Figures de la psychanalyse - livres
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Si toute maternité est singulière, certaines sont particulières. Deux pratiques apportent un éclairage sur les premiers temps de la relation mère-bébé : l'une a eu lieu dans un service accueillant des mères psychotiques enceintes et pendant quelques mois après la naissance de leur bébé, l'autre dans un service de réanimation néonatale. Ces situations où la relation est perturbée, empêchée, du fait d'une certaine inadéquation, ou en raison d'un obstacle technique, se présentent comme une mise à plat de ce qui se passe très précocement. En travaillant avec ces mères et leurs enfants, les auteurs ont expérimenté l'importance de « la supposition de sujet » pour tenter de nommer ce qui spécifiait ces expériences.
Les troubles des conduites alimentaires, anorexie et boulimie, sont un phénomène contemporain et sociétal en pleine expansion, accéléré par l'utilisation massive d'Internet. Ils appartiennent à un nouveau domaine d'expression de la souffrance intime que l'auteure désigne comme « pathologies de l'image ». À partir de son expérience clinique de psychiatre spécialiste des addictions, de psychanalyste et de philosophe, l'auteure analyse les liens entre les troubles des conduites alimentaires et les représentations du corps des femmes. La prolifération spectaculaire des images, qui vont jusqu'aux photos de soi produites par soi, via les réseaux sociaux, et leurs simulacres retouchés dans les magazines de mode, participe au développement d'une relation pathologique de la femme avec son propre corps. Ainsi l'anorexie et la boulimie permettent de mieux saisir notre époque où l'image, le corps, la mode, la beauté et le paraître constituent les termes de l'inscription postmoderne des sujets. Comment les femmes s'accommodent-elles d'un corps pris dans les attentes sociales ? Comment certaines, en parodiant jusqu'à la caricature cette idéalisation extérieure à leur propre chair, en font-elles le sacrifice ? Car tel est aussi le destin des troubles des conduites alimentaires comme pathologies de l'image : commettre le sacrifice du corps afin d'atteindre l'idéal éphémère d'une beauté contemporaine.
Les critiques féministes de notre temps ne veulent plus entendre parler du phallus, le considérant seulement comme un symbole du pouvoir masculin, malencontreusement promu par la psychanalyse. Les discours et les lois ont, au long des temps, voulu intégrer le féminin entier dans une grammaire phallique, l'un qui l'a et l'autre qui l'est, à l'aide de logiques fantasmatiques et de femmes mythiques. Freud en a montré le ressort inconscient, masqué derrière les discours chrétiens, mais il a semblé considérer lui aussi que le féminin s'y résumait. Cette grammaire toute phallique est récusée et rectifiée par Lacan qui constate au contraire qu'elle ne rend pas compte du féminin en son ensemble. Il décrit la logique nouvelle qui divise les femmes entre une position de sujet, massivement intégrée désormais dans les discours, et le choix d'une féminité qui se déploie hors de cette fonction phallique du discours, les deux cohabitant fort bien le plus souvent. Si les savoirs feministes s'enoncent au nom de toutes les femmes et de toute la femme, les logiques analytiques se choisissent, en partie independamment du sexe, entre un tout de l'Homme et un pas-tout des feminites. Déchiffrer ainsi la fonction du phallus la rend progressivement contingente, en la montrant à l'oeuvre dans les deux sexes.
Depuis toujours les discours ont construits des mythes universels du féminin. Ils parlent de la femme qui n'existe pas, non de celles qui existent : nulle femme n'est comme Ève sortie d'un homme, nulle n'a conçu comme Marie sans semence. Ces figures universelles ont une fonction de symptômes, elles soutiennent le système symbolique en inscrivant ses points d'impossible, d'absurde, d'achoppement, elles ne disent rien des féminités. Le siècle dernier a objecté massivement à la description freudienne d'un féminin entièrement dépendant d'une grammaire phallique où il s'inscrit en défaut au regard d'un genre masculin en excès. Et il a objecté également à la loi sexuelle entre un genre qui a et l'autre qui est, dont Lacan a fait remarquer qu'il y avait là non pas un rapport sexuel mais un rapport de deux sexes. Les femmes ont intégré les discours, comme sujets de parole, ce qui est désormais le seul universel reconnu, les deux sexes sont maintenant assemblés dans les discours. Il reste qu'une féminité comme telle ne dépend pas du discours universel, elle se définit ailleurs, en plus, autrement, elle se déploie une par une, elle est unaire ou singulière. Que peut avoir de commun, par exemple, Thérèse d'Avila au xvie siècle, la sainte de la Contre-Réforme, livrant ses extases en Dieu, avec Lady Chatterley au début du siècle dernier, où s'écrit avec précision comment boîte ce qu'on appelle le rapport sexuel ? Comment saisir ce qui ne se manifeste que hors discours ? Pourtant ledit continent noir n'est pas l'Afrique mais se situe tout près des discours, où les féminités interviennent du dehors, une par une, pour tresser l'amour autrement, animer les causes du désir, les jouissances qu'ils distribuent.