Débats
Il faut apprendre à discerner les chances non réalisées qui sommeillent dans les replis du présent. Il faut vouloir s'emparer de ces chances, s'emparer de ce qui change. Il faut oser rompre avec cette société qui meurt, et qui ne renaîtra plus. Il faut oser l'Exode. Il faut ne rien attendre des traitements symptomatiques de la « crise », car il n'y a plus de crise : un nouveau système s'est mis en place, qui abolit massivement le « travail ». Il restaure les pires formes de domination, d'asservissement, d'exploitation, en contraignant tous à se battre contre tous, pour obtenir ce « travail » qu'il abolit. Ce n'est pas cette abolition qu'il faut lui reprocher : c'est de prétendre perpétuer comme obligation, comme norme, comme fondement irremplaçable des droits et de la dignité de tous, ce même « travail » dont il abolit les normes, la dignité et l'accessibilité. Il faut oser vouloir l'Exode de la « société de travail » : elle n'existe plus et ne reviendra pas. Il faut vouloir la mort de cette société, qui agonise afin qu'une autre puisse naître sur ses décombres. Il faut apprendre à distinguer les contours de cette société autre derrière les résistances, les dysfonctionnements, les impasses dont est fait le présent. Il faut que le « travail » perde sa centralité dans la conscience, la pensée, l'imagination de tous : il faut apprendre à porter sur lui un regard différent ; ne plus le penser comme ce qu'on a ou n'a pas, mais comme ce que nous faisons. Il faut oser vouloir nous réapproprier le travail.
Dix ans après la Commission Bouchard-Taylor, comment évaluer ses retombées? Échec pour les uns et succès pour les autres, comment en juger? Cet ouvrage donne l'heure juste en proposant un bilan interdisciplinaire et international des enjeux de fond que la Commission a contribué à définir, touchant la gestion de la diversité culturelle et religieuse, ainsi que de la réception exceptionnelle de son Rapport dans le monde. Il s'agit ainsi de mettre à la disposition d'un large public les analyses les plus récentes de chercheurs qui ont intensivement débattu des questions qui étaient au coeur de la « crise » des accommodements raisonnables, afin de mieux cerner les avancées et les reculs de la société québécoise. On y trouve aussi les bilans de sociétés comparables (Australie, Europe, Royaume-Uni, Pays Nordiques).
Au lendemain des débats qui ont tiraillé la société québécoise au sujet des valeurs devant guider la cohabitation dans les espaces publics, le temps est venu de faire le point sur les termes du dialogue et sur les conditions pouvant en faciliter la réalisation. Les essais qui composent ce recueil entendent non seulement tracer un portrait des défis à relever à cet égard, mais aussi éclairer les avenues favorisant l'approfondissement d'un dialogue riche et porteur pour tous les citoyens. Caractérisés depuis le milieu des années 1960 par la quête de politiques plus équitables et par la concertation des différents intervenants, le régime de citoyenneté québécois et ses modes de délibération sont aujourd'hui mis à mal. En outre, l'esprit d'échange, de conciliation et de réciprocité qui a fait la force de l'approche québécoise dans le domaine des relations interculturelles semble s'affaiblir, à un point tel que le gouvernement du Québec hésite encore à adopter l'interculturalisme en tant que projet politique rassembleur. L'idée d'une citoyenneté québécoise pluraliste axée sur le dialogue, la reconnaissance et la participation est remise en question, tant dans le débat public que dans la sphère de la politique partisane. Issues des études politiques, de la philosophie, de l'histoire, de la science des religions, des études littéraires et du droit, les différentes perspectives réunies dans cet ouvrage visent à alimenter la réflexion sur la démocratisation des échanges publics et sur la cohabitation dans une société plurielle.
On croyait la question de la laïcité québécoise depuis longtemps rangée dans les archives de nos disputes politiques. Or, depuis 2006, un débat d'une rare intensité a déchiré les Québécois et ramené la question de la religion au premier plan au point de faire de la laïcité la controverse politique de la décennie. Guillaume Lamy, chercheur indépendant et journaliste du monde universitaire, a entrepris de remonter aux racines de cette controverse. Il a épluché toutes les interventions qui ont été écrites sur l'enjeu de la laïcité au Québec depuis la résurgence de ce débat au xxie siècle à travers les accommodements raisonnables, la commission Bouchard Taylor, le programme Éthique et culture religieuse et la charte des valeurs. Cette controverse a considérablement changé le paysage politique, constate-t-il, au point de réorganiser les clivages politiques en de nouveaux camps où se retrouvent côte à côte des penseurs de droite et de gauche, des fédéralistes et des souverainistes. Le débat a ouvert un fossé au centre des fondations souverainistes, progressistes et aussi chez les féministes québécoises qui se sont divisées sur le modèle d'encadrement de la religion au Québec. Trois familles de pensées forment de nouveaux carrefours idéologiques où se sont regroupés des conservateurs, des républicains civiques et des penseurs libéraux, observe l'auteur dans sa volonté de cartographier les forces en présence. Cet essai d'une grande pertinence contribue à enfin mettre de l'ordre dans le chaos de cette controverse.
Duplessis : Entre la Grande Noirceur et la société libérale est un recueil de textes passionnants sur la personnalité paradoxale de Maurice Duplessis. Près de quarante ans après la disparition du «chef», cet ouvrage met en plein jour toute la complexité de la société québécoise de cette période.o Une toute nouvelle collection, dirigée par Alain-G. Gagnon, dans le domaine contemporain des sciences sociales au Québec : la collection Débats, dont les mots maîtres sont délibération et réflexion.o Au-delà du procès d'intention et de la stérile polémique, Duplessis : Entre la Grande Noirceur et la société libérale démontre avec discernement et subtilité que tout n'a pas encore été dit sur Maurice Duplessis. Un livre réalisé sous la direction d'Alain-G. Gagnon et de Michel Sarra-Bournet.Duplessis : Entre la Grande Noirceur et la société libérale est un recueil de textes passionnants sur la personnalité paradoxale de Maurice Duplessis. Près de quarante ans après la disparition du «chef», cet ouvrage met en plein jour toute la complexité de la société québécoise de cette période.On a longtemps parlé de «Grande Noirceur», mais ce sont surtout les visées «libérales» de Duplessis que les analystes ont tenté de cerner au cours de la dernière décennie. Dans cet ouvrage, historiens, sociologues, politologues, journalistes et témoins privilégiés de cette époque débattent la question de cet héritage beaucoup plus complexe que ne veut le laisser entendre un certain discours officiel.
Le projet de ce livre est né après la publication du rapport de la Commission Bouchard-Taylor, en mai 2008, avec pour objectif de recueillir les réactions d'universitaires sur le contenu du rapport et, plus largement, sur l'état de la diversité au Québec. Le symposium Penser la diversité québécoise, organisé à l'automne 2008 à l'UQAM, a réuni les différents collaborateurs de cet ouvrage et a servi de point de départ aux discussions et délibérations des auteurs. Le débat sur la diversité au Québec est loin d'être clos, comme le démontrent l'actualité politique ainsi que les idées et opinions exprimées dans les médias - pluralisme, laïcité, accommodements raisonnables, diversité... Ce livre apporte une contribution originale en ce sens qu'il cherche, au-delà de l'enjeu des accommodements culturels, à replacer le débat sur le pluralisme culturel et religieux dans le contexte du devenir de la nation québécoise. La diversité est devenue un incontournable dans la définition du vivre-ensemble au Québec. En réponse à la « crise » des accommodements raisonnables, la Commission Bouchard-Taylor devait clarifier les rapports entretenus par la société québécoise avec le pluralisme culturel et religieux, et recommander des ajustements souhaitables. Or, deux ans après le dépôt du rapport final de la commission, ses deux principales recommandations - un énoncé de politique sur l'interculturalisme et un livre blanc sur la laïcité - sont restées lettre morte. Pourquoi ? Le statu quo n'est certes pas une option, et le retour à une certaine paix sociale dans les rapports interculturels ne justifie pas l'inertie politique. Les Québécois demeurent en quête de repères collectifs et communautaires permettant de concilier les différences et la vie commune. Ce livre dresse un constat sans complaisance du rapport Bouchard-Taylor et s'interroge sur les particularités de la diversité au Québec. Il cherche également à replacer le débat sur le pluralisme dans le contexte de la précarité de la nation québécoise dans l'ensemble canadien.
La mondialisation, malgré ses promesses techniques infinies, n'a pas réduit nos difficultés à communiquer. Perdu dans les solitudes interactives, chacun cherche l'Autre, hélas, rarement au rendez-vous. Négocier. Cohabiter. Tout pour éviter l'échec de l'acommunication et le risque de guerre. L'Europe en est la paradoxale illustration. Jamais d'accord, mais toujours ensemble. La communication, on l'a rêvée parfaite, technique et immédiate, elle se révèle fragile, politique et humaine. La communication, au fond, c'est toujours le risque de l'Autre. Une théorie politique de la communication : Informer n'est pas communiquer (2021) Communiquer, c'est négocier (2022) Penser l'incommunication (2023)
La diffusion rapide du virus SARS-CoV2 nous a récemment rappelé la fonction protectrice de la frontière. Mais au-delà de cette situation pandémique, comment interpréter le retour des frontières constaté depuis quelques années ? Contrairement à ce que l'on croit souvent, cette réaffirmation des frontières, quand elles ne sont pas réduites à des murs mais envisagées en tant que limites, est une bonne nouvelle. Car une frontière a une histoire, c'est une institution issue de conflits et de traités, de négociations et de décisions. Abolir les frontières, c'est faire disparaître les États. Or, un monde sans frontières est un monde barbare, ce que l'horreur daechite nous avait rappelé.
Jacques Lacan continue de faire l'objet des interprétations les plus extravagantes, tantôt idole, tantôt démon. Mais le contexte, lui, a changé : l'époque héroïque de la psychanalyse a pris fin, nous vivons l'éclosion des psychothérapies, mille et une façons d'apaiser les souffrances contemporaines en vertu de pratiques toujours plus réglementées par l'État. Rappeler, dans ces conditions, ce que fut la geste lacanienne, c'est se souvenir d'abord d'une aventure intellectuelle et littéraire qui tint une place fondatrice dans notre modernité : liberté de parole et de mœurs, essor de toutes les émancipations (les femmes, les minorités, les homosexuels), espoir de changer la vie, l'école, la famille, le désir. Car si Lacan se situa à contre-courant de bien des espérances de l'après-68, il en épousa les paradoxes, au point que ses jeux de langage et de mots résonnent aujourd'hui comme autant d'injonctions de réinstituer la société. Retour sur sa vie, son œuvre, ce qu'elle fut, ce qu'il en reste, avec pour guide sa meilleure spécialiste. Historienne, directrice de recherches à l'Université de Paris-VII, Élisabeth Roudinesco est l'auteur de nombreux livres qui ont fait date.
Avec ce livre sur une guerre sainte qui a durement frappé la France, Sylviane Agacinski inscrit sa réflexion dans le temps long de l'histoire des religions et des relations entre le religieux et le politique. La France d'aujourd'hui, dit-elle, n'a pas un problème avec l'islam ni avec les musulmans mais bien avec le jihad armé et la montée des islamismes qui placent une « loi divine » intangible à l'abri des interprétations et au-dessus des lois humaines. La philosophe met ainsi en cause le concept politique d'islamophobie fait pour masquer le prosélytisme islamiste. Elle s'insurge en outre contre l'intolérable promotion du voilement des femmes, pratique discriminatoire venue du fond des temps et véritable casus belli dans une République établie sur le principe d'égalité devant la loi. Au-delà d'un universalisme messianique arrivé à épuisement, Sylviane Agacinski interroge la capacité de la France à assumer sa singularité historique, politique et culturelle, à la fois nationale et européenne, en résistant au modèle habermassien du multiculturalisme.
Depuis quelques années, la question resurgit avec force : peut-on séparer l'oeuvre de son auteur ? Du Nobel attribué à Peter Handke aux César à Roman Polanski, sans parler du prix Renaudot à Gabriel Matzneff, le débat fait rage. De même, le passé nazi de grands penseurs du XXe siècle, à commencer par Heidegger, trouble notre appréciation de leur legs, tandis que l'inscription d'un Céline ou d'un Maurras au livre des commémorations nationales a suscité une âpre querelle. Faut-il considérer que la morale des oeuvres est inextricablement liée à celle de leurs auteurs ? Et bannir les oeuvres lorsque leur auteur a fauté ? Loin de l'invective, ce court essai entend mettre en perspective, historique, philosophique et sociologique, cette question, en analysant les prises de position dans ces « affaires ». Mais loin du « tout se vaut », il tranche, offrant à chacun les moyens de cheminer intellectuellement sur un terrain semé d'embûches.Gisèle Sapiro est directrice de recherche au CNRS et directrice d'études à l'EHESS, spécialiste de l'engagement des intellectuels et des rapports entre littérature et politique. Elle est l'auteure notamment de La Responsabilité de l'écrivain. Littérature, droit et morale en France (XIXe-XXIe siècles), Seuil, 2011, de Les Écrivains et la politique en France. De l'affaire Dreyfus à la guerre d'Algérie, Seuil, 2018, et de Des mots qui tuent. La responsabilité de l'intellectuel en temps de crise (1944-1945), Points Seuil, 2020.
Jean-Pierre Dupuy a tenu pendant la pandémie un « journal de pensée » d'un genre spécial : il réagit moins aux événements que nous avons tous vécus depuis le mois de mars 2020 qu'à la manière dont ces événements ont été analysés, discutés. Il le fait à la lumière de sa contribution majeure à la pensée de la catastrophe développée dans un livre fameux et souvent mal compris, Pour un catastrophisme éclairé. Quand l'impossible est certain (Seuil, 2002 ; 2004). Voici un livre de combat mû par la colère. La colère de voir des intellectuels relativiser la gravité de la pandémie en cours, s'engager dans une critique virulente de sociétés et de gouvernants qu'ils jugent obsédés par la « protection de la vie », au point de sacrifier l'avenir du monde, de l'économie et des libertés publiques. Avec rigueur et détermination, Jean-Pierre Dupuy leur répond et met au jour les erreurs logiques - et scientifiques - qui sous-tendent ces raisonnements, et propose par là même une réflexion passionnante et passionnée sur la mort et la vie au temps de la pandémie.
En juin 2019, la France déclarait l'état d'urgence climatique. L'enjeu, initialement politique et économique, est devenu juridique et citoyen mais également médiatique. La crise climatique a appelé à de nouvelles formes de mobilisation de la société civile, le droit devenant le bras armé de cette lutte. L'objectif de la justice climatique est double. D'abord, lutter contre les inégalités créées par le changement climatique. Ensuite, sensibiliser la communauté internationale à la nécessité absolue d'agir de manière ambitieuse. C'est à l'étude de ces nombreuses actions en justice climatique que ce livre est consacré.
Les propagandes visant à faire passer le cours pris par la globalisation économique pour un fait de nature, s'imposant sans discussion possible à l'humanité entière, semblent avoir recouvert jusqu'au souvenir des leçons sociales qui avaient été tirées de l'expérience des deux guerres mondiales. La foi dans l'infaillibilité des marchés a remplacé la volonté de faire régner un peu de justice dans la production et la répartition des richesses à l'échelle du monde, condamnant à la paupérisation, la migration, l'exclusion ou la violence la foule immense des perdants du nouvel ordre économique mondial. La faillite actuelle de ce système incite à remettre à jour l'œuvre normative de la fin de la guerre, que la dogmatique ultralibérale s'est employée à faire disparaître. Ce livre invite à renouer avec l'esprit de la Déclaration de Philadelphie de 1944, pour dissiper le mirage du Marché total et tracer les voies nouvelles de la Justice sociale. Alain Supiot est actuellement directeur de l'Institut d'Études Avancées de Nantes. Professeur de droit, il est membre de l'Institut Universitaire de France.
Frontières d'Afrique Pour en finir avec un mythe Le principe d'intangibilité des frontières a été adopté par les chefs d'État africains en 1964, au moment des indépendances. Depuis, les États se sont appropriés cet héritage d'une période coloniale. Il est donc temps d'en finir avec le mythe de cicatrices coloniales, tracés artificiels qui seraient responsables des conflits actuels et du mal-développement. Les frontières d'Afrique sont bel et bien devenues des frontières africaines. Et quoique parfois encore imprécises ou sources d'insécurité, elles fonctionnent néanmoins comme une ressource et comme autant d'interfaces utilisées par les réseaux marchands, acteurs d'une mondialisation par le bas.
Violences sexistes et sexuelles en politique "Notre quotidien, au Parlement, c'est d'être interrompues de manière intempestive, de subir en bruit de fond les bavardages et parfois les moqueries, de ne pas être écoutées. Prendre la parole pour dire que nous ne voulons plus subir les violences sexistes ou sexuelles que certains hommes nous infligent : voici l'urgence."
La condition d'étranger est appelée à se répandre. Mais la mobilité que l'on se plaît à célébrer se heurte aux frontières que les États-nations dressent face aux " migrants ", traités en ennemis plutôt qu'en hôtes. Mis en demeure de pallier l'hostilité de leurs gouvernants, beaucoup de citoyens se sont retrouvés acculés à faire quelque chose : accueillir, nourrir ou transporter des voyageurs en détresse. Ils ont ainsi réveillé une vieille tradition anthropologique qui semblait endormie, celle de l'hospitalité. Cette façon d'entrer en politique par la petite porte de chez soi qu'on ouvre montre toutefois ses limites. Chaque hébergement est une goutte d'eau dans l'océan de l'errance globale et la faveur dont procèdent de tels gestes ne saurait durablement faire office de sauf-conduit. Michel Agier nous invite à repenser l'hospitalité au prisme de l'anthropologie, de la philosophie et de l'histoire. S'il en souligne les ambiguïtés, il révèle aussi sa capacité à déranger l'imaginaire national. Car l'étranger qui vient nous demande de penser autrement la place de chacun et chacune dans le monde. Michel Agier est anthropologue, chercheur à l'Institut de recherche pour le développement et directeur d'études à l'EHESS. Il dirige le programme Babels (Agence nationale de la recherche, 2016-2018). Il a notamment publié Gérer les indésirables (Flammarion, 2008) et La Condition cosmopolite (La Découverte, 2013).
Carolin Emcke conduit une analyse à la fois littéraire et philosophique des contextes qui expliquent la haine xénophobe, raciale, sociale et sexiste minant nos sociétés. Elle étudie les processus d'invisibilisation qui préparent les conduites haineuses et déconstruit les présupposés théoriques de la haine : naturalisation des identités, désir d'homogénéité et culte de la pureté. Ce livre réalise un équilibre rare entre description des situations concrètes de montée en puissance des passions tristes (Europe et États-Unis notamment) et analyse des causes. Le ton est descriptif avant d'être normatif, même si l'auteur ne cache pas son parti pris en faveur d'une démocratie sensible, accordée à une certaine expérience de l'amour : l'aspect le plus remarquable du livre tient dans ce lien établi sans aucune naïveté entre la politique et la sphère des sentiments. Le projet littéraire de Carolin Emcke n'a pas d'équivalent en France : il s'agit d'articuler journalisme au meilleur sens du terme et philosophie. Les enjeux fondamentaux liés au devenir de la démocratie dans la globalisation, à la guerre et aux droits civiques sont restitués au plus près de l'expérience, parfois sur la ligne de front elle-même. Ce point de vue original confère un ton militant, mais jamais dogmatique, à ce livre. La haine n'y est pas envisagée comme une abstraction mais comme une possibilité ouverte par la modernité et à laquelle cette même modernité permet de répliquer. L'amor mundi revendiqué par Carolin Emcke se confronte à la réalité de l'extrême qu'elle a observé avec autant de courage que de finesse sur des théâtres d'opération divers (Kosovo, Liban, Irak, etc.). L'alliance entre le sérieux habermassien et la lucidité d'une femme qui a regardé la guerre en face n'est pas habituelle dans notre pays où les ponts entre philosophie et journalisme ont été coupés. Carolin Emcke, née en 1967, a étudié la philosophie, les sciences politiques et l'histoire à Londres, Francfort-sur-le-Main avec Jürgen Habermas, dont elle est proche, et Harvard. Elle a été reporter de guerre de 1998 à 2013 et a notamment couvert les guerres du Kosovo, du Liban et d'Irak. Elle collabore depuis 2007 avec l'hebdomadaire Die Zeit. Outre le prestigieux Friedenspreis de la foire de Francfort 2016, elle a reçu le prix Theodor-Wolff (2008), le prix Otto-Brenner (2010) et le prix Lessing (2015).
Entre la peur et compassion, entre le besoin de sécurité, de limites et de frontières d'une part, et le sentiment d'un devoir de sauvetage des victimes d'un monde chaotique d'autre part, y a-t-il place pour un principe partagé, universel, qui ferait des migrants, plutôt qu'un problème, une cause pour tous, au sens d'une épreuve qui nous tire en avant, vers la compréhension et le désir d'un monde commun ?
Que la politique soit en proie aux " passions ", tout le monde l'accordera sans la moindre difficulté. Autrement malaisé serait de faire entendre qu'elle ne connaît que cela, que les affects sont son étoffe même. La politique n'est-elle pas aussi affaire d'idées et d'arguments, protestera-t-on, et les " passions " ne sont-elles pas finalement que distorsion de cet idéal d'une politique discursive rationnelle ? Le point de vue spinoziste bouscule ces fausses évidences, en soustrayant la catégorie d'" affect " à ses usages de sens commun – les " émotions " – pour en faire le concept le plus général de l'effet que les hommes produisent les uns sur les autres : ils s'affectent mutuellement. Il n'y a alors plus aucune antinomie entre les " idées " et les affects. On émet bien des idées pour faire quelque chose à quelqu'un – pour l'affecter. Et, réciproquement, les idées, spécialement les idées politiques, ne nous font quelque chose que si elles sont accompagnées d'affects. Autrement, elles nous laissent indifférents. En " temps ordinaires " comme dans les moments de soulèvement, la politique, idées comprises, est alors un grand jeu d'affects collectifs. Et pour tous ceux qui y interviennent, elle est un ars affectandi. Frédéric Lordon est directeur de recherche en philosophie au CNRS.
" L'urgence, pour les juifs, pour les musulmans, mais aussi pour le pays lui-même, est aujourd'hui à retisser les liens, à renouer le dialogue, en renonçant aux faux-semblants, aux paroles creuses, à la bonne volonté de pur affichage. À dire - à se dire - les choses avec franchise et dans le respect mutuel. Avec un objectif immédiat, qui est le vivre-avec. Sans renoncer pour autant à un autre, plus lointain mais plus ambitieux, faire société au-delà de ce qui nous sépare "
Un brûlot est publié, qui dénonce " l'affabulation freudienne ". Sigmund Freud serait un homme cupide, menteur, phallocrate, homophobe, incestueux, pervers, fasciste, persécuteur de son peuple (les Juifs), un pseudo-savant dont il conviendrait de dénoncer enfin les méfaits. Et pourquoi ne pas l'écrire si cela est vrai ? Mais le brûlot est truffé d'erreurs, il véhicule de fort anciennes rumeurs (et de bien méchantes légendes), il n'établit rien. Et " l'affabulation freudienne " apparaît bientôt pour ce qu'elle est : la pure affabulation de l'auteur du brûlot. Voici les pièces du dossier. Historienne, directrice de recherches à l'université de Paris-VII, Elisabeth Roudinesco est l'auteur de nombreux livres qui ont fait date. A sa propre analyse, elle a joint les contributions de Guillaume Mazeau, Christian Godin, Franck Lelièvre, Pierre Delion et Roland Gori.
Depuis quelques années, les politiques se sont décidés à nous entretenir d'eux-mêmes, en partie pour ne plus avoir à parler de nous. De quoi ces mises en scène de l'intime sont-elles le symptôme ? Ce livre montre que la " pipolisation " n'affecte pas seulement la politique, mais l'intime lui-même qui se trouve dévalué d'être ainsi donné à voir. L'intime désigne l'ensemble des liens qui n'existent que pour autant qu'ils sont soustraits au regard social et à son jugement. Ces liens sont le support d'expériences qui, contrairement à ce que l'on dit le plus souvent, entretiennent un rapport avec la démocratie. La privation de l'intime est d'abord sa " privatisation ", c'est-à-dire sa confusion avec les propriétés du Moi. L'intime n'est pas le privé parce qu'il renvoie à des liens affectifs, amoureux, désirants où le sujet prend le risque de se perdre. On découvrira que la préservation de l'intime est aussi une manière de ne pas rabattre la démocratie sur une société de propriétaires. Michaël Fœssel interroge les ambivalences de la modernité libérale qui invente l'intime et l'identifie presque aussitôt avec le privé. De là des questions inattendues : la démocratie doit-elle être sensible pour demeurer démocratique ? L'intime peut-il figurer au rang d'idéal commun ? Dans quelle mesure l'amour est-il un sentiment politique ? Michaël Fœssel, né en 1974, est philosophe, maître de conférences à l'université de Bourgogne. Il est notamment l'auteur de l'Anthologie Paul Ricœur (Points Seuil, 2007, avec Fabien Lamouche) et de Kant et l'équivoque du monde (CNRS Éditions, 2008).
Nos sociétés sont saisies par la compassion. Un " zèle compatissant " à l'égard des démunis, des déshérités, des exclus ne cesse de se manifester dans le champ politique. À tel point que les dirigeants n'hésitent plus à faire de leur aptitude à compatir un argument décisif en faveur de leur droit à gouverner. Phénomène circonstanciel ou nouvelle figure du sentiment démocratique ? Myriam Revault d'Allonnes interroge sans détour les rapports entre la dimension affective du vivre-ensemble, la nature du lien social et l'exercice du pouvoir. Remontant aux sources de la modernité, elle montre que le rôle des passions et des émotions n'a cessé de nourrir la réflexion sur l'existence démocratique, de Rousseau à Arendt en passant par Tocqueville. Où l'on verra que, si le déferlement compassionnel ne fait pas une politique, les liens entre sentiment d'humanité, reconnaissance d'autrui et capacité d'agir nécessitent pourtant d'être pensés à nouveaux frais. Myriam Revault d'Allonnes est philosophe, professeur des universités à l'École pratique des hautes études. On lui doit de nombreux essais de philosophie politique, dont Ce que l'homme fait à l'homme (Seuil, 1995) et Le Pouvoir des commencements (Seuil, 2006).
Aimer l'Europe mais honnir Bruxelles. Rêver d'une " Europe puissante " en la bridant. Invoquer l'amitié avec l'Allemagne avec l'Allemagne tout en la redoutant. À force de contradictions et d'incohérence, de supériorité affichée et de complexes inavoués, la France s'est détournée de l'Europe qu'avaient voulue les pères fondateurs. Au pays de Jean Monnet et de Robert Schuman, rares sont les hommes politiques français qui pensent et agissent en Européens. Plus personne ne se sent responsable de l'intérêt commun. Depuis les débuts de l'aventure communautaire, les Français ont parfois été des meneurs engagés et de formidables " inspirateurs " capables d'inventer une méthode révolutionnaire de coopération entre peuples. À plusieurs reprises, ils se sont aussi révélés être des lâcheurs, intéressés, arrogants, violant les principes que le génie propre des meilleurs d'entre eux a légués à l'Europe. Le coq gaulois a gaspillé la perle. Pourtant, rien dans ce constat ne doit nous désespérer : l'Union européenne telle qu'elle se fait n'est pas l'Europe ; c'est au mieux un ersatz. Les difficultés actuelles sont passagères et réversibles : que l'on se remette enfin à faire l'Europe sérieusement, dans l'esprit communautaire, et l'élan reviendra. Chercheur associé au CERI (Sciences Po), enseignante au Collège d'Europe (Bruges), Sylvie Goulard est présidente du Mouvement Européen France.
Pour l'opinion commune, confortée par la proximité chronologique des deux événements, la naissance de l'État d'Israël en 1948 est une conséquence quasi directe de la Shoah. En effet, un lien essentiel relie de nos jours la catastrophe juive du XXe siècle à l'État d'Israël, mais ce lien est de nature politique et il est postérieur à 1948. Comment le Foyer national juif a-t-il perçu la catastrophe qui se déroulait entre 1933 et 1945 ? Comment l'État d'Israël a-t-il géré ensuite le souvenir d'un événement qu'il va longtemps commémorer en opposant l'héroïsme des insurgés des ghettos à la " lâcheté " supposée de toutes les autres victimes ? Loin d'occuper la place centrale qui est désormais la sienne dans l'État d'Israël, le souvenir de la Shoah suscita longtemps une attitude de honte et de rejet. Or, aujourd'hui, en particulier depuis les guerres des Six jours (1967) et de Kippour (1973), et à rebours du rêve de l'" homme nouveau " voulu par le sionisme des pères fondateurs, la Shoah est au coeur de la construction de l'identité israélienne. C'est notamment par elle que les Israéliens sont redevenus juifs au terme d'un processus mémoriel qui pourrait, à terme, contribuer à fragiliser la légitimité même de l'État juif. Historien et professeur d'histoire, Georges Bensoussan est notamment l'auteur de Auschwitz en héritage ? D'un bon usage de la mémoire (Mille et une nuits, 1998, rééd. 2003), d'une Histoire intellectuelle et politique du sionisme (Fayard, 2002), et d' Europe. Une passion génocidaire. Essai d'histoire culturelle (Mille et une nuits, 2006).
Qui se ressemble s'assemble ", dit-on. Cette fausse évidence justifie les replis et les rejets. Devons-nous être les mêmes pour vivre côte à côte ? La réponse est non. Ce n'est ni nécessaire, ni souhaitable. Mais l'affirmer ne suffit pas. Écrit dans un langage clair, illustré de nombreux exemples, ce livre engagé croise anthropologie et politique. Il commence avec le monde enchanté des ressemblances familiales, où la nature est invoquée pour garantir la lignée, et se poursuit avec le mythe de la " famille nationale ". Deux types de société sont fondés sur la ressemblance. Le premier est radicalement excluant : il impose le rejet des minorités ou, dans un processus totalitaire, leur destruction. Le second est autoritairement incluant : il prône l'assimilation des groupes minoritaires. Les deux perspectives sont dissemblables mais aucune n'accepte les minorités telles qu'elles sont. Nicole Lapierre défend un comparatisme apte à constater l'évidence des différences sans les hiérarchiser. Elle inverse la proposition : qui s'assemble se ressemble (un peu), sans pour autant perdre sa singularité.
Depuis des années, le débat sur l'identité chrétienne de l'Europe va bon train. Olivier Roy prend la question de front : l'Europe est-elle chrétienne aujourd'hui, et comment ? Peut-elle le rester en adoptant des postures nostalgiques, autoritaires, identitaires ? De quel christianisme parlent donc ceux qui opposent, parfois de façon vindicative, les " valeurs chrétiennes " à deux vagues perçues comme également puissantes et menaçantes : une société très sécularisée et un islam conquérant, signes tangibles de l'effondrement en cours ? Quel sens, quels liens, quelle logique se repèrent dans la sarabande éclatée des réalités de l'héritage européen : christianisme, sécularisation, identité, culture, valeurs, normes, droit(s)... Au-delà du constat sans concession, le premier mérite de ce livre est d'éclairer notre condition d'Européens orphelins de leur passé chrétien. Lequel ne sera pas ranimé par des législations, mais, peut-être, par des prophètes. Olivier Roy, auteur de nombreux essais sur l'islam politique, prolonge ici la réflexion entamée avec La Sainte Ignorance. Le temps de la religion sans culture (2008 et " Points Essais ", 2012). Il enseigne à l'Institut universitaire européen (IUE) de Florence.
Il y a dix ans, Steve Jobs présente son dernier-né : iPhone, premier téléphone cellulaire contenant un navigateur Internet, un iPod et un écran tactile multi-touch. C'est une révolution. Depuis, le smartphone a su se rendre aussi indispensable que l'air que l'on respire : on ne l'éteint que forcé et contraint, on ne s'en sépare jamais, au point que certains parlent de pathologie addictive, d'amnésie, d'hyper connexion, de confusion mentale. Il y a dix ans, Steve Jobs présente son dernier-né : iPhone, premier téléphone cellulaire contenant un navigateur Internet, un iPod et un écran tactile multi-touch. C'est une révolution. Depuis, le smartphone a su se rendre aussi indispensable que l'air que l'on respire : on ne l'éteint que forcé et contraint, on ne s'en sépare jamais, au point que certains parlent de pathologie addictive, d'amnésie, d'hyper connexion, de confusion mentale. D'un autre côté, chacun mesure l'étendue des services rendus : communiquer, s'informer, traduire, écouter, lire, écrire, voir, photographier, se localiser, payer, jouer... Le smartphone n'est pas qu'un intercesseur efficace du réel, il est devenu notre point de vue sur le monde. Son rôle de médiateur est tel qu'il finit par adhérer à nous comme une sorte d'artefact organique, sans frontière entre l'outil et son utilisateur. Avec l'intelligence artificielle et la 5G, le smartphone augmenté nous dotera de super pouvoirs, mais en aggravant les dangers. Il nous a appris à désapprendre : il fera de nous des assistés. Il vend nos profils au plus offrant : il servira à nous manipuler pour orienter nos votes. Il espionne notre vie privée : il fera de nous les sujets d'un véritable empire de la surveillance. À moins qu'il ne devienne l'instrument d'une nouvelle conscience collective capable de donner leurs chances à la fraternité, à la démocratie directe et à la survie de la planète. Enrichi de témoignages, Le troisième cerveau est un essai décapant sur un comportement à risque : notre sujétion aveugle à l'objet fétiche de la culture numérique.
L'enthousiasme suscité par l'élection de Barack Obama a masqué la perpétuation des inégalités raciales aux États-Unis. Cinquante ans après le vote des droits civiques, le mouvement " Black Lives Matter " et les violences policières ciblées qu'il dénonce apportent un démenti cinglant à l'illusion de l'équité. La majorité des Américains affirme aujourd'hui que Blancs et Noirs disposent des mêmes opportunités et accusent les minorités d'être à l'origine de leurs propres échecs. Selon la doxa néolibérale du mérite et de la responsabilité individuelle que les Républicains comme les Démocrates ont enracinée dans le pays, le marché serait neutre et impartial : color-blind. Mais cette notion désigne-t-elle vraiment l'indifférence à la couleur de peau ou plutôt l'aveuglement face aux traitements discriminatoires que continuent de subir les Africains-Américains en matière d'éducation, de logement, d'emploi, de revenu et de justice ? En retraçant la genèse de l'idéologie postraciale aujourd'hui en vogue aux États-Unis, ce livre montre comment le triomphe de la doctrine néolibérale reproduit structurellement au sein de la société américaine un racisme qui ne s'avoue pas comme tel. Sylvie Laurent est américaniste. Chercheur associée à Harvard et Stanford, elle enseigne à Sciences Po. Elle a notamment publié, au Seuil, Homérique Amérique (2008) et Martin Luther King (2015 ; rééd. Points, 2016).
Comment penser le désir sacrificiel qui s'est emparé de tant de jeunes au nom de l'islam ? Cet essai propose une interprétation dont le centre de gravité est ce que j'appelle le surmusulman. Qu'il revête l'aspect d'une tendance ou qu'il s'incarne, il s'agit d'une figure produite par près d'un siècle d'islamisme. Je l'ai décelée dans ses discours et dans ses prescriptions, mais aussi à partir de mon expérience clinique. La psychanalyse ne consiste pas uniquement à " thérapeutiser " des gens à l'abri d'un cabinet. Son enseignement clinique permet d'explorer les forces individuelles et collectives de l'anticivilisation au cœur de l'homme civilisé et de sa morale. C'est pourquoi, ce qu'on appelle aujourd'hui " radicalisation " requiert des approches complémentaires, en tant qu'expression d'un fait religieux devenu menaçant et en même temps comme un symptôme social psychique. La désignation de surmusulman a ici valeur d'un diagnostic sur le danger auquel sont exposés les musulmans et leur civilisation. C'est la raison pour laquelle cet essai se termine par un chapitre sur le dépassement du surmusulman, en perspective d'un autre devenir pour les musulmans. Fethi Benslama Membre de l'Académie tunisienne, Fethi Benslama est psychanalyste et professeur de psychopathologie clinique à l'université Paris-Diderot.
La trilogie Cinquante nuances de Grey connaît un succès phénoménal. Comment comprendre cet engouement planétaire pour une romance érotique mettant en scène l'initiation sadomasochiste d'une jeune ingénue par un séducteur richissime qui finit par épouser sa soumise ? Suffit-il d'invoquer le caractère osé du livre et ses ficelles narratives ou d'ironiser sur la popularité naissante d'une pornographie pour mères de famille ? Dans la lignée de Pourquoi l'amour fait mal, c'est une tout autre lecture, autrement subtile et troublante, qu'Eva Illouz propose dans cet ouvrage. Considérant les best-sellers comme un baromètre des valeurs, elle montre que, dans cette bluette SM, le jeu de la soumission et de l'autonomie, de la souffrance et de l'épanouissement sexuel, de l'assignation des rôles et de la confusion des identités entre en résonance avec les apories contemporaines des relations entre hommes et femmes. Si cette histoire semble procurer à ses lectrices un tel plaisir, c'est qu'elle formule allégoriquement les contradictions émotionnelles et sentimentales qu'elles éprouvent et que, à la manière des guides de développement personnel, elle s'avise de leur prodiguer d'audacieux conseils pour les résoudre. Professeure de sociologie à la Hebrew University de Jérusalem, Eva Illouz a notamment publié Les Sentiments du capitalisme et Pourquoi l'amour fait mal (Seuil, 2006 et 2012).