Jacques Baynac
Jacques Baynac
Toute de blanc vêtue, elle est au restaurant d'un palace suisse. Solitaire, un vieil homme déjeune à une autre table. Il fait beau et il sera bientôt treize heures. Elle se lève soudain, belle et jeune. Elle ouvre son réticule, en sort un browning noir. Elle marche vers l'homme et, sans un mot, l'abat de sept balles, tout le chargeur. Qui a-t-elle tué, le ministre russe de l'Intérieur ou un quidam ? Et elle, qui est-elle, une folle ou une héroïne qui se sacrifie pour le bonheur du peuple russe ? Après dix ans d'enquête, au cours de laquelle l'historien devenu détective privé s'est pris de passion pour cette inconnue, voici la biographie d'une énigme prise dans une machination diabolique et le portrait d'une époque de terreur dans la beauté des paysages suisses.
Mai 68 : déjà si loin que Jacques Baynac, qui fut à la faculté de Censier l'un des animateurs du mouvement, peut en écrire l'histoire, toute l'histoire, tracer pour la première fois de l'intérieur le récit complet des événements. Deux ans d'enquête, l'utilisation de l'ensemble des sources disponibles, l'expérience aussi de militant et d'historien font de ce Mai retrouvé, un livre essentiel à qui veut savoir ce qui s'est réellement produit. Mai retrouvé, c'est l'histoire vue depuis le coeur des hommes et des choses. Cependant, à lire ce livre, on mesure que Mai 68, pour loin qu'il soit, c'est aujourd'hui encore. Jacques Baynac en effet, s'il a utilisé toutes les techniques de l'historien, s'est souvenu qu'il était l'un des acteurs de Mai. Il a ainsi, interviewant les principaux dirigeants du mouvement comme les simples manifestants, recréé le climat de ce printemps. Voici les "manifs" et les barricades. Voici les facultés occupées. Jacques Baynac, en même temps qu'il trace les perspectives, plonge ainsi dans la réalité quotidienne où l'autogestion s'instaure spontanément. Ni chef ni credo par exemple dans Censier occupée. Les "paysans rouges" apportent des vivres. Des militants de tous âges, classes et nationalités, arrivent. Ils impriment des millions de tracts, créent et coordonnent des Comités d'Action qui s'implantent dans les entreprises, guerroient contre les "jaunes", mobilisent les quartiers, lancent des expéditions en province et même à l'étranger, prônent le passage à la grève active, proposent une société sans hiérarchie et sans argent. Aux derniers jours de mai, ils ont ouvert une brèche dans le rideau de fer abaissé entre eux et les travailleurs. Cela, n'avait jamais été écrit. De même que n'avait jamais été montré avec cette précision et cette émotion, la nouveauté des événements de Mai, le premier mouvement subversif de l'histoire à avoir préféré vivre la révolution plutôt que la mourir, à avoir préféré changer l'esprit du temps plutôt que de changer de maître. Mai 68 si loin, Mai si présent, Mai retrouvé.
Sémion Ter Petrossian, dit Kamo, est l'un des représentants les plus extraordinaires et les plus colorés de la race des révolutionnaires terroristes. Arménien de naissance et de coeur, Kamo fut, jusqu'à sa mort accidentelle en 1922, l'ami et le collaborateur - parfois craint et souvent mal compris - de Lénine, de Staline, de Litvinov, de Gorki et autres encore. Sa vie est un roman qu'aucun auteur n'aurait pu inventer. Encore fallait-il, pour lui conserver son aura authentique et tragique, la rattacher au contexte historique et temporel ; car le héros s'appuie sur les forces de l'histoire qu'il défie, qu'il fait dévier, et dont il sera en fin de compte la victime. Il appartenait donc à Jacques Baynac d'entrelacer subtilement les fils historique et personnel en prenant bien soin de ne pas les confondre, le fonds conjecturel étant moins le véritable moteur entraînant Kamo que le catalyseur de sa révolte. En effet, Kamo continue seul la lutte, alors même que les conditions ont disparu. Sa vie, dès lors, suit une trajectoire autonome. L'ouvrage de Jacques Baynac, qui oppose à extrême complexité d'une vague révolutionnaire spontanée la simplicité d'un homme entier, s'appuie sur des sources sûres et minutieusement vérifiées.
Jeanne Boullen (prononcer "Boulène") fut l'amie inconnue de Jean Moulin - pas sa petite amie, simplement son amie. Fille d'ouvriers protestants, elle se fait infirmière. Timide mais intrépide, aussi rieuse que sérieuse, elle s'engage à corps perdu dans la "défense passive" dès le début de la guerre et, ayant recontré le préfet de Chartres dans la débâcle de mai 1940, elle en devient la collaboratrice dévouée, l'admiratrice sincère, l'amoureuse sans espoir. Jusqu'en 1942, Jeanne sert de coursier à Jean Moulin, remplit les missions qu'il lui confie, tout en aidant les uns et en sauvant les autres des griffes vichystes et nazies, et non sans épouser un jeune poète juif autrichien, lui donner deux fils, avant de partir en Israël en 1945. Après deux années de recherches, Jacques Baynac a retrouvé la famille de cette "belle personne" et, dans une vieille valise grise, les cahiers de souvenirs de Jeanne, restés inconnus de tous.