Actes Sud-Papiers
Trois quarts de siècle après un massacre auquel elle a participé à l'âge de huit ans, Europe est invitée à témoigner pour raconter l'horreur qu'elle porte depuis : la mise à mort de dix-huit enfants, dévorés par des chiens. À Assia Fadiagha, l'enquêtrice des Nations Unies qui la convoque pour livrer ce témoignage, elle demande de retrouver d'abord ses trois filles, qui ignorent qu'elle est leur mère. Auprès d'elles, Europe tente de traverser la rivière de sa cruauté où elle les avait abandonnées. La charge de l'écriture, insoutenable, inscrit ses douleurs dans le tragique et millénaire théâtre du sang.
Dans le monde qui est le nôtre, régi par les adultes, Jade et Marjorie, deux adolescentes, l'une enragée, l'autre modèle, nouent une amitié intense. À l'âge où tout vacille, leur relation devient refuge. Exilée sur Terre, depuis un autre monde, une créature purge une peine d'emprisonnement quasiment infinie, empêchée d'aimer, et condamnée pour cela. Ces deux histoires, sans lien direct en apparence, finissent pourtant par s'entremêler. En les faisant se rejoindre, Joël Pommerat déroule une fable troublante, où la puissance de l'imaginaire s'oppose à la violence du réel, comme pour l'exorciser.
Sur le fond tragi-comique de cette pièce aux accents aussi délirants que violents prend racine l'univers théâtral de Wajdi Mouawad. Écrite en 1991, elle montre déjà que la guerre entre la vie et la mort est un combat à bras-le-corps et sans merci et que la distance entre parents et enfants restera toujours insurmontable : les douleurs et les rancunes des premiers n'ont pas à devenir celles des seconds, car le malheur de vivre de chacun lui appartient déjà depuis le premier instant de sa venue au monde. Nouvelle édition de cette pièce de Wajdi Mouawad publiée chez Actes Sud-Papiers/Leméac en 2011 et réécrite en 2023, en écho à la guerre qui sévit aujourd'hui au Moyen-Orient.
La toute première pièce de Tchekhov (1860-1904), écrite autour de 1878, jamais jouée de son vivant, est ici présentée dans sa version intégrale, pour la première fois traduite en français par André Markowicz et Françoise Morvan, et leur a valu de recevoir en 2006 le Molière de la meilleure adaptation.
"mon père m'a toujours dit n'oublie jamais qu'en toute situation il est possible de mettre les mains dans les poches et de se barrer et j'ajoutais mentalement chaque fois qu'il me disait ça qu'on pouvait aussi autre approche se jeter par terre à plat ventre au milieu des gens les bras écartés en signe de paix mais là ça n'irait pas" Dans ces trois pièces de factures différentes, mettant au premier plan le fil improbable des pensées et des sensations de ceux qui parlent, des occupations communes - aborder quelqu'un, songer à quelque chose, faire une course - deviennent le lieu d'expériences inédites. Avec une forme de rigueur comique, l'écriture propose ainsi un théâtre du jeu et de l'événement scénique, qui paraît s'inventer à vue et nous appelle à l'ouverture de ce qui peut advenir.
Dans ce chef-d'oeuvre intemporel, Henrik Ibsen raconte l'errance de Peer Gynt, rêveur en quête de gloire fuyant responsabilités et amours sincères. Entre fantastique et réalité, la pièce explore liberté, quête de soi et illusions. Olivier Py en offre une adaptation contemporaine et initiatique. Une trentaine de personnages / 3 h
Et si Molière nous parlait encore aujourd'hui ? Ni biographie ni hommage, "Molière et ses masques" est une farce contemporaine, vive et parfois cruelle, qui revisite la vie et la mort du plus célèbre dramaturge français. Entre satire et poésie, rire et mélancolie, Simon Falguières interroge l'art, le pouvoir, l'utopie et la liberté de créer, célébrant le théâtre comme un espace de résistance, de partage et une promesse de joie.
Ce livre est comme le missel d'une nouvelle religion, un culte pour notre temps qui se donnerait pour but de chanter "le ciel étoilé, les épluchures de navets, les algorithmes à tri optimisé, le vernis à ongles marbré, la saison 3 de The Voice Australie et toutes les autres choses du monde". Alternant litanies, chants, prières en vers libres ou rimes croisées, prêches malicieux, incantations solennelles et adorations les plus improbables, cette liturgie d'un genre inédit célèbre allègrement l'hétérogénéité et la singularité de nos expériences du monde.
À travers ces deux histoires qui pansent des blessures enfantines et des craintes irrationnelles d'adultes, les jeunes lecteurs sont entraînés, à la suite de Thalia et Lili puis d'Alaé, Camille et Élis, dans la réflexion qui les décontenance tous : ce que signifie grandir, ce à quoi il faut renoncer pour devenir une grande personne, et ce contre quoi il faut lutter pour préserver sa liberté originelle.
Une famille tenue d'une main de fer par Fadhila se trouve corrompue par l'intégrisme islamique. Pour éviter que la gangrène ne ronge toute la descendance, Fadhila se résout, dans un ultime élan d'amour maternel, à commettre l'irréparable. Aristide Tarnagda porte une langue créolisée, où les images métaphoriques provoquent de doux soufflets. "Ton visage n'aimait pas mon silence, mais au moins le silence ne tremblait pas. Le silence ne me trahissait pas. Il venait toujours quand les mots, eux, se terraient dans mon ventre. Mais puisqu'aujourd'hui, comme ton père, tu choisis de me tourner le dos, je vais laisser les mots remonter à la surface et nager jusqu'à ton âme."
L'Enfant de verre est une fable lumineuse et poignante, qui interroge le poids des héritages invisibles et l'incapacité de chaque membre de la famille à affronter la vérité. Dans une écriture poétique et incisive, Léonore Confino et Géraldine Martineau dévoilent les failles et les silences qui hantent les âmes, tout en célébrant la résilience, la quête de vérité et l'espoir de réconciliation. 4 femmes, 3 hommes / 1 h 30
La terre craque, des forêts s'effondrent. Une faille s'ouvre. Solee, adolescente, refuse la peur et part, en quête de liberté, de joie et d'amour, malgré les tentatives de sa mère pour l'en dissuader. Dans une langue électrique, Serge Kribus explore les violences et les éclats lumineux d'une humanité en péril. Serge Kribus a écrit 30 textes de théâtre et a reçu de nombreuses distinctions littéraires dont le prix de Critique, le prix de la Société des auteurs et plusieurs nominations aux Molières. 2 femmes, 2 hommes / 1 h 15
Metteur en scène quadragénaire, Martin décide de porter sur un plateau l'histoire de ses parents. Mais sa mère, Liliane, refuse que sa vie soit exposée et Paul, son père, vacille entre lucidité et confusion. Au fil des répétitions, la pièce se transforme en un territoire mouvant, entre passé et présent, où fiction et réalité se mêlent jusqu'à devenir indissociables. Après "Nos paysages mineurs" et "En finir avec leur histoire", Marc Lainé clôt sa trilogie avec un texte qui interroge la création, la mémoire, la transmission et l'héritage familial.
Une jeune femme commence à apprendre la boxe. Elle découvre alors qu'elle est bien plus qu'une discipline sportive : métaphore de la vie et de l'écriture, elle est un langage, une histoire. Grâce à la boxe, Hélène conquiert un espace à elle.
"TRADUIS LES MOTS MAIS NE LES IMAGINE JAMAIS." Valentina, petite fille de sept ans, arrive en France, où elle se trouve contrainte de prendre le rôle d'interprète entre le corps médical et sa mère, atteinte d'une grave maladie du coeur. Animée par l'espoir secret que le mensonge peut transformer le réel, elle s'aventure dans la ronde irrémédiable de l'affabulation.
Fuyant la guerre civile, une mère libanaise s'installe à Paris avec ses trois enfants. Commence alors pour la famille une parenthèse absurde, rongée par la peur des dégâts irrémédiables de la guerre et alanguie par l'attente d'un père. 3 femmes, un homme, un enfant / 2 h 15
Sans complaisance ni mièvrerie, cette pièce questionne, décortique, fait violence parfois, à l'amour et à ses modes d'apparition, pour finalement lui rendre hommage. De l'amour maternel à l'amour conjugal, en passant par l'amitié, le désir, la bienveillance ou encore l'absence d'amour, La Réunification des deux Corées met en scène et en mots vingt situations qui viennent bousculer nos conceptions de l'Amour.
Dans cette adaptation, très condensée, de la dernière pièce de Shakespeare, La Tempête, Peter Brook nous donne à voir comment cette pièce si méconnue du répertoire du dramaturge entre en résonance avec toute son oeuvre.
Conte, drame familial, mélodrame, comédie, farce, oratorio, épopée... voici toute la richesse de la pièce Les Étoiles qui raconte l'histoire d'Ezra. Incapable de faire le deuil de sa mère, il décide malgré lui d'évoluer dans un monde parallèle et imaginaire, au détriment de la vie, bien réelle, qui, elle, continue d'avancer sans lui.
Laure, condamnée par un cancer, rentre mourir chez elle, dans le village en ruine de Morsan. Ses deux frères et sa soeur la rejoignent et se cognent à l'ambivalence, à l'insoluble, au vertige de ces derniers jours. Or, dans la maison d'en face, quelqu'un semble les épier... "L'hors-présence" est une pièce qui observe les regards posés sur ceux qui meurent. Elle traque ce qu'il reste quand les chimères tombent et cherche une autre forme pour exprimer ce que les mots inventés par l'institution ne disent pas. Entre Vermeer et l'art contemporain, entre la "camera obscura" et l'éblouissement radical, le texte tente de rendre à la mort ce que la société moderne occidentale lui a confisqué : sa place au centre du village.
Et si, dans un futur proche, ceux qui auront vu disparaître les forêts, mourir les fleuves et brûler les paysages décidaient de répondre à la catastrophe par la violence ? Deux militants écologistes retiennent en otage le dirigeant d'une entreprise polluante. Mais ce qui devait être une action isolée révèle peu à peu un projet d'une plus grande ampleur. Partout dans le monde, des femmes et des hommes s'apprêtent à tuer ou à mourir pour leurs idées. Dans cette pièce tout à la fois thriller politique, tragédie contemporaine et fable écologique, Laurent Gaudé interroge, dans la lignée des "Justes" d'Albert Camus, les limites morales de la lutte armée. Jusqu'où peut-on aller pour défendre une cause juste ?
Trois monologues forment le triptyque de l'Amour Chaviré qui interroge et célèbre la jouissance que procurent les mensonges que les hommes se racontent pour se plaire, pour plaire à l'autre et pour embrasser la vie que leur imaginaire projette sur le réel.
Dans un livre à la fois recueil d'aphorismes, anthologie poétique et méditation théorique, Olivier Py nous offre ses Mille et Une Définitions du théâtre. Métaphores, allégories ou anecdotes historiques nous font voyager à travers tous les théâtres, des Grecs à nos jours. Avec des accents lyriques et jubilatoires, il fait de cet art la forme de pensée la plus urgente de son temps, un art d'être au monde.