La Libération de la France
L'Auvergne de 1940 est d'autant plus le centre de la France que Vichy est la capitale provisoire de l'« État Français », que le chef du gouvernement est auvergnat, que de nombreux étrangers à la région sont venus s'implanter à proximité du pouvoir, en sécurité, croient-ils, dans cette fameuse zone libre qu'est la moitié Sud de la France. L'action, qui commence en novembre 1942, au moment de l'occupation de la totalité du territoire par l'armée allemande, va s'étendre jusqu'en juillet 1945. Dans cette région où les notables en place et certains bourgeois se sont laissés séduire quelque temps par le régime, on verra avec quelle rapidité, quelle ampleur et quelle détermination les masses ouvrières et paysannes, ainsi qu'un véritable échantillonnage de toutes les couches de la population se sont lancées dans la Résistance, fidèles ainsi à une tradition millénaire. Ils ont mené un âpre et même combat qui peut se résumer ainsi : chasser l'envahisseur et rétablir la République. On pourra suivre l'organisation et le développement de la Résistance, ses premières actions, l'apparition des maquis, la préparation de la prise du pouvoir, la répression, les combats de 1944, la mise en place de la IVe République, l'épuration et, enfin, le retour progressif à la vie normale dans un pays démocratique.
La Corse a été, depuis la plus haute Antiquité, un enjeu pour les nations riveraines de la Méditerranée, et même pour les peuples plus éloignés à vocation maritime et commerciale. Aussi l'affrontement rude et sanglant qui aboutira à la libération de l'Île ne fait que s'inscrire dans une ligne historique aux multiples conclusions. C'est dans ce contexte géographique et historique très large, dont les composantes politiques, économiques et stratégiques sont toujours présentes, que se situe la libération de la Corse de 1943. L'Île de beauté s'est libérée elle-même par un sursaut unanime de sa population, et il était intéressant de rechercher les raisons profondes de ce phénomène de rejet orageux contre l'envahisseur. Après avoir défini l'enjeu que représentait la Corse et l'avoir replacé dans son contexte extérieur, l'auteur retrace la genèse de la résistance avant et après l'occupation italienne. Il expose ensuite la renaissance de l'art militaire qu'a provoquée l'opération Vésuve grâce à la pratique du style indirect par les Patriotes et le Bataillon de choc agissant d'une façon complémentaire avec les troupes conventionnelles chargées du coup de force sur Bastia, exemple type d'opération de style direct. Les problèmes politiques, économiques, sociaux et militaires que posait la Corse libérée ont également été esquissés.
La province la plus lourdement frappée, presque toutes ses villes détruites, 385 000 immeubles ravagés, 421 000 hectares transformés en champs de mines, tous ses ouvrages d'art à reconstruire, tous ses ports anéantis, 100 000 hommes requis par l'armée allemande, 42 000 travailleurs transférés en Allemagne, 1 500 déportés morts dans les camps de concentration, plusieurs milliers de fusillés. Une densité de troupes d'occupation nullement atteinte ailleurs, multipliant les vexations, les prélèvements et les pillages et malgré cela une trame serrée de réseaux de résistance renseignant les alliés, sabotant la machine de guerre adverse. L'auteur qui a été un des chefs de la lutte clandestine, narre les principaux épisodes de cette insurrection contre laquelle se liguent la gestapo et les militants des partis collaborationnistes. Malgré la pénurie d'armes, les trahisons et le manque de cadres expérimentés, les Forces Françaises de l'Intérieur des cinq départements normands en retardant de plusieurs jours la venue des renforts allemands, assurèrent le succès du débarquement sur les côtes du Calvados et de la Manche et fournirent par la suite aux armées alliées une aide non négligeable.
Lyon, « capitale de la Résistance », disait-on. Et, en effet, là naquirent ou se développèrent les mouvements de résistance les plus importants. La Gestapo y arrêta Jean Moulin. Même après la constitution du C.N.R. et le départ pour Paris du Comité directeur des M.U.R., pour la zone sud, elle resta une capitale. N'était-elle pas le chef-lieu de la future région Rhône-Alpes, la plus importante de France ? L'organisation de la Résistance au printemps 1944 prépare la libération tant espérée : tandis que les F.F.I. « libèrent » les territoires où la présence allemande est la plus clairsemée, des offensives allemandes s'efforcent de démanteler successivement les maquis de l'Ardèche, de l'Ain, du Vercors, de l'Isère..., jusqu'au débarquement méditerranéen du 15 août qui met fin aux ratissages meurtriers. Mais c'est alors qu'à Lyon la répression atteint son paroxysme avec les massacres de Bron et de Saint-Genis-Laval. Le 3 septembre, le centre de Lyon est libéré, mais une période mouvementée avec l'épuration « sauvage » attend la région Rhône-Alpes (à laquelle Yves Farge s'efforça de mettre fin). C'est aussi la région où la revendication du pouvoir par les comités de Libération a atteint son maximum d'acuité. L'ouvrage se conclut sur les trois grands procès de Lyon (Cussonac, Angeli, Charles Maurras) et sur un tableau de la vie politique, économique et sociale jusqu'aux élections municipales du 29 avril et du 13 mai et au retour d'Édouard Herriot.
La libération de Marseille, les sept jours de combat qui ont chassé des troupes allemandes puissamment équipées, l'audace du général de Monsabert, l'ardeur de la 3e D.I.A., la part des F.F.I., ont été déjà évoquées avec bonheur. On a peut-être moins montré la préparation de la lutte, les incertitudes marseillaises au lendemain de la défaite, l'audace croissante des résistances diverses. On a encore moins rappelé que, dans l'immédiat, la Libération ne résolut pas tous les problèmes. Les lendemains restèrent difficiles. Certes, le port joua un rôle important dans le ravitaillement des armées alliées, le rapatriement des prisonniers de guerre, de plus la région marseillaise fut le théâtre de réquisitions qui constituèrent une expérience sans avenir mais non sans intérêt. Toutefois, l'atmosphère tendue qu'avait remarquée le général de Gaulle lors de son premier passage, en septembre 1944, ne se dissipa que lentement et la crise de l'automne 1947, sur laquelle se termine cet ouvrage, représenta un retour de fièvre, une rechute dans la convalescence.
Dans la lutte pour la Libération de la France, la Bretagne a joué un rôle de tout premier plan ; elle a été la province qui, la première, s'insurgea contre toute forme de collaboration avec l'occupant. Les organismes de résistance y prirent très tôt une ampleur considérable. Malgré de cruels bombardements anglo-américains et la plus impitoyable répression de la Gestapo et de ses complices français, les Bretons quasi unanimes préparèrent l'insurrection libératrice et réalisèrent, dès 1943, la coordination des mouvements clandestins et l'unification de l'Armée secrète, convainquant le général de Gaulle d'abord et le Haut-Commandement allié ensuite de l'efficacité jusque-là contestée de la Résistance armée. Avec le concours des parachutistes français du commandant Bourgoin et de quelques divisions américaines, ils réussirent à libérer en peu de jours, au mois d'août 1944, la plus grande partie de la province, permettant au général Patton de concentrer ses efforts sur une marche rapide vers les vallées de la Loire et de la Seine.
Trente ans ont passé ; on peut maintenant raconter - c'est de l'histoire - comment s'est passée la Libération à Toulouse : l'entrée des maquisards le 20 août 1944, la relève de « l'État français » de Vichy prise par les hommes du Gouvernement provisoire d'Alger, les Comités de Libération installés dans les préfectures et les mairies, l'ordre tant bien que mal maintenu - que faire, quand saute le couvercle de la marmite ? - et peu à peu, la remise en place des institutions républicaines, tandis que dure la guerre, qu'on manque de pain, de viande, d'électricité, que les prisonniers sont absents. Et de grands espoirs éveillés, des tentatives amorcées, dont certaines retrouvent aujourd'hui leur actualité : la participation du personnel à la gestion des entreprises, la structuration d'une économie régionale... En 1945, Toulouse, quelque temps capitale régionale, redevenait une ville de province. Mais Toulouse et la région toulousaine avaient vécu une vie intense, fiévreuse, que retrace ici celui qui, pendant dix-huit mois, en porta la responsabilité.
28 août 1944. Bordeaux enthousiaste accueille les hommes du Maquis. Quatre ans plus tôt, la misère et l'angoisse s'étaient abattues sur la ville avec la Wehrmacht et son appareil policier, tandis que les mouvements et les partis politiques, fidèles inconditionnels du Maréchal Pétain ou fanatiques de la collaboration, avaient préparé l'humiliation de la France. Dans l'ombre, la Résistance tisse patiemment ses réseaux, déjoue les pièges de la Gestapo mais succombe aussi, victime des rivalités et des trahisons. Pourtant la ténacité va triompher : la Résistance renaît quand déjà se lève la victoire et que les Alliés touchent au continent. Sabotages et actions de guérilla s'opposent aux mouvements de la Wehrmacht qui multiplie les représailles. De sévères affrontements précèdent la libération des villes ou l'occupant s'attarde ; celle de Bordeaux, objet de difficiles transactions, ne requiert pas de glorieux combats. Tandis que les maquisards verrouillent les ports de l'Atlantique, du sein de la Résistance vont surgir les hommes capables de maintenir dans une ville bouleversée le ravitaillement d'une population affamée, de restaurer l'économie ruinée, de modérer les ressentiments, de légaliser la répression, d'éviter l'anarchie.