PETITE COLLECTION
Entre Metz et Sarreguemines, une famille mosellane affronte les bouleversements de l’Histoire. Frontières mouvantes raconte, avec humour et érudition, le destin de Johann Poppelreiter et des siens, ballottés entre deux langues, deux nations.
Trois fonctionnaires de la sous-préfecture de Thionville vivent les années quatre-vingt à l'ombre des réfrigérants de la centrale nucléaire de Cattenom. Ils découvrent au fil du temps l'affaiblissement de l'État et la puissance et l'arrogance de la technologie triomphante. 26 avril 1986 : à 1 heure 24 minutes, se produit en URSS le plus important incident sur une centrale nucléaire civile : Tchernobyl. À tous, Tchernobyl apportera un regard nouveau sur le nucléaire. Mais la leçon aura-t-elle été tirée pour Cattenom ? L'auteur imagine, sur un fond de guerre du Golfe, revue et corrigée, une alerte rouge à Cattenom. 7 août 1990 : l'Irak envahit le Koweït puis l'Arabie Saoudite. L'Iran se range aux côtés de l'Irak. 15 janvier 1991 : une vague de froid exceptionnelle s'abat sur l'Europe. Le pétrole manque cruellement. Dans les sables de l'Arabie Saoudite, on continue de s'entre-tuer. Les Américains envisagent d'utiliser l'arme nucléaire. Partout le moral s'effondre. 1er février 1991 : le froid persiste. La France manque de courant. La centrale de Cattenom fonctionne au maximum de ses possibilités... et puis, au petit matin, à Thionville on entend des explosions provenant de la centrale nucléaire. Un panache s'élève dans le ciel et, enfin, une colonne bouillante de fumées noires et jaunes... Alerte rouge...
Une histoire d'amour sur fond de récit historique. 1755. Ce fut ce que les Acadiens ont appelé « Le Grand Dérangement » ! Un euphémisme pour traduire ce qu'aujourd'hui on appellerait un « génocide ». Le gouverneur anglais décida brutalement la déportation des 14 000 Français « neutres ». Certains de ceux-ci fuirent vers le Québec, vers la Louisiane. On ignore encore que plus de 3 000 d'entre eux furent transportés vers l'Europe dans des navires pourris. Ceux qui atteignirent les côtes françaises survécurent comme ils le purent jusqu'au jour où le Marquis de Pérusse des Cars, ardent physiocrate, proposa de les utiliser à défricher ses terres en Poitou. Ce récit évoque la petite « Acadie » reconstituée sur ce territoire français. Raphaël, descendant d'Acadiens, luttera avec courage, intelligence et obstination pour son intégration. Son amour pour Françoise lui permettra-t-il de se confondre dans le « pays de France » ?
Qu'advient-il d'une femme, qui à l'approche de la soixantaine, à l'âge des bilans, des récoltes, de la sérénité, se voit en l'espace de quelques années abandonnée par tout ce qui faisait sa vie : son mari, ses enfants, jusqu'à sa santé ? Si les épreuves qu'elle vient de traverser ont laissé sa raison intacte, son avenir ne peut apparaître que tragique. Mais si les malheurs ont quelque peu dérangé son esprit, alors son grain de folie peut lui tenir lieu de raison, à sa manière, et lui suggérer une réponse qui ne soit pas de désespoir. Tel est le cas de Lucette, qui, une nuit, décide de faire de son personnage devenu insupportable ce qu'on fait d'un fardeau trop lourd : le poser au bord de la route et continuer, avec une charge plus adaptée à ses forces. Elle va changer de nom, d'abord, et prendre le premier qui lui vient à l'esprit : Rosa Luxembourg. Pourquoi ? Pourquoi pas ? Elle va se composer des joies et des soucis à la hauteur de ses moyens, des bonheurs aussi, dans la passion des chats, remontée de son enfance, et de Léo Ferré, qu'elle peut aimer sans risque de trahir ou d'être trahie. Et le système fonctionne, avec des hauts et des bas, et des heurts avec ceux qui ne voient pas la raison dans sa folie, ceux pour qui elle est « la Folle-aux-Chats ». Elle n'attend plus rien, ni personne, à part un chat perdu ou deux de plus, s'ils trouvent un jour le chemin de sa maison. Elle n'attend plus personne, et pourtant, un matin...
Au XXIe siècle, Metz, gouvernée de main de maître par le Proconsul Rattus-Rattus XVI, compte un million d'habitants. La ville a bien changé. Un complexe agro-nucléaire est exploité sur une île, près de la Moselle. Un métro relie les quartiers entre eux. La faune et la flore ont bien évolué : on trouve des alligators et des caïmans ; les dattiers et les ananas ont remplacé les mirabelliers... Mais dans cette ville ultramoderne ressurgissent de nombreux éléments du passé. C'est dans ce cadre que Charly, Directeur de la Centrale Nucléaire et Sméralda, Gardienne du Patrimoine et de la Mémoire, vont vivre leur histoire d'amour qui sera quelque peu perturbée lorsque l'ambitieux Proconsul voudra devenir Grand Basiléus et décidera, pour accéder à ce poste, de mettre en oeuvre son Grand Projet. Mais c'était sans compter sur le roi l'Aguigui, seigneur des écolos, qui gouverne une zone franche située en plein coeur de la ville. Alors réapparaîtront les Graoullys...
1900, Nancy. Hugo Gusly, peintre lorrain aussi fantasque que talentueux, voit sa vie basculer quand son art se mêle à l’Histoire.
Cette année-là, le coeur des hauts fourneaux se mit à battre si fort que les cités du pays du fer en ressentirent les vibrations comme une forêt à l'instant du coup de hache fatal... Cette année-là, le coeur de Mario-la-Révolte se mit à battre si fort que celui de Delphine-la-Généreuse lui répondit... Longtemps, bien longtemps après cette année-là, le journaliste Louis Delalande revit, comme à l'envers, les événements dont il fut le témoin. Guidé par un petit cahier rouge auquel Mario avait confié ses colères et ses rêves, au jour le jour, Louis Delalande retrouve les acteurs de la tragédie du pays du fer : Dorande, l'énigmatique directeur de la vieille fonderie de Montrouge, accolée à sa mine comme une sangsue, Benedetti, l'omniprésent et tonitruant dirigeant du syndicat, et aussi Delphine, marquée à tout jamais par ce qu'elle a vécu. Mais, en soulevant les vieilles poussières, et en se livrant à ce jeu de la vérité de Mario, le journaliste court un grand risque... Avec « Noces de fer », Gilbert Mercier signe un roman profondément enraciné dans le minerai lorrain et traversé par le grand souffle de la symphonie inachevée des hauts fourneaux.
« J'étais troublé par cette photographie. Un malaise indéfinissable s'insinuait en moi. Comme si cette scène me concernait. Personnellement. Et d'un coup, je compris pourquoi. Au premier plan, un homme, le visage dur, paraissait conduire le sinistre cortège. Or, cet homme ressemblait à Georges Gravin, mon oncle. » Parce qu'il a vu une certaine photo dans un magazine, Amaury veut connaître le secret de sa famille. Il partira pour la ville de Romart et dans une quête initiatique fouillera le passé, mettant au jour, les destins croisés de deux femmes bouleversantes, Eve-Angéline et Élise. Une blessure d'espérance...
Un train part de Marseille vers Metz. Dans l'un de ses compartiments, voyagent des personnes apparemment sans histoires. Alexandre, journaliste, fait la connaissance de Tamara, une jeune femme qui va changer sa vie. Elle adore écrire et prépare un roman sur l'encre. Ce petit liquide qui noircit les pages, rêve d'être reconnu. Amoureuse du mot, l'encre lui décrit ses courbes, ses envolées et ses petits bonheurs attrapés dans les textes. Pour séduire le mot, elle déploie son talent. Elle nous invite à entrer dans le monde secret de l'écriture, cet étrange mystère des relations humaines. Dans le train, Tamara et Alexandre apprennent à se connaître. Leurs premières rencontres sont délicieuses, mais des événements étranges vont les séparer. Les mots s'emmêlent avec plaisir pour nous conter ces deux histoires d'amour.
Décryptez la pensée de Karl Popper, figure majeure de l'épistémologie moderne, à travers une analyse rigoureuse de son rationalisme critique et de sa confrontation avec le positivisme logique.
L'intelligence artificielle n'existe pas, c'est la bêtise artificielle qui caractérise notre époque. La simulation des capacités expressives - écrire, parler, créer - conduit à leur prolétarisation. Nous sommes désormais confrontés à l'automatisation du langage et à la disruption des relations. A l'ère des IA génératives, il est essentiel de saisir l'idéologie des entreprises qui s'approprient ces technologies, leurs modèles économiques et leurs conséquences politiques. Mais il est impossible d'opposer machines et humains. Au contraire, nous devons interroger leur co-évolution pour comprendre les effets des automates algorithmiques sur nos esprits, nos cultures et nos sociétés. Ainsi nous pourrons les mettre au service de l'intelligence collective et de la contribution. Anne Alombert est agrégée de philosophie, enseignante-chercheuse en philosophie contemporaine à l'Université Paris 8 et membre du Conseil National du Numérique. Ses recherches portent sur les rapports entre savoirs et technique dans l'histoire de la philosophie, notamment dans les travaux de Gilbert Simondon, Jacques Derrida et Bernard Stiegler, ainsi que sur les enjeux anthropologiques, épistémiques et politiques des transformations technologiques contemporaines.
Dans cette conférence prononcée à l'automne 1962, Theodor W. Adorno s'adresse à un auditoire d'enseignants et de pédagogues. Dans le contexte de l'après-guerre, il constate la persistance de l'antisémitisme dans la société allemande. Inavoué, il se propage par rumeurs et insinuations, par un réflexe de déculpabilisation collective. Dans une époque façonnée par les médias de masse, la publicité et la propagande, "on trouve aussi, au coeur du préjugé antisémite, la même tendance consistant à manipuler et à mettre au service d'intérêts particuliers en tous genres l'inconscient qui couve, au lieu d'en mettre à jour les processus." Comment lutter ? Par la pédagogie, cruciale dans la prévention, et une loyauté inébranlable envers la raison : "Reculer n'est pas une bonne option." Philosophe, sociologue et musicologue allemand, Theodor W. Adorno (1903-1969) suit des études de philosophie. Après avoir soutenu sa thèse sur Husserl en 1923, il devient l'élève du musicien Alban Berg. En 1938, il rejoint Horkheimer à l'Institut de recherche sociale de New York ; ils écrivent Dialectique de la raison. Après de nombreuses publications sur la musique et la consommation culturelle à l'ère indusrielle, il laisse inachevée sa Théorie esthétique, parue à titre posthume.
L'OEuvre d'art à l'époque de sa reproductibilité technique annonce, dès son titre, le tournant opéré par la modernité : Benjamin montre dans cet essai lumineux que l'avènement de la photographie, puis du cinéma, n'est pas l'apparition d'une simple technique nouvelle, mais qu'il bouleverse de fond en comble le statut de l'oeuvre d'art, en lui ôtant ce que Benjamin nomme son "aura". L'auteur met au jour les conséquences immenses de cette révolution, bien au-delà de la sphère artistique, dans tout le champ social et politique. Un texte fondamental, dont les échos ne cessent de se prolonger dans les réflexions contemporaines.
"Chez les anciennes nations, le peuple n'existait pas. Ce que nous appelons le peuple, c'étaient les esclaves." Pour Lamennais, le constat est implacable. Esclave, serf, prolétaire... Après chaque révolution, le même ordre se remet en place, celui de l'esclavage et de la domination, muant au gré de l'Histoire et de ses soubresauts. L'État moderne en est désormais l'ordonnateur. Alors que l'égalité des droits semble une idée acquise, les faits sont bien différents : impunité pour les puissants, intransigeance pour les autres. À la différence que nul maître n'est plus responsable de l'esclave moderne. La loi et la peur de la faim ont remplacé ses chaînes. Pourtant, pas question de se résigner à l'injustice. Si l'Histoire est faite de cycles, alors la liberté doit être reconquise. Félicité de Lamennais (1782-1854) est un prêtre, penseur et polémiste. Esprit libre et fervent, il fonde en 1830 le journal L'Avenir, dont l'épigraphe est "Dieu et liberté". Ses positions reçoivent la désapprobation du pape Grégoire XVI. En 1834, troublé par les compromissions de Rome avec les pouvoirs absolus, Lamennais dénonce avec fracas une papauté qui a "divorcé avec le Christ". Le coup d'État de 1851 le réduit au silence. À sa mort en 1854, une foule immense assiste à ses obsèques.
Le Mont analogue, l'oeuvre maîtresse de René Daumal, ne sera découverte qu'après sa mort. Dans ce récit, le poète du Grand Jeu embarque le lecteur dans un voyage initiatique vers le Mont Analogue, mystérieux et invisible sommet, objet de tous les fantasmes. Pierre Sogol, curieux monsieur, convainc le narrateur de l'accompagner dans une quête qui les conduira à traverser le Pacifique, avant d'accoster à l'énigmatique Port-des-Singes. Ils entreprendront de gravir le Mont, sans atteindre le sommet : Daumal mourra avant d'avoir terminé son récit. Mythique, inaccessible, le Mont Analogue demeurera un mystère pour l'auteur et ses lecteurs. Horizon lointain et pénétrant, le Mont, par sa puissance allégorique, fascinera plusieurs générations d'artistes et inspirera à Jodorowski sa Montagne sacrée. Entre 1922 et 1925, René Daumal (1908-1944) est élève au lycée de Reims, où il fait la connaissance de Roger Gilbert-Lecomte, Robert Meyrat et Roger Vaillant. Il se lance dans l'étude du sanskrit et multiplie les expériences sur l'état de la conscience dans les phases de sommeil. Avec ses camarades, il fonde en 1928 une revue : Le Grand Jeu. Après la publication d'une recueil de poèmes Contre-ciel (1935) puis de La Grande Beuverie (1939), il se lance dans la traduction de textes hindous.
Marc Bloch attribua la défaite de 1940 à un retard de la pensée : les dirigeants français se sont laissés surprendre. Aujourd'hui, c'est l'Europe qui s'est laissée surprendre, pour la même raison, mais le défi est nouveau. Avec audace et clarté, Jean François Billeter pose les questions appelées par le moment de l'histoire où nous sommes. Pour avoir un avenir, les citoyens européens doivent créer une république européenne dont la vocation sera la puissance et la liberté. La liberté naîtra d'une connaissance partagée du sujet humain. Celle-ci mettra en évidence ce qui, dans la société moderne, empêche chacun de devenir un sujet libre. Ce système mortifère ne peut être compris qu'en considérant son origine et son histoire, ce que l'auteur fait aussi, comblant un autre retard de la pensée. Après avoir été professeur d'études chinoises à Genève, Jean François Billeter a quitté l'Université pour se consacrer à ses propres travaux. Dans ses études sur certains textes remarquables de Tchouang-tseu et sur l'art chinois de l'écriture, il allie la plus grande rigueur sinologique au souci constant de se faire comprendre des lecteurs non sinologues, à la fois par la clarté de l'expression et par la richesse des références à l'héritage occidental, ou simplement à l'expérience commune.
Plongez dans Boma Ye, un récit polyphonique où quatre voix évoquent la légende de Muhammad Ali et l’envers du ring. Frédéric Roux, puncheur littéraire, y mêle témoignages et fiction pour un hommage vibrant et insaisissable au mythe Ali.
L'Éloge de l'oisiveté est une pépite dénichée dans l'oeuvre immense et protéiforme de Bertrand Russell. Dans la grande tradition des essayistes anglais (Swift, Stevenson), il manie le paradoxe pour s'attaquer aux fondements mêmes de la civilisation moderne. Derrière l'humour et l'apparente légèreté du propos se cache une réflexion de nature à la fois philosophique et politique qui s'exprime avec une ironie mordante : "Il existe deux sortes de travail : le premier consiste à déplacer une certaine dose de matière à la surface de la terre ; le second à dire à quelqu'un d'autre de le faire."
Il y a bien longtemps, des millions d'années, ils se dressent sur leurs membres postérieurs. Bipèdes, ils découvrent le feu, la chasse, le langage articulé. D'âge en âge, nous les voyons s'organiser, explorer, progresser. Et avec la conscience, apparaît l'angoisse de mourir. L'Histoire s'accélère : croyances, commerce, conquêtes, sciences, révolution industrielle, société de consommation, IA. Voici l'Homme ! Roman embrassant l'histoire du genre humain, Un lac inconnu retrace l'épopée tragique d'une longue fuite en avant. Parti des origines, ce voyage vertigineux nous emmènera vers notre avenir, jusqu'au bout de notre histoire. Là où l'humanité fusionne aveuglément avec la technologie, dans un ultime déni, une dernière tentative de conjurer la mort. Avant la catastrophe finale ? Anthropologue, Eric Chauvier est né en 1971. Il a déjà publié, aux éditions Allia, Anthropologie (2006), Si l'enfant ne réagit pas (2008), Que du bonheur (200ç), La Crise commence où finit le langage (2009), Contre Télérama (2011), Somaland (2012), Les Mots sans les choses (2014), Les Nouvelles Métropoles du désir (2016), Le Revenant (2018), Laura (2020) et Plexiglas mon amour (2021).
Encore la boxe ! What else ? L'auteur ne fait rien d'autre que suivre le conseil de Faulkner : "Ecris sur ce que tu connais", sans compter que, lorsque l'on a fait de la boxe, "on n'en a jamais terminé avec". Tout ça, le ring, les coups, n'est qu'un prétexte, un pré-texte, l'occasion de parler d'autre chose que de sa famille (dysfonctionnelle, forcément), de son andropause qui gagne ou de sa disparition qui guette ; celle de faire connaissance avec un manouche brindezingue, un peintre has-been, un Padre Pio à la retraite, un gendarme sosie de George Clooney. Où ça ? aussi bien aux Bains-Douches qu'au fin fond des Pyrénées. Il y a même des femmes : celle qui veut piquer la place de Macho Man et celle qui berce son coeur. Un ring a quatre coins Un livre a quatre coins Où la vie est enfermée Né en 1947, douze métiers, treize misères. "Légende vivante" pour certains, il préfère se qualifier d'"intellectuel d'ameublement" ou de "prophète diesel". Artiste pour écrivains, écrivain pour artistes, il a publié presque deux douzaines de livres chez un peu moins d'une quinzaine d'éditeurs. Prix France Culture/Télérama pour Alias Ali, la première biographie orale écrite en français. Considéré (à tort) comme spécialiste de la boxe, il n'écrit pas sur quelque chose, il écrit quelque chose.
La Désobéissance civile : avec ce texte, Thoreau fonde le devoir de désobéissance de l'individu face à l'Etat lorsque celui-ci institutionnalise l'injustice. Ne peut-il exister un gouvernement dans lequel ce ne sont pas les majorités qui décident du juste et de l'injuste, mais la conscience ? En formulant un modèle de révolte pacifique inédit, ce texte de Thoreau connaîtra un destin remarquable dans l'histoire des luttes non-violentes de Gandhi à Martin Luther King. Texte inédit en France, Le devoir de soumission au gouvernement civil de Paley a joué un rôle déterminant dans la diffusion de l'utilitarisme en Angleterre. Aucune illusion n'est possible : on contribue de manière désintéressée au bien commun dans le but égoïste d'atteindre les plaisirs du paradis. Écrivain et philosophe américain anticonformiste, Henry David Thoreau (1817 - 1862) est connu pour ses réflexions sur l'économie et la nature, à contre-courant de la logique sociale de son époque. Sa philosophie de résistance non violente a influencé des figures telles que Tolstoï, Gandhi et Martin Luther King. William Paley (1743 - 1805) est un pasteur et théologien anglais, auteur d'ouvrages sur le christianisme, l'éthique et la science, devenues célèbres pour avoir influencé Charles Darwin.
En octobre 1810, à Berlin, apparut un journal d'un genre nouveau, les Berliner Abendblätter. L'écrivain, poète et dramaturge Heinrich von Kleist en était le rédacteur en chef. Sa ligne éditoriale : un mélange de littérature, de critiques, de chiens écrasés, de signalements d'incendie... Le ton était neuf, le succès fut considérable. Mais la censure, les polémiques et une gestion aventureuse auront rapidement raison de lui. Von Kleist en ressort endetté et privé de soutiens. Il se suicide en novembre 1811. Parmi les quelque 150 textes écrits par von Kleist en 153 numéros, 34 ont reçu le nom d'Anecdotes. Certains parlent d'"histoires courtes", de "curiosités". Fantasques ou caustiques, transgressives voire offensives, la force de ces proses fait de ce recueil une oeuvre à part entière. D'abord voué à la carrière militaire, Heinrich von Kleist (1777-1811) s'en détourne pour plonger dans l'étude de la philosophie et des mathématiques. À Paris, il compose un drame, La Famille Schroffenstein. Lui succède Robert Guiscard, duc des Normands, qui emporte l'admiration de Wieland et celle de Goethe. De 1805 à 1806, il écrit entre autres La Marquise d'O et Penthésilée. Il rédige également des essais, dont Sur le théâtre de marionnettes, écrit peu avant son suicide.
Les technologies numériques ont envahi nos existences à travers des dispositifs que leurs créateurs ne semblent plus maîtriser. Et si le mythe d'une intelligence artificielle réalisée par la révolution numérique ne servait qu'à dissimuler ses conséquences désastreuses ? Comment sortir de cette schizophrénie numérique ? Ce ne pourra être en opposant une fois de plus humain et machine. Au contraire : il nous faut prendre soin de nos milieux numériques et ne pas laisser une poignée d'acteurs privatisés s'en emparer. Cet essai nous invite à transformer les technologies qui contrôlent nos cerveaux connectés en technologies réflexives et contributives. Pour, enfin, transformer le poison en remède. Anne Alombert est agrégée de philosophie, enseignante-chercheuse en philosophie contemporaine à l'Université Paris 8 et membre du Conseil National du Numérique. Ses recherches portent sur les rapports entre savoirs et technique dans l'histoire de la philosophie, notamment dans les travaux de Gilbert Simondon, Jacques Derrida et Bernard Stiegler, ainsi que sur les enjeux anthropologiques, épistémiques et politiques des transformations technologiques contemporaines.
Quelle serait la validité morale de la violence en tant que moyen dès lors que les fins sont justes ? Pour le droit naturel, seule la justesse de la fin compte. Pour le droit positif, tout droit s'établit sur la critique des moyens. Or, il convient de distinguer les différents types de violence indépendamment des circonstances de leur exercice. Pour Benjamin, c'est in finele droit qui s'octroie le privilège de la violence vu qu'il serait menacé si elle venait à s'exercer en dehors de lui. La violence peut être fondatrice de droit ou lui être inhérente, raison pour laquelle le pouvoir y recourt. Le droit positif constitue aux yeux de Benjamin un obstacle à une justice véritable et plaide pour l'usage de moyens d'action "purs", parmi lesquels la grève générale. Proche de Theodor Adorno, Gershom Scholem et Bertolt Brecht, Walter Benjamin (1892-1940) a d'abord été critique littéraire, avant de publier en 1928 Rue à sens unique (Allia, 2015) et Origine du drame baroque allemand. Il publie également dans des revues Petite Histoire de la photographie (Allia, 2012), préfiguration de L'OEuvre d'art à l'époque de sa reproductibilité technique (Allia, 2011). Exilé à Paris en 1933, il gagne l'Espagne. Or, menacé d'être remis aux Allemands, il se suicide en 1940.
En 1859, dans sa propriété d'Iasnaïa Poliana, Tolstoï établit une école pour les enfants des paysans de la région. Ses méthodes libertaires ne manqueront pas d'attirer l'attention de la police tsariste. Dans cet esprit, Tolstoï publiera un Abécédaire qu'il considère comme son grand oeuvre. C'est un immense succès, dont sont issues ces Fables. Comme chez La Fontaine, les animaux prêtent leurs traits aux vices des hommes, pour en exposer la cruauté, la naïveté et la bêtise. Pour autant, leur morale n'est jamais explicite. Aux vérités simplistes, Tolstoï préfère l'art de la chute. Au lecteur d'en interpréter le sens. Vivantes et divertissantes, ces Fables nous enseignent que, dans un monde toujours plus avide, le plus petit n'est pas voué à être perdant... pourvu qu'il soit sage ou rusé. Léon Tolstoï (1828-1910) est issu de la vieille noblesse russe. Après des études médiocres, il s'engage dans l'armée. Le succès rencontré par ses premiers écrits l'encourage à se consacrer pleinement à l'écriture. Suite au retentissement mondial de ses grands romans, Guerre et Paix et Anna Karénine, une crise morale le détourne des valeurs matérielles. Il meurt en pleine gloire, tourmenté par la contradiction entre une immense reconnaissance populaire et ses aspirations au dénuement.
Dès 1969, Marshall McLuhan fait le constat d'une crise généralisée, engendrée par les nouvelles technologies. De l'alphabet à l'imprimerie, nous ne sommes jamais préparés à leur irruption... ni aux transformations qu'elles provoquent. Aujourd'hui, leur immédiateté engendre une scission brutale et irréversible, que nous ne parvenons ni à saisir ni à accepter. Dans cet entretien visionnaire, McLuhan entrevoit les futurs médias numériques, les crises d'identité et la déstabilisation des démocraties qu'ils provoqueront. Au-delà de la critique de la technique, il nous invite à nous débarrasser de nos préjugés pour mieux comprendre ce nouvel environnement, en maîtriser les conséquences chaotiques pour ne plus servir la machine et enfin exploiter ses potentiels. Marshall McLuhan (1911-1980) est un théoricien canadien, précurseur dans l'étude des médias. Il est notamment l'auteur de La Mariée mécanique (1951), La Galaxie Gutenberg (1962) ou encore Pour comprendre les médias (1964), auquel il doit sa notoriété. Connu pour la phrase "The medium is the message" ou encore l'expression "village global", il aura été un penseur aussi médiatisé que controversé, influençant tout un pan de la pop culture et de la contre-culture des 60's.
"Les lieux de drague, en France, on en compte presque autant que de supermarchés." L'arrière d'une zone commerciale, une aire de repos, la lisière d'une forêt. L'auteur nous emmène dans ces territoires aussi nombreux que refoulés. Les témoignages de ceux qui s'adressent à lui, sans jamais qu'il n'apparaisse, se succèdent et fascinent. Brefs, subjectifs, crus. Chaque chapitre porte le nom d'un narrateur. Chacun y raconte sa pratique des lieux, son initiation, au travers des peurs, de l'excitation, des sensations contradictoires et des imaginaires. Hommes mariés, homos, hétéros de tous milieux et toutes origines, ils dépassent les catégories et les injonctions pour explorer leurs fantasmes, faire des rencontres, sortir du quotidien. Et devenir, pour quelques minutes, quelqu'un d'autre. Architecte de formation, Adrien Le Bot développe une pratique au croisement de l'art, de l'architecture, de l'écriture et de la recherche. L'inconscient collectif, les normes et les constructions sociales, ou encore les territoires interlopes sont au coeur de sa démarche. Depuis plusieurs années, il consacre ses recherches aux lieux de drague, qu'il arpente à la manière d'un territoire inconscient, entre le familier et l'étrange.
La narratrice est atteinte d'une maladie auto-immune, autrement appelée maladie de compagnie, "compagne fidèle", dira-t-elle ironiquement, qui la diminue. Le corps s'attaque lui-même en tentant de se défendre, les virus s'engouffrent dans la brèche d'une immunité réduite. Hors de moi dit la rage de la malade qui refuse de se soumettre à cette condition. La narratrice analyse avec lucidité la souffrance, dissèque la maladie, ses effets sur l'humeur, la résistance qu'elle tente de lui opposer. Elle restitue l'impuissance de la pensée face à l'obsession de la maladie. Loin de sombrer dans la résignation et la tristesse, ce récit est porté par l'énergie de la colère qui redonne toute sa vigueur au sujet exsangue. Jusqu'à ce qu'apparaisse, inattendu et renaissant, le désir. Claire Marin est née en 1974 et enseigne la littérature et la philosophie. Elle vit à Paris.
Au début des années 90, le cauchemar des années 80 continue, des millions de dollars s'échangent à la vitesse de la lumière, la machine est avide de spectacle(s) et l'Amérique toujours accro à la trilogie : gloire, chute, rédemption. Mike Tyson est l'emblème de cette époque, jusqu'à ce qu'il soit accusé de viol par une jeune fille de 18 ans venue du fin fond du Rhode Island. Tyson, comme Muhammad Ali l'a été plus tôt ou comme O.J Simpson le sera plus tard, a-t-il été le bouc émissaire d'une Amérique raciste et puritaine ou le jouet de ses propres démons ? À moins que le destin ne soit un combat truqué. Desiree retrace l'enchaînement inéluctable des faits avant de nous plonger dans l'ouragan du procès. Né en 1947, douze métiers, treize misères. "Légende vivante" pour certains, il préfère se qualifier d'"intellectuel d'ameublement" ou de "prophète diesel". Artiste pour écrivains, écrivain pour artistes, il a publié presque deux douzaines de livres chez un peu moins d'une quinzaine d'éditeurs. Prix France Culture/Télérama pour Alias Ali, la première biographie orale écrite en français. Considéré (à tort) comme spécialiste de la boxe, il n'écrit pas sur quelque chose, il écrit quelque chose.
"Je préférerais ne pas" : telle est la réponse, invariable et d'une douceur irrévocable qu'oppose Bartleby, modeste commis aux écritures dans un cabinet de Wall Street, à toute demande qui lui est faite. Cette résistance absolue, incompréhensible pour les autres, le conduira peu à peu à l'isolement le plus total. Bartleby, s'il n'a pas l'ampleur de ses grands romans, compte pourtant parmi les écrits les plus importants d'Herman Melville. Ce texte bref, mais aux significations inépuisables, a exercé une fascination durable sur des écrivains et philosophes comme Maurice Blanchot, Georges Bataille, Michel Foucault ou Gilles Deleuze.
Découvrez Une apologie des oisifs de Robert Louis Stevenson, un essai jubilatoire qui célèbre l’art de vivre en marge du culte moderne du travail.
Federico García Lorca écrit les Sonnets de l'amour obscur en 1936, dans les mois précédant son assassinat. Longtemps cru perdus, ces textes paraissent enfin en Espagne, en 1983, dans une édition pirate. Les héritiers du poète avaient contenu la diffusion de ce livre au titre suggestif, inspiré par un homme dans un pays qui réprima durement l'homosexualité. C'est par la pudeur des images que Lorca y dit la puissance du désir, retenu par la rigueur formelle du sonnet. Line Amselem en donne une traduction nouvelle, accompagnée de dessins du poète en contrepoint. Dans ces variations autour du portrait double, motif hérité de son amour gémellaire pour Dalí, l'autoportrait devient un baiser. Né en Andalousie, en 1899, Federico García Lorca est, sans conteste, le plus grand poète espagnol contemporain. Il étudie le droit et les lettres à l'université de Grenade. Installé à Madrid, il côtoie Dali, Buñuel... Lorsque la guerre civile éclate, il rejoint Grenade. Bien qu'exempt de toute action politique, il est néanmoins conduit au poteau - sans doute en partie une vengeance des gardes civils de Franco qui ne lui pardonnaient pas de s'être moqué d'eux dans ses oeuvres.