Arpenter le sacré
Au fil d'une pérégrination inspirée, François de Saint-Cheron évoque ici une certaine Espagne, celle qui, rayonnant depuis des siècles autour de Madrid, a exercé sa séduction sur de nombreux voyageurs : les murailles d'Avila, le ravin du Tage autour de Tolède, la salle des Peintures noires de Goya au musée du Prado, comment les oublier ? On y croise Cervantès et Le Greco, Miguel de Unamuno, Federico García Lorca, Antonio Machado ou encore le paradoxal José Bergamín qui eurent tous un lien profond avec le plateau castillan.La Castille, ce sont aussi les chariots de sainte Thérèse sous la pluie entre Palencia et Burgos, la chaire de Fray Luis de León à Salamanque, les diaboliques moulins du Quichotte. Plus près de nous, l'auteur évoque les tragiques histoires de Camilo José Cela et de Miguel Delibes ou les songes d'Ana dans L'Esprit de la ruche, le très beau film de Victor Erice.Entre passé et présent, à travers des mondes culturels variés et des personnages charismatiques, François de Saint-Cheron nous offre son regard sur une région complexe, plurielle, inspirante. Maître de conférences à la Faculté des Lettres de la Sorbonne, François de Saint-Cheron a publié notamment Sainte Thérèse d'Avila (Pygmalion, 1999) et Malraux devant le Christ (DDB, 2024) qui a obtenu le prix spécial du jury du Prix André Malraux.
Revisitée par une plume imagée, lyrique, parfois polémique, mais toujours inspirée, l'Auvergne dévoile au fil de cette pérégrination littéraire son exigeante beauté millénaire, encore trop méconnue.En ouverture, la cathédrale de Clermont qui répète : « Je suis noire, mais je suis belle. » Puis, au gré des marches et des rencontres, surgissent la lave et la pierre des volcans, les églises à découvrir, la musique baroque, Pascal ou Pierre le Vénérable, Max Jacob, et des êtres singuliers habités par le génie de cette terre sacrée.Dans un va-et-vient savamment orchestré entre passé et présent, c'est aussi à une confession pudique que se livre Simon Berger, en nous invitant à emprunter résolument les routes escarpées de cette contrée minérale comme autant de chemins de Damas. Dans nos vallées incertaines et poreuses, nous vivons à l'ombre d'antiques écoulements de lave, de concrétions qui retiennent dans le noir, et les élèvent, des générations de prières. Nos gorges sont ravinées, mais le chant vient quand même. Né à Clermont-Ferrand en 1997, Simon Berger a publié Laisse aller ton serviteur (José Corti) en 2020 et Jacob (Gallimard) en 2021.
Terre sculptée par les éléments, la Bretagne est une presqu'île singulière et attachante. Du cairn de Barnenez à Brocéliande, de la Vallée des Saints aux enclos paroissiaux, des cathédrales aux humbles chapelles, le sens du sacré s'y manifeste depuis la préhistoire. Coutumes celtiques, rituels druidiques, mythes de la Table Ronde imprègnent sa culture tout autant que les récits invoquant ses saints fondateurs : la Bretagne a donné une figure originale au christianisme qui l'a forgée en profondeur.Sur le sentier des douaniers ou au coeur de la forêt, Aliette Armel nous invite à explorer des lieux connus, mais aussi plus secrets. Ses sens sont en éveil, attentifs aux signes d'une autre dimension de l'univers, à laquelle font écho les mots des poètes. Elle nous transmet les dernières découvertes sur la civilisation de Carnac, elle nous entraîne sur l'estran, vers l'île du moine Maudez. Elle nous conduit au sommet du Menez Bré, mais aussi sur les pas de Tristan et Yseut, ou auprès des bénédictins de Landévennec... Une promenade personnelle sur une terre puissamment authentique, aussi exigeante que généreuse. Historienne de formation, Aliette Armel a été critique au Magazine Littéraire et a contribué à la revue Ultreïa. Elle est intervenue fréquemment sur France Culture. Auteure de plusieurs romans inspirés de voyages et d'essais sur de grandes figures littéraires, elle anime aujourd'hui des ateliers d'écriture entre Paris et la Bretagne.
Pour certains l'Inde est une terre de merveille, pour d'autres une terre de misère. L'Inde d'Élisabeth Barillé est une école de vie. Voilà des années qu'elle l'arpente à la recherche de nouvelles connaissances. Cette fois, il s'agit d'une quête dans le sillage du dieu dansant Shiva, tout au sud du continent. Une véritable ascension intérieure, entre le feu destructeur et la vitalité de l'éternel renouveau.Mais, attention, la voyageuse n'est pas du genre à se laisser prendre par la guimauve des faux gourous ou un idéalisme de pacotille. Son tempérament l'incite à déminer autant que faire se peut les illusions, autant les siennes que celles qui s'offrent, tout au long du voyage, à son besoin de sens. Sa lucidité caracole avec une rafraîchissante autodérision, signe d'une liberté sans fards...Rencontrer des maîtres sans disciples, des excentriques de la sagesse, découvrir le langage du silence, s'initier à la pensée du grand Ramana Maharshi, au pied de la colline sacrée d'Arunachala : autant d'aventures singulières écrites par une femme qui ose marier la légèreté et la profondeur. Auteure de plusieurs romans, récits et biographies, Élisabeth Barillé vit d'écriture, de rencontres et de voyages. En 2020, l'ensemble de son oeuvre a été couronnée par le Grand prix de littérature Henri Gal décerné par l'Académie française.
Christine Jordis est habitée par « une faim d'Asie ». Après avoir arpenté de nombreuses terres et cultures asiatiques, de la Birmanie à la Corée en passant par Bali, elle part découvrir le Japon au printemps 2018, un pays dont elle rêvait depuis longtemps. Elle décrit ici l'émerveillement de cette première fois autour de Kyoto, la découverte des jardins secs ou fleuris, des temples, des rues, d'une montagne...Comme guide d'ouverture, elle a choisi l'une des figures les plus vénérées du Japon, dont on ne sait presque rien en France : le moine Kukai (Kobo Daishi) 774-835, fondateur de l'école du bouddhisme Shingon. Sa vie est un roman : celui d'un homme de haute spiritualité, mais aussi d'un grand voyageur, d'un bâtisseur, d'un philosophe aux textes vibrants qui fut un ami de l'empereur.L'auteur suit Kukai à Koya-san, un site exceptionnel qui garde vivante la présence de son fondateur, puis nous fait pénétrer dans les temples du Daitoku-ji ou du To-ji.D'autres présences inspirent et accompagnent le voyage, Claudel, Barthes et Nicolas Bouvier, ou ce musicien qui entend le message de pierres...Un pas vers le moins, autrement dit : un pas pour mieux comprendre l'énigmatique Japon. De livre en livre, depuis Bali, Java, en rêvant jusqu'à Paysage d'hiver, en passant par sa biographie de Gandhi, Christine Jordis poursuit sa découverte de l'Asie. Un goût de l'aventure, intérieure aussi bien qu'extérieure, dont elle donne les raisons dans deux récits récents : Une vie pour l'impossible (2012) et Tu n'as pas de coeur... (2019).Sacha Jordis est illustrateur et critique musical. De nationalité autrichienne, il publie en Allemagne.
Déambuler dans Rome et y découvrir des lieux méconnus, c'est à cette joie toujours renouvelée que nous convie ici Édith de la Héronnière.Familière de cette ville d'un inépuisable génie artistique, elle nous entraîne sur ses places, dans quelques-unes de ses neuf cents églises, dans ses jardins, dévoilant des tableaux, des musiques et des personnes hautes en couleur. Elle convoque le poète latin Martial aux épigrammes insolentes, Goethe, Stendhal, Berlioz, Zola, Fellini, qui ont aimé Rome chacun à sa manière, et tant d'autres, plus contemporains, dont les oeuvres et les destins souvent tragiques ont sacralisé la ville. Nous y croisons Pierre et Paul au moment de la naissance de l'Église, le facétieux Philippe Néri ou le philosophe Giordano Bruno, brûlé sur le Campo de' Fiori, lieu d'un marché coloré où les Romains d'aujourd'hui ont plaisir à se rencontrer.Avec fantaisie et gravité, Édith de la Héronnière nous entraîne, au fil des saisons, dans des incursions à la surface et dans les profondeurs de la Ville Éternelle dont les traces et les oeuvres s'impriment au fond des yeux de tous ceux qui ont eu un jour la chance de s'y rendre. Édith de la Héronnière est l'auteur d'essais, de biographies et de récits de voyages, parmi lesquels La Ballade des pèlerins, Du volcan au chaos, Vézelay, et récemment La Sagesse vient de l'ombre (Klincksieck) sur les jardins de Sicile.