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Qu'est-ce qui fait la singularité de l'humanité au sein du monde vivant ? C'est sur cette énigme lancinante de la « différence essentielle », selon les mots de Claude Lévi-Strauss, entre animalité et humanité, entre nature et culture, que se penche le présent ouvrage en situant le fin mot de l'énigme dans le social. Il examine une institution, la division sexuelle du travail, qui est à la fois commune à toutes les cultures humaines et absente du monde animal, dans l'objectif de toucher du doigt ce par quoi l'humanité se détache unitairement de l'animalité. De la chasse à la cueillette, de la poterie à la mouture, de la cuisine à la sidérurgie, se dégage, à condition de prendre au sérieux les représentations et les pratiques dont ces activités s'assortissent socialement, une logique qui préside, partout et toujours, à la répartition des tâches productives entre les hommes et les femmes. Cette logique, d'ordre symbolique, se retrouve dans nombre d'autres institutions humaines, jusqu'à apparaître comme le lieu géométrique du social, le ressort du grand basculement de l'état de nature à l'état de culture.
Le rituel constitue l'une des catégories emblématiques de la discipline anthropologique, au point qu'étudier un quelconque événement qualifié de "rituel" revient à faire oeuvre d'anthropologue. Mais ce qu'est exactement le rituel, ce qu'il produit et comment, reste une question ouverte pour les anthropologues mêmes. Il existe, au sein de la discipline, différentes manières de concevoir et d'interpréter le phénomène. Ce troisième volume des Bororó, les araras et Nous interroge à nouveaux frais cette catégorie à partir de deux grands problèmes : quelle fonction l'action rituelle remplit-elle dans le social et en quoi se distingue-t-elle, par sa forme, de l'action non rituelle ? Revisitant le naven des Iatmul de Papouasie-Nouvelle-Guinée et le culte de possession birman dit des 37 Seigneurs, la présente enquête tente de comprendre ce que le fait rituel recèle de si spécial qui explique sa valeur singulière et sa prégnance dans la vie des sociétés humaines.
Pendant de nombreuses années, les sociologues des organisations ont été peu diserts sur la manière dont ils négociaient leurs accès, comme si cette cuisine interne, souvent dépendante de leurs propres réseaux de relations, n'avait guère vocation à être exposée en place publique. Depuis, la présentation des conditions de négociation aux terrains d'enquête est devenue un passage obligé. Les pratiques ont évolué et une véritable diplomatie de l'enquête de terrain a vu le jour. Si les accès aux organisations pour y pratiquer l'enquête ont toujours été fragiles, ces dernières années, ils se sont complexifiés, au point que l'on parle d'enquête en danger et de régime de surveillance. En particulier, la négociation des accès est de plus en plus corsetée par les procédures des comités d'éthique. Ce livre explore différentes stratégies possibles, dont les principales sont la recherche embarquée, la recherche sur mandat, la co-construction et le co-design de la recherche participative. Il cherche à comprendre comment les sociologues des organisations peuvent se saisir des possibilités de tels arrangements, tout en limitant le plus possible leurs inconvénients. A la différence des journalistes, les chercheurs ne disposent pas de cartes de presse, pas d'accès privilégié, pas de statut protégé. Pourtant, c'est bien de la qualité de leurs accès que dépend la pertinence des évidences récoltées dans le but de proposer des analyses solides. Cet ouvrage prend également acte des nombreux ajustements méthodologiques qui ont dû être mis au point durant la pandémie et après. Il se conclut sur les nouvelles modalités d'accès aux terrains d'enquête.
Qui est relié à qui et par quoi ? Telle est l'interrogation qui sert de mot d'ordre à la démarche anthropologique proposée dans cet ouvrage. Tandis que le premier volume des Bororó, les araras et Nous faisait de la dynamique de la « participation », au sens d'identification-différenciation entre personnes, le fondement du social, ce second volume entreprend d'examiner concrètement, à partir de matériaux ethnographiques, comment une telle dynamique opère et ce qu'elle produit. Deux exemples sont considérés : les pratiques thérapeutiques des Cuna du Panama et la chasse chez les Yukaghir de Sibérie. Explorés jusque dans leurs moindres détails, ces deux cas donnent à voir les rouages du phénomène de la participation aussi bien que son rôle pivot dans la constitution du social. Leur réinterprétation à l'aune de la perspective participative invite à rompre avec un certain nombre d'idées et de notions, anciennes ou récentes, qui ont cours en anthropologie. Prend ainsi forme, par touches successives au fil de l'enquête, une autre façon de concevoir le social.
L'État-providence « à la française » a vécu. De solution, il est progressivement devenu problème. Sous la pression de multiples facteurs, il a pris des proportions incommensurables et, pour des raisons autant structurelles que financières, il ne tient plus sa promesse : celle d'assurer le bien-être de la population. Le fait qu'il soit porté par un mythe puissant et plonge ses racines dans un idéal révolutionnaire qui place l'État en surplomb, nous interdirait presque d'envisager d'autres modèles. Ce livre conceptualise une nouvelle voie : un modèle alternatif dans lequel l'état garantit les droits fondamentaux des citoyens, libère les initiatives et incite chaque personne à travailler pour construire son avenir dans le respect de la loi. Là où, dans le modèle providentiel, l'État est omnipotent et irresponsable par faiblesse, sinon par nature, dans l'État-prévoyance, il garde raison. Toujours responsable, il se montre aussi crédible qu'efficace. L'État prévoyant se concentre sur l'essentiel, garantissant à chacun un socle solide et tangible (moyens d'existence convenable et protection de la santé) sur lequel tous sont libres de se réaliser individuellement et collectivement. Fruit d'une réflexion conduite par touches successives au sein de l'Institut pour l'Innovation économique et sociale fondé à cet effet, cet ouvrage ambitionne de nourrir un débat qui doit être urgemment ouvert.
Le système de protection sociale est l'un des principaux marqueurs d'une société. La France a fait un choix ambitieux en la matière avec la création de la Sécurité sociale en 1945 qui, depuis, n'a cessé de s'étendre pour tenter de répondre à l'ensemble des besoins manifestés par ceux qui vivent régulièrement sur son territoire. Pour autant, le monde a profondément changé et les réformes en cascade, de nature essentiellement paramétrique, ne permettent plus d'adapter le système national pris dans son ensemble aux importants changements sociétaux déjà intervenus, a fortiori ceux - plus majeurs encore - qui s'annoncent. Ce manifeste, audacieux à bien des égards, propose une refonte globale du système de protection sociale en s'appuyant sur ses fondamentaux, tels que dégagés par le Conseil national de la Résistance, et en les mettant en perspective des défis contemporains. Il propose notamment de recentrer l'action de l'État sur les deux principaux risques - maladie et grande pauvreté - auxquels toute personne, quelle que soit sa situation personnelle ou professionnelle, est aujourd'hui exposée. À cet effet, il innove avec la création d'une ressource de solidarité universelle, dont il démontre la finalité et la faisabilité. Ce texte s'adresse aux experts et décideurs de la matière comme aux citoyens curieux, qui y trouveront une vision renouvelée et soutenable de l'ensemble des mécanismes placés au service de la sécurité sociale envisagée dans un contexte très différent de celui qui a présidé à l'édification du système actuel, incontestablement à bout de souffle. À l'heure où nombre de questions se posent sur l'avenir du système de santé, de retraite ou sur la prise en charge des plus démunis, le Manifeste pour une protection sociale du XXIe siècle invite à ouvrir ce débat national décisif pour l'avenir du pays.
Et si le vrai débat sur le partage de la valeur n’était pas celui qu’on croit ? Les nouvelles dimensions du partage de la valeur propose une analyse inédite pour sortir des impasses actuelles et replacer le travail humain au cœur de la création.
La question du symbolique est longtemps demeurée au premier plan de la réflexion anthropologique. Là où les anthropologues voyaient de la magie, de la religion, du rituel, du mythe, de la parenté, du langage... c'est-à-dire là où ils voyaient de la culture, ils voyaient du symbolique, et le symbolique était donc un thème privilégié de leurs descriptions et de leur réflexion, presque un étendard de leur profession. Néanmoins, avec le déferlement critique et les recompositions qu'a connus l'anthropologie depuis les années 1970, l'usage des termes de symbole et de symbolique, en partie disqualifiés, a sensiblement reculé. Et la question du symbolique a quasiment disparu des discussions théoriques au sein de la discipline. Le premier volume de cette vaste enquête propose de replacer la question du symbolique au coeur de la réflexion anthropologique en remettant le symbolique au coeur du social. Il formule, pour ce faire, une conception nouvelle du symbolique, qui situe le phénomène au fondement pratique des relations entre personnes.
Qui, de l'entreprise ou de son dirigeant, se verra poursuivi en cas d'infraction ? Réponse : l'une, l'autre ou les deux cumulativement, voire successivement et ce, au choix discrétionnaire du parquet... Les auteurs, professeur de droit et avocats expérimentés, proposent une revue de jurisprudence qui révèle ainsi que, faute de critères encadrant l'articulation de ces responsabilités, des situations factuelles identiques font l'objet de réponse judiciaires très différentes. Cette absence de prévisibilité, qui porte atteinte aux droits fondamentaux des justiciables, embarrasse également les auxiliaires de justice et les parquetiers, comme le souligne le procureur de la République financier en ouverture de l'ouvrage. Au terme d'une analyse rétrospective précise et enlevée de l'évolution du droit de la responsabilité de la personne morale et de son dirigeant, les auteurs identifient les causes de ces incohérences et invitent à refonder, a minima améliorer, ce système. Ils formulent des propositions en ce sens, lesquelles ont vocation à amorcer et nourrir un débat qui doit maintenant être ouvert.
Parler d'innovation, c'est bien souvent se centrer sur un inventeur génial dont l'idée se serait ensuite diffusée d'elle-même par la seule force de son contenu. C'est oublier que la diffusion d'une nouveauté est loin d'être un long fleuve tranquille et que sa réception se heurte à de nombreux obstacles qui tiennent autant des inventeurs que des futurs usagers. Chaque innovation est donc une énigme que les enquêtes qualitatives présentées ici cherchent à déchiffrer. Certaines énigmes relèvent du domaine technique, comme celui d'une application sur smartphone pour la santé, d'un nouveau scanner portatif et d'un serious game. D'autres déchiffrent les paradoxes du changement dans une entreprise russe ou l'introduction incertaine des méthodes qualitatives et anthropologiques dans une société d'études française. D'autres enfin se focalisent sur la réception des innovations dans la vie quotidienne avec la diffusion d'une boisson non alcoolisée en Chine, de produits « de consommation spirituelle » ou de fenêtres d'origine étrangère en France. Onze socioanthropologues chercheurs et praticiens montrent comment une innovation se diffuse ou échoue, comment une organisation se transforme, comment une société change.