Réponses sociologiques
L'introduction dans les entreprises de nouvelles technologies transforme profondément le sens donné au travail. Une étude de cas : celui de l'évolution des transports urbains de masse parisiens permet de dégager plusieurs résultats. Les données antérieures reposaient sur des métiers aux caractéristiques précises, sur des pratiques et des représentations individuelles et collectives de groupes socioprofessionnels spécifiques et nombreux, sur des sociabilités endogènes fortes constituant des « blocs sociotechnologiques » induits, sur le long terme, par un certain croisement du technologique et du social. Les technologies nouvelles découpent ces données construites sur l'épaisseur historique pour susciter l'émergence d'autres blocs. Polyvalence et flexibilité tendent à remplacer les qualifications segmentées antérieures. La réduction des postes induit un certain dépérissement des sociabilités internes et un glissement vers les interactions extérieures à l'entreprise. L'analyse approfondie de ces mutations nécessite l'étude des pratiques et des représentations allouées au concept de travail. Pour aborder ce champ, la démarche « socioanthropologique » proposée croise des problématiques et méthodes sociologiques avec des résultats de l'anthropologie (immersion dans les milieux d'entreprise, symbolique et ritualisation des quotidiennetés...) appliquées aux sociétés industrielles.
Comment changer l'entreprise en faisant le pari qu'une autre productivité, un regain d'efficacité et de créativité pourront être trouvés dans l'expression et la participation des salariés aux décisions qui les concernent ? Telle est la question que pose toute volonté d'organisation plus démocratique des rapports de travail. Des réponses existent déjà dans les faits. Des entreprises petites et moyennes, françaises ou étrangères, ont choisi de s'organiser sur ce modèle. Elles ont largement dépassé le stade expérimental et fait la preuve de leur vitalité ; mais pas à n'importe quelles conditions ! L'analyse sociologique de leurs fonctionnements montre que la démocratie en organisation est certes différente des bureaucraties et entreprises tayloriennes ou plus traditionnelles, mais qu'elle doit surmonter d'autres problèmes spécifiques d'organisation, dès lors que chacun s'exprime et participe. Faire découvrir cette réalité humaine et sociale des fonctionnements collectifs de travail, telle est l'ambition de cet ouvrage sociologique.
Le temps libre, fait social apparu avec l'industrialisation, est devenu un droit appuyé sur une législation de plus en plus complète. Enjeu de luttes et de conflits, il s'est diversifié en périodes de temps qui constituent des points forts rythmant la vie collective. Son accès progressif à des catégories sociales de plus en plus nombreuses représente une victoire face aux inégalités. Sa valorisation contribue à modifier la relation des individus et des groupes à l'ensemble du temps et à créer des innovations dans l'organisation de celui-ci. Par tous ces aspects, qui sont analysés dans l'ouvrage, le temps libre apparaît comme un temps social au sens fort du terme, créateur de nouveaux rapports sociaux, et porteur de valeurs nouvelles. Certains signes permettent-ils alors de repérer une forme de société qui résulterait de l'extension des rapports sociaux liés au temps libre ? Un éthos de société post-consommatoire, centré sur les valeurs de temps libre ne pointe-t-il pas à l'horizon ?
La crise au-delà des fatalités économiques qui lui servent abondamment d'explication, c'est aussi un moment de la lutte capital-travail. Chômeurs, intérimaires et autres hors-statut, toutes ces figures qui s'élargissent avec la crise ont profondément déstabilisé les représentations classiques de la classe ouvrière. On la dit coupée en deux, on lui fait même ses adieux. L'analyse présentée ici des diverses stratégies qu'adopte aujourd'hui le mouvement ouvrier révèle l'ampleur des mutations de l'ordre productif. Retranché dans ses forteresses ouvrières, le mouvement syndical contrôle de moins en moins un nouvel espace productif qui déborde largement le cadre du rapport salarial traditionnel centré sur la branche et l'entreprise. Des expériences syndicales actuelles tentent de prendre en compte cette socialisation élargie de la production dans ces nouvelles configurations que sont le bassin d'emploi ou le site. Elles révèlent alors la difficulté de mobiliser ces travailleurs précaires aux pratiques largement déviantes de la classique conscience professionnelle mais aussi l'opportunité offerte au mouvement ouvrier de ressortir du ghetto corporatiste dans lequel l'avait enfermé le fordisme.
On reparle du civisme, ce qui ne signifie pas qu'on le pense. Et pourtant, ce devrait être la première chose à faire, si l'on ne veut pas que les évidences du consensus (« les citoyens doivent avoir l'esprit civique ») l'emportent à trop bon compte sur celles de la critique (« l'appel à l'esprit civique est un masque de la domination »). Peut-on agir en société, sans faire légitimer son action par une communauté civile quelconque ? Et cette communauté légitimante se présente-t-elle toujours sous les mêmes aspects ? À ces deux questions, ce livre répond par la négative, ce qui permet à la fois de montrer que le consensus n'est pas un cas limite de la pratique civile, mais plutôt la condition de sa réalisation ; et d'expliquer pourquoi, cependant, le civisme des uns est, si souvent, l'incivisme des autres. La quête de légitimité, coextensive aux ententes qui assurent la conduite des affaires ordinaires de l'existence, est aussi au fondement de ses conflits les plus violents, Les effets extra-ordinaires de certains civismes particulièrement virulents, peuvent donc déjà être lus, dans les formes les plus ténues du civisme ordinaire.
Dénoncer l'invisibilité du travail domestique et son attribution exclusive aux femmes, n'a plus à être fait. Mieux encore, le poids du travail domestique dans l'économie nationale a été reconnu et même mesuré, et on sait maintenant que les économies les plus développées s'appuient sur l'existence d'un secteur productif non marchand. Pourtant, dès qu'on va y voir de plus près, les paradoxes surgissent. L'activité domestique est bien un travail, et cependant celui-ci ne peut être défini au moyen des catégories de l'analyse économique. Les femmes s'occupent des enfants, de la maison, de la cuisine depuis des siècles, et, pourtant, il y a une histoire des formes familiales et de la division du travail entre les sexes. Le travail domestique s'exerce dans des rapports interindividuels au sein de la famille, pourtant c'est l'ensemble des femmes qui l'assure. Qu'hommes et femmes partagent les tâches domestiques, et un grand pas sera fait vers l'égalité des sexes, pense-t-on, mais le travail domestique se laisse-t-il découper en tâches, et est-ce bien du travail domestique que font les hommes lorsqu'ils y participent ? Par une analyse systématique des pratiques des femmes et des hommes, au sein de familles socialement différenciées, les auteurs dénouent ces apparentes contradictions, et font apparaître la spécificité socio-économique de l'activité domestique : forme de travail radicalement différente du travail salarié, mais néanmoins intrinsèquement liée à l'existence de celui-ci.