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L'année 1998 marque le centenaire de la prison de Fresnes, aujourd'hui l'une des plus célèbres et des plus importantes de France. Pour éclairer son histoire et sa place actuelle dans le système pénitentiaire français, il est indispensable de revenir sur la genèse de ce qui fut présenté à l'époque comme le modèle de la prison « moderne ». Tel est le propos de cet ouvrage où l'auteur retrace le contexte historique et politique qui a conduit à la création de ce dispositif carcéral aussi parfait dans sa rationalité qu'inhumain. Il montre comment le rêve philantropique d'une prison qui serait moins pire que la mort se résuma plus prosaïquement - de compromis en récupérations politiques - à extraire de la capitale ces « verrues » que constituaient les vieilles prisons parisiennes. Ainsi naquit Fresnes et ses quelque 2 000 cellules, application la plus monstrueuse de la loi de 1875 qui tendait à généraliser l'emprisonnement cellulaire. Car la cellule dotée de tout le confort moderne (eau et électricité à tous les étages) fut pour les détenus - « voleurs de poules » pour la majorité - de la torture propre : quatre murs d'un espace restreint dont on ne sortait que cagoulé et en silence. Non seulement l'isolement total des détenus n'arrêta pas les fléaux (la tuberculose y fit plus de ravages que dans les prisons en commun), mais il induisit une souffrance morale et une folie dont se font l'écho les journaux de prisonniers cités dans le livre. Un ouvrage de référence, remarquablement documenté, sur le grand tournant cellulaire du système pénitentiaire français.