FeniXX réédition numérique (Vrac)
Quatre personnages, une table, un bâton : Le maître d’épreuve transforme l’espace en terrain de jeu poétique et philosophique. Henri Martraix y explore les règles invisibles qui régissent nos existences, entre géométrie et intuition.
Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.
Le comique procède d'une dégradation. On peut dégrader gentiment ; c'est l'humour rose, clin d'oeil amical. Le rose, c'est joli, mais c'est comme les sucreries... à la longue, un peu écoeurant. On peut y aller à coups de vitriol. C'est l'humour noir, de Swift, de Jacques Vaché, de l'Assiette au Beurre, d'un Honoré Daumier et aujourd'hui des Hara-Kiri et Charlie Hebdo. Ces textes et dialogues se réclament plutôt de cette dernière veine. Une veine qui charrie le saccage, la poudre, parfois l'enfer. C'est dire que le sexe et la mort y mènent grandes noces de mots et d'images. On s'y amuse aussi pour le plaisir du jeu parce que décidément, rien ne vaut un plaisir solitaire partagé... La critique a évoqué Obaldia, Dubillard, Queneau, Devos...
Que désirons-nous désormais engloutis dans notre propre corolle de rimes noires ? oh désirer désirer désirons je nous en prie qu'explose notre cheval séminal à tous nos orifices verrouillés que tombe la Nuit couronnée de murailles que s'enflamment à nouveau vita nova vita nova ! les crêtes de l'innocence sur nos toits
Ce récit est celui d'une aventure intérieure. Le journal de Daniel Giraud, « écrit, du Caire à San Francisco, du Mexique aux Dardanelles, et de Dehli à la colline de Jade en Ariège, fait en réalité le tour des mondes et brûle les apparences, comme d'autres les étapes ». C'est un premier livre « livré » au public pour mieux s'en délivrer. Poète solitaire, déchiré, inclassable, Daniel Giraud semble se souvenir en permanence de la phrase de William Blake : « Nous sommes dans un monde de génération et de mort, et ce monde-là nous devons le larguer ». « Le voyage vertical » est, en quelque sorte, un « livre en flammes, connectant l'individuel et l'universel ». Avec Daniel Giraud, assure Guy Benoit : « les chemins de la Nouvelle Gnose s'amplifient des rythmes d'un bluesman de la métaphysique ».
Et si le gaucher aidait à passer de sa main habile les morts de peur. S'il était homme à tendre la main aux égarés. Il serait le plus adroit de passeurs, et la camarde viendrait à lui pour le saluer. Marc Villard crispe ses doigts sur le souvenir. Ses yeux sont noyés d'images de morts encore tièdes. Il arrache à la peur du monde l'histoire taboue, la sale histoire qui finit en peau de chagrin sur un fond de murmures sanglots. Il sait dire l'agonie à vi comme s'il avait monté sa plume sur une lame de rasoir. Ses mots pulsent dans la chair, comme l'affolement, la chamade. Il rend hommage aux derniers mois aux derniers jours, à la dernière heure et au dernier souffle de Washita, Mamar Custer, sa maternelle. Elle qui ravale sa maladie pour ne pas effrayer. Sa maladie : un méchant cancer rapide. Et Marc Villard écorche sa mémoire en même temps qu'il nous secoue des hoquets rauques du malaise. Alors, seulement, la mort nous devient familière comme jamais. Cette mort, au seuil de toute porte cette mort qui castre, cette mort qui enfante : il y a eu « Le livre de ma mère. » (Albert Cohen), il y a « Washita ». Sans doute parce qu'elle n'a pas été inventée pour cause de roman. Cette mort-là s'est logée dans la tête de celui qui la raconte, un jour de deuil amour, balle dum dum suicide tenté, parce qu'une mère ne meurt pas c'est bien connu : elle renaît. Il importe peu de mettre un nom sur pareille écriture, orpheline à tous les genres, styles, catégories. Elle vient du corps comme épanchement de sang-mêlé de pus et d'os. Mille styles. Ceci n'est pas de la littérature au sens conchié par la fréquentateur d'asiles. Elle est harpie, gouape, soeur des lutins d'Artaud. Rien non, rien ne saurait désormais arrêter sa sauvagerie. Elle glisse entre les mains des dresseurs de tigres, braconneurs en tous genres, en tous styles, en toutes catégories. Elle est gauchère contre tout.
Les écus blonds du silence, le déhanchement des songes, la névrose des coudes crispés, l'étalement des feuillets de cils, l'angélus des ongles, les fractures de larmes et d'angoisses, les méandres d'un coeur cambré vers quelle lumière, les bruits d'enfance, le déséquilibre lucide des nimbes, la foudre bleue du corps, la caresse éberluée des pores, la nef aux poignets d'inceste, le sexe poudré à l'encontre du rite, enfin quelques matelas en cellules d'épiderme et de grabuge interne, la fiction du sourire et d'un amour frontal.
Circus de Gaston Criel : une œuvre audacieuse où l’érotisme se mêle à la poésie pour explorer les limites du désir et de l’écriture.
...Toujours être sûr sans jamais vraiment l'être : il s'agit d'une subtilité rare, comme toutes les pages de ce livre. Ainsi va Multiplicités qui dénonce les énormes malentendus de l'être, qui énonce les sources où il faut savoir boire. Allez-y sans contrainte, vous vous y retrouverez. Je défie quiconque de m'apporter la preuve du contraire. Multiplicités nous parle du fond, de ce fond qu'on laisse à la porte, de ce fond qu'on nous fait oublier... raison d'État. L'État, parlons-en, quand ça dérange, il enferme. Enfin l'on se croit tout permis ici, faudrait voir à savoir d'abord de quoi ça ressort. Hé petit ! pardon, Monsieur le Juge, tu te prends pour qui dans ton bureau chêne ciré - tout brille - ça cuir tranquille - je digère... Lorsqu'on enferme, c'est qu'il y a ouverture. Lorsqu'il y a ouverture, il y a vie. Au Coral, on dit oui à la vie, non à la mort. Au Coral, on dit oui au soleil, non au désert. Au Coral, on dit oui à la caresse, non aux coups. Au Coral, on dit oui à l'amour, non à la haine. Ce sont d'excellentes raisons pour enfermer. Dans le système de l'enfermement, n'est enfermé que celui qui le commande, cet enfermement. Je ne voudrais pas être lyrique mais quand même, face à toute cette brutalité, il y a un grain qui lève. Enfin, allez savoir « Dépoitraillez-vous, hommes, s'il en reste », comme le dit si bien ce cher Léo.