions des sociétés contemporaines s'accumulent, depuis l'accroissement des inégalités sociales jusqu'à l'exacerbation de la pression sur l'environnement, depuis le mal-vivre ensemble jusqu'à la montée du sentiment d'insécurité. À mesure que le monde s'urbanise et que les mégarégions urbaines s'imposent, les métropoles apparaissent à la fois comme l'avenir certain et comme une menace potentielle pour une planète aux ressources fragilisées et une humanité qui serait soumise aux forces aveugles de la mondialisation. Comme si les nouvelles modalités de l'économie contemporaine qui président à la formation des métropoles se faisaient forcément contre la société. Sans verser dans une naïveté mal à propos, faut-il accepter cette vision fataliste qui reconnaît implicitement que l'économie fonctionne indépendamment du collectif que l'on désigne sous le terme attrape-tout de « société » ? L'avantage des métropoles est certes le résultat et le point de départ de réseaux de longue portée, liés à la mondialisation et aux multiples formes de division des tâches, notamment. Mais, loin d'être l'enfant de la seule mondialisation, la métropole est aussi une construction permise, façonnée et régulée, avec plus ou moins de bonheur, on le sait, par des sociétés métropolitaines elles-mêmes actrices de ces réseaux. Il est légitime, voire urgent, de repenser notre avenir métropolitain à la lumière de ce constat simple. » (Extrait de l'Avant-propos)
D'un côté, l'affaire est claire : la carte scolaire favorise la mixité sociale et les familles républicaines doivent s'y plier puisque l'enseignement républicain est égalitaire. De l'autre, l'affaire est également entendue : la carte scolaire est une contrainte inacceptable et les familles soucieuses de l'intérêt de leurs enfants se doivent de choisir pour eux le meilleur établissement. Or, la réalité est complexe, car la carte scolaire a été créée il y a quelques décennies non pas pour favoriser la mixité sociale, mais pour gérer le nombre des élèves dans les collèges... Cet ouvrage analyse les 35 collèges de l'agglomération de Montpellier et montre que les collèges les moins "mixtes" sont aussi les plus défavorisés, dans ce cas la carte scolaire ne fait que refléter l'habitat et les inégalités sociales de la zone concernée. Faut-il renoncer pour autant à toute sectorisation ? Il semble que les inégalités de territoires doivent être compensées par des mesures de discrimination positive.
Les villes se reconfigurent totalement lors de grands événements. La capacité des organisateurs à attirer des publics rencontre le souci des services de sécurité de contenir les foules. Le cadre bâti doit jouer son rôle de conteneur mais les attracteurs de l'attention doivent fonctionner comme contenants. Les publics eux-mêmes génèrent parfois ces contenants pour maintenir l'excitation et retarder la descente. Les rythmes et leur synchronisation sont tout aussi importants que les espaces pour que tous se sentent partie prenante d'un même climat. L'observation de trois événements (manif, festival et match) du point de vue de tous les acteurs concernés permet de comprendre à quel point l'expérience de ces moments est différente et que l'articulation entre tous ces acteurs demande un travail attentionné, sans oublier les autres publics urbains affectés par l'événement.
Les États-Unis sont volontiers regardés et souvent dénoncés comme le symbole de la séparation des groupes raciaux dans la ville. Cependant, la dichotomie classique entre "villes chocolat" et "banlieues vanille" est en partie obsolète car un nouveau modèle urbain se dessine, qui évoque davantage la mosaïque que la bichromie. On observe ainsi une croissance des zones périphériques alimentées par les minorités des centres urbains, mais selon un rythme encore inégal d'une métropole à l'autre. Au cour des années 1990, la rénovation urbaine a remodelé en profondeur certains grands ensembles de logements sociaux. Au moment où la France fait de la rénovation urbaine le socle de sa stratégie d'intégration urbaine des minorités ethniques, il peut être utile de tirer quelques leçons de l'expérience américaine.
Les maires des grandes villes affirment tous que leur préoccupation première est de développer l attractivité de leur cité. Comment ? En faisant de celle-ci un lieu propice à la créativité, en y combinant les ressources du talent, de la tolérance et de la technologie : c est la recette proposée par le géographe et économiste Richard Florida pour réunir sous l enseigne de « classe créative » artistes, intellectuels et prestataires de services aux grandes firmes. Un tel assemblage va-t-il de soi ? Il mêle hâtivment deux phénomènes distincts : d une part, le processus de « gentrification » urbaine par lequel les « créateurs » artistes et professions culturelles et intellectuelles réinvestissent la ville, lieu d opportunités et de rencontres ; d autre part, un traitement volontariste et foncier du paysage urbain destiné à attirer les « créatifs » de la publicité et des banques. Mais peut-on attirer les « créatifs » sans faire fuir les « créateurs » ?