FeniXX réédition numérique (POF)
Tokyo est entré dans la compagnie des grandes capitales occidentales, mais la question qui revient est encore de savoir si la démocratie a fait souche au Japon. Ceux qu'on appelle « révisionnistes » aux États-Unis ont forcé les japonologues à la reprendre sérieusement. Le recueil que voici s'en inspire, mais ne s'y restreint pas. Le Japon intriguait beaucoup d'esprits curieux quand croissaient sa masse et sa puissance. Ils s'étonnent aujourd'hui que la force de l'État paraisse suspendue par exemple, que le pouvoir du yen ne s'impose pas plus. D'où vient donc chez les Japonais ce mépris de fortune ? On peut s'en faire une idée quand on lit les critiques qu'ils s'adressent eux-mêmes. L'État s'est occupé du développement plus que des lois. Il y a eu une main cachée dont l'action dans l'ensemble était très favorable. Avoir ce qu'on veut sans le vouloir, et vouloir ce que l'on n'a pas - comme dit la comptine alsacienne - provoque, le moment venu, une introspection salutaire. « L'indifférence, c'est par là que commence la fin de la nation » dit la bande d'un livre neuf qui attire les lecteurs au Japon, en 1994. Le caractère multiforme de ce livre est sa justification. De chaque partie, devrait pouvoir renaître le tout. Le monde des politiciens et celui de l'administration dans leur décor dépourvu d'armes et plutôt sobre de lois, le pacifisme tenant lieu d'internationalisme, l'idéal marchand renaissant comme une valeur comparable à la croissance industrielle, l'incrédulité qui frappe la valeur propre de l'argent, reviennent à une même chose que l'on pourrait appeler le livre du dedans.
Lorsque Gustave Duchesne de Bellecourt, premier représentant français au Japon, rejoint son poste en septembre 1858, les rapports franco-japonais sont régis par le traité de paix, d'amitié et de commerce signé en 1858 et ratifié en 1859. Les pays occidentaux sont très actifs alors, et le levier de cette action est constitué par les traités, lesquels sont censés obliger le Japon. Mais pour l'administration shôgunale, confrontée pour la première fois de son histoire à cette action, ces accords représentent le signe tangible d'une remise en cause permanente de la politique de fermeture du pays, loi fondamentale de l'Empire. L'interprétation et l'application du traité franco-japonais seront à
Hokkaido, la grande île du Nord de l'archipel nippon, offre les seuls paysages de notre planète où l'on puisse voir des rizières devant une côte que la banquise vient clore en hiver. Les rizières sont celles que les paysans japonais, immigrés depuis Meiji, ont aménagées dans cette île auparavant couverte des sapinaies et des tourbières de la grande forêt boréale. La banquise est celle de la mer d'Okhotsk, ce nom aux résonances polaires, sur les rivages de laquelle les peuples du Nord chassaient le phoque et la loutre marine. La rizière et la banquise : la confrontation de ces deux images traduit l'une des plus curieuses aventures écologiques de l'humanité. À la fin du XIXe siècle, une société de l'Asie des Moussons, aux assises entées sur la culture d'une plante d'origine tropicale, le riz, entreprend de coloniser une île de climat tempéré aux hivers froids, dont la végétation naturelle s'apparente à celle de la Suède. Le résultat : les rizières les plus vastes et les productives du Japon, avec des rendements quadruples de ceux de l'Inde ; mais aussi : des structures agraires décisivement plus amples que la moyenne, des agriculteurs plus intégrés dans les circuits économiques que leurs collègues du vieux pays ; enfin et surtout, une gamme de comportements qui détonnent dans la société japonaise. Bref, la colonisation de Hokkaido ne s'est nullement bornée à reproduire les assises écologiques de la civilisation japonaise dans un milieu différent ; elle les a aussi modifiées, et avec elles la société. Aucun autre ouvrage n'existe à l'heure actuelle sur le sujet. Augustin Berque, géographe et japonisant, appuie son analyse sur une connaissance parfaite du Japon.
Yosano Akiko vécut de 1878 à 1942. Celle qui fut l'une des principales figures de la littérature japonaise remporte son premier succès à l'âge de 23 ans avec « Midarégami », « Cheveux emmêlés », recueil de poèmes de forme classique dans lequel elle chante avec audace les sentiments et les désirs que lui inspire son futur mari, poète lui aussi. De cette passion naîtront de nombreux autres recueils et onze enfants. En 1904, un long poème contre la guerre et le personnage sacré de l'empereur vient confirmer le goût de Yosano Akiko pour le mépris des conventions. Présente plus de quarante ans sur la scène littéraire, elle se montre par la suite féconde et talentueuse dans des genres très différents. Auteur de plus de 50 000 poèmes, de la première traduction en langue moderne du « Dit du Genji », de contes pour enfants, alors qu'elle a environ trente ans, elle se tourne vers le journalisme pour y traiter avec enthousiasme et sans complaisance d'un autre sujet tabou : la condition féminine. Elle fait alors figure de précurseur. Au Japon, personne n'ignore le nom de la femme passionnée par l'être humain et la recherche de son accomplissement. En 1916, alors qu'elle était déjà mère de dix enfants et soutenait de sa plume sa nombreuse famille, elle écrivait : « Chaque jour de ma vie est une danse, celle des flammes de mon existence. Il me faut danser sans honte cette vie de douleur, de violence, d'amour et de bonheur. Nouvelle danseuse, je veux m'élancer en tourbillonnant dans la libération de l'existence... »
Parmi les causes du miracle japonais sont cités pêle-mêle le MITI, le fanatisme des Japonais au travail, etc. Mais toutes les explications passent à un moment ou à un autre par les inévitables shoshas. Autrefois spécialisées dans le commerce du coton brut, l'extraction du cuivre ou le transport par mer, elles sont devenues, à elles neuf, les gérantes de plus de la moitié du commerce extérieur japonais, soit près de 5 % du commerce mondial, et elles s'apprêtent à s'attaquer à des projets aussi fantastiques que le ramassage des nodules des océans et l'extraction du pétrole des profondeurs. Les shoshas sont plus que des sociétés de commerce, elles sont le coeur d'une dynamique de croissance dans une économie japonaise en évolution rapide. Sont-elles transférables à d'autres pays ? Cette question n'a de sens que si l'on fait la part du mythe et de la réalité : qui n'a entendu parler de leur réseau d'information, de leur capacité à livrer de tout, « des nouilles aux missiles », de leur invincibilité, ou de leur échec retentissant en Iran ? Le but recherché dans ce livre est avant tout une démystification des grandes sociétés de commerce japonaises. Ce sont en effet des monstres que l'on peut apprendre à connaître et avec lesquels on peut travailler si l'on n'ignore, ni la manière dont elles sont constituées, ni les règles du jeu qu'elles pratiquent. À une époque où les relations économiques entre la France et le Japon traversent une passe difficile, cet ouvrage apporte une connaissance indispensable aux sociétés occidentales dont beaucoup utilisent déjà les services des shoshas.
Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.
La presse japonaise est connue aujourd'hui pour avoir les plus forts tirages du monde et pour exercer une action considérable, entre autres dans les domaines économique et politique. Pourtant, son histoire, retracée ici, remonte à peine au XIXe siècle. Une présentation des grands noms de la presse quotidienne actuelle : Asahi, Yomiuri, Mainichi. « Copyright Electre »
Si la conception de la société israélienne tient une si grande place dans les préoccupations idéologiques de la microsociété kibboutzique, c'est parce que ce type de secteur coopératif et communautaire, qui a modelé et rendu possible la création de l'État juif, est indissociable du rôle d'avant-garde qu'il a joué en Palestine. Le kibboutz a suscité, depuis plus d'un demi-siècle, une abondante littérature sociologique, appliquée à ce phénomène original qu'est le collectivisme en Israël. Mais en France, l'expérience kibboutzique est bien souvent mal connue, et peu approchée tant par la recherche universitaire que par la réflexion politique ou économique. Une étude du kibboutz actuel, tel qu'en lui-même dans sa continuité par rapport à ses origines, mais aussi avec les transformations dues à l'évolution, était nécessaire, car la société du kibboutz constitue un champ d'investigation privilégié pour le sociologue : elle est non seulement une station expérimentale, mais aussi une école formant les volontaires qui poursuivront le travail des pionniers. Cette étude montre aussi que l'establishment israélien n'est pas exclusivement représentatif de la société, comme on le croit à l'étranger, mais que le modèle kibboutzique joue un rôle important dans la signification historique de l'État. Ce livre, Arrik Delouya a pu l'écrire grâce à une longue expérience personnelle de vie communautaire en Israël, mais la distance prise par rapport à cette expérience lui permet une approche objective. Il apporte en outre une contribution intéressante à la sociologie du kibboutz par l'étude de la stratification sociale et du sens du kibboutz en Israël.