FeniXX réédition numérique (Bibliophane)
« Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, le souvenir de mes parents et amis tués à Poniatowa ne cesse de me hanter. Ce souvenir est d'autant plus oppressant et cruel que ce camp, où furent liquidés en quelques heures, le 4 novembre 1943, des milliers de Juifs rescapés de l'insurrection du ghetto de Varsovie, est généralement passé sous silence ou ignoré par les historiens de la Shoa. Plus symboliquement encore, la stèle érigée sur l'emplacement du camp ne mentionne pas la judéité des victimes mais évoque uniquement les crimes du fascisme hitlérien.
Qu'il se conjugue sur le mode de l'humour, du fantastique ou de la spiritualité, le légendaire juif doit s'entendre et se lire comme porté par le blanc de la page, la marge du texte, un commentaire en somme. « Ils virent des voix », est-il dit de la révélation du Sinaï. L'oralité n'est jamais opposée à l'écriture pour le judaïsme et son imaginaire puise aux deux sources.
À considérer la religion dans le cadre de la cité antique puis en ses formes ultérieures, deux orientations se proposent, de souligner la continuité - progrès, approfondissement ou déperdition d'authenticité - ou de marquer l'opposition. Le malaise qui hypothèque la « philosophie de la religion » ou les « sciences religieuses » pour définir leur objet tient, pour une large part, à la disparité entre ces deux modèles de la religion qui ni ne concourent ni ne se contredisent. L'hypothèse ici avancée est que, en retrait sur l'histoire, une « Forme » devrait se dessiner, ni factuelle, ni idéelle, si l'on interrogeait le basculement de l'une à l'autre. Le relief est comme la « Forme » qui résoud la difficulté de la comparaison des images de la vision binoculaire ! Avec quel « relief » la religion apparaîtrait-elle si elle était déchiffrée à partir d'une telle « Forme » invariante : ni perpétuité des « catégories de l'Esprit humain », ni immuabilité de la « condition humaine » ? Des indications sur cette « Forme » se transmirent-elles au fin fond des ghettos et des mellahs ? Chacun choisira d'en admettre ou d'en exclure l'hypothèse cependant que l'expérience - qui induisit cette étude - attesta que l'obstacle à cette transmission à des milieux variés, des plus aux moins traditionnels, n'était autre que les idées préconçues que l'on nourrit sur la religion. Idées préconçues également sur la signification d'un fait juif qui se réclame d'une continuité de plus de trois millénaires tant dans le cadre de la cité antique que dans l'ère ultérieure. Qu'en est-il de sa coexistence avec les autres modalités du fait anthropique ? Comment envisager que, suite à des coexistences empreintes d'un extrême déplaisir - ou de bienveillance indifférenciée - des coexistences d'extrême jubilation s'instaurent ? L'enjeu du raccord entre les deux modèles est notre filiation, est notre ancrage dans les antiques certitudes. Pourquoi notre aventure bimillénaire n'est-elle pas uniquement l'embardée du bateau ivre ?
Dans sa préface aux « Jeux de la mort et de l'espoir » (Encres-Recherches), le grand philosophe Vladimir Jankélévitch décrivait en termes chaleureux, à propos de Henry Bulawko, auteur de ces souvenirs d'Auschwitz : « Il n'est pas aigri. La gentillesse, l'humour, le sens de l'amitié sont sortis indemnes, chez lui, des cercles de l'enfer et de la haine ». Quelqu'un a dit qu'il n'était plus possible de chanter après Auschwitz. Et pourtant ! Si Henry Bulawko ne peut associer le rire à ce que fut « la solution finale de la question juive », il a trouvé, dans l'humour - et dans l'humour juif en particulier -, une sorte de revanche sur la perversion raciste et antisémite. Le rire est une arme contre l'adversité, contre la bêtise et contre le renoncement. Ce recueil d'histoires juives et israéliennes, nullement exhaustif, veut être un rayon de soleil, un zeste d'espérance, un clin d'oeil complice aux amoureux de la vie. Après tout, le rire est le propre de l'homme, donc du Juif. Shemuel Katz, comme on le verra, est un des plus populaires illustrateurs et caricaturistes d'Israël. Membre d'un Kibboutz, donc idéaliste, il sait préserver - dans ses traits - le respect de l'homme. Il nous apporte, en quelques dessins, une vision réconfortante de son pays, Israël.
« De l'affaire Schwartzbard au cas de la thèse fantaisiste d'Henri Roques, du procès Frankfurter à l'aventure des enfants Finaly, du pogrome de Constantine à la chasse aux nazis comme Klaus Barbie, le « boucher de Lyon », sans oublier la visite de Jules Isaac au Vatican, la tragédie de la famille Grynspan, le projet Blum-Viollette pour l'Algérie, le procès de Prague, celui des « blouses blanches » ou encore l'action en justice contre Jean-Marie Le Pen. Un combat qui est malheureusement loin d'être terminé... »
À une époque où, à travers une demi-prise de conscience - « on ne remonte pas le cours de l'histoire » - il est impossible d'être « de droite », la « gauche » arrive aussi à une impasse dénoncée naguère par les « nouveaux philosophes ». En quoi consiste-t-elle ? Il convient de poser, enfin, la question. L'idéologie, en se figeant, se dénonce elle-même : lisible comme messianisme trahi, transcendance éludée. Significativement l'Occident tout entier se définit sur un refoulement fondamental qui est celui de ses sources juives. L'antisémitisme et ses formes dérivées, avec, dans l'intersubjectivité, quelque complexe juif, empêchent l'émergence d'une signification sans cesse affrontée, sans cesse trahie, ou éludée, ou aveuglée dans le meurtre lui-même. Ils nous permettent de lire, tant dans la philosophie que dans la politique, l'une s'articulant à l'autre, un danger fondamental et une responsabilité qui concernent l'humanité tout entière. Il est temps, il n'est que temps, s'il est encore temps, de dénoncer la pathologie de notre époque, dans ses paroxysmes comme dans le quotidien : comme l'enfant du conte d'Andersen qui osait enfin dire que l'Empereur était nu...
Le « superman » israélien, longtemps idole des foules et de la grande presse, semble avoir perdu son auréole de vedette médiatique au profit du « wunderkind » palestinien, maintenant que le « Peuple du Livre » n'est plus celui de la télévision. Sur les écrans, dans les journaux, le « Sabra » défricheur de marais des temps anciens, le soldat invincible des temps de guerre, de gloire et de gloriole, ne sont plus que de vilains militaires courant derrière des enfants armés de cailloux dans des territoires - z - occupés en dehors desquels Israël ne paraît plus devoir exister. Comment en est-on arrivé à cette volte-face généralisée des médias, aussi prompts à encenser leurs héros qu'à les détruire, au gré des modes et des états d'âme ? Comment peut-on se permettre de prendre autant de libertés avec l'Histoire en négligeant par ignorance ou parti pris, de remonter aux sources authentiques du conflit ? Pourquoi la démocratie israélienne est-elle, perpétuellement, soumise à la vindicte de ses ennemis, aux pressions de ses amis. Marc Hillel a jugé nécessaire de remettre les pendules à l'heure... d'Israël. Témoin de l'intérieur, qu'irritent les prophètes professionnels et les donneurs de leçons il nous livre avec humeur, humour, amour, ses souvenirs et ses réflexions à un moment où « l'amour des lamentations » tend de plus en plus à servir d'exutoire, aux uns et aux autres.