Ludovic HALBERT
Ludovic HALBERT
« La montée en puissance des régions urbaines va de pair avec l'affirmation d'une situation paradoxale. Les métropoles sont à la fois le produit et le moteur d'un capitalisme mondialisé qui repose sur l'hypermobilité des capitaux, des idées et des personnes, et ce à un niveau probablement jamais atteint jusqu'alors. Mais elles sont aussi les espaces dans lesquels les tensions des sociétés contemporaines s'accumulent, depuis l'accroissement des inégalités sociales jusqu'à l'exacerbation de la pression sur l'environnement, depuis le mal-vivre ensemble jusqu'à la montée du sentiment d'insécurité. À mesure que le monde s'urbanise et que les mégarégions urbaines s'imposent, les métropoles apparaissent à la fois comme l'avenir certain et comme une menace potentielle pour une planète aux ressources fragilisées et une humanité qui serait soumise aux forces aveugles de la mondialisation. Comme si les nouvelles modalités de l'économie contemporaine qui président à la formation des métropoles se faisaient forcément contre la société. Sans verser dans une naïveté mal à propos, faut-il accepter cette vision fataliste qui reconnaît implicitement que l'économie fonctionne indépendamment du collectif que l'on désigne sous le terme attrape-tout de « société » ? L'avantage des métropoles est certes le résultat et le point de départ de réseaux de longue portée, liés à la mondialisation et aux multiples formes de division des tâches, notamment. Mais, loin d'être l'enfant de la seule mondialisation, la métropole est aussi une construction permise, façonnée et régulée, avec plus ou moins de bonheur, on le sait, par des sociétés métropolitaines elles-mêmes actrices de ces réseaux. Il est légitime, voire urgent, de repenser notre avenir métropolitain à la lumière de ce constat simple. » (Extrait de l'Avant-propos)
Quoi de commun entre le déploiement de dizaines de kilomètres de pistes cyclables dans la métropole en croissance de Bordeaux, la rénovation à base de chanvre de logements anciens du centre médiéval de Cahors, le projet de création d'une « boucle verte » de 220 hectares en première couronne parisienne et le plan d'industrialisation dunkerquois « Énergie créative » ? Chacune à sa manière, ces actions illustrent comment des villes engagent l'écologisation des politiques publiques. Ce « pouvoir logistique » des édiles, bien que délimité, n'a rien d'anecdotique : à chaque fois, il s'agit de façonner des relations socio-écologiques nouvelles pour rendre plus soutenables les espaces urbains frappés de plein fouet par la crise climatique, malgré les contraintes budgétaires. Ludovic Halbert est chargé de recherche CNRS rattaché au Laboratoire techniques, territoires et sociétés (LATTS, Université Gustave Eiffel). Félix Adisson est maître de conférences à l'École d'urbanisme de Paris (Université Gustave Eiffel) et chercheur au LATTS. Francesca Artioli est maîtresse de conférences en aménagement et urbanisme à l'Université Paris Est-Créteil et chercheuse au Lab'Urba. Nicolas Maisetti est maître de conférences en sociologie à l'Université Paris 8.