Pennti Éditions
Le soleil était tombé dans la mer, à chaque minute les choses rentraient un peu plus dans la nuit, qu'on sentait monter du sol. Des bouleaux protestaient gardant le plus longtemps une blancheur, deux troncs jumeaux d'un gris presque pareil à celui des hêtres, le luisant d'un rouge roux de quelques autres s'était effacé. La mare dans la blafarde bordure de pierre semblait une glace en train de se dépolir, des feuillages s'y recueillaient dans une ampleur confuse, entre un gris éteint, un gris d'abîme. Pourtant ces feuillages, moins perdus encore que suspendus dans ce fond, se montraient d'une obscurité plus effrayante.
Toutes ces grimaces flottantes dans les ténèbres, ricanements équivoques de pierres qui regardent, d'arbres qui veulent saisir, agrandissements subits d'objets inanimés, qui s'animent dans l'ombre et que l'ombre déforme et dont l'ombre menace, qui les a vus enfant, les retrouvera sûrement dans les masques.
Découvrez Cœur double, le recueil de nouvelles fantastiques et symbolistes où Marcel Schwob explore les abîmes de l’âme humaine. Entre obsession, folie et surnaturel, chaque histoire révèle la dualité qui habite tout être.
- Nous nous aimions, pourquoi me ferait-il du mal ! Il est là. - j'y vais ! - Il faut obéir aux morts, répondit Bibiane. Va, et n'aie pas peur. Je laisserai la porte ouverte et je viendrai si tu m'appelles. Va, il est là. Il était là, vraiment, dans les basses feuilles, obéissant au roulis du vent, et quand Arabelle fut arrivée sous le magnolia, l'ombre étendit les bras, des bras fluides et serpentins, puis les laissa tomber, telles deux vipères d'enfer, sur les épaules, où elles se tordirent en sifflant. Entre fantastique et érotisme, 18 nouvelles par l'un des plus grands auteurs de langue française.
« Napoléon voulut rester à Saint-Pétersbourg pendant toute la saison d'hiver : il se plut à anéantir par sa présence l'ennemi impérial qu'il avait été dix années à abattre. Aujourd'hui qu'il régnait dans son empire, qu'il habitait dans son palais, il prolongeait à plaisir ce grand effet de ses victoires, afin aussi peut-être de mieux faire comprendre aux nations russes qu'au-dessus de leur czar il y avait encore une toute-puissance plus formidable, et Napoléon entre Alexandre et Dieu. » Et si, en 1812, Napoléon n'était pas resté attendre, dans Moscou prise, la capitulation des troupes russes ? Et si au contraire, après l'incendie de Moscou, il avait remit ses troupes en ordre de marche en direction de Saint-Pétersbourg ? Avec « Napoléon apocryphe » ou l'histoire de la conquête du monde et de la monarchie universelle, publié pour la première fois en 1836, Louis Geoffroy nous offre ici une histoire alternative réjouissante, parfois patriotique jusqu'au grotesque, dont il tirera toutes les conséquences. Ce texte reprend l'édition augmentée de 1841. Il est considéré comme l'une des premières uchronies littéraires.
« Tous nos produits sont adultérés pour en faciliter l'écoulement et en abréger l'existence. Notre époque sera appelée l'âge de la falsification, comme les premières époques de l'humanité ont reçu les noms d'âge de pierre, d'âge de bronze, du caractère de leur production. Des ignorants accusent de fraude nos pieux industriels, tandis qu'en réalité la pensée qui les anime est de fournir du travail aux ouvriers, qui ne peuvent se résigner à vivre les bras croisés. Ces falsifications, qui ont pour unique mobile un sentiment humanitaire, mais qui rapportent de superbes profits aux fabricants qui les pratiquent, si elles sont désastreuses pour la qualité des marchandises, si elles sont une source intarissable de gaspillage du travail humain, prouvent la philanthropique ingéniosité des bourgeois et l'horrible perversion des ouvriers qui, pour assouvir leur vice de travail, obligent les industriels à étouffer les cris de leur conscience et à violer même les lois de l'honnêteté commerciale. »
Écrit en 1859, De la liberté reste un texte fondateur sur l’équilibre entre pouvoir collectif et droits de l’individu. John Stuart Mill y défend une liberté éclairée, essentielle pour concilier bonheur personnel et bien commun.
Plongez dans une poésie brute et intime, où chaque mot lutte pour capturer l'indicible. Rien n'est écrit est une quête verbale, une tentative désespérée de dire l'absent, le sauvage, l'éphémère.
Découvrez La Grève des électeurs, le manifeste anarchiste et satirique d’Octave Mirbeau, paru en 1888. Ce texte percutant dénonce avec humour et dérision la farce électorale et invite à une réflexion radicale sur la démocratie et le pouvoir.
« Quiconque vote se reconnaît incapable de se conduire soi-même. Quiconque obéit, sans répugnance, aux gouvernants qu'il se donna, ressemble à un mouton qui viendrait s'offrir bénévolement au couteau du boucher. »
La première condition pour un artiste est de savoir nager.
L'ours traversait une clairière, traînant toujours la comtesse, sans doute pour aller la dévorer tout à son aise dans un fourré.
Que les poètes s'inspirent plus de la nature, où, si le fond de tout est un et obscur, la forme de tout est individuelle et claire. Avec le secret de la vie, elle leur apprendra le dédain de l'obscurité. Est-ce que la nature nous cache le soleil, ou les milliers d'étoiles qui brillent sans voiles, éclatantes et indéchiffrables aux yeux de presque tous ? Est-ce que la nature ne nous fait pas toucher, rudement et à nu, la puissance de la mer ou du vent d'ouest ? À chaque homme elle donne d'exprimer clairement, pendant son passage sur la terre, les mystères les plus profonds de la vie et de la mort. Sont-ils pour cela pénétrés du vulgaire, malgré le vigoureux et expressif langage des désirs et des muscles, de la souffrance, de la chair pourrissante ou fleurie ? Et je devrais citer surtout, puisqu'il est la véritable heure d'art de la nature, le clair de lune où pour les seuls initiés, malgré qu'il luise si doucement sur tous, la nature, sans un néologisme depuis tant de siècles fait de la lumière avec de l'obscurité et joue de la flûte avec le silence.
« C'est ainsi que, façonnés pour le joug, nous retombons d'un esclavage dans un autre, et qu'après les poncifs classiques, il y a eu des poncifs romantiques, poncifs de coupes, poncifs de phrases, poncifs de rimes ; et le poncif, c'est-à-dire le lieu commun passé à l'état chronique, en poésie comme en toute autre chose, c'est la Mort. Au contraire, osons vivre ! et vivre c'est respirer l'air du ciel et non l'haleine de notre voisin, ce voisin fût-il un dieu ! »
La mer, ce paysage longtemps ignoré, est devenue une source inépuisable d’émotion et d’inspiration. La beauté de la mer de Rémy de Gourmont explore cette révolution esthétique et interroge notre rapport changeant à la nature.
Découvrez L’anarchie par la littérature de Pierre Quillard, un manifeste audacieux où poésie et révolte se mêlent pour défier l’ordre établi. Ce texte fondateur explore comment la création littéraire peut devenir un acte de résistance absolue.
Et si la littérature n’appartenait à personne ? Dans La propriété littéraire, Rémy de Gourmont interroge avec ironie et profondeur la notion même de propriété appliquée aux œuvres de l’esprit.