FeniXX réédition numérique (Poliphile)
En 1954, lorsque le château de Peyrelade s'effondre sous les coups des démolisseurs, une page est définitivement tournée de l'histoire de ce pan de terroir qui s'étale à l'aval de la Salvetat : l'Agoût s'y frayait une vallée agréable, célèbre à des lieues à la ronde. Dorénavant son cours vient buter sur le barrage de La Raviège pour former un lac de 12 kilomètres de long qui interpelle les vacanciers sur ses rives nouvelles. Mais il est, au plus profond de ses eaux, un hameau englouti ; et pour l'un de ses habitants des souvenirs préservés dans le plus secret de son coeur. Emile Vincent revient souvent du côté de Peyrelade. D'autant plus souvent quand le niveau du lac de La Raviège est bas : les images alors semblent ressurgir d'un passé révolu, transformées lentement par la nature gloutonne des eaux et des vents. Ce livre est l'héritage du savoir accumulé par les générations qui ont entretenu le foyer dans les pierres. Une connaissance sobre, faite de bon sens et de douceur de vivre. Jusque dans l'âpreté des rigueurs de l'hiver, de la montagne et des époques. Un héritage qui avait façonné un village où la scierie, le gué, l'église et le château sortaient du Moyen Âge. Comme une fleur au printemps se hasarde. Mais la puissance du XXe siècle, aveugle, en eut raison, au détour d'une nécessité justifiée par le progrès et la loi du plus grand nombre. Un hommage contenu et délicat à l'abnégation du hameau disparu dans les eaux du lac. O.C.
Aux confins du Bas-Albigeois et du Toulousain, Giroussens domine en terrasse une belle courbe, que dessine l'Agoût, avant de se joindre au Tarn à la pointe de Saint-Sulpice. Minuscule ville forte, érigée en bastide au XIIIe siècle, le modeste village d'aujourd'hui fut - jusqu'à la Révolution - le chef-lieu d'un des districts du diocèse d'Albi, un siège de justice de la sénéchaussée du Lauragais, et un bourg aux foires et marchés très animés, mais aussi le foyer d'une importante confrérie de potiers, qui se distingua au temps des rois Louis XIV et Louis XV, en décorant de la vaisselle de table par des dessins polychromes peints sur engobe faisant penser aux majoliques italiennes de la Rennaissance. Déjà énigmatique quant aux conditions de l'initiation des potiers, cette production artistique cesse brusquement en 1740, tandis que les autres fabrications se poursuivaient, et alors que les pièces décorées - de mieux en mieux réussies - étaient un très bel exemple de l'art populaire. Par ailleurs, il était très difficile d'expliquer la signification sur les ailes des pièces richement décorées, d'empreintes sigillées tout à fait inattendues : le sceau royal aux contrats d'Albigeois, les écus de France et de Navarre accolés avec la lettre H entre leurs pointes, etc... Après l'exposition générale des terres vernissées de Giroussens, présentée en 1972 au Musée Goya de Castres, leur étude approfondie fut décidée pour tenter de trouver le mot de toutes ces énigmes. Monsieur Lucien Raffin est originaire de Giroussens, où il a pris sa retraite d'ingénieur. Connaissant depuis longtemps les terres vernissées d'autrefois, et les légendes qu'elles ont inspiré à certains, il a consacré ses efforts à chercher - dans les archives locales et régionales - tout ce qui pouvait permettre de bien les connaître, et aussi ceux qui ont contribué à leur fabrication et à leur décoration, puis à déceler les sources de leur inspiration. Il s'en est suivi une fresque, qui devient un véritable roman. Tout s'éclaire peu à peu, et l'on découvre le fil conducteur d'une pensée qui, s'appuyant sur de sérieuses connaissances mythologiques ou autres, donnent un sens à des dessins que l'on trouvait seulement curieux et originaux. En feuilletant les nombreuses pages d'illustrations en couleurs, on reconnaît la qualité de cet ouvrage dont le pays Albigeois peut s'ennorgueillir, et qui aidera les musées possédant quelques terres vernissées de Giroussens à leur donner, dans leurs collections, la place qu'elles méritent.
D'ombres et de lumières, de doutes et de certitudes. Ainsi fut la vie de Fabre d'Églantine. Fils d'un drapier de Carcassonne émigré à Limoux, il quitte la soutane pour mener une vie de bohème. Il chante à table, de sa voix de basse, taille et peint des miniatures pour échapper à la misère ; il joue aussi la comédie dans les théâtres de la Meuse. C'est à Maestricht qu'il compose sa célèbre romance « il pleut, il pleut bergère ». Il tombe souvent amoureux, en peignant au pastel ou en jouant la comédie. Il est même enfermé à Namur pour rapt et séduction de Catiche, une comédienne de 15 ans. On le voit partout dans le Paris en ébullition : au café Procope, dans les coulisses des théâtres - son éternelle lorgnette rivée à ses yeux - au Club des Cordeliers et aux Jacobins, avec Danton et Desmoulins. Il est, tour à tour, féroce et indulgent, critiqué et adulé. Élu député de Paris, il siège à la Montagne. Il écrit - aux couleurs et aux sonorités de Limoux et de Carcassonne - son célèbre calendrier républicain : la plus belle création de la République avec « La Marseillaise », dira Victor Hugo. Éclate alors le scandale financier de la Compagnie des Indes, qui précipitera sa chute : il meurt guillotiné.
En 1760, Pierre-Paul Sirven, feudiste à Castres, en Languedoc, doit fuir sa ville sous la pression des autorités qui veulent faire instruire sa fille Élizabeth dans un couvent. Malade, fragile : deux ans après, le corps de cette jeune femme est trouvé au fond d'un puits... La justice condamne les membres de cette famille, mais leur exil en Suisse leur permet de rencontrer Voltaire... Une « Affaire » qui prépare les esprits à la signature de l'Édit de Tolérance, puis à la Déclaration des droits de l'homme.
Quand les virtuoses de la langue libèrent les mots de l'esclavage syntaxique, la parole émancipée s'ordonne délectablement au coeur des controverses historiques. Depuis le carré magique Sator fulgurant dans la pourpre de l'escarboucle sacrée, jusqu'aux scandaleuses imprécations de Rabelais sous le masque de la bouffonnerie pornographe, les génies de l'écriture clandestine vont affranchir la pensée du lourd conformisme de l'histoire officielle. Ce livre restera un témoignage précieux sur la permanence de la rétorsion contestataire, dans la bibliothèque des curieux, amateurs d'art voilé et de lettres couvertes.
La masse énorme des rochers de granit, accumulés en chaos dans les vallons et sur les monts, isole ces hameaux blottis au bord des châtaigneraies, sur les pentes ensoleillées du massif. Maisons de granit, avenantes avec leur escalier à auvent qui accueille le visiteur ; jardins soignés, limités par les rangées régulières de pierres plantées ; prairies, où quelque menu troupeau passe la journée paisible... Ce Sidobre méconnait encore les ravages de la ville et se contente de peu, car la nature ne lui offre que le strict nécessaire. Élyse Colette Cantié-Marzat, qui lui a réservé son enfance, en a retenu les fleurs du printemps, le fumet des soupes aux choux, et l'attention de chaque instant à dompter une terre exigeante. Entre Lamassalarié et La Ferrière, du chaos de Saint-Dominique au Saut de la Truite, l'auteur évoque le Sidobre secret, intime, qui a su se garantir des routes passantes et du commerce des hommes. Sans rocher de cartes postales, ni tourbillon des activités contemporaines, le Sidobre montre un visage serein, où les travaux des champs et le savoir-faire des générations anciennes, sont cultivés pour le plus grand plaisir de ceux qui aiment la saveur de nos pays.
Le Docteur André Barthélémy a consacré de longues années d'études à examiner, avec minutie, les ouvrages du XIIe siècle dans lesquels la tradition du Graal apparaît : récits français, récits allemands, récits celtes, et récits anglais sont rapportés et comparés avec un rare souci de mettre en lumière les lignes de force qui sous-tendent le foisonnement chatoyant des textes, et de saisir au passage, dans la pénombre historique où ils se tiennent, l'intervention des auteurs. Travail considérable, éclaircissement remarquable, qui permet enfin d'aborder la question qu'une profusion d'écrits n'a fait qu'effleurer : le thème propre de la quête du Graal, en sa genèse et son potentiel d'actualisations. Ce livre guide, qui ouvre sur un faisceau de propositions, comptera dorénavant parmi les études fondamentales écrites sur le sujet essentiel de la tradition occidentale.