Histoire romanesque [1984-1999]
Toute de blanc vêtue, elle est au restaurant d'un palace suisse. Solitaire, un vieil homme déjeune à une autre table. Il fait beau et il sera bientôt treize heures. Elle se lève soudain, belle et jeune. Elle ouvre son réticule, en sort un browning noir. Elle marche vers l'homme et, sans un mot, l'abat de sept balles, tout le chargeur. Qui a-t-elle tué, le ministre russe de l'Intérieur ou un quidam ? Et elle, qui est-elle, une folle ou une héroïne qui se sacrifie pour le bonheur du peuple russe ? Après dix ans d'enquête, au cours de laquelle l'historien devenu détective privé s'est pris de passion pour cette inconnue, voici la biographie d'une énigme prise dans une machination diabolique et le portrait d'une époque de terreur dans la beauté des paysages suisses.
Marie Cappelle, en 1839, a passé vingt ans. Elle est belle, intelligente, raffinée. Elle rêve d'amours sublimes. Ses proches, par l'intermédiaire d'une agence, lui trouvent en deux jours un mari, auquel elle est quasiment vendue : Charles Lafarge, petit industriel du Limousin, veuf, gras, épais, inculte. Dès l'abord, il la dégoûte. Sitôt mariés, ils s'installent dans le lugubre manoir du Glandier. En janvier 1840, au terme d'une atroce agonie, Lafarge meurt. Dans sa chambre, partout, de l'arsenic. Tout désigne Marie comme la coupable. L'était-elle vraiment ? Elle est condamnée à Tulle aux travaux forcés à perpétuité, au terme d'un procès sensationnel. La France se divisa entre lafargistes et antilafargistes. L'histoire de Marie a fourni bien des traits à Madame Bovary.
Sulpicia, jeune Romaine, est intelligente, cultivée, très belle. Cérinthus, jeune Grec, est intelligent, cultivé, très beau. Tous deux habitent le magnifique palais de Valérius Messala, l'illustre général, le protecteur des artistes, l'aristocrate humaniste. Sulpicia, nièce de Messala, est patricienne, de la plus haute noblesse qui soit. Cérinthus, secrétaire de Messala, est un esclave. Rien, absolument rien, n'est concevable entre eux, que sépare une barrière sociale parfaitement étanche. D'autant qu'en cette année 23 avant J.-C., Octave-Auguste, maître de Rome depuis quatre ans, prétend restaurer les vertus d'autrefois. Alors Sulpicia et Cérinthus, qui se sont découvert l'un pour l'autre une passion brûlante, sont condamnés à s'aimer à la dérobée, car le scandale serait mortel. Seule la charmeuse et vicieuse Julie, fille d'Auguste, et le délicat poète Tibulle, ami d'enfance et de coeur de Sulpicia, les ont devinés. Mais la fière et impétueuse patricienne ne parvient pas à dissimuler jusqu'au bout, et le drame s'abattra sur les amants comme la foudre. Ce récit tragique d'un amour impossible, superbe comme de l'antique, baigne dans un environnement politique et culturel à la fois riche et précis, car Sulpicia, comme tous les autres personnages de ce roman, a réellement existé. Nous avons conservé d'elle six poèmes brûlants, orgueilleux, déchirants. Enchâssant le destin imaginaire de Sulpicia et de Cérinthus dans les fastes de l'histoire romaine, l'auteur nous entraîne à une soirée chez Mécène, à un week-end champêtre chez Tibulle, ou dans l'animation bruyante du Forum.
Émile de Girardin, en recourant à la publicité, a créé la presse moderne. Dans les colonnes de son journal paraissent les feuilletons d'auteurs débutants : Honoré de Balzac ou Eugène Sue. Girardin, toujours en avance d'une idée, a aussi imaginé la retraite pour tous, le congé maladie et même la participation. Lui qui voulait donner, voilà plus de cent ans, le droit de vote aux femmes, savait tout ce qu'il leur devait, et surtout à Delphine Gay, son épouse et son meilleur soutien. Né en 1806, mort en 1881, Girardin a participé à l'aventure du siècle, intervenant dans l'avènement puis dans l'abdication de Louis-Philippe, aidant à l'ascension de Louis-Napoléon Bonaparte, participant à la fondation de la IIIe République. Sa vie même est un roman, celui d'un enfant abandonné qui connaît la pauvreté et se bat en duel, avant d'atteindre la célébrité et la fortune. Le livre de Pierre Pellissier est l'hommage d'un journaliste à l'inventeur de la presse d'aujourd'hui.
Un après-midi de mai 1667, les deux beaux-frères de la marquise de Ganges s'introduisirent dans sa chambre. L'abbé tenait un pistolet et une fiole de poison, le chevalier avait dégainé son épée. Ils la sommaient de choisir sa mort. Elle préféra le poison, et mourut en fait par le fer. Ainsi prit fin, après de brillants débuts à la cour de Louis XIV, l'existence lamentable et poignante de la Belle Provençale encore dans l'éclat de sa jeunesse. Ce crime exemplaire, où se mêlent la jalousie, la débauche et l'argent, connut un retentissement extraordinaire. Jean Héritier a repris le dossier qui met au jour bien des aspects les moins reluisants du Grand Siècle : victime de son mari, Diane de Ganges le fut aussi de toute une société que sa vertu et sa beauté offensaient.
Catherine Sforza, fille du duc de Milan, est née et a vécu dans l'Italie des condottieri, des guerres incessantes, de Machiavel, des papes scandaleux, des splendeurs et des poisons de la Renaissance triomphante. Nièce par alliance du pape Sixte IV, puis de Laurent de Médicis, belle-soeur de l'empereur d'Autriche, Catherine Sforza est aussi l'aïeule de Marie de Médicis, et donc de Louis XIII. Cultivée, grande amoureuse, dotée d'une santé de fer et d'une énergie incroyable, Catherine fut réputée la plus belle femme de son temps. Après l'assassinat, dans des conditions atroces, de son premier mari en 1488, Catherine, comtesse de Forli, prit en main la direction de la cité, et organisa sa défense contre Cesar Borgia et ses alliés français. Elle montra alors de quoi elle était capable, résistant jusqu'au bout, l'épée à la main. Cette femme d'une trempe exceptionnelle survécut à tous les soubresauts d'une existence extraordinairement agitée. Elle mourut à Florence, discrètement, en 1509. Sa figure reste vivante dans la mémoire et la légende italiennes. Dans sa biographie très complète, Guy Rachet, à travers ce destin passionné, fait découvrir l'Italie des artistes du Quattrocento, les intrigues de la Rome pontificale, les rivalités des cités et des princes, parmi lesquels la dame de Forli occupe une place de choix.
Stéphane Fayot et sa soeur Céline, l'un et l'autre sans descendance, enregistrent sur cassettes à l'usage des historiens du futur, la biographie de leur ancêtre Louis Fayot, né en 1316, le même jour qu'Étienne Marcel dont il fut le témoin privilégié. Or, l'on a pu dire du prévôt des marchands de Paris qu'il fut l'un des plus célèbres personnages de notre histoire et pourtant l'un des plus mal connus. Cette chronique, transmise oralement, chez les Fayot, d'une génération à l'autre, et maintenant préservée de l'oubli, ne s'est-elle pas peu à peu muée en roman populaire ? C'est possible ; et c'est d'ailleurs le talent de Denyse Vautrin d'évoquer avec autant de simplicité que de verve la figure légendaire de celui qui assura le gouvernement de la capitale après le désastre de Poitiers (1356) et l'emprisonnement de Jean le Bon, en ces années charnières du XIVe siècle.
La lumière frappe les pins, le calcaire, la broussaille. Appel et défi, l'eau roule d'une colline à l'autre dans un sévère appareil de pierre. L'homme se penche, respire, examine. Toute cette belle fraîcheur si souvent rencontrée, d'où vient-elle ? où va-t-elle et pour qui ? Pour quelle histoire ?... Monarchie de Juillet : la France s'enrichit et engraisse. Il paraît qu'elle s'ennuie malgré les premières grèves, les barricades, les émeutes, les attentats contre le Roi-épicier... De nouveaux objets : la machine à vapeur, de nouveaux personnages : l'ouvrier, l'ingénieur, de nouvelles forces : la presse, la banque, une pensée nouvelle : l'union, travaillent à un monde nouveau. Dans un petit village provençal, cent cinquante ans avant le T.G.V., surgit un monstre dévorant : la ligne du Canal. Il faut sauver Marseille de la sécheresse. Quatre-vingts kilomètres de ponts, tranchées, souterrains, aqueducs... On voit la campagne ravagée, on se querelle, on spécule, on résiste, on collabore. Le monde est coupé en deux. S'y tissent pourtant les fragiles passerelles d'amours improbables : Emilio et Louison, Paulin et Annabelle. Amours orageuses en un temps où tout bascule...