FeniXX réédition numérique (Gerfaut)
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...Il y eut d'abord une toute petite flamme jaunâtre, qui s'échappait en sifflant de l'embouchure du tube, puis elle grandit tout à coup, démesurément, jusqu'à devenir une énorme langue de feu, qui dardait sa pointe avec un ronflement infernal. Elle commença par lécher la meurtrière du bunker puis, attirée par l'appel d'air, s'engouffra en rugissant dans l'étroite ouverture. L'épaisseur des murs de béton du fortin ne suffit pas à étouffer les hurlements de douleur poussés par les hommes brûlés vifs dans leur prison de pierre... Stalingrad... ce fut un combat de Titans, où l'héroïsme confinait parfois à la folie. Des pages atroces, qui doivent être lues par les hommes... Pour qu'ils se souviennent, et se gardent de recommencer.
Front germano-russe... décembre 1941. Pour sauver l'URSS, Joseph Staline libère les forces secrètes de son immense empire. Du fin fond de steppes glacées, surgissent d'innombrables divisions - sibériennes, kirghises, mongoles - qui se ruent à la rencontre des envahisseurs nazis. Le diable est lancé... Avril 1945... Ces mêmes hordes indisciplinées campent aux portes de Berlin, qu'elles se préparent à submerger sous un flot de feu et d'acier. Pour l'orgueilleuse capitale du IIIème Reich, la Mecque de cet « ordre nouveau », qui n'aura duré que cinq ans, le châtiment est proche ! Les dernières salves, la mise à sac d'une grande ville européenne et les derniers combats de la Deuxième Guerre mondiale, décrits en une série de clichés saisissants, où le pathétique côtoie souvent l'horreur.
Le fond de l'entonnoir était déjà occupé par un soldat en uniforme felgrau, bizarrement recroquevillé sur lui-même, et par un essaim de grosses mouches vertes qui bourdonnèrent furieusement à l'arrivée des trois intrus. « Ne t'inquiète pas, Werner ! Ce frère-là ne te fera aucun mal ! Le pauvre gars a déjà eu sa ration de plomb ! » Avril 1945 : vêtus de l'uniforme noir des panzers, sans aucun insigne, une poignée de volontaires allemands servirent de guides à l'Armée rouge qui se frayait un chemin dans les ruines de la capitale du Reich, Berlin... C'étaient les hommes de la « Légion maudite » ! Nous les suivrons pas à pas dans leur sanglante aventure. Avec eux, nous vivrons les ultimes minutes des habitants du bunker de la Chancellerie, « Le Bunker de la dernière chance ». Et nous les verrons mourir.
Les Russes avaient bondi sur les chars et se battaient contre les « Panzergrenadieren », qui tentaient de regagner leur habitacle blindé. Leurs bottes dérapaient sur le métal verglacé. Agrippés les uns aux autres, ils glissaient, tombaient, et continuaient à se battre dans la neige. À coups de poings, à coups de crosse... Piotr Ivanovitch, l'un des premiers, avait bondi sur l'un des chars. D'un coup de crosse en plein visage, il culbuta le grand diable qui s'apprêtait à se laisser glisser dans l'ouverture béante. Il dégoupilla une grenade et la jeta à l'intérieur du tank. Il y eut une explosion assourdie, et une fumée noire tourbillonnante s'échappa de l'ouverture. Une baïonnette dans le ventre... Une page sanglante et mémorable de l'histoire de la guerre germano-russe. Cette guerre qui mit aux prises deux armées géantes, et dont dépendit le sort du monde. Les « Panzers » de la Wehrmacht... Les énormes chars de 52 tonnes de l'Armée rouge... La cavalerie mongole... Les soldats chargeant à la baïonnette. Tous ces êtres, toutes ces choses, revivent pour vous le drame hallucinant qui se déroula dans les plaines glacées recouvertes de neige.
Je viens de voir Édith pour la dernière fois... dans son lit immense, pauvre petit pantin disloqué. Je suis resté là, hébété, idiot... Est-ce possible que cet être presque minuscule, que ce visage de marionnette, soit tout ce qui reste de l'enveloppe charnelle de la plus grande tragédienne de la chanson du monde ?... Machinalement, j'ai regardé sa bouche, ce cou qui disparaissait dans l'étoffe qui entourait son visage... Hélas !... Est-ce possible que tout cela ne soit plus... Que jamais plus ne sortira aucun son de cette gorge miraculeuse... Et puis, j'ai repensé à toute notre vie d'amitié, d'affection, de tendresse... depuis 1942... Dans ma tête, dans mon coeur, les images et les souvenirs se chevauchent, s'entrechoquent... et si aujourd'hui, alors qu'elle n'est pas encore retournée à la terre, j'entreprends de vous parler d'elle, c'est que j'ai peur que l'on dise encore tant de stupidités, d'infamies, d'ignominies sur elle... N'attendez pas de moi des souvenirs scandaleux, des épisodes tapageurs de sa « vie sentimentale ». Non, une certaine presse dite « spécialisée » s'en est assez gorgée, repue et enrichie. Édith parfois, quand elle lisait toutes ces saletés, se fâchait, mais déjà elle oubliait en haussant les épaules, elle éclatait de ce rire incroyable, qui résonne encore à mes oreilles, ce rire qui venait de ses tripes, énorme, gonflant, cascadeur, triomphant, et elle disait : « Bah ! je les laisse faire leur métier... je m'en fous... Dieu seul sait la vérité. »
Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.