Esprit - La cité prochaine
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Faut-il voir dans l'explosion de Mai 68 un psychodrame, un mime de la révolution, ou bien l'annonce d'une ère nouvelle ? L'auteur et son équipe ont voulu se placer au coeur de cette problématique de l'imaginaire ; des rôles, des situations ont été « joués », mais ce jeu révèle un nouveau mode d'action où se projette une image sociale que la réalisation relaye et relance dans une sorte d'explosion en chaîne. On ne peut davantage séparer le politique et le culturel que le réel et l'imaginaire. L'individu cherche la « retotalisation », la libération, la communication dans le brouillage des pistes anciennes (« détournement », « collage », etc.) et dans l'anticipation instantanée du bonheur utopique. Dans ce livre, acteurs et observateurs prennent successivement la parole avant qu'intervienne le sociologue, qui réfléchit, questionne, et relie ces nouveaux phénomènes à des mouvements culturels dont la signification s'éclaire aujourd'hui : Dada et le surréalisme qui proclament le droit de l'imaginaire à devenir la réalité quotidienne, le free jazz, qui allie la spontanéité inventive à la protestation politique, le cinéma de Godard et le Living Theatre, qui mêlent vie, culture et politique en un seul et même spectacle que les spectateurs sont conviés à compléter. Dans cette perspective on comprend que ce qui échoue comme révolution politique peut devenir culture - au sens le plus large du mot : mentalités et relations nouvelles, vie inventée, vie changée.
"Faire monter le niveau de l'humanité... j'étais payé pour ça." C'est le proviseur d'un lycée qui parle ; il a décidé d'y changer l'ordre des choses, car le "normal, c'est la liberté". Un jour, donc, le proviseur propose un cessez-le-feu général : fin de la discipline répressive, mais aussi du chahut et des brimades ; le nouveau lycée reposera sur l'adhésion et la coopération. Réunions hebdomadaires avec des responsables élus ; parrainage des petits par les grands ; développement de l'information, du sport et des loisirs culturels ; appel à l'honneur, à la responsabilité, au goût du risque et du jeu... C'est la fin du lycée de Napoléon. Hélas ! non. "La grande connivence" a duré moins de cinq ans. L'histoire de cette révolution devient l'histoire d'un échec. Une nouvelle espèce de potaches apparaît, qui ne songe qu'à exploiter le relâchement des contraintes. Le milieu, les institutions ont été les plus forts : démission des parents, veulerie ambiante, vandalisme moutonnier qui traduit un profond malaise de la jeunesse, gonflement des effectifs... et une psychologie vulgaire qui justifie tous les laisser-aller : "Je me suis fait tuer en première ligne, envoyé au massacre par une pédagogie de faiblesse qui discrédite l'effort et calomnie l'émulation." Le récit passionnant de cette révolution manquée pose le problème central de la société française : comment faire reculer l'autoritarisme et la routine ? En tout cas, ce ne sera pas par la facilité.
La vie et le travail des ouvriers sont changés ; des sociologues l'assurent. Mais sait-on ce qui se passe dans les usines ? Pour une fois, c'est un ouvrier qui parle, et d'une usine dont la taille et le rôle social sont particulièrement importants : Daniel Mothé est fraiseur chez Renault. A partir de son expérience de délégué syndical, il décrit les rapports nouveaux qui se sont établis entre la direction, les syndicats et la masse des travailleurs. Ainsi le fonctionnement bureaucratique de l'usine est passé dans les moeurs des syndicats. La reconnaissance du syndicalisme transforme souvent les militants en fonctionnaires. Quant à la masse, elle a tendance à prendre les organisations syndicales pour des bureaux de bienfaisance et les militants pour des bonnes à tout faire. Aliéné dans son travail, le militant s'aliène aussi dans son organisation. Luttant pour la responsabilité, il sombre dans le conformisme, et le syndicalisme finit par reproduire le vice fondamental de la société qu'il combat : la division entre ceux qui savent (et commandent) et ceux qui ignorent. Daniel Mothé croit que "l'ablation de la responsabilité" est le mal principal, et que le syndicalisme, pris au piège de la société de consommation, ne peut revivre qu'en reprenant sa revendication ancestrale : l'autogestion. Il le dit avec une franchise qui balaye les prudences tactiques et n'a pas honte de se proclamer révolutionnaire.
Et si la prison n’était qu’une machine à briser les corps et les esprits ? Le froid pénitentiaire de Simone Buffard dénonce, sans détour, l’illusion de la réinsertion et la violence structurelle du système carcéral.
Les sociologues ne se sont que rarement penchés jusqu'ici sur les problèmes posés à la conscience catholique par la soudaine invasion au cours du XIXe siècle de l'idéal démocratique. Maurice Montuclard limite son investigation à une période assez brève, mais d'une extraordinaire richesse : les cent et quelques périodiques qui furent les porte-paroles, les alliés ou les adversaires de ce qu'il baptise la deuxième démocratie chrétienne lui fournissent une documentation à partir de laquelle il fait revivre des controverses dont le thème reste bien actuel : laïcité politique et syndicale, rapports du message évangélique avec une société fondée sur l'enrichissement, etc. Il apparaît en conclusion que la démocratie, acceptée d'abord, en 1891-93, comme simple pratique sociale ; développée bientôt, vers 1896-98, en théorie sociale, économique et politique ; extrapolée finalement en idéologie - idéologie au nom de laquelle l'on va juger de l'Église elle-même -, a provoqué dans la conscience religieuse de l'époque une mutation profonde : si grave que l'autorité ecclésiastique jugea indispensable d'en condamner les causes. Pour l'expliquer, Maurice Montuclard avance l'hypothèse que la conscience religieuse structurée jusqu'ici selon un type hiérarchique éprouve, au cours du XIXe siècle et jusqu'à nos jours, la plus grande difficulté à réassumer l'orthodoxie catholique dans une conscience démocratique et progressiste. OEuvre de sociologue avant tout, "Conscience religieuse et démocratie" projette néanmoins une lumière nouvelle sur un moment de l'histoire du catholicisme français encore incomplètement exploré.
Découvrez les origines méconnues de la démocratie chrétienne en Europe à travers une analyse rigoureuse de ses racines en France, Belgique et Italie.