FeniXX réédition numérique (Librairie Bleue)
Dans l’univers poétique et énigmatique de Suites mortelles, Nathalie Adnet explore les frontières entre vie et disparition.
Que dire de la planète particulière de Pierre Bonifacy ? D'abord, c'est un monde coloré. Tout s'y présente avec une couleur décidée, surprenante parfois. On y voit des « jardins de rubis », « une pluie de cloches bleues et grises », « les larmes jaunes des rossignols », « un grand cheval rouge ». C'est donc bien un autre lieu que la Terre que nous connaissons, mais nous n'y sommes pas perdus : il y a beaucoup de points communs. On y trouve des villes avec leurs rues, des matins et des soirs, des animaux libres. Deuxième caractère : on y sent une atmosphère d'innocence. Certainement, il y a là quelque chose qui évoque le premier jardin. Bien plus mystérieux en somme, d'autres poèmes qui ne font (il me semble) aucune allusion à un savoir traditionnel. Mystérieux, mais évidents. On ne pense pas à douter de ce qu'ils affirment, si surprenant que cela paraisse : les feuilles dansent sous la lune et les chats pleurent des larmes bleues... ou bien : anges et abeilles tournent en haut du ciel... Les choses sont ainsi. Nous n'avons qu'à nous acclimater, nous intégrer peu à peu : un nouveau monde va nous conquérir, nous apporter ses fleurs, ses métaux, ses nuages. Il suffit d'ouvrir ce livre.
L'héritage d'Yves Alcaïs plonge le lecteur au centre d'une fournaise : celle d'une famille réunie dans la maison d'une vieille tante, qu'il faut enterrer avant de se partager le trésor qu'elle a laissé, mais où ? On se retrouve, on s'aime, on se déteste, les sentiments évoluent au gré même de la rédaction du testament... c'est assez dire que le lecteur ne s'ennuie pas un instant, même si, parfois, une question indiscrète vient lui chatouiller l'occiput : qu'aurait-il fait à la place du narrateur ou de l'une des cousines prêtes soudain aux plus folles des suppositions ?
Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.
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José Ensch, à quinze ans, était déjà poète. Mais pour elle seule : elle ne montrait pas ses vers. Ce fut seulement après trois années d'amitié, qu'elle osa m'en proposer à lire, tant elle doutait de son talent. Mes compliments ne l'ont pas convaincue, je crois. Pourtant, la poésie lui est si vitale qu'elle a continué d'écrire, de plus en plus prolifique, malgré le peu de loisir que lui laisse l'exercice de son métier. Car elle est professeur de français, elle aime les jeunes et sait se mettre de plain-pied avec eux. C'est avant 1984, que bon nombre de revues françaises et étrangères (elle a été traduite en plusieurs langues) la découvrent. À cette date-là, la Galerie Simoncini-Éditeur, de Luxembourg, publie "L'arbre", un très beau recueil imprimé sur vélin d'Arches et orné d'illustrations de Mario Prassinos. L'année suivante, déjà, l'Institut Grand Ducal lui demande des textes pour sa collection. Ils paraîtront sous le titre "Ailleurs c'est certain". Dès lors, on ne cesse de lui réclamer des poèmes.
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Michel Moy ne cherche pas tant à s'expliquer sur sa peinture - elle suffit à la tâche - qu'à faire valoir ses amitiés, sa parentèle, son univers intime et "extime", si je puis oser ce néologisme bien commode pour la symétrie... Et il n'est pas indifférent de rencontrer un peintre qui, d'abord, sait faire bon usage des mots - ils sont rares ceux de son espèce ! - ce qui permet, dans la même personne, de sagaces disputes, utiles pour la démonstration, faite avec une clarté toute française, qu'il sait de quoi il retourne ; qui, ensuite, a l'admiration fraternelle et largement dispensée, vertu non habituelle chez les artistes... Chez Michel Moy... un homme ne vit - et donc ne participe à l'éternel - que par ses admirations, dégagées des vanités, et par ses amitiés, dégagées des intérêts comptables. Aussi, par l'accomplissement fidèle de sa vocation, hors de toute visée spéculative ou marchande.
Là-bas, la grande fleur marine respire, et nos nuits et nos jours s'inclinent à son souffle. Ah ! vivre ici, dans le feu bleu de ces millions de pétales environnés d'oiseaux ! Et que chaque moment du jour, chaque instant de la nuit, soit silence, songe, regard sans mesure...
Permanence kabyle ! Les passages successifs d'envahisseurs ne purent empêcher le peuple berbère de rester lui-même, farouche à demeurer ce qu'il est à travers les temps ! L'acharnement mis à l'empêcher de s'exprimer, de prendre en charge lui-même son destin, d'être reconnu pour ce qu'il est indubitablement : un peuple, a toujours échoué : le pays kabyle garde les siens ! C'est donc par leurs coutumes, leur mode de vie, la façon familiale et publique d'exister au centre des hautes collines qui les rassemblent et les abritent, les protègent, les nourrissent - peut-être et par chance, les isolent - que les Kabyles affirment leur immarcescible identité, revendiquent leur indépendance d'esprit et de coutumes, de langue, de moeurs, rappellent leur origine lointaine, ascendance qui indique leur droit premier, irréfutable, sur un sol qui leur fut - depuis toujours - disputé sinon arraché, volé ! Jusque dans un passé très récent, puisqu'en 1982 - alors qu'ils réclamaient, une fois de plus, le droit d'enseigner et de parler leur langue - ils furent à nouveau - et violemment - persécutés par le pouvoir jacobin d'Alger ! C'est de tout cela, à travers proverbes et dictons, mais aussi rappels de l'histoire vécue et des écrivains qui illustrèrent le pays kabyle, que nous entretient Mohamed Grim, dans ce livre qu'il qualifie lui-même de livre d'amour.
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Ariel Marinie se pose des questions qui paraissent d'abord toutes simples, pour se révéler peu après d'une portée insoupçonnée. On croirait - au départ - un conte pour enfants mais, très vite, les grandes personnes elle-mêmes doivent reconnaître que l'auteur s'adresse bien à elles. Il est vrai que cet auteur a gardé - comme naturellement - l'esprit d'enfance, ce qui ne déconcerte que ceux qui n'en ont même pas la nostalgie. Georges Brunon, au contraire, a reconnu quelque chose de son propre regard dans ces récits, ces images, ces aventures, qui vont au coeur du souci premier des hommes : d'où les dessins qui accompagnent le texte d'Ariel.
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Ce qu'il y narre, c'est l'histoire d'une dérive, la nôtre, que guette un naufrage : l'histoire d'une humanité qui a reporté sur l'homme la confiance qu'elle devait surtout placer en Dieu. L'erreur, pour Jean Brun, commence avec Descartes, pour ce qui est de la pensée occidentale : pour lui, l'homme cesse d'être un être perdu, il est implicitement un égaré qui, pour revenir sur le droit chemin, n'a besoin que d'une méthode, capable de lui fournir les cartes et la boussole nécessaires. Mais il était réservé au XXe siècle, et à ses Grands Timoniers, de programmer la tragédie d'un monde sans Dieu, programme que s'était naïvement fixé Marx dans un poème de jeunesse : « Dieu, je monterai au Ciel, je te chasserai de ton trône, et je ferai asseoir l'Homme à ta place ». Et le sombre constat de Nietzsche : « rien n'est vrai, tout est permis », suivi de celui de Levi-Strauss, cité par Jean Brun, « rien n'a de sens que par l'homme, lequel n'a pas de sens » : le résultat fut la mort, des morts terriblement concrètes, perpétrées par les anti-humanistes contemporains. Mais la vérité n'est pas morte, seulement étouffée, par une civilisation orgueilleuse en train de payer le lourd tribut de son relativisme. Loin de céder au désespoir du nihilisme, libertaire ou totalitaire, Jean Brun nous montre la lumière : la Révélation chrétienne, message de Dieu, trop souvent enseveli, hélas, sous les scories. Le philosophe ramasse le diamant, et le fait briller de tous ses feux, sans pour autant humilier la raison, qui demeure irremplaçable en son ordre. Tant de problèmes : sous-développement, économie, écologie... relèvent des sciences et des techniques, qui ont seulement le tort de laisser parfois espérer à l'homme une auto-divinisation.
« Vous seul, par une de ces intuitions dont sont favorisés les poètes, avez touché du doigt la source la plus profonde et la plus constante de ma poésie : la solitude » : cette lettre, de Marie Noël à Michel Manoll, justifierait à elle seule la publication posthume de cet ouvrage auquel l'auteur de "L'espace est ma demeure" tenait tant. C'est que, malgré les silences de ceux qui ont la charge de l'histoire littéraire, Marie Noël nous a laissé une oeuvre poétique majeure et, à coup sûr, l'une des rares de ce siècle que vénèrera le prochain... Pour prendre date, je publie cet essai : persuadé, avec Michel Manoll, qu'en suivant le "chemin" de Marie Noël, on ne peut s'éloigner de l'essentiel. Avec lui, on pourra, pas à pas, suivre une oeuvre qui dépasse singulièrement les pauvres mérites "naïfs" que daigne lui reconnaître le rédacteur de sa notice dans le Robert...
Qui est Lorris ? Quelle est cette vengeance qu'il poursuit à travers les étouffants paysages d'un Brésil magnifiquement connu, ou ceux d'une France figée par l'hiver ? Une violence extrême explose presque à chaque pas de ce roman inédit de Michel Bernanos, écrivain mort il y a déjà plus de vingt ans, premier volume publié par la Librairie Bleue, collection "Le dé noir".
« Nous n'en finissons pas d'aimer le monde, et rien ne nous console d'avoir à le perdre. Car le monde est beau pour qui l'observe avec gourmandise, et chaque regard est alors une naissance ; mais aussi, le monde est beau pour qui n'oublie pas qu'il faudra bientôt tout quitter, et chaque regard devient un adieu. »
« ... Je veux dire l'écho proprement musical qu'a laissé en moi la lecture de ces grands versets, où me semble se déployer la genèse de l'homme, tout autant que celle du poème. Je vois, en Malabata, l'incarnation du "poète" au sens grec, celui qui (re)crée le monde en le célébrant. » Pierre Seghers. « J'ai cru relire le Cantique des Cantiques que j'ai tant admiré, aimé. Avec des accents neufs, plus intimes encore. » Jean Guitton.
De l'histoire vraie de Francis Schoeller, directeur du Cirque de Paris, Yves Sandre a tiré un roman, dont le titre à lui seul est tout un programme : car la piste, ici, est celle de la vie, autant que du cirque. Histoire d'une vocation d'enfant jamais abandonnée, poursuivie avec persévérance, malgré les difficultés de la guerre comme de l'après-guerre, des études, des affaires... Histoire donc d'une victoire sur les événements, sur l'adversité, histoire également d'un amour, non de roman, mais tel qu'il naît, grandit et s'incarne. Histoire de la découverte progressive d'un métier, clown et directeur de cirque. Histoire comme on les aime, puisqu'elle est celle d'une réussite. L'auteur, comme il s'agit d'un récit qui court sur une trentaine d'années, en profite pour rappeler, avec bonheur, les principaux événements qui jalonnèrent cette période qui va de 1930 à 1960, ce qui est une façon efficace de vivre l'histoire au travers de l'existence quotidienne des héros.
Assise, amalgame de pierres blanches et grises, arceaux, absides et campaniles, arcs-boutants et vaisseaux à l'assaut de la colline antique où culmine, altière forteresse, la rocca maggiore ; Assise, alliance du profane et du sacré, aube étincelante et pénombre indécise, abbesse indigente et princesse parée, Assise, nef sombre et jardin clair, asile de silence et carillon de fête, ardente et discrète, aristocrate et populaire, authentique et infidèle, archaïque et actuelle, apaisante et inquiétante, ascétique et opulente austère et sereine, angélique et humaine.
Tu es le soleil battu, tes cheveux disent le chaos après la lutte, parlent nos yeux sans visage, sans ces lendemains jamais nôtres, ces plaines longues où des chiens pendus rivalisent avec l'orage, approche dans le lit du jour, avec pour fardeau le visage des lutteurs, les reins lourds, la mort épaisse perce tes cheveux, livre le vent par les épaules, l'enclume des bourreaux exulte ce soir, notre course commence avec les premiers gels.
Ernest Millard est le pseudonyme d'Ernest de Frenne, marchand de tableaux qui eût son heure de gloire : en effet, entre les deux dernières guerres, il fut le défenseur des oeuvres de peintres aussi importants que Modigliani, Soutine, Picasso, Braque, Foujita, Pasquin... Il prit ce pseudonyme, saisi, comme l'écrit Julien Gracq dans sa préface, par le démon de l'écriture, pour rédiger son journal, le "Journal d'un homme étonné", publié - notamment - par la Nouvelle Revue Française, qu'il fit précéder de ce volume, où il relate sa jeunesse. On voit ici que de Frenne, s'il n'avait au départ aucun lien direct avec la peinture, s'est étrangement préparé à l'exercice d'un métier qui fut aussi et bien plus une passion. Son parcours, de sa petite enfance jusqu'à l'orée de l'âge mûr, fut des plus étonnants, et son récit a d'emblée valeur de document.
N'en déplaise à ceux qui font et défont les réputations sur des critères qui ne sont que ceux de la mode, René-Jean Clot bâtit une oeuvre monumentale, un temple dont les piliers invitent le regard au vertige : romans, nouvelles, poèmes, essais d'un côté, peintures, dessins, gravures de l'autre. Homme du sud condamné par l'histoire à vivre au nord, René-Jean Clot expose au soleil ce qui chez beaucoup se satisfait de l'ombre : mais sa lucidité, sans complaisance, ne donne jamais le dernier mot au désespoir, car il y a chez lui, à la différence d'un peintre comme Bacon, une merveilleuse tendresse, une étrange et métaphysique confiance, un abandon (qui se passerait même de justification) à l'humain. C'est en cela que René-Jean Clot dépasse son siècle : obstinément, il a refusé de se laisser enfermer dans l'asile mortel construit par nos sociétés, obstinément, soulevant jusqu'aux chiffons obscènes des prostituées, il a découvert la pureté du coeur de l'homme, sa souffrance, son indicible appel qui ne reste pas sans réponse, même quand elle n'est pas entendue. (L'envers de la grâce, c'est toujours la grâce).
C'est ici une histoire passionnante à l'extrême, qui ne cesse depuis tant de siècles d'émouvoir le coeur des hommes : comme le dit l'auteur, elle est « l'une des histoires d'amour les plus pathétiques jamais vécue sur notre Terre par un homme et une femme », sans oublier « cet autre drame, non moins cruel, qui les déchira encore plus profondément que leur aventure de coeur, dans leur pensée et dans leur âme ». Et Régine Pernoud, dans sa préface, le confirme : « Une histoire bouleversante, et paradoxale au plus haut point, celle d'un dialecticien épris de logique qui fut aussi un poète et un séducteur, et d'une femme, savante autant que belle, qui le séduisit ; un amour profond autant que violent, qui entraîne deux êtres au-delà d'eux-mêmes. « Cette histoire, tragique et controversée, on est heureux de la retrouver, fidèlement transcrite et suivie par Albert Willocx. L'ayant moi-même évoquée autrefois, j'apprécie pleinement le souci de vérité historique qui a inspiré l'auteur : il sait nous mener à travers tous les chemins qui conduisent ses héros de Paris au Paraclet où on les retrouve, plus séparés que jamais. »
À une époque où la lecture des livres "nouveaux" ne laisse, le plus souvent, dans l'esprit du lecteur, aucune trace, pas même celle de la satisfaction immédiate d'un appétit de lecture, si ce n'est une satiété factice et éphémère, pareille à celle que procurent les "fast food" à certains estomacs peu critiques, il est encourageant de découvrir parfois un livre nécessaire, un livre qui mérite son nom. La première qualité de La croix du bûcheron, c'est que nous restons longtemps sous son charme. Cette oeuvre s'incruste dans l'esprit de son lecteur, dans sa rétine, allai-je ajouter, car c'est la qualité du regard de Pierre Granville qui, d'abord, m'a frappé. C'est parce que les images créées par l'auteur, formes et couleurs, visages et paysages, corps et lieux, deviennent tableau, que chaque détail de ces compositions persiste. Le livre refermé, le lecteur voit encore l'arrivée de Sébastien devant le grand bouleau, le trajet d'Irène dans le train, la chevauchée de Dorothea. Les personnages sont peu nombreux, s'ils nous fascinent - Pierre Granville se refuse à nous "distraire" avec des comparses - c'est parce qu'ils sont poussés par une dynamique interne inexorable, par un "fatum" que nous n'avons plus l'habitude de rencontrer. Ce récit, situé à une époque difficile à déterminer précisément, renoue avec une certaine tradition, un certain classicisme ; le lecteur est à la lisière du conte, de la fable et du rêve. La croix du bûcheron n'est donc pas une oeuvre facile, construction, langue, symbolisme, dédoublement du récit à tous les niveaux de composition, en font un livre que je qualifierais de "magique", si je n'avais peur, dans une époque trop prodigue en superlatifs, à mon tour de prendre par la main le lecteur. C'est à lui seul d'extraire ce qui fait la substance d'un livre.
Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.