FeniXX réédition numérique (Le Serpent à Plumes)
Les mythes et les rituels sont si vigoureusement ancrés dans l'imaginaire de certains peuples, qu'ils y puisent leur force et leur résistance pour lutter secrètement ou symboliquement contre une certaine forme de civilisation imposée. Maurice, la Réunion, Rodrigues, les Seychelles, Madagascar, Comores : chacun des récits de Monique Agénor a pour décor l'une de ces îles de l'océan Indien. Un Mauricien d'origine indienne, Saïd Amâne, est possédé par Kâli, la déesse noire ; Kim la petite afro-chinoise communique en rêve avec des âmes errantes, celle d'un moine fou et celle d'une chamanesse ; un Malgache, par la voix de ses ancêtres, attend la transmigration naturelle de l'âme de son fils nouveau-né dans celle d'un serpenteau sacré... Tous les personnages de ce recueil font état de leur double ou triple identité, et des déchirements intérieurs que connaissent les Indo-Océaniques. Dans une langue savoureuse, intégrant les idiomes de chaque île, Monique Agénor nous emmène dans un voyage unique entre Équateur et Tropique du Capricorne.
« Au nom de la révolution socialiste, au nom de la patrie indépendante et libre des Roumis, ainsi de toutes formes et forces de répressions ou d'injustices sociales, nous annonçons, pour vous, jeunes appelés, descendants, postérité et prospérité de la révolution et héritiers de l'armée populaire nationale, que l'entrée au bordel Lac-Duc, rebaptisé bordel national J.B.K., est gratuite, pour toute la journée, jusqu'à minuit heure locale ! Cette grande journée de la nationalisation du bordel ressemble à celle de la nationalisation des hydrocarbures. Toutes les femmes nationalisées sont à votre disposition gratuitement et cela jusqu'à minuit. C'est le premier geste socialiste et progressiste de la part de l'État et des prostituées ne cessant de continuer leur combat d'honneur pour bâtir un pays développé et révolutionnaire et un citoyen équilibré et en bonne santé. » Roman violent et désespéré, La Razzia est l'histoire d'un bordel aimé, nationalisé, islamisé : l'Algérie, pays de cocagne et pays martyr, terre d'amour et terre de haine. L'auteur de la Soumission, poursuit ici sa quête d'une identité en lambeaux.
De quelle histoire sombre, tumultueuse et tragique, Herminia, petite-fille de Fanza, esclave affranchie de Ranavola-Manzaka, la dernière reine de Madagascar, est-elle la dépositaire ? Par quels prodiges de la mémoire et de la transmigration de l'âme de son ancêtre parvient-elle à consigner dans trois petits cahiers d'écolier l'histoire de larmes et de sang de Madagascar ? Quelle résonance l'évocation de ce monde englouti a-t-elle sur Tangol, Koto, Paulette, Zoubeda et tout le ti-moune métissé qui l'écoutent raconter, accroupis sous l'arbre du voyageur, dans un petit village de La Réunion ? Et qui sont ces plagiaires qui ont fondu sur le manuscrit d'Herminia, tels des papang'carnassiers sur un Ti-coq la bruyère, s'appropriant à leur tour l'histoire d'une appropriation : celle de Madagascar par la France coloniale. Monique Agénor, dans une langue inspirée, déroule en une fresque impressionnante l'histoire de la « Grande-Île » et d'une femme hors du commun, la reine de Madagascar, et le bouleversement de cultures ancestrales.
« Bonjour, Bertram Reyner, analyste. Je vous serre la main, comme un copain. Sans avoir eu la faiblesse de l'avilir j'ai parlé avec une rousse, très belle, grande... yeux bleus, une prostituée... une très belle prostituée rousse aux yeux bleus que vous avez lamentablement échoué à baiser et cette femme m'a parlé d'une autre femme - il y en a beaucoup, en effet - que vous aviez vous-même croisée à titre professionnel, pendant l'exercice de vos fonctions, en tant que pompier comme vous le savez, or, cette femme, qui diffère même si elle aussi a des yeux bleus, cette autre femme est la mienne, et donc qu'est-il advenu d'elle ? À ce qu'on a dit, cette femme très précise, blonde yeux bleus taille moyenne, vous l'auriez vue brûler... Elle portait une croix. Au cou. Si c'est le cas, décrivez. Blonde, yeux bleus, taille moyenne, et croix. Bon, le profil correspond. Question : était-ce une pute, une sainte ou une femme malheureuse ? Vous a-t-elle confié la nature de son ressentiment avant de partir en fumée ? Je m'assis sur les marches du quatrième, la tête entre les mains. Ça n'allait pas. Il y avait à ma gauche une plante en pot et à ma droite une plante en pot mais ça n'allait pas. Une chose ruinait l'équilibre : qui était ma femme ? J'avais merdé, j'aurais dû préparer les questions, ça faisait toc. Mes inquiétudes passaient mal à l'oral. »
Feu bleu du ciel de l'Oranais, feu jaune des vents brûlants, feu roux du henné qui colore les cheveux, les mains et les pieds, feu de désirs contenus, réprimés, et pourtant savamment entretenus comme des braises par la poésie des vers coraniques. En un huis-clos étouffant, celui d'une famille aux filiations incertaines, Amin Zaoui dépeint les ravages et la violence de la soumission ancestrale des femmes à leur mari, des enfants à leurs parents : où le feu des désirs appelle le sang de la mort et annonce les désastres.
L'année 1942, vue à travers l'histoire des habitants de Bé-Maho, une île de l'océan Indien où se côtoient, à distance, les Gros-Blancs, détenteurs du pouvoir, les Noirs, issus de lignées d'esclaves, et les Petits-Blancs, descendants des premiers colons qui refusent depuis les origines la tutelle du gouvernement français. Premier roman. « Copyright Electre »
« Les érémistes fêtards parisiens se prétendent toujours artistes bien que ce soient surtout des fumistes. » Et vlan ! Voilà comment le petit malheureux, en train de dragouiller de la viande saoule dans une teuf, se fait remettre à sa place. Vivant à Paris, obligé d'épouser son siècle et son insupportable quotidien, le petit malheureux gamberge sur sa lâcheté, sa solitude, son oisiveté, son ivrognerie. Avec un jovial cynisme, il pourfend les adeptes du bonheur, les stakhanovistes du courage et du sens des responsabilités. Glandeur au grand coeur, le Petit Malheureux rêve sans fin du grand amour et tente sa chance avec une caissière de Leader Price - « Je faisais la queue à la sienne pour durcir la mienne. » Et pour finir se retrouve toujours dans un face-à-face avec sa bite - petite de surcroît - « Ne dites jamais à un garçon qu'il a une petite bite, s'il vous plaît les filles. » Tout à la fois vif, tendre, cynique, réjouissant, ironique, décapant, ce premier roman de Guillaume Clémentine, portrait en neuf tableaux d'un immature contemporain, tend avec humour un miroir à ses contemporains.
Au Yaba Terminus, hôtel minable de Lagos, l'ancienne capitale du Nigéria, échouent les immigrants, fuyant l'Angola, le Congo-Brazzaville ou le Congo-Kinshasa, en route pour l'Europe qu'ils n'atteindront jamais. Descentes de police, planques, magouilles, assassinats, suicides, sont leur quotidien. Pour quitter le Zaïre, Midy a vendu à L'insu des siens la parcelle familiale, pensant retrouver son petit ami et ne réussissant qu'à se faire refouler à la frontière belge... Fraîchement débarquée au Yaba, elle est prise dans le cercle vicieux du vol, du mensonge et du trafic... Cette longue « novella » inaugure un recueil très noir, tableau désespéré de l'Afrique contemporaine et des immigrants en banlieue parisienne. Trois romans ont déjà fait remarquer Achille F. Ngoye comme un styliste tout à fait à part. Son talent d'observateur sans indulgence, jamais cynique, son humour et sa verve donnent leur ton totalement inédit à ces textes féroces.
« Nous ne perdions pas une occasion de nous amuser, les enfants et moi. J'aimais leurs jeux. Comme les miens, leurs gestes étaient maladroits. J'ai mis le feu à Sarajevo, pour le plaisir de leur sourire au passage des camions écarlates. Les pompiers sont les amis des enfants. Moi, avec eux, je les regardais passer en battant des mains. » Un homme est trouvé congelé sur le bord d'un trottoir. À l'hôpital où il reprend vie, au fil de sa mémoire, de ses souvenirs, des images tourbillonnantes et cinglantes comme des bourrasques de neige, se retrace peu à peu l'histoire de ce personnage étrange et inquiétant, tout à la fois écrivain public et serial-killer, séducteur de petites filles et rêveur fervent. Quelle part faire à la réalité et au fantasme ? Qu'est-il advenu de Karine ? Et que se passa-t-il dans ce café où eut lieu un massacre ? Entre le thriller et la fable, un roman noir feutré et blafard, où Jean-Marie Soudey chuchote son implacable maîtrise des émotions humaines.
Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.
Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.
« Avez-vous jamais rêvé d'attraper leurs ombres dans le ciel ? Lucy mit sa plus belle robe pour le bal de ce soir : une longue robe blanche satinée, avec des bretelles de dentelle. Elle savait qu'il serait là, rien que pour elle. C'est pourquoi elle se para aussi de sa plus jolie paire de boucles d'oreilles. Elle sortit de chez elle en criant à son papa et à sa maman un tonitruant "Bonne soirée quand même les vieux, à bientôt ?" et, en traversant, se fit écraser par un poids-lourd appartenant à une importante société de préservatifs. » Un garçon raconte les moments délicats de la puberté de sa grande soeur, Adam révèle à Ève l'heure qu'il est, un petit homme rondouillard fouille la vie de trois ravissantes jeunes femmes suspendues à des crochets de boucherie, un mari explique à l'amant de sa femme comment celle-ci ne l'a pas trompé, une épouse délaissée se bat avec un aspirateur à souvenirs... Ce ne sont là que quelques-uns des personnages qui comblent les orifices et peuplent les présents fantasmatiques d'Olivier Saison, jeune auteur de vingt-trois ans, dont la spontanéité, l'aisance, et la vivacité séduisent, dont la fantaisie et l'intelligence pétillante convainquent.