La poésie voilà
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L'expérience de Georges L. Godeau me semble rare, peut-être unique. Certes, bien des poètes ont su parler d'autres poètes. Mais il s'agit presque toujours de chroniques, ou de commentaires. Georges Godeau devant René Char, c'est autre chose. Son poème, c'est d'abord la lettre d'un vivant à un autre vivant, d'un homme qui a vu un autre homme - et qui parle simplement de la dimension, pour lui, du poète vivant qu'il a rencontré. C'est pourquoi Georges Godeau a su et a pu aller à la rencontre de ce qu'il appelle le palais blanc de la poésie de René Char. Parce qu'entre eux, il y avait différence mais non distance. Georges Mounin (extraits de la postface)
Avec l'oignon marron/Le navet violet/Reposer au potager/La mort moins livide/L'éternité parée/De couleur temporelle/Engraissant sous les choux... « Copyright Electre »
Sous une bruine tenace, un village s’assombrit et se révèle. Les toits gris de Jeanine Salesse capture l’âme des lieux et des instants, où la patience devient poésie et la pluie, une compagne de silence.
« Moi, libre encore de rêver prisonnier consentant dans les limites provisoires d'un commun circuit du cosmos ; moi, trois milliardième spécimen d'une espèce proliférante ; moi, infinitésimal habitant de ce quartier du système solaire ici ailleurs multiple unique en ce moment de notre histoire écartelé omniprésent, je hurle, je hurle après toi fraternité planétaire. » A.M.
Trop bête pour les garder et trop savant pour les compter, j'ai dû assez tôt malgré moi apprendre sur le tas (mais de quoi) un métier plus humain, c'est-à-dire un peu vache. Mais à peine étais-je assis derrière un bureau, l'oeil vif et la tempe luisante, que j'entendais des gens parler. Et que disaient ces gens, de quoi se plaignaient-ils ? De leur vache, bien sûr ! Alors, j'ai pris note des cours de la viande et du lait interdit... Et à force d'entendre ces gens, sans le vouloir, j'ai fait comme eux. J'ai questionné la vache... Mais ce n'est pas pour rire (qui rirait d'une vache ?) que je l'ai faite à mon image. Ou plutôt, j'ai cherché longtemps à lui ressembler, et qui copie la vache se coupe de ses semblables. Ainsi je fus tout seul un jour, mais pas exactement : une vache était là. Et je voulus l'aimer, moi qui n'aime pas le lait. Pourquoi en faire un livre ? Ça, je ne l'explique pas, j'ai dû tourner les pages, bouger deux ou trois choses que la vache a mangées. Et la vache mangeant, je n'avais rien à faire qu'à feuilleter un livre, comme on faisait jadis quand on gardait les vaches. Et feuilleter un livre, c'est déjà le faire sien...