Écocène
Et si l’espoir naissait de nos liens avec les vivants non humains ? Perspectives terrestres mêle essai et BD pour dessiner un scénario optimiste face à la crise écologique.
Dans les périphéries urbaines l’équivalent d’un département de terres agricoles disparaît tous les dix ans sous l’asphalte et le béton. La France est dévorée par des centres commerciaux, des zones d’activités, des parkings, des lotissements… Pourtant, un collectif d’irréductibles citoyens est parvenu à défaire le projet de mégacentre commercial et de loisirs EuropaCity et à sauver l'une des dernières poches agricoles de l’agglomération parisienne. Cette victoire du Collectif pour le Triangle de Gonesse est devenue un emblème national de l’opposition à l’artificialisation des terres nourricières. Comment une mobilisation citoyenne peut-elle gripper la machine de l’aménagement du territoire ? Stéphane Tonnelat livre un récit de cinq années en immersion dans ce collectif. Il tire de son enquête une chronique vivante des rebondissements d’une lutte. Outre les dessous des politiques aménagistes, on découvre dans ce récit une pratique de la démocratie participative à la fois simple et radicale : une démocratie écologique et publique. Stéphane Tonnelat est ethnographe, chargé de recherche au CNRS au laboratoire UMR LAVUE, à l'université Paris Nanterre. Il mène des recherches au long cours sur les espaces publics, urbains et périurbains, leurs usagers et défenseurs.
En 2015, l’Accord de Paris sur le climat semblait signer une nouvelle ère, celle du consensus international face à la gravité du dérèglement climatique, celle du passage à l’action. Pourtant, on assiste depuis au démantèlement des politiques environnementales. Les programmes politiques et les discours ouvertement anti-écologiques prolifèrent. Malgré le désastre écologique, toute tentative de mise en œuvre d’une transition à la hauteur des enjeux suscite une puissante réaction, un greenbacklash planétaire. Après Greenwashing, voici un nouveau manuel pour dépolluer le débat public. Scientifiques, activistes et journalistes y proposent une cartographie mondiale du phénomène de backlash anti-environnemental. Qui ? Comment ? Où et depuis quand ? Voilà les questions auxquelles nous devons répondre pour faire face à ces forces multiples qui menacent le vivre-ensemble sur notre planète. Sous la direction de Laure Teulières, maîtresse de conférences en histoire contemporaine, université Toulouse Jean Jaurès, Steve Hagimont, maître de conférences en histoire contemporaine, Sciences Po Toulouse, Jean-Michel Hupé, chercheur en écologie politique, CNRS. Avec les contributions de : Geneviève Azam, Christophe Cassou, Eve Darian Smith, Jean-Baptiste Fressoz, Stéphane Foucart, François Jarrige, Valérie Masson-Delmotte, Isabelle Stengers, Marie Toussaint...
Ce guide pratique et manifeste théorique, lu dans le monde entier, renouvelle en profondeur les sciences sociales et notre compréhension des dérèglements en cours de notre planète. Il est impossible de saisir ce qu'on appelle l'Anthropocène au seul niveau global. Il nous faut réapprendre à redécouvrir notre Terre, la nouvelle nature où nous vivons désormais, territoire après territoire (ce qu'Anna Tsing appelle des patchs), en suivant aussi bien les dynamiques non humaines que celle des êtres humains. Ce guide de terrain nous apprend à envisager les effets de nos infrastructures, à en étudier toutes les conséquences, souvent inattendues ou passées sous silence par leurs initiateurs, ce qu'Anna Tsing et son équipe appellent les effets « féraux ». De la mutation des moustiques sur les navires transportant les esclaves d'Afrique vers les Antilles, devenus ainsi porteurs de la dengue, à la mer Noire privée de poissons, car envahie par les méduses transportées dans les ballasts des navires et favorisées par les insecticides et le réchauffement climatique, en passant par l'envahissante mérule, ce livre fourmille de mille exemples concrets.L'équipe d'autrices, composée d'ethnographes et d'artistes, est conduite par Anna L. Tsing, anthropologue, professeure à l'université de Californie à Santa Cruz (où elle participe à la fois au département des études féministes et à celui des études environnementales), et à l'université d'Aarhus au Danemark. Elle a écrit plusieurs livres majeurs dont Le Champignon de la fin du monde. Sur la possibilité de vivre dans les ruines du capitalisme (La Découverte, 2017). Traduit de l'anglais par Philippe Pignarre et Isabelle Stengers
Douvan soufwans twel-vivan lé Zantiy, an magma-dinité lévé an tjè latè. La pollution de la Martinique et de la Guadeloupe au chlordécone constitue l’une des plus grandes catastrophes environnementales de la Ve République. Elle révèle l’habiter colonial, cette manière destructrice, raciste et patriarcale d’habiter la Terre instaurée par les colonisations et esclavages de la modernité capitaliste. Les révoltes volcaniques des peuples antillais entendent bien défaire les plantations, les sciences, l’État et l’imaginaire national qui s’accommodent de leur déshumanisation. Par un geste interdisciplinaire et poétique, S’aimer la Terre déplie les facettes de ce scandale et propose une manière de faire monde portée par l’exigence décoloniale d’un amour de la Terre. Malcom Ferdinand est un politiste et philosophe martiniquais. Chercheur au CNRS (IRISSO / Université Paris Dauphine-PSL), il a publié au Seuil en 2019 Une écologie décoloniale. Penser l’écologie depuis le monde caribéen qui a obtenu le prix de la Fondation de l’écologie politique 2019 et le Prix Fetkann ! Maryse Condé, catégorie Recherche 2020. Il copréside l’Observatoire Terre-Monde.
Voici une histoire radicalement nouvelle de l'énergie qui montre l'étrangeté fondamentale de la notion de transition. Elle explique comment matières et énergies sont reliées entre elles, croissent ensemble, s'accumulent et s'empilent les unes sur les autres. Pourquoi la notion de transition énergétique s'est-elle alors imposée ? Comment ce futur sans passé est-il devenu, à partir des années 1970, celui des gouvernements, des entreprises et des experts, bref, le futur des gens raisonnables ? L'enjeu est fondamental car les liens entre énergies expliquent à la fois leur permanence sur le très long terme, ainsi que les obstacles titanesques qui se dressent sur le chemin de la décarbonation.Jean-Baptiste Fressoz est un historien des sciences, des techniques et de l'environnement. Après avoir été maître de conférence à l'Imperial College de Londres, il est maintenant chercheur au CNRS, enseignant à l'EHESS et à l'École des ponts et chaussées. Il a déjà publié au Seuil L'Apocalypse joyeuse, Les Révoltes du ciel (avec Fabien Locher), et L'Événement anthropocène (avec Christophe Bonneuil).
Et si la transition écologique cachait une nouvelle ruée vers l’or minier ? La Ruée minière au XXIe siècle révèle comment, sous couvert de lutte climatique, l’extraction des métaux s’emballe et menace l’avenir de la planète.
Pour vivre sur une planète habitable, nous devons rénover nos passoires thermiques et bâtir en terre crue. La terre n’est pas seulement nourricière, c’est une matière de construction millénaire aux nombreuses vertus – isolantes, décoratives, structurelles. Elle est répandue à l’échelle planétaire, gratuite, réversible, et infiniment réemployable. Comment en est-on arrivé à ce que cette peau perspirante soit remplacée du mur au plafond par des matériaux énergivores, polluants et irrespirables ? Des maçon·nes et une sociologue, membres actifs du Projet national terre crue, ont pris la plume après avoir enquêté sur notre rapport au bâti, au sol, et sur l’histoire des architectures de terre. Malgré des opérations de disqualification et de démolition – des Suds aux Nords – qui ont été pistées, le récit se concentre sur les gestes de persistance : la diversité géologique des terres appelle des savoirs locaux qui résistent à la marchandisation, à l’uniformisation et à la masculinisation du BTP. Des artisan·es veillent au grain de la terre et défendent sa mise en œuvre écologique et son intensité sociale. Un jeu de cartes détachables est proposé en fin de livre comme une invitation à passer à l’action : danser, lutter et construire avec la terre. Geneviève Pruvost est sociologue du travail et du genre (médaille de bronze du CNRS). Elle a publié Quotidien politique (La Découverte, 2021). Alain Marcom est maçon, cofondateur d’une SCOP et auteur de Construire en terre-paille (Terre vivante, 2011). Aymone Nicolas est artisane, historienne de l’architecture. Elle a traduit le livre de Franz Volhard, Construire en terre allégée (Actes Sud, 2016).