FeniXX réédition numérique (Publications orientalistes de France)
Le contact direct entre la France et la Yougoslavie remonte au Moyen Âge, mais ce sont les conquêtes de Napoléon qui mirent les Français en rapport plus étroit avec la province d'Illyrie. Beaucoup de Français publièrent alors des récits de voyage, des traductions de poésie populaire. Le développement de la presse et de la critique littéraire, en France, permit de satisfaire ce goût de la découverte d'autres littératures. C'est ainsi que Xavier Marmier vient, spontanément, se placer parmi les précurseurs de la littérature comparée, qu'il enseignera à la Faculté des lettres de Rennes, presque en même temps que Philarète Chasles, qui introduisit cette discipline au Collège de France. Voyageur intrépide, écrivain, critique pour les littératures étrangères, Xavier Marmier fut un des premiers informateurs français sur la littérature sud-slave et un des premiers traducteurs, mais « il lui est arrivé ce qui arrive parfois aux navigateurs, qui ne laissent pas toujours leurs noms aux rivages où ils ont abordé les premiers ». Il revenait à une Macédonienne de sortir de l'oubli cet écrivain, qui a joué un rôle si important dans les relations culturelles franco-yougoslaves.
Voilà tout juste trente ans que je publiais, sous le titre de La tradition secrète du Nô, la traduction française de six des traités de Zéami sur cette forme d'art dramatique de la fin du Moyen Âge, laquelle avait tant intrigué et fasciné les hommes de théâtre occidentaux qui avaient pu la voir, et même ceux qui ne la connaissaient que par ouï-dire. Le retentissement de cette publication avait été considérable parmi les plus grands acteurs et metteurs en scène du temps. Je ne citerai que deux noms : Jean Vilar, qui publia à son propos un article simplement intitulé La leçon, et Jean-Louis Barrault, qui en fit une lecture publique à l'Odéon, illustrée par quelques extraits de Nô interprétés par Kanze Hisao, l'un des plus grands acteurs de sa génération. Le choix que j'avais opéré parmi les traités était, cependant, limité aux ouvrages théoriques d'intérêt général, dont tous les critiques s'accordèrent à souligner le caractère moderne, certains les jugeant même d'avant-garde. C'est alors que, voilà une dizaine d'années, je reçus la visite d'une étudiante brésilienne d'origine japonaise, qui me fit part de son intention de consacrer sa thèse de Doctorat à l'oeuvre de Zéami. À peu près certain que je ne trouverais jamais le temps de le faire moi-même, je lui ai proposé de s'attaquer aux Entretiens, épreuve redoutable s'il en fut. La somme de connaissances qu'elle a accumulées au cours de ce travail, est d'un intérêt considérable, et lui a permis, dans la première partie de cet ouvrage, de faire la synthèse de tout ce que l'on sait maintenant de l'histoire de la formation du Nô, et aussi de la vie même de Zéami, le génial fondateur de cet art, et l'auteur d'une grande partie du répertoire interprété de nos jours encore. La seconde partie est consacrée à la traduction commentée des Entretiens, qui sont les notes prises par le second fils de Zéami, lui-même acteur de Nô, à la suite de conversations avec son père, et leur ton informel révèle - bien mieux que les autres Traités - la personnalité de ce dernier. Ainsi est né ce livre, qui paraît presque simultanément en deux langues : en portugais, langue du pays où est née Sakaé Giroux, et dans laquelle elle enseigne, et en français - dans sa version originale - laquelle a tout naturellement trouvé sa place dans la Bibliothèque japonaise des POF.
Le Japonais moyen est-il désormais indifférent aux questions religieuses ? Ne conserve-t-il, des religions traditionnelles, rien d'autre que des habitudes inconscientes de pensée, ou de comportement superstitieux, dont il a oublié les origines et la signification ? Problème essentiel, auquel ce livre apporte quelques éléments de réponse.
Dimensions nouvelles des personnages traditionnels, insertions de la cosmogonie musulmane dans le cadre romanesque occidental importé, narrations nouvelles et traditions orales locales : autant de clefs indispensables pour comprendre les problèmes affectifs et psychologiques des pays en voie de développement.
L'écriture chinoise, idéographique, permet de lire en japonais un poème écrit en chinois, d'où l'épanouissement d'une véritable poésie bilingue faisant simultanément référence à deux langues, deux cultures, deux esthétiques. Les lettrés japonais, dès le VIIe siècle, et singulièrement du XVIIe au XIXe siècle, ont donc composé en chinois des poèmes qui étaient toujours lus en japonais, d'où une liberté d'interprétation sans pareille puisque la forme même du poème est déterminée par chaque lecteur. Ces poèmes, les kanshi, posent ainsi en termes nouveaux la question du rapport entre écriture et lecture en poésie. Pour traiter ce problème, il fallait évidemment que l'auteur ait une connaissance approfondie des langues chinoise et japonaise, mais aussi du français : c'est bien le cas de Marguerite-Marie Parvulesco, qui enseigne la littérature comparée à l'Université de Saïtama.
Cinq fois par jour, près de cent millions d'Africains sub-sahariens, soit deux fois la population de l'Égypte ou du Maghreb, se prosternent en direction de La Mecque. Cette réalité, qui témoigne de l'expansion du message coranique en des régions qui ne connurent pas d'immigrations arabes massives, situe l'adepte sud-saharien de la vision islamique dans une position écartelée entre deux mondes, dont l'un est sa terre d'origine, l'autre, l'en détournant, l'arrache à ses horizons locaux et le tourne vers ceux du monde oriental. Cette ouverture sur l'extérieur ne se traduit pas, toutefois, par un rejet pur et simple de sa condition autochtone, de son identité africaine, de l'ensemble du legs de ses ancêtres : elle ne consiste pas d'emblée en une « arabisation » analogue à celle qui s'est produite sous d'autres cieux et en d'autres temps. De nos jours, le processus séculaire d'expansion de l'Islam dans cette région du monde s'accélère et prend une ampleur croissante. Il change aussi d'aspect par rapport au passé et compose avec de nouvelles influences extérieures, aussi bien qu'avec une réalité locale en changement permanent. Le propos de ce livre est d'esquisser les grandes lignes de cette dynamique et de sa problématique, en vue de contribuer à une meilleure appréhension d'une dimension importante de la réalité africaine contemporaine.
Au début du XIXe siècle, l'empire ottoman est encore un des plus vastes ensembles du monde, s'étendant des confins iraniens jusqu'à l'Atlas et des Carpates à la mer d'Oman. Depuis quatre siècles, les principautés roumaines de Valachie et de Moldavie font partie de cet ensemble en tant que tributaires de la Porte jouissant d'une large autonomie. Mais à mesure qu'il s'épuise militairement et que la corruption le ronge de l'intérieur, son emprise se fait plus lourde sur le pays roumain. L'indépendance n'est plus qu'un rêve ancien, les Principautés ont perdu jusqu'au droit d'élire leurs princes, devenus, en fait, de simples gouverneurs choisis par la Porte au sein de l'oligarchie du quartier grec de Constantinople, le Phanar. Avec les voyageurs occidentaux, nous découvrons, étonnés ou horrifiés, les moeurs des princes et des boïars affublés de leurs étranges costumes orientaux, la misère des paysans - mais aussi les trésors de leurs antiques traditions -, le drame des Tsiganes esclaves... Des « histoires vraies » jalonnent les chapitres. Vers 1800, dans la nouvelle conjoncture politique, tout va soudain basculer. De la France lointaine ont peu à peu filtré les « lumières » et les « bonnes manières », et les dernières vagues de la Révolution viennent se briser aussi sur les rivages de la mer Noire. Les modes et les mentalités changent. La noblesse, comme la bourgeoisie naissante, adopte en une génération, et avec passion, le costume et les idées de l'Occident... C'est ce passage d'un univers à un autre que l'auteur a cherché à saisir ici sur le vif.
Voici un nouvel outil de travail avec son lexique russe français et français-russe placé à la fin de l'ouvrage en index et une sorte de dictionnaire encyclopédique où pour chaque terme du monde rural, soigneusement répertorié dans sa catégorie (personnes dépendantes et propriétaires, propriétés, pratiques et outillage agricoles, actes et pratiques juridiques) ont été regroupées plusieurs données souvent disséminées dans divers travaux : étymologie, datation, références de localisation, définition et, autant que faire se peut, équivalent occidental antique ou médiéval, enfin explication historique de son évolution et de ses variantes ; pareille tentative est oeuvre d'historien, non de linguiste. Le classement adopté des entrées par grande rubrique permet, nous semble-t-il, de déceler plus aisément les tendances des institutions, l'orientation de leur évolution, il facilite aussi les comparaisons, les regroupements à l'intérieur des catégories. En un sens, il se veut commode, opérationnel et utile. Puisse-t-il trouver, en dépit de probables imperfections inhérentes à toute réalisation humaine, un bon accueil et répondre au but que nous nous sommes proposés au départ, c'est-à-dire aider et servir et apporter ainsi notre petite pierre à l'édifice commun.
Bien que voisins géographiquement, la Russie et le Japon ignoraient presque tout l'un de l'autre avant le XVIIe siècle. La première tentative de rapprochement se fit à l'initiative de la Russie à la fin de ce siècle, laquelle marque le début de son expansion économique, et ce fut l'époque des expéditions et des grandes découvertes géographiques. Mais l'instauration de relations régulières ne fut acquise que vers 1850. Puis la littérature russe fut découverte à la fin du XIXe, et la première traduction de « Guerre et paix » en japonais fut imprimée en 1886. Tolstoï et Shakespeare furent les deux Occidentaux les plus importants aux yeux des Japonais de l'ère Meiji. Les enseignements de Tolstoï allaient directement à l'encontre des valeurs dominantes au Japon à cette époque (le nationalisme, le modernisme, etc.), ce qui lui valut une audience considérable. Les journaux, et surtout les revues, multiplièrent les articles, lesquels suscitèrent de nombreuses réactions, enthousiastes ou critiques, et l'attention de l'opinion japonaise fut retenue pendant de longues années. Brigitte Koyama-Richard a travaillé directement sur les sources russes et japonaises. Son enquête sur le rôle de la presse et sur celui des protestants est tout à fait nouvelle. Ce livre est un remarquable travail de comparatiste dans un terrain particulièrement neuf en France, celui des relations culturelles entre la Russie et le Japon.