Philosophie/Politique/Histoire des idée
Pourquoi aimons-nous le hasard, et quel rôle joue cette attirance dans notre compréhension du monde ? Depuis la Renaissance, l'Occident ne cesse de redécouvrir l'aléatoire ; chaque époque annonce une nouvelle ère de la contingence. À l'émerveillement ou l'inquiétude succèdent alors le doute (n'est-il que le produit de notre ignorance ?) puis la résignation : il n'y a, au fond, pas de hasard. L'intérêt qu'il suscite s'explique donc par le gain de connaissance que l'on peut en attendre. Un phénomène inexplicable montre l'insuffisance de nos descriptions du monde et nous donne ainsi une chance d'accéder à un nouveau paradigme scientifique, où le hasard n'a plus de place - jusqu'à l'apparition de l'irrégularité suivante. Mais dans cette transition entre deux certitudes, nous prenons le temps de reconnaître l'importance unique de ce qui n'a pas de cause, et la beauté de ce qui n'est apparemment produit par rien. Ce livre est consacré à l'exploration de ce moment suspendu entre l'ignorance et le savoir, que nous remplissons d'images, d'histoires, de jeux et de théories qui modélisent notre rapport essentiel à la contingence.
La barbe ne fait pas le philosophe " Femme, être incomplet et condamné à une éternelle enfance, tu prétends t'élever à la philosophie ! Quel aveuglement est le tien ?" Les mots de Victor Cousin, personnage clé de l'institutionnalisation de la philosophie en France au XIXesiècle, donnent le ton. La IIIeRépublique perpétue cette politique d'exclusion : tandis que la philosophie est élevée au rang de couronnement des études secondaires et de pratique culturelle républicaine par excellence, chargée de suppléer la religion dans l'organisation morale de la société, elle se trouve exclue par la loi des cours prodigués aux jeunes filles. Qu'est-ce donc qu'être philosophe en France entre 1880 et 1949 ? C'est d'abord et avant tout porter une barbe : être un homme. Pourtant, Plutarque défiait déjà quiconque de mesurer la sagesse du penseur à la longueur de son poil... Cette situation n'est pas sans susciter des rébellions, des transgressions, parfois des travestissements et, ainsi, des évolutions. Mêlant combats individuels et collectifs, cette enquête novatrice révèle un pan de l'histoire des femmes aux XIXe et XXesiècles et fait ressortir une galerie de femmes philosophes qui s'affirment en dépit des obstacles : de Jenny d'Héricourt et Julie Favre jusqu'à Dina Dreyfus et Simone de Beauvoir, en passant par Jeanne Crouzet, Julie Hasdeu, Clémence Royer, Jeanne Baudry, Léontine Zanta, Alice Steriad, Lucy Prenant, Hélène Metzger, Renée Déjean, Yvonne Picard, Simone Weil ou Marguerite Buffard Flavien.
Revendiquer l'espace public Maïdan, Tahrir, Gezi, Occupy Walt Street, Nuit debout... Les mouvements des places qui ont émergé au cours des années 2010 dans différentes parties du monde ont rénové l'espace public et signalent une nouvelle manière de faire de la politique. À chaque fois, des individus de tout horizon se réunissent pour résister aux pouvoirs en place, proclamer leur présence sans mettre en avant de leader, partager des émotions, expérimenter "sur place" une nouvelle convivialité et célébrer leur diversité. Ces citoyens s'emparent des questions d'intérêt général afin de peser concrètement sur le bien commun. La démocratie semble réalisable, ici et maintenant. Comment saisir la signification de ces mouvements ? Annoncent-ils véritablement une nouvelle ère politique ? Ou bien ne sont-ils que des épiphénomènes isolés ? Jusqu'ici, il se sont "naturellement" essoufflés, ou ont été étouffés par une violente répression. Ne représentent-ils qu'un rêve éphémère ? Rien n'est moins sûr. Les effets de certains perdurent même après leur extinction, comme dans le cas de Maïdan. Surtout, ils mettent en lumière une tendance de fond : la rencontre verticale désormais impossible entre une société hétérogène qui revendique un espace bien réel, et un pouvoir politique national renonçant à sa capacité d'action face aux problèmes d'ordre planétaire que sont la crise financière, la dévastation environnementale, l'expansion du terrorisme ou la pauvreté croissante. L'aspiration portée par ces occupations de la place publique a encore de beaux jours devant elle. Nilüfer Gle est sociologue, Richard Rechtman est anthropologue, Sandra Laugier est philosophe et Yves Cohen est historien.
Alfred North Whitehead (1861-1947), mathématicien et logicien de formation, est l'auteur d'une oeuvre très originale au croisement des sciences et de la philosophie, sur la nature du monde qui nous entoure, et son flux temporel. Convaincu que les termes de la vie courante déformaient la réalité, Whitehead a inventé ou emprunté des termes plus appropriés à son projet. Le terme " Process", qui donne son titre à son ouvrage le plus célèbre Procès et réalité (1929) est central dans sa pensée. Il introduit à sa vision de la nature comme une succession de cristallisations dont chacune apporte une poussière de temps finie : l'instant n'existe pas. Il implique aussi une confrontation avec la théorie de la relativité et la physique quantique. Enfin, il permet la survenue de nouveautés créatives, signe pour Whitehead d'une déité inter-agissante avec le monde, dont le rôle est examiné dans le dernier chapitre. Rémy Lestienne mêle ici éléments biographiques et avancées intellectuelles, du logicisme vers une philosophie de la nature. Son livre constitue une introduction à une oeuvre exigeante et singulière qui a inspiré scientifiques, philosophes et théologiens.
Logos et Lemme, oeuvre de maturité du philosophe japonais Yamauchi, nourrit l'ambition de relier ces " deux ailes de la pensée mondiale " que sont l'Orient et l'Occident. L'auteur propose ainsi de faire se rencontrer la pensée occidentale, qu'il identifie au logos grec, et la pensée orientale, dont il voit le principe dans le lemme, soit ce que l'on saisit intuitivement ou que l'on se donne pour acquis afin de poursuivre un raisonnement. Si, en effet, d'Aristote à Kant, le logos se manifeste par une logique ramenée au principe d'identité, au principe de (non)contradiction et au principe du tiers exclu, Yamauchi entreprend de montrer que le lemme représente un mode de pensée de plein droit, qui prend notamment la forme d'une discipline mentale rigoureuse dans le bouddhisme du Grand Véhicule. Il en trouve le modèle dans le Traité du milieu de Nagarjuna, qui incorpore le lemme dans un raisonnement en quatre moments - le tétralemme, lequel enveloppe, selon le philosophe japonais, le tableau complet de l'esprit humain. Parcourant de manière à la fois érudite et spéculative le champ mondial de la pensée, l'auteur convoque et interroge la logique d'Aristote et le bouddhisme indien, Parménide et le taoïsme, la dialectique hégélienne et la philosophie de Nishida, faisant dialoguer le rationalisme occidental et la pensée " lemmique ", en vue de bâtir par-delà les déchirures tragiques du XXe siècle un véritable pont entre l'Orient et l'Occident. Traduit du japonais et commenté par Augustin Berque
Heidegger a toujours été en France un sujet brûlant. La publication des Cahiers noirs ainsi que les révélations sur l'édition des OEuvres complètes ont récemment nourri la polémique en apportant de nouveaux éléments à charge. Et si, au-delà de ces débats, on écoutait la langue de Heidegger ? Si on auscultait ses textes ? " Gefolgschaft ", " Einsatz ", " Ereignis " : autant de termes appartenant à la fois au vocabulaire nazi et au système philosophique heideggérien. L'appropriation d'un tel langage marque un engagement profond qui n'a rien d'occasionnel. Cet ouvrage rare et décisif restitue la langue de Heidegger dans l'histoire de l'allemand, de Luther à Fichte. Il dévoile les implications politiques d'une terminologie qui, en passant dans la traduction d'une langue à l'autre, échappent souvent au lecteur français. Une telle contamination constitue symboliquement l'un des événements les plus importants du XXe siècle philosophique, dont on ne finira pas de mesurer la portée et les conséquences.
Un monarque tout-puissant, un palais somptueux et son harem, des mariages et des répudiations, une jeune juive qui garde le secret sur son identité, des banquets et des festins, des confusions entre personnages et situations jusqu'au coup de théâtre final... Tel se présente le Livre d'Esther, à l'origine de la célébration de Pourim, instituée par l'héroïne de l'histoire pour commémorer le salut du peuple juif et devenue une joyeuse fête où l'on autorise excès et transgressions... Toujours vivant dans les récits et les mémoires, le texte librement découpé et représenté, mis en scène et en images, circule entre scènes publiques et scènes privées et s'actualise dans les rites. Claudine Vassas par une approche ethnographique ouverte explore, dans sa profondeur historique, les facettes de cette célébration sans quitter la parole vive des femmes dont elle fait aussi entendre les voix dans un essai attentif et sensible à leurs multiples échos.
" L'art, c'est la création propre à l'homme", aime-t-on répéter avec Victor Hugo. Est-ce à dire pour autant que la capacité à apprécier la beauté du monde est exclusivement réservée à notre espèce ? Mais alors comment comprendre, par exemple, que le paon mâle ait développé, pour courtiser les femelles, une queue si voyante et volumineuse qu'elle en diminue ses propres chances de survie ? Cet apparent paradoxe est au coeur de la réflexion de Charles Darwin, qui donne au sens proprement esthétique à l'oeuvre dans la sélection sexuelle animale une place cruciale dans l'évolution du vivant. Bousculant les présupposés de la philosophie de l'art autant que les attentes de ses disciples, il pose ainsi les fondements d'une histoire naturelle de l'esthétique, riche de surprises et de perspectives nouvelles. De la fameuse expédition du naturaliste anglais sur le Beagle aux travaux les plus récents des sciences cognitives, en passant par les apports de l'archéologie préhistorique, de l'anthropologie, de la psychologie expérimentale et même de l'ornithologie, cette enquête interroge le passage du sens esthétique animal à la naissance de l'art et révèle le rôle décisif de la beauté dans notre propre évolution. Présentation de Jean-Marie Schaeffer Traduit de l'italien par Sophie Burdet
" Qui suis-je ?" La question formulée par Descartes dans les Méditations métaphysiques traverse les courants les plus divers de la philosophie, sous des formes variées et conflictuelles. Wittgenstein, trois siècles plus tard, la reprend et la retravaille. Est-il possible, par un jeu de confrontation entre Descartes et Wittgenstein, de renouveler cette question de l'identité subjective ? C'est le projet que se fixe Pascale Gillot dans cet ouvrage. Elle nous fait entendre, chez ces deux philosophes traditionnellement opposés, une même attention à la grammaire spécifique de la subjectivité, qui n'est ni un quelque chose, ni un rien. Les expériences de pensée proposées par Wittgenstein, autour d'une expérience phénoménale ne renvoyant pas au corps propre (la possibilité d'avoir mal dans le corps d'un autre), rencontrent alors les analyses cartésiennes d'un Je, le Je métaphysique, un sujet sans référent corporel. Loin de s'identifier à une substance fantomatique, à un moi psychologique, ce Je inassignable donne à entendre le caractère constitutivement évanouissant de la subjectivité, une subjectivité rétive à la grammaire de l'objectification. Paradoxalement, le caractère insaisissable du sujet, sa vacuité, offrent un socle de résistance aux injonctions managériales à " être soi-même ". Ainsi se conçoit une possible libération à l'égard des multiples assignations à tel statut civil ou social ; autrement dit, un refus des identifications aliénantes autant qu'imaginaires.
Nicolas Weill propose une lecture stimulante de ces textes qui constituent une des découvertes philosophiques les plus importantes de ces dernières années. La publication des " Cahiers " redonne une actualité brûlante à la question qui divise épigones et détracteurs du penseur allemand. Nicolas Weill propose une lecture stimulante de ces textes qui constituent une des découvertes philosophiques les plus importantes de ces dernières années. La publication des " Cahiers " redonne une actualité brûlante à la question qui divise épigones et détracteurs du penseur allemand : comment continuer à philosopher avec Heidegger sans tenir compte d'une éventuelle contamination de cette philosophie par l'idéologie nazie ? Par une analyse sans concession des " Cahiers ", en se concentrant sur les Réflexions (tenues par Heidegger de 1931 à 1941) mais tout en cherchant à en dégager les éléments proprement philosophiques, cet ouvrage invite à une approche équilibrée, quitte à " penser avec Heidegger, contre Heidegger ", comme le suggérait Jürgen Habermas dès le début des années 1950. Il montre notamment comment l'auteur d'Etre et temps, en inventant une nouvelle forme de philosopher, a poursuivi et prolongé dans ces carnets la critique de la modernité telle qu'elle a été formulée par la " révolution conservatrice " allemande et par Oswald Spengler, le théoricien du déclin de l'Occident.
Parmi les grands intellectuels japonais du XXe siècle, Maruyama Masao (1914-1996), historien des idées, sociologue et philosophe, est l'un des plus significatifs. Homme lucide et engagé, il n'a cessé de se battre contre toute forme d'autoritarisme ou de nationalisme. Parmi les grands intellectuels japonais du XXe siècle, Maruyama Masao (1914-1996), historien des idées, sociologue et philosophe, est l'un des plus significatifs. Homme lucide et engagé, il n'a cessé de se battre contre toute forme d'autoritarisme ou de nationalisme. 1945 est sans doute le point de départ de sa réflexion tant la guerre a été vécue comme un traumatisme. À partir de là, il a cherché à développer une conscience politique susceptible de faire face aux malheurs successifs de son pays : l'accession au pouvoir des militaires, le bombardement atomique d'Hiroshima, les luttes pour le rétablissement de la liberté face à un occupant américain. C'est dans cet esprit qu'il s'attelle à la fondation d'une véritable science politique japonaise, et qu'il entreprendra ses grands travaux sur l'histoire des idées au Japon : l'époque d'Edo et les prémisses d'une modernité autochtone, la crise identitaire de l'époque Meiji, le militarisme du XXe siècle, puis l'ambiguïté et les promesses de l'époque contemporaine. Ses analyses de l'ultranationalisme japonais se révéleront ainsi être un parfait complément aux études d'Hannah Arendt sur les totalitarismes européens. Avec lui, nous comprenons que les notions de démocratie, de modernité et d'autonomie politique ne sont pas des idéologies d'importation mais bien des valeurs universelles que le Japon a intériorisé à sa manière.
La propriété, c'est le vol ", cette phrase connue de Proudhon dans Qu'est-ce que la propriété ? (1840) fit scandale. Proudhon (1809-1865) participe au bouillonnement des idées socialisantes du XIXe siècle avec Marx, Bakounine, ou encore Fourier La propriété, c'est le vol ", cette phrase connue de Proudhon dans Qu'est-ce que la propriété ? (1840) fit scandale. Proudhon (1809-1865) participe au bouillonnement des idées socialisantes du XIXe siècle avec Marx, Bakounine, ou encore Fourier...Marx qualifia son socialisme de scientifique. C'était un penseur aussi isolé qu'il fut novateur et qui ne se reconnaissait pas dans les camps idéologiques de son temps. Son oeuvre a été récupérée par de nombreux courants, parfois contradictoires. S'il demeure un homme du XIXe siècle, les lignes de force de sa pensée ont traversé le XXe siècle, parfois souterrainement, pour rejaillir aujourd'hui. Le rôle de l'État, les droits de l'homme, la justice, l'organisation du travail, l'accès au crédit, la sécularisation, la guerre, l'utopie : toutes ces interrogations de Proudhon demeurent encore les nôtres. Tout en présentant la pensée de Proudhon dans son impressionnante diversité et dans sa vive complexité, Édouard Jourdain lui imprime une nouvelle force en la confrontant à des auteurs plus proches de nous : d'Elinor Ostrom à Paul Ricoeur, de Georges Gurvitch à Chantal Mouffe, de Julien Freund à Hannah Arendt. Loin du petit bourgeois auquel l'a réduit un certain marxisme, c'est un penseur dégagé de tout dogmatisme, vivifiant le débat politique que découvrira le lecteur.
Le rire est à la mode. Mais sait-on vraiment de quoi l'on parle ? Il y a mille formes du rire ; et autant de manières d'en parler, selon qu'on est philosophe, écrivain, artiste, psychologue, historien. Le premier objectif de cet ouvrage est d'en offrir un panorama complet et synthétique. Mais il prend surtout le pari de l'unité fondamentale du rire, et défend une thèse originale : dans tous les cas, le rire naît chez l'homme face à l'irruption d'une menace potentielle qu'il décide de ne pas redouter, comme si un écran invisible l'en séparait. S'instituant spectateur du monde, il prend conscience de sa liberté, même précaire, au sein de la nature ou de la société. Le rire serait-il alors la matrice de toute civilisation ? Cette donnée anthropologique explique l'importance capitale du rire, le large éventail de ses mécanismes comiques et, en particulier, son affinité mystérieuse avec l'émotion esthétique. Quant à notre actuelle culture médiatique, on sait bien qu'elle a transformé le monde en un spectacle universel : très logiquement, le rire lui est devenu indispensable. L'âge post-industriel a donc parachevé la vocation primitive du rire humain : la boucle est bouclée. Provisoirement.
Aurais-je pu vivre une autre vie que la mienne ? Aurais-je pu m'appeler autrement, vivre dans un autre pays ? Après tout, je suis ce que je suis et si j'avais été quelqu'un d'autre, je n'aurais justement pas été moi. Ces questions considérées comme la source de faux problèmes n'ont pas bonne presse en métaphysique. Avoir plusieurs vies possibles, c'est exister dans plusieurs mondes possibles. Mais un individu à cheval sur plusieurs mondes possibles n'existe dans aucun entièrement : il est donc, à strictement parler un individu impossible. Mais peut-on, et doit-on renoncer à suivre cet individu impossible ? Ce livre fait le pari qu'il a bien quelque chose à nous apprendre sur ce que veut dire être soi. Anthony Feneuil laisse résonner cette question des vies possibles. Retravaillant la conception chez Locke de la conscience comme pouvoir de (se) fictionnaliser, il montre les limites des conceptions métaphysiques de la personne. La sortie du champ philosophique, par le cinéma et la théologie, relance la réflexion et suscite une question d'éthique fondamentale : jusqu'où s'étend le concept de personne ? Quels êtres peuvent y prétendre et devenir ainsi l'objet de notre considération éthique ? Le cinéma de Rohmer et la théologie eucharistique présentent tous deux des manières de mettre en scène l'individu impossible, dont la philosophie peut se nourrir pour essayer de le penser. Une échappée hors du questionnement philosophique traditionnel. Et si l'individu impossible avait quelque chose à dire de nous...
Comment penser les rapports entre l'homme et l'animal, afin de dépasser la rupture radicale traditionnellement établie entre eux ? C'est à cette question que s'attelle Charles Martin-Fréville, qui propose d'explorer l'idée d'une communauté animale incluant les êtres humains. Pour autant, la reconnaissance d'une même appartenance à une communauté physique (condition corporelle) entre les hommes et les animaux ne saurait suffire : elle n'est que l'envers d'une exclusion cette fois métaphysique des animaux (au nom d'un propre de l'homme lié au langage articulé, à la conscience réflexive, à la liberté, etc.). En confrontant à la fois les découvertes de l'éthologie et les représentations culturelles - symboliques, littéraires - de l'animal, cet essai nous invite à repenser de fond en comble le concept d'animalité, en prenant le parti des animaux et en faisant droit au point de vue de l'animal, pour en finir avec l'anthropocentrisme qui est au principe de la violence exercée sur l'animal.
Benjamin Constant (1767-1830) appartient par sa formation à l'époque des Lumières et par sa carrière au XIXe siècle. Romancier ( Adolphe), penseur politique ( De la liberté des Anciens comparée à celle des Modernes), ce passeur entre plusieurs cultures (allemande, anglaise et française) a consacré quatre décennies à De la religion, un ouvrage peu commun et d'ample dimension, à l'ambition systématique. Comment une telle étude peut-elle se concilier avec la théorie du libéralisme politique dont il est l'un des pères ? Cela a-t-il une incidence sur notre conception moderne de la politique conçue comme un monde autonome ? C'est par le biais de cette oeuvre méconnue que Denis Thouard nous invite à redécouvrir Benjamin Constant. À rebours de nos opinions actuelles, la religion est pour Constant, au-delà d'un anticléricalisme déclaré, solidaire de la liberté et fonde la politique. Combinant Jérusalem avec la Grèce antique, qui offrait l'image d'une religion indépendante de toute prêtrise, il attribue au phénomène religieux une puissance émancipatrice. Le livre montre comment son apologie politique des droits individuels est étayée par une théorie de la subjectivité religieuse ancrée dans le sentiment.
En une vingtaine d'années, la notion de vulnérabilité est devenue omniprésente dans le débat public et les discours politiques. On ne compte plus le nombre de références aux groupes, populations ou personnes dites " vulnérables ". Mais en quoi consiste cette vulnérabilité à laquelle il est fait référence ? En une vingtaine d'années, la notion de vulnérabilité est devenue omniprésente dans le débat public et les discours politiques. On ne compte plus le nombre de références aux groupes, populations ou personnes dites " vulnérables ". Mais en quoi consiste cette vulnérabilité à laquelle il est fait référence ? Et quelles en sont les implications morales et politiques ? C'est à ces questions que ce livre est consacré. Penser la vulnérabilité exige de naviguer entre plusieurs écueils. Il faut à la fois reconnaître qu'elle constitue une structure d'existence commune, à ce titre universellement partagée, sans toutefois omettre de prendre en compte ses variations différentielles et sa distribution inégalitaire, soit le fait que certaines personnes sont rendues particulièrement vulnérables par certains types d'organisation sociale. Aussi faut-il appréhender la vulnérabilité à partir d'une double perspective, philosophique et sociologique. Il sera alors possible de définir une politique de la vulnérabilité, visant la reconnaissance de notre fragilité commune et la lutte contre les processus sociaux qui induisent son intensification.
À en croire les spécialistes, les démocraties bénéficient d'un avantage militaire décisif. Cela n'empêche pas ces dernières de connaître des difficultés récurrentes, comme le montrent leurs déboires récents. Pourquoi ? À en croire les spécialistes, les démocraties bénéficient d'un avantage militaire décisif. Cela n'empêche pas ces dernières de connaître des difficultés récurrentes, comme le montrent leurs déboires récents. Pourquoi ? De la guerre naissent des impératifs qui procurent aux gouvernants l'occasion d'accroître leurs pouvoirs. Mais le comportement non démocratique de décideurs qui abusent le public sur la réalité de leurs objectifs finit par se retourner contre eux. Ils se condamnent à élaborer leur stratégie dans l'optique de la maquiller, privilégiant la discrétion à l'efficacité. Ces pratiques nourrissent la contestation en interne, jusqu'à rendre l'effort de guerre insoutenable politiquement. Alors qu'il est courant d'affirmer que la démocratie nuit à la bonne conduite des opérations armées, cet ouvrage montre au contraire que c'est de son déni que provient la défaite. Comment le pouvoir parvient-il à contourner ainsi la démocratie ? Comment les acteurs politiques réagissent-ils face au mensonge et à la dissimulation ? Quels sont les effets concrets de ces stratagèmes sur le cours de la guerre ? C'est en s'appuyant sur une étude méticuleuse des campagnes militaires menées par les États-Unis au Vietnam et par Israël au Liban qu'Élie Baranets répond à ces questions aussi cruciales qu'actuelles.
À l'initiative de l'Académie pontificale des Sciences, un colloque international " Via humanitatis. Les grandes étapes de l'évolution morphologique et culturelle de l'Homme " a été organisé en 2013, sous la présidence du Cardinal Roger Etchegaray et coordonné par Monseigneur Marcelo Sànchez Sorondo afin de réfléchir à l'origine, l'évolution et la place de l'Homme dans l'Univers. Paléontologues, paléoanthropologues, biologistes, philosophes et théologiens, venus de pays et de traditions divers, ont alors questionné nos origines et examiné sans a priori les données les plus récentes apportées par la science sur l'évolution morphologique et culturelle de l'Homme en les comparant aux écrits traditionnels transmis par les textes sacrés. Si la science ne répond pas au Pourquoi, elle explique néanmoins le Comment. Les données de la science ne peuvent donc être ignorées du croyant, et ne sont pas incompatibles avec la foi. Émerveillés face aux mystères du cosmos et aux mécanismes du monde vivant, les intervenants de ce colloque partent des acquis de la science, pour échanger, avec rigueur et intégrité, sans aucun dogmatisme, et dans un souci constant de vérité, sur l'émergence de l'être humain.
Henri Rochefort et sa Lanterne, Les Grimaces d'Octave Mirbeau, La France juive d'Édouard Drumont, Zola et son " J'accuse ! ", tournant majeur de l'affaire Dreyfus... La fin du xixe siècle signe l'âge d'or du pamphlet, au moment même où la République et la démocratie représentative s'installent durablement en France. Triomphe de l'" âge des foules ", indice d'une homogénéisation croissante de la société, mais aussi reflet de ses failles et de ses tensions, cette effervescence pamphlétaire et la diffusion massive de caricatures politiques accompagnent l'entrée de la France dans la modernité. En une étude vivante et documentée, Cédric Passard ressuscite les enjeux politiques, sociaux, culturels de cette presse de combat. Évoluant entre journalisme et politique, les pamphlétaires investissent en force l'espace public et posent la question, ô combien d'actualité, de la liberté d'expression et du blasphème, de la censure et de ses limites, du statut des mots et de leur place dans la cité.
À l'heure des débats sur la liberté d'expression et des polémiques liées à la légitimité de sa limitation, cet ouvrage passe au crible les lois françaises réprimant les discours racistes en France. L'auteur montre que la " loi Pleven " de 1972 et la " loi Gayssot " de 1990 ont en effet été justifiées de façon peu satisfaisante par ceux qui les ont votées. Après avoir analysé la législation elle-même ainsi que les justifications qui furent avancées à son appui au Parlement, il démontre que trois voies théoriques plus solides et plus cohérentes auraient pu être empruntées : une théorie de la traduction des discours en actes, une théorie des rapports entre droit et vérité, enfin une théorie tout à la fois de l'expression et de la défense des valeurs en démocratie et de la discussion. Un ouvrage de philosophie politique et juridique salutaire pour mieux comprendre les enjeux de l'équilibre restant à instituer entre deux ambitions démocratiques : la liberté d'expression et la condamnation des discours racistes.
Tous les êtres humains sont-ils titulaires des droits de l'homme ? " Tout " homme " sans distinction " est-il réellement le bénéficiaire des droits, comme l'affirment les textes juridiques internationaux ? Qui de l'homme, du citoyen ou du national incarne le titulaire des droits ? Cet ouvrage part à la recherche de " l'homme " des droits de l'homme et interroge cette figure abstraite et sa prétention à l'universalité. Cette approche permet d'isoler les paradoxes de la notion de " droits de l'homme ". La citoyenneté étant désormais enfermée et dissoute dans la nationalité, le titulaire des droits de l'homme se trouve réduit au national, et le rôle des États souverains dans l'attribution des droits s'affirme ainsi primordial. Les catégories du réfugié, de l'apatride, du demandeur d'asile ou du sans-papier, incarnant la figure contemporaine du sans-droit, révèlent les obstacles et les échecs de l'universalisme théorique de l'homme des droits. Un essai critique à la vive et incontestable actualité.
Jürgen Habermas, philosophe actif dans l'espace public, incarne, à lui seul, l'interdisciplinarité de l'école de Francfort. Théorie de la connaissance, psychanalyse, psychologie, philosophie du langage, théorie sociale, philosophie morale, philosophie politique et théorie du droit sont appelées à contribuer à une Théorie critique opérationnelle. Cet ouvrage restitue les différents débats que mène Habermas avec la tradition et ses contemporains pour affirmer son modèle critique. Tout en soulignant la portée du nouveau paradigme philosophique dans ses différents développements, Isabelle Aubert le met à l'épreuve. La théorie de l'agir communicationnel congédie la philosophie du sujet pour mieux saisir les sujets socialisés, les conditions de l'autonomie et de la réalisation de soi. Cette théorie peut-elle appréhender la différence qui est à l'oeuvre dans l'action sociale, les situations morales ou politiques ? D'autres pistes s'ouvrent à une théorie critique communicationnelle qui assouplirait sa conception de l'interaction. Une traversée vivante et critique de l'oeuvre d'un philosophe contemporain majeur.
Comment Elia Benamozegh (1823-1900), éditeur, rabbin et philosophe de Livourne, né de parents originaires du Maroc, a-t-il pu être tenu à la fois pour une figure inspiratrice du dialogue interreligieux institué par le concile de Vatican II, une référence de certains évangélistes américains ou de sionistes de l'extrême-droite israélienne, et une source d'inspiration pour des penseurs tels que Jacques Lacan ou Emmanuel Levinas ? Plongée dans l'oeuvre prolifique et multilingue (italien, français, hébreu) ainsi que dans les archives d'Elia Benamozegh, cette enquête démêle l'écheveau de ces réceptions en apparence contradictoires pour mieux mettre en lumière la proposition centrale et innovante de l'auteur d'Israël et l'Humanité : la tradition juive, replacée dans une réflexion sur les différents monothéismes, recèle en son sein une voie pour résoudre la crise religieuse de la modernité. Par sa capacité à surmonter les antinomies classiques entre universalisme et particularisme, positivisme et tradition, science et religion, la Kabbale en particulier est en mesure d'ouvrir une voie singulière susceptible de concilier le progrès et la raison avec le besoin mystique qui continue sourdement d'habiter le coeur des hommes. Traduit de l'anglais par Aude de Saint-Loup et Pierre-Emmanuel Dauzat
Qu'elle provienne du Canard enchaîné, des Guignols de l'info ou de Dieudonné, la satire frappe et scandalise. Elle bouscule les normes sociales et dérange le politique en usant d'armes singulières : le comique, l'exagération et la caricature. Distincte du simple pamphlet, elle est d'abord un genre littéraire et artistique dans lequel le satiriste oppose ses valeurs morales à une réalité qu'il juge absurde. Les attentats contre Charlie Hebdo de 2015, les polémiques à répétition au sujet de dessins de presse et de certains registres humoristiques révèlent que la satire se situe sur une ligne de crête : dénonçant les travers de la société ou le ridicule de certains comportements, elle est souvent accusée de mépriser les plus faibles et de tourner en dérision les choses les plus sacrées. En réunissant historiens, juristes, philosophes, politistes, sociologues et linguistes, cet ouvrage offre un large regard sur la pratique satirique, sur les contraintes qui l'entourent et les conditions qui la rendent possible, notamment les contours de la liberté d'expression. Il examine la façon dont la satire se construit entre conventions artistiques et règles juridiques, comment elle a évolué dans ses formes, ses contenus et ses stratégies depuis le XIXesiècle jusqu'à ses usages politiques récents, en particulier pendant les élections présidentielles de 2017. Alors qu'elle doit désormais jouer avec un nouvel "esprit de censure", la satire montre qu'elle est depuis bien longtemps l'art périlleux de choisir ses cibles. Avec les contributions de Marc Angenot, Paul Aron, Laurent Bihl, Marlène Coulomb-Gully, Laurence Danguy, Philippe Darriulat, Marie Duret-Pujol, Guillaume Grignard, Pierre-Emmanuel Guigo, Guy Haarscher, Olivier Ihl, Dominique Lagorgette, Jacques Le Rider, Nelly Quemener, Denis Saint-Amand, Carole Talon-Hugon, Léa Tilkens, Dominique Tricaud et David Vrydaghs.
La crise sanitaire provoquée par la pandémie de coronavirus a mis en lumière le rôle crucial de l'expertise scientifique. Des questions se posent ainsi avec plus d'acuité que jamais : quelles relations nos sociétés entretiennent-elles avec la science ? Quel est son rôle en démocratie ? La science a contribué à changer notre vision du monde : révolution copernicienne, théories de l'évolution, de la relativité et des quanta, découverte du code génétique... En interaction avec la technique, elle est un facteur de transformations socio-économiques et joue un rôle croissant dans l'élaboration des politiques publiques (santé, énergie, défense, transports...). Mais si la science a contribué à améliorer les conditions de vie de chacun d'entre nous, elle est souvent contestée pour sa participation à l'expertise préalable à la décision politique. Cette contestation incite à réévaluer la relation de nos sociétés à la science alors que nous devons répondre à de multiples défis (prévention des pandémies, réchauffement climatique, impact du numérique sur le travail, inégalités sociales...). Cet ouvrage explicite les méthodes scientifiques pour mettre au jour des " vérités " ainsi que leurs limites. Il propose des moyens pour renforcer le rôle de " vigie " de la science et amplifier le dialogue entre les citoyens, les élus et la recherche.
Philosophe de formation devenu politiste, sociologue et historien des idées, observateur critique et intellectuel engagé, le directeur de recherche au CNRS Pierre-André Taguieff est l'auteur d'une oeuvre hors normes par son volume, le nombre de thèmes abordés et ses innovations conceptuelles. Les textes réunis dans ce grand livre d'hommage font écho aux questions qui nourrissent ses recherches sur les mythes modernes - qu'ils soient progressistes ou déclinistes - et accompagnent le regard incisif qu'il porte sur les maux de notre monde contemporain : racismes, nationalismes, populismes, droites radicales, nouveaux totalitarismes, fanatisme et terrorisme djihadistes, communautarismes, tentations eugénistes, judéophobies, théories du complot. Science politique, sociologie, philosophie, rhétorique, analyse du discours, histoire des idées : autant de disciplines mobilisées par les 96 auteurs réunis dans ce volume encyclopédique pour aborder le " continent Taguieff ". Une radiographie sans précédent de nos débats intellectuels contemporains.
Qui doit produire les normes sociales en France ? L'État, les partenaires sociaux ? Ces questions, les mouvements sociaux contre la réforme du Code du travail en2016 et2017 puis ceux sur les retraites en ont montré l'actualité. Depuis quelques années, on voit évoluer, parfois radicalement, des situations dont certaines sont issues de lointains héritages historiques comme celui de la Révolution ou le programme du Conseil national de la Résistance. Longtemps, en France, le politique et les partenaires sociaux ont relevé d'un rapport de subordination : le politique croyait en sa "toute-puissance" et l'État décidait, intervenant systématiquement dans le domaine social et dans les relations professionnelles. Longtemps aussi, une défiance mutuelle a régné entre syndicats et représentants du patronat. Aujourd'hui, l'autonomie et l'initiative gagnent les partenaires sociaux, et souvent la confrontation ou l'opposition laissent place à d'autres formes de relations, voire à des compromis autrefois considérés comme des compromissions. Cet ouvrage propose une mise en perspective des rapports entre la démocratie sociale et le politique tels qu'ils se développent du xixesiècle à nos jours, dans les débats d'idées, les échanges théoriques. Il précise le rôle de ses acteurs, les syndicats bien sûr mais aussi celui de certaines institutions sociales ou de certaines forces politiques. Il aborde aussi l'environnement international de la France, afin de mieux situer son expérience singulière, la place de l'entreprise et son émergence comme "enjeu sociétal". Il considère enfin les tendances plurielles qui se définissent aujourd'hui pour former la "démocratie sociale à la française" de demain.
Largement ignorés par la réflexion éthique et politique, les " liens faibles " sont pourtant au coeur des formes contemporaines d'attachement et d'attention aux autres : dans les réseaux sociaux, dans la sphère culturelle, dans notre rapport à l'espace urbain ou à l'environnement, ou encore dans l'espace démocratique du commun. Si la notion de " liens faibles " a été initialement forgée par le sociologue Granovetter pour rendre compte des ressources sociales inaccessibles aux liens forts (comme la famille, l'amour, l'amitié, le travail, etc.), elle permet d'interroger notre rapport aux visages, objets, musiques, personnages de fiction, aux sentiments, aux lieux et situations du quotidien qui déterminent notre relation aux autres. Grâce à cette notion, nous pouvons observer en quel sens nos affinités esthétiques ou encore nos engagements éthiques et politiques infléchissent nos existences. C'est donc aux ressources du concept de " liens faibles " pour saisir notre monde commun que se consacre ce volume polyphonique, avec l'ambition de rendre sensible la texture invisible de nos vies et de nos attachements ordinaires.
Histoires d'élections, en associant historiens et politistes, est une histoire polyphonique où coexistent et s'entremêlent... L'élection est de nos jours une pratique si familière qu'elle pourrait sembler consubstantielle à la démocratie et à la politique. Le bulletin de vote, l'urne ou l'isoloir sont devenus les compagnons habituels de l'électeur, à tel point qu'on peine à imaginer une élection sans eux. Or, de l'Antiquité romaine à la Ve République, de la monarchie française à la Venise du XVIIIe siècle, on découvre non seulement que l'élection est présente là où on ne soupçonnerait pas son existence, mais qu'elle recouvre une grande variété de pratiques et de sens : vote auriculaire à l'oreille d'un secrétaire, " à la ballotte " par boule d'approbation ou de réjection, vote à main levée, par appel nominal, par correspondance, par procuration ou plus récemment par voie électronique, etc. De même, en portant son attention au-delà du champ politique, l'ouvrage explore d'autres univers sociaux au sein desquels l'élection, bien présente, prend encore d'autres formes et d'autres significations : l'Église, la justice, l'université, le champ syndical, etc. Comment alors penser l'élection en tenant compte de l'ensemble de ces expériences sociales et politiques ? Histoires d'élections, en associant historiens et politistes, est une histoire polyphonique où coexistent et s'entremêlent à travers le temps et l'espace des pratiques et des représentations bien plus variées que l'élection contemporaine ne le laisse supposer.
Réseaux ! Le pari de l'intelligence collective La révolution de l'information a changé notre perception et notre façon d'être au monde. Nos façons de consommer, de travailler, en ont été radicalement transformées, comme le tissu industriel dans son entier. Des pans entiers de notre activité, jusque-là chasse-gardée des États, sont devenus l'objet de la concurrence enragée de grandes entreprises privées. La loi de Moore impose son tempo aux progrès technologiques dont la vitesse est devenue si grande qu'ils sont presque impossibles à suivre. Nous voilà entourés d'objets, dont nous ignorons tout. Nous pouvons difficilement imaginer quels seront nos objets quotidiens dans deux ans, pour ne rien dire de ceux qu'auront en main les générations suivantes. Pour ne rien arranger, ces objets et outils sont issus de logiques à court terme, qui menacent souvent notre libre arbitre et notre intimité. Comment, dans ces conditions, reprendre la main ? Comment retourner, à l'avantage de tous, la puissance des réseaux ? Il faut faire le pari de l'intelligence collective : le Web est ce que les utilisateurs en font. Les processus collaboratifs, les logiciels libres, la mise en commun des savoirs et des savoir-faire, le regroupement des communautés de hackers, tout cela peut être mis au service du bien commun. L'auteur propose ici une solution concrète, argumentée, déjà testée dans le domaine de l'espace, pour répondre à des défis tels que l'urgence climatique. Il fallait, pour embrasser un tel sujet avec la hauteur de vue nécessaire, et la compréhension des mécanismes techniques indispensable, la personnalité hors du commun de Jacques Blamont.
Il est communément admis que nous vivrions une ère mondiale où un réseau économique et technologique relie toujours davantage les quatre coins du globe et où la démocratie s'impose comme la condition nécessaire de la vie politique Il est communément admis que nous vivrions une ère mondiale où un réseau économique et technologique relie toujours davantage les quatre coins du globe et où la démocratie s'impose comme la condition nécessaire de la vie politique. Pourtant, cette image d'un âge global aussi avancé que civilisé est loin d'aller de soi ou d'être anodine. Enracinée dans un champ de forces sociopolitiques et économiques, elle sert souvent de véhicule clandestin pour des projets redoutables. Une telle vision du temps présent, ainsi que l'imaginaire historique et politique qui l'a produite, demandent à être interrogés, en particulier les concepts clés de mondialisation, technologie et démocratie. Et ceci non point pour présenter une description alternative de notre époque à partir des mêmes phénomènes de base mais pour développer une contre-histoire visant à reconfigurer le possible historique. Tenter d'ouvrir une brèche pour participer à un véritable futur, autre que celui qui s'impose à nous, en nous enfermant dans le destin intransigeant d'un avenir à subir, tel est l'objet de ce livre.