Patrick Pharo
Patrick Pharo
Le projet d'une sociologie de l'esprit consiste à étudier les objets abstraits ou semi-abstraits que sont les actes, les sentiments, les relations et les qualités sociales : compliment, reproche, humiliation, jalousie, gratitude, subordination, alliance, bonté, cruauté, sans les réduire à autre chose qu'eux-mêmes, c'est-à-dire les pensées de leurs sujets. Cette démarche se présente comme une alternative possible aux théories culturelles, comme aux théories biologiques de l'esprit. Elle propose en effet une interprétation sociologique du cognitivisme contemporain qui tente de mettre en évidence l'autonomie des faits de signification par rapport aux déterminations historiques et naturelles. Dans la perspective d'une sociologie de l'esprit, les pensées et la liberté seraient l'émergence, non pas de mécanismes biologiques et évolutionnaires, mais de structures conceptuelles inhérentes au langage et aux règles logiques des sociétés humaines. Ce qui ne les empêcherait pas d'exercer une certaine sorte de pouvoir causal sur les personnes et sur le monde.
Et si la liberté n’était plus qu’une illusion numérique ? Les data contre la liberté explore comment l’IA, le microciblage et la surveillance redéfinissent nos choix et menacent nos droits.
Comme des sujets accros aux drogues, les sociétés pourraient-elles devenir elles-mêmes « addictes » ? C'est-à-dire pathologiquement dépendantes de la recherche compulsive de certains biens, en dépit de ses conséquences nocives pour l'ensemble de la collectivité ? Si l'on en croit une critique ravageuse qui traverse toutes les productions culturelles, et en particulier le cinéma, c'est bien ce qui arrive aux démocraties libérales contemporaines : optimisation extrême des activités, course à l'argent et au succès, surconsommation marchande, usage compulsif des technologies, épuisement des ressources naturelles, corruption de la démocratie...Loin de contredire le processus de rationalisation propre au capitalisme moderne, cette dérive addictive en serait plutôt la conséquence paradoxale qui rend de plus en plus difficile la poursuite de fins rationnelles communes. Si les cibles de l'émancipation portent toujours sur les libertés et égalités de base, devenues de plus en plus précaires, elles s'étendent désormais aux moyens de protéger le désir intime des intrusions marchandes, technologiques ou sécuritaires, qui enserrent les habitants dans un réseau de plus en plus dense de dépendances indésirables.
Une petite fille atterrit chez les brutes ! Les entrailles de poussin l'ont annoncé, le sixième enfant de Toran le Viking sera une fille. Après avoir donné vie à cinq garçons, le Barbare supporte mal la naissance de Root, craignant les moqueries de ses potes. Pour survivre dans ce monde de brutes, il faut avoir la ruse du renard, la puissance vocale du cerf, la noblesse de paon, l'oeil de l'aigle... bref, être un homme. La fragile Root n'a pas toutes ces qualités guerrières pour vivre dans ce monde sauvage, mais possède bien d'autres arguments pour vaincre ses ennemis.
On reparle du civisme, ce qui ne signifie pas qu'on le pense. Et pourtant, ce devrait être la première chose à faire, si l'on ne veut pas que les évidences du consensus (« les citoyens doivent avoir l'esprit civique ») l'emportent à trop bon compte sur celles de la critique (« l'appel à l'esprit civique est un masque de la domination »). Peut-on agir en société, sans faire légitimer son action par une communauté civile quelconque ? Et cette communauté légitimante se présente-t-elle toujours sous les mêmes aspects ? À ces deux questions, ce livre répond par la négative, ce qui permet à la fois de montrer que le consensus n'est pas un cas limite de la pratique civile, mais plutôt la condition de sa réalisation ; et d'expliquer pourquoi, cependant, le civisme des uns est, si souvent, l'incivisme des autres. La quête de légitimité, coextensive aux ententes qui assurent la conduite des affaires ordinaires de l'existence, est aussi au fondement de ses conflits les plus violents, Les effets extra-ordinaires de certains civismes particulièrement virulents, peuvent donc déjà être lus, dans les formes les plus ténues du civisme ordinaire.
Peut-on offrir du sexe pour d'autres motifs que l'amour ou le désir ?La réponse allait de soi à l'époque des mariages arrangés à des fins de reproduction et pour toute la vie, quand, par ailleurs, la prostitution féminine offrait aux hommes mariés la volupté qu'ils ne trouvaient pas dans les unions officielles. Dans le contexte contemporain de liberté sexuelle, de couples égalitaires à durée limitée et de mariage pour tous, la prostitution devrait plutôt offrir un modèle de soin et d'attention érotique dont n'importe qui, homme ou femme, pourrait s'inspirer pour satisfaire son partenaire amoureux. Or, paradoxalement, cette contribution essentielle des travailleurs du sexe à l'éthique du plaisir leur est farouchement déniée, et la promotion, voire la sacralisation, de la libido sert au contraire à justifier la répression à leur encontre. Réflexion iconoclaste sur l'éthique du plaisir, cette sociologie morale contemporaine s'appuie sur des entretiens, des autobiographies et des documents littéraires et cinématographiques et, faisant appel à l'anthropologie comparée et aux neurosciences, explore les rapports ambigus du mariage et de la prostitution, entre devoir conjugal ou professionnel, vocation amoureuse ou libertine, réciprocité émotionnelle ou marchande.