Le Quartanier
Jakob fête ses cinquante ans sans enthousiasme, persuadé de n’avoir rien accompli. Mais sa meilleure amie Ellen, pleine de vitalité, a tout prévu pour lui offrir une journée aussi folle qu’inattendue.
Vincent et David McCabe ont grandi ensemble au milieu de nulle part, hors de la vue de leurs parents démissionnaires, entre une forêt aux replis innombrables et les recoins obscurs et encombrés de la maison de leur jeune tante Marylou. La famille McCabe, après d'éphémères années de prospérité, menace ruine, rongée par les disparitions, le silence et la folie. Ils ont seize et dix-sept ans. Chacun à sa façon cherche une issue. L'un veut partir, l'autre veut disparaître. Au solstice d'hiver, ils essaient sans le savoir de se dire adieu. La maison du rang Lynch raconte neuf jours et neuf nuits, présents et passés, qui s'engendrent et s'éclairent mutuellement. Des fantômes naissent, des enfants se jurent fidélité, et les époques se diffractent en un jeu de miroirs et d'échos. Voulant s'enfuir, David et Vincent s'égareront, peut-être pour toujours, dans l'écheveau du temps et des secrets qui les hantent. Avec ce livre, premier volume du Cycle de Wickford Mills, l'autrice d'Ouvrir son coeur revendique son amour de la weird fiction et signe un roman gothique et psychologique où les sources d'angoisse et d'horreur sont intérieures autant que cosmiques. La maison du rang Lynch inaugure un univers romanesque riche et prégnant, aux paysages baignés d'une clarté crépusculaire, qui a pour coeur le clan McCabe et la ville fictionnelle de Wickford Mills, dans les Cantons-de-l'Est. Peuplé de personnages aux prises avec l'indicible et l'incommunicable, la maladie mentale et la souffrance héréditaire, ce roman qui fait appel aux codes de l'histoire de fantôme et du récit initiatique explore les limites de l'identité et l'appartenance à une nature mystérieuse et toujours plus vaste que soi.
Nous sommes en 127, Temps d'après les Oléoducs. Quatre-vingts ans plus tôt, les Muantes, une race de femmes clonées se reproduisant par parthénogenèse, se sont échappées de l'usine où leurs créateurs les maintenaient en esclavage. Elles ont trouvé la paix loin de la décrépitude de Saltwater City, aujourd'hui ravagée par une épidémie de grippe du tigre ayant tué presque tous les hommes. La jeune Kirilov Volubilis, initiée à la médecine, se dévoue à la protection de sa bien-aimée Péristrophe Halliana, dernière astérie de la Muée, dotée du pouvoir de régénérer ses organes pour en faire don à ses soeurs. La vie de Kirilov bascule quand, juste avant les fêtes de la mi-automne, une étrangère fait irruption dans le village et infecte avec le virus de la grippe la vulnérable Péristrophe, qui en meurt peu après. Kirilov, ravalant son chagrin, entreprend un voyage vers la ville, à la recherche de la nouvelle astérie qui sauvera sa communauté de l'extinction. Là-bas, elle rencontre Kora Ko, quinze ans, une humaine qui vient d'intégrer l'école de danse Cordova, un pensionnat où les filles apprennent à survivre. Kora possède tout ce dont a besoin Kirilov, mais elle refuse d'abandonner les siens. Or a-t-elle le choix? Les habitants de Saltwater City fuient la famine, et la ville se vide malgré des contrôles frontaliers de plus en plus violents. Et les industriels qui ont créé les Muantes n'en ont pas fini avec elles. Sous l'ombre menaçante de satellites devenus fous comme les puissants qui les contrôlent, Kora et Kirilov se lanceront sur les chemins d'une métamorphose aussi sombre et profonde que les secrets de leurs familles. Héritière d'Ursula K. Le Guin et d'Octavia Butler, Larissa Lai dépeint, dans ce thriller biopunk doublé d'un roman initiatique lesbien, une société post-pétrolifère inique et fracturée, où deux jeunes héroïnes doivent accepter l'horreur de leurs origines communes et surmonter la haine opposant leurs peuples pour offrir un avenir meilleur à celles qui viendront après elles. - L'édition originale anglaise des Soeurs de la Muée a remporté le Lambda Literary Awards 2018, dans la catégorie fiction lesbienne.
Traduisant les derniers cours qu'a donnés Barthes au Collège de France, Kate Briggs réfléchit à la lecture, à l'écriture, à sa vie passée aux côtés des oeuvres d'autrui. Dans Le petit art, elle raconte sa pratique de la traduction en tant que relation complexe, incarnée, inépuisable, entre deux personnes, deux sensibilités, deux langues et deux oeuvres, entre une infinité de signes en tension et de sens potentiels, mettant à mal l'idée d'une traduction parfaite où la fidélité à l'original se résume à l'absence d'erreurs. Dans cet essai intime et érudit, Kate Briggs convoque Anne Carson, Lydia Davis, Virginia Woolf, Paul Valéry, Gayatri Spivak, André Gide, Dorothy Bussy et bien sûr Barthes, entremêle son histoire à la leur et livre un plaidoyer pour la traduction telle que la font les êtres humains, la traduction comme écriture. Car après tout, traduire un livre, au sens le plus terre à terre, c'est bien l'écrire de nouveau soi-même, pour la première fois.
Plongez dans La femme coupée en deux, un roman poignant sur les liens mère-fille, entre Lyon et Bristol. Louise, rigoureuse et secrète, affronte le fantôme de sa mère, dramaturge flamboyante, après sa mort.
Vienne, 1996. Iga, surdouée en maths mais rebelle, et ses amis Raspoutine, Jess et Saša forment les Cormorans, un groupe d’adolescents idéalistes prêts à tout pour défier l’injustice.
Un même destin nous lie tous, et il est vertical. Christa McAuliffe a rêvé de l'espace toute sa vie et, le 28 janvier 1986, elle s'embarque comme astronaute civile dans la navette Challenger. Le peintre Nicolas de Staël dévoile la face sombre de ses amours. La parapentiste Ewa Wi´snierska est aspirée par un gigantesque cumulonimbus, et l'ex-éleveur de bétail dans la pampa Jean S. Barès, rentré en France millionnaire, entreprend de réformer l'orthographe et pourquoi pas le monde. Le pilote d'essai Adolphe Pégoud trompe la mort par des pirouettes à la veille de la Grande Guerre. Elizabeth Holmes, valeur montante de la biotech, promet de révolutionner l'analyse sanguine. Un grimpeur trébuche, une trapéziste s'élance, des oligarques russes tombent de leur balcon... Livre-averse, roman-montage, Qui tombe des étoiles agence, comme dans une vertigineuse partie de Tetris, les histoires de femmes et d'hommes qui ont cherché à s'affranchir des lois de l'attraction.
Juillet 2023, France. Pendant que le pays s’embrase après la mort de Nahel, Lounès et Léa s’unissent pour trois jours de noces sous tension. Entre youyous, barricades et secrets inavouables, leur mariage vire à la tragédie.
Un pianiste déchu et un milliardaire paranoïaque s’affrontent dans une lutte mortelle où l’un veut venger l’injustice sociale, l’autre survivre à sa propre trahison.
Entre le dépanneur familial et le palais de justice, Comparution d’Angelina Guo explore la violence, l’exil et le silence imposé. Un récit poignant, finaliste des Prix littéraires du Gouverneur général, où chaque mot lutte pour la liberté.
Puberté met en scène les tribulations de deux amies d'enfance, Annie et la Ménine, qui traversent leur puberté comme un champ de force. L'une se dépense dans une exultation physique où se relancent jeux et dangers, l'autre souffre d'une maladie orpheline, qu'elle cherche à transcender grâce à la puissance de l'imaginaire. Toutes deux éprouvent de plein fouet ce temps des métamorphoses et connaissent la solitude, la cruauté, la révolte, la jouissance et la peur. Éperdu de sensations et d'images, Puberté donne à entendre la fureur d'une langue qui libère la vie et fait de la ville un royaume. Ce sixième livre d'Annie Lafleur clôt un cycle d'écriture entamé avec Rosebud et poursuivi avec Bec-de-lièvre et Ciguë.
Si Friederike Andermann n'avait pas cru en son travail, elle n'aurait pas gravi un à un les échelons de la carrière diplomatique ni supporté l'ennui de la bureaucratie ministérielle, l'angoisse de la zone verte à Bagdad et le désarroi de se voir démise de ses fonctions d'ambassadrice d'Allemagne en Uruguay après le meurtre d'une ressortissante, fille d'une baronne de la presse. Devenue consule à Istanbul, Fred s'efforce d'obtenir la libération de Meral, intellectuelle dissidente à la santé qui décline, et d'aider son fils, interdit de sortie du territoire pour avoir participé à une manifestation pro-kurde à Berlin. Quand elle découvre que les autorités turques tiennent cette information de la police fédérale allemande elle-même, et que son ami journaliste se retrouve à son tour dans le collimateur du régime, Fred décide de prendre les choses en main. Avec cette satire politique pince-sans-rire, Lucy Fricke signe un roman brûlant d'actualité, sur la fragilité des relations internationales, les dérives autocratiques et la diplomatie de crise. Elle dresse le portrait d'une femme d'action qui a dû apprendre la patience, d'une diplomate jusqu'ici exemplaire qui, tiraillée entre sa mission et ses idéaux, refusera de rester impuissante.
Alain épouse Virginie en la crypte de l'oratoire Saint-Joseph du Mont-Royal. En apparence, ce sera le plus beau jour de sa vie - de leur vie. Tout le monde est là, les parents de la mariée, la grande amie, les parents du narrateur - Libanais d'Égypte immigrés au Québec il y a trente ans, divorcés depuis vingt, qui ne se parlent plus depuis dix. Mais, à l'approche de la célébration, Alain va plus mal que jamais. Les insomnies sont de retour, l'angoisse et la maladie aussi. Et aujourd'hui, son cousin Édouard, son garçon d'honneur, son frère, perd pied, emporté par la mécanique folle d'un déni aux proportions bibliques. Alain prie pour que le sort les épargne, pour que ce grand jour en soit un de fête et de guérison. Or un nom resurgit au détour d'une phrase, un nom maudit remonté du fond de sa mémoire, là où gisent la honte et la douleur des années sombres, un nom que rejoignent bientôt une voix, un corps, une histoire. Un fantôme se fait chair, qui a plusieurs visages. Et tout ce qu'on a voulu oublier, tout ce qu'on a refusé de voir, tout ce qu'on a détesté vient réclamer son dû. Comme on fait son lit on se couche. Car la vie, ya Alain, est un piège qui sommeille dans la prison du temps. Oui, la vie, ya ebni, souviens-t'en, ne dure pas: quelques joies, de grandes peines, mille secrets, mille dangers.
Entre le Costa Rica et l’hiver québécois, Audrey-Ann, trente ans, en fauteuil roulant à cause de l’ataxie de Friedreich, et son ami Jean-Philippe Chabot tentent un dernier voyage pour échapper à la fatalité.
Dans une chambre d'hôtel, Hazel Brown découvre au réveil qu'elle a écrit l'oeuvre entier de Baudelaire. Sous le choc de cette révélation, elle replonge dans sa mémoire de fille et raconte l'époque où, poète sans le sou, elle vivait en dandy dans le Paris des années 1980 : les chambres miteuses et les garçons maigres, les gages de domestique et les fripes griffées. Si elle est sûre de sa vocation, la jeune Hazel se débat avec ses désirs. Comment incarner une autre féminité que celle, réifiée, que lui renvoient ses amants et ses employeurs, comme la littérature elle-même ? La fractale Baudelaire est un roman d'apprentissage et un art poétique, autant qu'un voyage dans les méandres du souvenir et une somptueuse méditation sur les vête-ments, la ville, la peinture et la figure de la jeune fille.
Elle croyait qu'ici, à l'autre bout du monde, au confluent de la rivière Klondike et du fleuve Yukon, elle aurait le droit de vivre libre. De coucher avec qui elle veut, d'aimer qui elle veut, à visage découvert et sans honte. Mais la femme sans honte se déshonore - et contre la femme sans honneur, tous les coups sont permis. À dix-huit ans, Sacha et son meilleur ami Tom quittent Montréal sur le pouce et aboutissent à Dawson City, au Yukon, où ils trouvent enfin la communauté de punks, d'anars et de vagabonds dont ils rêvaient. Ils adoptent une chienne-louve, Luna, et s'installent sur la Sixième Avenue, dans une cabane sans électricité ni eau courante. De jobs d'été en hivers chômés, de nuits blanches en road trips, d'amantes en amants, des années joyeuses passent dans un monde immense. Mais quand Sacha tombe amoureuse d'un autre, Tom se sent trahi : Sacha n'est qu'une pute, une profiteuse qui mérite d'être punie. Il répand son fiel ; le village choisit son camp. Puis la pandémie frappe. En quarantaine dans une cabane isolée, seule avec un coloc dont elle doit repousser les avances pressantes, Sacha compte les jours, tandis que les Dawsonites confinés font son procès. La version qui n'intéresse personne, c'est l'histoire inouïe et cruelle d'une victime imparfaite qui, comme si c'était tout naturel, deviendra l'accusée. C'est le cri d'impuissance et de rage qu'elle adresse à celles et ceux qu'elle voyait comme son unique famille, afin que son humanité lui soit rendue. C'est son ultime tentative d'être comprise, crue, aimée. Avec ce premier roman déchirant et subversif, Emmanuelle Pierrot porte un regard radicalement lucide sur les forces qui poussent les groupes d'humains à commettre des actes terribles en restant convaincus d'exercer la justice.
Cloîtré dans son appartement, Loïc scrute la place carrée par la lunette de sa carabine .22 Long Rifle. Quand la France s'est déconfinée, en mai 2020, Loïc a eu peur - du virus, du vaccin, des autres. Un an plus tard, il n'est toujours pas sorti. Épiant la vie du quartier, il rumine sa détresse et maudit ses anciens camarades de théâtre. Heureusement, l'écriture de sa pièce, Les aventures de Clic et Cloque, l'aide à canaliser ses angoisses. Jusqu'à quand ? Huis clos solitaire halluciné, Jour encore, nuit à nouveau est un thriller psychogique au suspens insidieux, où se dessine une certaine France contemporaine: paranoïaque, délaissée, désinformée, excédée, sans plus aucun repère. Ce troisième volet des Chroniques de la place carrée, qui évoque à la fois Taxi Driver et une version maniaque de Fenêtre sur cour, poursuit l'entreprise noire de Tristan Saule, à mi-chemin entre The Wire et les Rougon-Macquart.
Envies puise à la violence qui dresse les femmes contre elles-mêmes et les unes contre les autres. On y lit des poèmes fielleux et tendres, cyniques et affligés, qui racontent des existences inaperçues, éclipsées par la superbe de celles qui ont tout. Isolées, produits d'un contexte qui les dépasse, agitées par un désir vorace, les femmes d'Envies se sabotent, pleurent et se vengent, pensant à voix haute ce que tant d'autres disent tout bas.
Quand son père, atteint d'un cancer en phase terminale, lui demande de le conduire de Hanovre jusqu'en Suisse, dans une clinique d'aide au suicide, Martha appelle en renfort Betty, son amie depuis vingt ans. Commence alors une odyssée burlesque, qui se prolongera en Italie, où Betty tentera de retrouver la tombe de son beau-père tromboniste et menteur, dans l'espoir de se libérer d'un pan douloureux de son histoire personnelle: le roman de la route devient polar. De Berlin aux Cyclades, au fil des rebondissements et des rencontres, Betty et Martha cherchent un père, des pères, et se déprennent du regret des occasions manquées. Dans une langue innervée d'un humour acide et d'une gouaille mélancolique, Lucy Fricke mène ses héroïnes, deux femmes de quarante ans soudées par les confidences et l'alcool, vers une vie délestée.
Le quotidien de Sabrina, c'est deux enfants, une mère, deux ex-maris et les quinze élèves de la classe de maternelle, petite section, où elle travaille comme ATSEM. Alors quand une réfugiée ukrainienne fait irruption dans sa vie, elle n'imagine pas à quel point son petit monde va être bouleversé. Car la jeune femme n'arrive pas seule; deux hommes inquiétants, à l'accent de l'Est, sont apparus dans le quartier et posent des questions aux habitants. À quelques jours d'une élection présidentielle marquée par le désintérêt et la haine, alors que le pays se demande quelles seront les conséquences économiques de l'invasion de l'Ukraine par la Russie, l'étau se resserre sur la place carrée. Épaulée par ses amies Zineb et Mathilde, Sabrina devra affronter tous ses démons, et surtout ceux des autres.
La vie virée vraie est un livre de poèmes minimaux, réduits à l'os. C'est un petit livre très rapide qui cherche à dire l'expérience entière et vertigineuse d'une vie de trente-six ans. Un livre où se rejouent l'enfance, la relation au père, au genre et au sexe, et que parcourt une animalité furtive, insistante - antilope, hirondelle, serpent, crabe, poney. La vie virée vraie embrasse le mouvement de la conscience qui se découvre consciente d'elle-même, pesante, angoissée, désirante, nostalgique d'une certaine sauvagerie - la bête, toujours la bête.
Donaublau, 1963. Berta, depuis longtemps internée, reçoit la visite de son ex-mari, Wilhelm. Chauffeur et homme à tout faire, « représentant souriant de sa nation », il s'est entre-temps lié à Wilhelmine, amie de Berta. Pendant leur mariage, Berta, farouche et pensive, a tenté de se résigner à la vie domestique et de sauver ses enfants ainsi qu'elle-même du poids des choses. Avant que le drame ne la prive de parole, elle avait pour habitude de dire : « Un homme te fait une promesse et tu es perdue. » Le premier fut Rudolf, fiancé qui l'a mise enceinte puis est mort sur le front de l'Est sous les yeux de son frère d'armes, Wilhelm. Ce roman satirique, diamant noir primé à l'humour féroce, est le premier de Marianne Fritz, autrice d'une oeuvre culte en Autriche, admirée par Jelinek et Sebald. À la rigidité petite-bourgeoise de l'après-guerre elle oppose dans ce livre une écriture de rêves, de désirs et de souvenirs, et par là esquisse pour son héroïne une échappatoire à sa condition.
Entre les murs d’une chambre de convalescence, Jardin radio donne voix à l’indicible : la maladie, la solitude, et la quête d’une parole qui échappe aux clichés.
Laura est infirmière. Tonio est petit dealer. Laura est amoureuse. Tonio saisit une belle opportunité. Laura aimerait tout quitter, mais Marion est en couple. Tonio en a marre de jouer les seconds rôles. Et il y a tous les autres, qui s'impatientent, qui s'entraident, qui magouillent, qui cherchent une issue. Thierry n'a plus rien pour payer les couches de la petite. Zacharie est prêt à livrer n'importe quoi à n'importe qui. Idriss se demande quand l'école va rouvrir. Bolleg cogne sur tout ce qui bouge. Le Manouche replonge dans son passé, et son chien ignore pourquoi il porte un nom serbe. Un an après les événements de Mathilde ne dit rien, les habitants de la place carrée sont frappés par la pandémie et voient leur vie chavirée par le confinement. Entre pression croissante à l'hôpital de Monzelle et règlements de comptes chez les dealers, leurs destins vont s'entremêler dans le tourbillon d'une histoire addictive et impitoyable.
Avant la guerre, Carel Ender habite à Privine. Il est fonctionnaire de l'administration impériale. C'est toujours mieux que ce qu'en attendait sa famille. Ses amis se nomment Isabelle Van Duyck, fondatrice d'une résidence utopique; Jean Faber, militant politique de gauche; Nina Fischer, journaliste de renom donnant de son temps au Secours des réfugiés; Ilya Rehberg, jeune dramaturge intéressé par la « question kadienne »... Puis la grande histoire tombe sur Privine, et efface le souvenir de cette communauté. Des années plus tard, l'historienne Sabine Oloron rencontrera le nom de Carel Ender dans ses recherches. Peut-être saura-t-elle dire la morale de cette fable.
Quand j'ai emménagé coin Cuvillier et Sainte-Catherine, dans Hochelaga, je pensais avoir tout gâché, tout perdu. Autour de mon appartement, il y avait les ouvrières et les enfants d'autrefois, il y avait les filles de la rue, leur présence comme une menace, mais aussi un mystère, un espoir. Un jour je descendrais les rejoindre, pour de bon.
Entre le conte de fées enragé et la reprise hallucinée des récits d'apprentissage, entre la forêt de Sainte-Amère-de-Laurentie et la grande ville électrique, La dévoration des fées raconte le sort de la p'tite, de Grand-maman et de Blanche absente. Mais le récit est ravalé par le chant, le mythe, la fantasmagorie, et une poésie féroce et primordiale hante la narration. OEuvre baroque et mal embouchée, La dévoration des fées est traversé de sortilèges crachés ou lyriques, dans une scansion affamée, bourrée jusqu'aux yeux de désir.
Au milieu de l'antif de notre vie je me paumai en forêt fort obscure, où y avait plus de droite voie qu'on vît. Ah ! en causer c'est pas la sinécure de cette forêt sauvage qui mord. L'idée m'en refait froid au dos : je jure que n'est pas plus effroyante la mort ! Mais pour le bon qu'aussi j'y rencontrai, je dirai ça que je me remémore. Qu'on se rassure, ceci n'est pas vraiment une traduction. Plutôt une variation, une révision. Un hommage et un éclat de rire. Où l'invention langagière, mâtinée d'archaïsmes et d'antépositions loufoques, puise dans l'argot pour composer la « vulgaire parlure », sorte de miroir renversé du « vulgaire illustre » théorisé ailleurs par l'auteur de la Comédie. Une mutation grotesque s'opère ainsi au coeur du texte, qui n'en respecte pas moins la rime tierce et une métrique régulière, et qui au fond, peut-être, ne fait que pousser à son paroxysme le comique de style, sinon de contenu, de l'original.
Lutterie électrique porte sur des questions de poétique propres à l'oeuvre de Samuel Rochery. Il prend la forme d'un échange entre le poète Steve Savage et l'auteur, afin d'élucider les raisons, parfois simplement les causes, d'une position qui peut s'entendre comme la fabrication d'un instrument de lutte, pour que puisse passer un courant dans la langue, au-delà de ce qu'on range déjà sous le nom de littérature. On y cherchera à savoir comment s'articule l'improvisation à l'idée du livre achevé, pourquoi et comment lier la musique rock à la poésie, en quel sens une figurine peut remplacer le personnage littéraire, en quoi le poète est lyrique (comme tout le monde), et en quoi il lui appartient de faire autre chose de son lyrisme. Comme dans tout entretien, on y parlera aussi de choses légères et graves, personnelles et générales, on digressera sur la mémoire, le politique, Steve Albini, le karaté, la philosophie. Au final, cet échange permet d'esquisser une pensée de l'écriture comme «petit art de la recherche live».
Ornithologie est un antiguide d'identification des oiseaux morts ou vivants. Un compte-rendu détaillé de vos derniers moments de vie. Un aide-mémoire à l'intention des restes humains. On y répertorie les façons de mourir les plus inspirantes et les plus ridicules. Ornithologie, c'est aussi une comédie dramatique sans rebondissements. Un long documentaire sur le silence. Un road movie qui tourne en rond. Un film catastrophe qui ne sort pas de l'ordinaire. Un drame biographique mettant en vedette le premier venu. Ornithologie ne contient aucune illustration, mais des poèmes en noir et blanc qui cachent bien leurs couleurs. Des poèmes dont le goût rappelle celui de la poussière des albums photo. Des poèmes qui se lisent comme les cartes de petits pays perdus et retrouvés.
Le Quartanier réédite Corps étranger, de Catherine Lalonde, qui a remporté en 2008 le prix Émile-Nelligan. Cette oeuvre confronte désir et sauvagerie, lyrisme et prosaïsme, s'adressant à ce qui excède, à l'autre, à ce qui fait mal, la parole s'incarnant au coeur de la rencontre sexuelle. Impossible de ne pas mesurer, plus de dix ans après la parution du livre aux éditions Québec Amérique, toute la puissance de cette langue, inventive et riche d'une tradition poétique québécoise reprise à son compte et au plus près du corps. La poète se donne par nécessité cette langue propre, c'est-à-dire sale, poétique, vulgaire, sublime, la langue de la mauvaise fille mauvaise héritière, dont le corps, la douleur, la jouissance, la mémoire et tant de noms de femme ont un impérieux besoin - pas moins aujourd'hui qu'hier. Tu prends mes côtes tu les sépares tu manges mon coeur à mains nues de vieilles bouchées de légende salmonellose mon sacrament et tes menteries d'aorte je regarde ailleurs et tu arraches mes seins deux pendentifs made in Taïwan un pour toi un pour moi souvenirs en forme d'âme cheap de fleur de lys Dollarama.
Cette histoire est celle de Jeanne. C'est elle qui la raconte. Pour soulager son coeur, expulser sa colère, ne plus être triste. Son histoire, elle l'adresse à celui qu'elle a aimé. Celui qui ne l'aime plus. Celui qu'elle voudrait oublier, enfouir sous le sable de Cape Cod, avec tous les souvenirs qui lui sont associés. Sa maladie, son sang, leur noyade. Hantée par la figure de Virginia Woolf, Jeanne imagine se consoler dans le déferlement des vagues. Elle raconte les hémorragies utérines qui soulèvent le corps, l'engloutissent et le recrachent un peu plus vide, un peu plus lourd. Elle parle de sa fatigue d'être mère et des enfants qu'elle désirait, qu'elle ne pourra plus avoir. Pourtant, quelque chose se passe à mesure que Jeanne se raconte. Les morceaux épars de sa vie s'assemblent, deviennent plus réels, cessent de lui appartenir, la quittent. Mais les blessures ne s'effacent pas, et pardonner est impossible.