FeniXX réédition numérique (Hautécriture)
C'est au cours de promenades dans la campagne (la désolante grisaille des après-midi d'hiver) que s'est imposé à moi, laisse après laisse, ce poème - plus que je ne l'ai écrit, du moins dans l'instant -, révélant, comme l'herbe titille le regard dans le soir froid, jusqu'à la rendre présente, l'absence vive et lancinante d'un être en-allé jadis - qui fut mon père - et dont le souvenir ô combien m'est cher.
Tableaux de genre, traités au scalpel Valin, notules d'agenda, paysages soudain presque cléments, descriptions de lieux publics où vibrionne le rut champion, au-delà du spectacle naît l'angoisse. Elle pousse le poète (par souci aussi de conjuration ?) à tutoyer la mort sans cesse bavarde dans les choses. Ainsi, les mains de l'homme « débordées par le réel » aiment, sans espoir de durée ce monde où il souffre, et dont il n'a jamais eu les clés. Le poète poursuit, halluciné, sans raison, « la voie la plus haute ». Mais il lui reste un goût pour la tendresse et il fait éclater les rudes fanfares du caustique, qui résonnent comme pour une chasse à courre - la dernière.
Verrines : le mot désigne, en Lorraine, les pots de confitures rangés en haut de l'armoire, tout en haut, en enfer, où sont aussi les livres qu'on ne touche que des yeux. Il les désigne à notre concupiscence, image qu'on croit saisir dans la glace, dans le regard qui fige, de feux roulant, fragiles, jusqu'à la mer.
Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.
Jean-Michel Maulpoix est l'auteur d'essais sur Henri Michaux (Champ-Vallon), Jacques Réda (Seghers) et, en poésie, de nombreux recueils, dont récemment : La matinée à l'anglaise (Seghers), Limbes (L'apprentypographe), Un dimanche après-midi dans la tête (POL), Dans la paume du rêveur (Fata Morgana), Ne cherchez plus mon coeur (POL).
Robert Marteau est né en 1925, à Virollet de Villiers-en-Bois, dans la forêt de Chizé. Il vit actuellement en France, après douze années passées à Montréal. Les éditions du Seuil ont publié ses premiers ouvrages : Royaumes, Travaux sur la terre, Des chevaux parmi les arbres ; aux éditions Gallimard, ont paru : Pentecôte, Mont-Royal, Fleuve sans fin (Journal du Saint-Laurent).
Il était bien assuré de sa richesse et de sa postérité le poète qui s'offrait le luxe de laisser dormir parmi ses inédits en recueils, dans des publications parfois obscures, des trouvailles de cette trempe, bonheurs d'écriture surréaliste et paysanne (Fombeure était poitevin et universel) : Silence somnambule qui glisse sur les flots... Des marais du doute aux pays sans nom... Tourne grande roue zodiacale charrette du silence ailé... Nous avons, avec quelque difficulté, retrouvé ces merveilles, en avons choisi près d'une soixantaine (sur une centaine de poèmes inédits existant probablement). Les quelques proses, proches parfois des poèmes (Maintenant nous faisons tous partie de cette maison solaire/Où Circé nous a changés en animaux-enfants/Mais pour lui montrer parfois ma colère/Je déniaise les éléphants), nous aident à comprendre la poétique consciente de Fombeure. Que soient remerciés pour leur aide : Philippe Pineau, Jean Bouhier, André Pacher, Michel Martin, Jean Rousselot et, bien sûr, Madame Carmen Fombeure, dont la confiance nous honore. L'éditeur