Les cahiers de la Nuée bleue
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Claude Vigée, qui a donné le long récit de ses souvenirs - intimement liés à l'histoire de sa famille en Alsace - dans "Un panier de houblon", reprend les photos qui ont ravivé sa mémoire. Il les mêle à cette méditation sur le temps qui passe sur les êtres, les liens entre les humains, les effets de l'Histoire sur l'histoire d'une famille juive en Alsace et, plus particulièrement, autour de Bischwiller où il est né. "La maison des vivants" est le nom du cimetière, en hébreu ; il prête son titre à ce livre d'images, de poésie aiguë, et de prose serrée et lumineuse, méditation ludique sur le travail et le sens du temps.
Comme un coup de pioche remue la terre et en révèle certains secrets, un livre peut remuer les consciences et inciter le lecteur aux confidences. C'est après avoir publié « La Secousse », qui est le récit d'un accident, que Jean Christian a reçu de la sorte de nombreuses lettres dont quelques-unes font l'objet du « Coup de pioche ». L'auteur s'est contenté de les situer dans le contexte de ses souvenirs d'enfance et la sagesse maternelle apparaît dans son livre tel un fil d'Ariane.
Dans un lieu clos, en quelques jours, se joue une partie étrange. Il s'agit de se montrer suffisamment malade pour ne pas être renvoyé au front. La simulation bat son plein. Seppi, Koch et l'ulcère font partie de la vieille garde. Deux nouveaux venus entrent dans le jeu : un auxiliaire de la D.C.A. d'abord, puis un personnage qui paraît singulièrement doué pour jeter de la poudre aux yeux. Aussi Ruth, l'infirmière lui vient-elle tout de suite en aide. Peu à peu, se révèle que ce qui importe à l'intéressé ce n'est ni d'aimer, ni de vivre mais d'atteindre une gloire éphémère qui lui semble plus chère que sa propre personne. Cet homme est écrivain, allemand, et s'appelle Roth. Ce qui, en bon français, se traduit par Monsieur Rouge. Mais en même temps que l'histoire, est donnée la chronique de son élaboration. Le renvoi constant de la réalité à la fiction, du présent au passé, essaye de serrer au plus près les péripéties de la création littéraire. F.S.
Le vert-de-gris est cette couleur étrange et inquiétante qui recouvre les choses et les fruits de l'esprit d'un monde altéré, l'oxydation de l'Occident. Souvenir de certaines années de guerre, le vert-de-gris, unique couleur empoisonnée de la palette de l'Artiste-Hitler, nous est resté en héritage. Pressentant la grande contamination du monde, René-Nicolas Ehni, après six ans de silence, reprend la parole pour dénoncer des faits accomplis dans le siècle. Ce livre d'un temps vert-de-gris qui n'est pas révolu, s'il est mordant, ironique, scandaleux, lucide, est aussi plein d'une poésie tendre amère.
Le patois welche, d'origine romane, est parlé depuis presque deux mille ans dans la vallée de la Bruche et dans quelques enclaves vosgiennes à l'ouest de la plaine d'Alsace. Il connaît un lent et inexorable déclin. Si leur dialecte se meurt, les Gens de Bruche veulent conserver la mémoire des traditions du temps passé. Ils aiment évoquer l'époque où la vallée travaillait dur pour exploiter ses richesses naturelles : le minerai de fer extrait du fond des mines, l'eau qui faisait tourner les moulins à bois et actionnait les métiers à tisser, la forêt qui fournit bois de charpente et de chauffage. Écoutons-les raconter leurs souvenirs avant que sonne le glas du patois welche.