Essais et fiction
Le français est probablement la langue la plus surveillée, réglementée et critiquée sur terre. Celui parlé au Québec et dans le reste de la francophonie canadienne l'est d'autant plus qu'il a longtemps été considéré comme le parent pauvre et fautif de la langue prétendument utilisée en toutes circonstances par une certaine élite de la société française. Dans une vingtaine de textes illustrés de nombreux exemples, Pierre Calvé brosse un portrait aussi fidèle, réaliste et objectif que possible du français en tant que langue vivante et qui varie naturellement dans le temps, dans l'espace et dans la société. Les sujets abordés sont diversifiés et accessibles aux non spécialistes : les caractéristiques de la langue parlée au quotidien, les registres de langue, la remise en question des normes du « bon usage », les critères d'acceptabilité sociale et linguistique, les recommandations souvent discutables des « gardiens » de la langue, ainsi que des thèmes comme les anglicismes, l'insécurité linguistique et la complexité de l'orthographe. Le français grandeur nature comble un vide entre les connaissances traditionnelles acquises lors de l'apprentissage scolaire du français (surtout écrit) et celles que devrait avoir tout francophone sur cette magnifique langue qu'est le français dans toute la richesse de sa diversité.
En juin 1755, après l'assaut des Britanniques contre le fort Beauséjour, situé à la frontière de l'Acadie, Tonin Grandmont, dit le Comtois, un soldat de 26 ans d'origine comtoise, gît sur le champ de bataille. Delphine Brassaud, une jeune Acadienne d'un village voisin, veille à son chevet. Une complicité immédiate les unit, mais la guerre les emporte dans des directions opposées. Soigné à Louisbourg, Tonin est séparé de Delphine contre son gré. Dès lors, il n'a qu'un seul but : retrouver celle qu'il aime, malgré les périls d'un monde en proie au chaos. De son côté, Delphine, avec sa famille, s'engage dans une fuite douloureuse vers la vallée du Saint-Laurent. Leur chemin croise celui des Acadiens exilés, témoins d'une déportation tragique et de la chute de Louisbourg. Au fil des pages, le récit nous transporte de la Comté aux paysages majestueux du Saint-Laurent, mêlant amour, guerre et espoir. À travers l'histoire d'un couple pris dans les méandres d'un destin cruel, ce roman donne vie aux souffrances des populations déplacées de force : femmes, enfants, soldats et humbles gens. Une fiction poignante ancrée dans les tourments d'une Histoire bien réelle, où l'espoir et l'amour se fraient un chemin au milieu des ténèbres.
Maurice Henrie, plume vigoureuse, propose un recueil d'essais débridés qui revendiquent la liberté de penser, de s'exprimer et de critiquer. Un livre qui réclame, par sa forme, le droit de réfléchir, de se prononcer, d'aller où bon lui semble et où le guident ses pas et ses pensées. De la contemplation existentielle au coup de gueule cinglant, Maurice Henrie se dévoile comme jamais, vagabondant d'un sujet à l'autre au gré des idées qui lui viennent, scrutant, triturant jusqu'à plus soif des thèmes qui lui sont chers - la philosophie, la politique et l'histoire - en une vingtaine d'essais littéraires. L'auteur porte un jugement amusé, mais juste, sur la société américaine. Il s'impatiente devant les échecs du processus de décision gouvernemental. Il s'intéresse aux déplacements souvent désastreux de la population francophone en Amérique. Il s'attarde en particulier au drame de la déportation des Acadiens en 1755 et à l'émigration massive des Québécois vers les États-Unis durant la période de 1840 à 1930. Il rend un bel hommage aux mots, qui jouent dans la vie contemporaine un rôle changeant. Voici un tourbillon de textes... rédigés par un écrivain qui veut être entendu, qui veut léguer ses pensées en héritage, qui veut dompter la mort.
Tchétchène d'origine russe et ancien trafiquant d'armes repenti, Ivan Gouchenko est abattu à son domicile. Le meurtre de ce PDG d'une division turque de la société Apobiotech Pharma, une transaction de 40 millions de dollars, des allégations de blanchiment de fonds et le vol d'un virus prennent une dimension internationale. Pour percer le mystère, Fisher, directeur des opérations canadiennes chez Neuro-Alpha, demande au docteur Derren d'accéder à la mémoire d'un homme : Jalel Al-Hariz, un des terroristes les plus recherchés. Une mission de routine pour un analyste aux renseignements criminels. Une mission des plus palpitantes pour un neurologue. Sauf que la belle-fille du trafiquant repenti se trouve au coeur de l'affaire. Et que l'ancienne flamme de Fisher est à son tour accusée de fraude. Après Memoriam, on retrouve avec bonheur le tandem Fisher-Derren qui n'a de cesse de dénouer cet imbroglio de Kilis à Montréal, de la détresse d'un camp de réfugiés au laboratoire aseptisé de Bio Pharma. Et cela, quitte à défricher les mémoires les plus violentes, quitte à voler des souvenirs par effraction.
Yolande Bastarache est partie trop tôt. Lire la quinzaine de nouvelles de ce recueil posthume, c'est découvrir un lumineux jardin secret sur lequel souffle doucement la brise du large, peuplé d'êtres faits de fiction et de mémoire. « Je dois raconter cette histoire à mon cahier rose. Les adultes ne s'y intéresseront pas. Mon amie Juliette était une fille sage et pas menteuse du tout. Elle ne parlait jamais pour ne rien dire et souvent on se demandait, Annie et moi, ce qu'elle pouvait avoir en tête. Alors, le jour où elle s'est mise à nous faire ce récit bouleversant, que je vais vous relater, Annie et moi nous l'avons écoutée avec beaucoup de respect. Je dois tout dire de cette journée où l'inconcevable et l'indignation se rencontrent pour ébranler une vie. » Pénétrer dans l'univers de Yolande Bastarache, c'est aller à la rencontre d'enfants gambadant gaiement dans les rues du village, de tantes excentriques cachant des secrets bien gardés, et de tant d'autres personnages hauts en couleur, avec chacun ses soucis, mais tous, combien attachants et pleins de vie. C'est aller à la découverte de secrets et de sympathies inattendues. Yolande Bastarache, Acadienne, grande lectrice, et écrivaine à ses heures, était la conjointe de Me Michel Bastarache, ancien juge de la Cour suprême du Canada.
Voyages en nostalgie explore un corpus de productions culturelles et artistiques choisies en fonction de leur pouvoir évocateur et de leur capacité à faire ressurgir des moments privilégiés grâce à des lectures, des musiques, des publicités, des fictions télévisuelles, des films et des jeux vidéo. Si notre existence est faite de rencontres avec des personnes en chair et en os, elle est également modelée par d'innombrables rencontres virtuelles, médiatisées par les propositions artistiques que leurs auteurs soumettent à notre attention. À travers celles-ci, nous construisons notre identité. Nous apprenons à vivre et à nous connaître en découvrant plusieurs visions du monde. Certaines créations éveillent spontanément des émotions liées à nos expériences personnelles. D'autres se déposent dans notre inconscient, prêtes à surgir de façon inattendue ou à la suite d'un travail volontaire d'excavation des souvenirs et d'exercice de la mémoire. Elles constituent des écrans sur lesquels nous nous projetons et des tremplins favorisant l'exercice de notre propre expression. Voici un texte hybride dans lequel le ton alterne entre le registre de l'érudition et celui plus intimiste des réminiscences qu'elles suscitent chez le sujet qui les reçoit. À chacun ses nostalgies...
Que signifie prendre racine, habiter, un espace, le faire nôtre, le transformer à notre image et, en retour, devenir autre sous son influence ? En somme, que signifie devenir « habitant » ? Le terme a longtemps été péjoratif chez nous : quasi-synonyme de personne inculte, rustre, ours mal dégrossi ; le péquenaud des Français. À tort. C'est toute une aventure que celle de devenir habitant, aventure que nos aïeux ont menée à bien, de façon exemplaire, en construisant ce pays. Il n'y a pas de plus beau destin que celui d'habiter pleinement un lieu. Ce petit recueil cherche à en témoigner. L'auteur, un universitaire avec des velléités de terrien, livre quelques extraits de ses carnets qui té
Acadie, 1917. Dans un village acadien de bord de mer, où la vie se déploie au fil de ses saisons et de ses luttes, dans sa beauté et son âpreté, Jean-Baptiste, à peine un homme, et la jolie Angelaine s'aiment éperdument. Du jour au lendemain, leur monde bascule du tout au tout. Devenu orphelin en temps de guerre, désemparé, le jeune homme s'enrôle dans l'Armée canadienne et quitte les rivages de son Acadie natale et sa bien-aimée. Il pense partir au front, mais il se retrouve dans les magnifiques montagnes de la Franche-Comté, à y bûcher rudement le bois à coeur de jour. Avec, comme toile de fond, le gigantesque et méconnu travail des soldats canadiens et acadiens durant la Première Guerre mondiale dans le Jura, en Franche- Comté, Acadissima révèle la force de l'amour qui unit deux jeunes Acadiens, malgré la guerre, l'éloignement et la difficulté de vivre. Publié en français.
Diplomatie. Méfiance. Filature. Espionnage. Ambiguïté. C'est dans cet univers administratif étouffant que Paul vient d'accéder au poste de directeur général aux Affaires étrangères. Il travaille dans un service diplomatique où les petites intrigues se multiplient dans un contexte de relations sociales difficiles. Il est bel homme, ce Paul. Il attire l'attention de la gent féminine. Il est volage. Il est assez peu sympathique, finalement-presque un antihéros. Qu'à cela ne tienne. Celle qui l'envoûte, qui le tient en haleine, c'est elle, cette belle inconnue. Odette, qu'il croise, mais qu'il ne connaît pas. Il est fasciné. Subjugué. Obsédé. Au fil des jours, des subterfuges et des plans contrecarrés, Paul découvre enfin qui elle est ; plus que jamais, il désire faire sa connaissance. Réussira-t-il à établir une quelconque connexion avec celle qui en vient, sans le savoir, à prendre une place démesurée dans sa vie ?
27 nouvelles insolites où l'humour le dispute à l'émotion : une maison aux lilas mystérieuse, des amours passagères, et des questions qui résonnent bien au-delà de la dernière page. Maurice Henrie y mêle fiction et vécu avec une rare liberté.
Un notable laisse, à son décès, un manuscrit étonnant, qui plonge dans l'embarras son filleul et liquidateur testamentaire. Que faire de ces essais tout à fait déroutants, qui abordent les sujets les plus disparates, dans une saisie tour à tour iconoclaste, ironique, attendrissante, provocatrice, pédante, farfelue, quelquefois loufoque, sinon risible, le tout tirant à hue et à dia ? Question difficile, et d'autant plus que rien de tout cela ne colle au personnage lui-même, qui semble s'être avancé masqué, écrivant a contrario de tout ce qu'il était. Éloge de la procrastination, vraiment, lui qui était un bourreau de travail ? Ou éloge de la taverne, lui qui n'y est jamais entré ? Sont-ce des éloges, vraiment ? Ces essais ne seraient-ils pas plutôt des facéties, des tours burlesques, à intention ironique, ou carrément des mystifications, permettant à l'auteur de se dérober pour mieux dire ? Une seule chose à faire, finalement : les publier, advienne que pourra.
Philippe, jeune neurologue prodige, consacre sa carrière à la maladie d'Alzheimer. Sa seule motivation : prouver l'innocence de son père, atteint d'Alzheimer, d'allégations de complot terroriste, qui a couté la vie à sa mère. Son acharnement l'amène à transgresser les limites éthiques et morales au grand désespoir de sa soeur aînée, Camille, qui cache aussi un grand secret. Agente d'artiste, Camille dirige présentement la tournée d'un illusionniste, le Grand Chaïm. Étonnamment, il connaît aussi très bien les travaux de Philippe. Les avancées lentes et difficiles du jeune chercheur prennent une tournure inédite à la rencontre de William, un être mystérieux, directeur d'une entreprise privée qui se spécialise sur les neurosciences. Encouragé par l'apport financier et matériel de la société de William, Philippe fait finalement les percées qu'il espérait et réussit à pénétrer dans la mémoire de son père. Alors que les recherches vont bon train, William installe un nouveau patient - nom de code Charlie - dans les locaux de Philippe sans donner trop d'instructions précises. Malgré des efforts soutenus, Philippe se tourne vers Charlie pour développer encore plus à fond ses techniques médicales de recherche sur la mémoire et protéger la vie de son père déjà fragile. La vérité que Philippe cherche tant le frappe comme un mur de brique. Du peu d'éthique et de morale qui lui restait, voilà que ses valeurs profondes sont remises en question. Réussira-t-il pour autant à trouver le véritable terroriste dont l'identité se cache quelque part dans les ténèbres cérébrales de ses deux patients?