LA PETITE JAUNE
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Depuis quelques années, un malaise s'est installé dans la culture contemporaine. Ici on récrit les classiques pour les purger du racisme et du sexisme, ailleurs on en appelle à une surenchère de contextualisations et on s'appuie sur des sensitivity readers (démineurs éditoriaux). Et si la question qui sous-tend ce vaste débat était mal posée ? S'il s'agissait, dans bien des cas, d'argent et non d'éthique ? Si la censure n'était pas du côté qu'on croit ? Si les précautions prises à tout contextualiser produisaient à terme un effet pervers ? À l'aide d'exemples concrets et finement analysés, notamment des oeuvres de Ian Fleming, Agatha Christie, Roald Dahl, Hergé, Claire de Duras ou encore Mark Twain, Laure Murat tente de rebattre les cartes d'une polémique qui, à force d'amplifier, brouille les vrais enjeux de la création et de sa dimension politique.
Nous sommes en 2030, des rivières, des lacs, des espèces végétales, animales, des phénomènes biophysiques comme les vagues, sont devenus des «personnes» dotées de «visages» et de «voix» pour exprimer leurs besoins, leurs valeurs, leurs perspectives autres qu'humaines. Dans ce récit de l'avenir, Camille de Toledo imagine comment une rivière, avec l'aide de ses avocats, va demander devant le tribunal la reconnaissance de son corps travailleur. Cette requête va déclencher des controverses, bousculer les plis de notre société, et la faire basculer vers un droit social des entités naturelles exploitées. Après Le fleuve qui voulait écrire. Les auditions du parlement de Loire, paru en 2021, Camille de Toledo poursuit ici sa mise en récit de la lutte, à laquelle il participe activement, pour la reconnaissance, en Europe et en France, des droits de la nature.
En 1925, Albert Londres réunissait une série d'articles décrivant le quotidien des asiles psychiatriques. Cent ans plus tard, le paysage a bien changé. Des progrès considérables ont été accomplis et ont permis à la psychiatrie de devenir une discipline authentiquement thérapeutique. Hélas, après une période faste allant des années cinquante à la fin du xxe siècle, la psychiatrie publique aujourd'hui désargentée et sursollicitée se replie sur une logique sécuritaire et une désolante vision biomédicale des troubles mentaux. Face à elle, les établissements privés prospèrent, mais la logique financière y concurrence la mission sanitaire d'une façon préoccupante. Ce dispositif laisse à l'abandon de nombreux malades, pas assez solvables pour être soignés en clinique privée, pas assez dangereux pour relever de l'hôpital public. Un tel scandale n'a pourtant rien d'inéluctable.