FeniXX réédition numérique (Loris Talmart)
Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.
Une famille très convenable, apparemment unie, peut être gangrenée par un corps étranger inattendu.
Est-il possible d'aimer indéfiniment la même femme, le même homme ? Ne vaut-il pas mieux aimer brièvement, mais intensément, que longtemps et de plus en plus mal ? Ne devrait-on pas limiter ses amours pour qu'elles soient parfaites ? Le peut-on ?
Un pays d'Europe qui, dès la prochaine génération, pourrait être le nôtre. Trois couples et demi se rencontrent à la fin de leurs vacances. Ils sympathisent. « Nous nous reverrons souvent cet hiver ». Promesse tenue. À peu près. Plus vieille de quarante ans, la ville n'est pas celle que nous connaissons aujourd'hui. L'hiver des citadins de ces temps nouveaux signifie, comme pour beaucoup d'entre nous, l'incertitude. Logement, emploi, désirs, tentatives, illusions : le décor de la vie est assez différent, mais femmes et hommes sont demeurés les mêmes. Pour atteindre le bonheur, l'amour, les voies offertes sont-elles plus attrayantes ? Certains pourraient en douter.
Comme dans certaines demeures, il existe, chez les femmes et les hommes, des territoires inviolables. Même poussé par l'amour ou la passion, on ne doit pas s'efforcer d'y pénétrer. Sous peine d'amertume, de rupture, de solitude...
Ce qui m'a plu dans ces nouvelles - et ce qui m'a décidé à les éditer - c'est qu'on ne sait pas comment elles sont faites. Leurs sujets ? Difficile, la plupart du temps, de les définir. Ces textes, apparemment très simples, sont profondément travaillés, souvent étranges, presque toujours déroutants, car le réel et l'irréel se mêlent étroitement. Horace Pérès a le don de voir - et de nous faire voir - le fantastique du quotidien. Il n'écrit pas des récits, mais compose des climats. Nous sommes captivés par des regards, des sensations, des nuances, des remarques apparemment sans importance, désinvoltes, et qui s'avèrent essentielles. Cela semble une suite de riens et, tout à coup, on s'aperçoit que c'était beaucoup, qu'on est comblé, troublé. Il faut lire Horace Pérès, dont l'art impalpable tient de la magie.
Une lettre égarée peut-elle être anodine ? Toutes les routes ne sont pas pavées de bonnes intentions. Les morts doivent-ils se taire ? La suprême félicité, parfois, est un tramway. Les autres sauront bien se débrouiller. Faut-il considérer un dictionnaire comme une bombe à retardement ? Richesse, bonheur : loterie ? On est toujours trop vêtu. Simulacres (mode d'emploi). Grandes manoeuvres pour l'oubli. Pourquoi n'obligerait-on pas Dieu à se montrer ? Et si l'on modifiait radicalement les canons de la beauté ? Mirages... délices, surprises, méfaits des rêveries. En 12 variations.
Divagations sur la peur de l'intelligence, la maladie des diplômes, les cancres repentis, l'avantage d'avoir mauvais goût, la musiquorrhée, certains instruments ignobles, l'inutilité des voyages, la rareté des mythes, quelques écrivains phosphorescents, l'art et le sexe, les accidents auxquels nous échappons sans le savoir, les maisons dépourvues de piano, les inconvénients du sport, l'utilité des sophistes, les héros des guerres, l'insolence privilégiée des jeunes gens, le cinéma et ses flonflons, les magistrats zélés, les artistes célèbres, les rues qu'on leur attribue, les corbeaux de la littérature, l'usage judicieux de la casse, du séné, les petits problèmes de l'écriture, l'enseignement qu'on peut tirer des négligences d'auteurs connus et inconnus.
Griffonner... Dans un siècle ou deux, retrouvant les petits papiers de Hans dans un quelconque rayonnage, on ne saura pas reconnaître ces traces de pattes de mouche. On les détruira... Il n'aura été qu'un dialogue, enfermé et vain, une langue de bois d'ébène, une cymbale muette. Un gong en quelque sorte, sans voix ni loi... Il griffonne. Le wagon se cabre et saute comme une vieille mule, et son stylo s'applique à ne point trop dévier des chemins prudents de l'énigme. Mais, bientôt, malgré lui, le voile se lèvera ; on apercevra une brèche, un éclat de marbre, comme un message hâtivement gravé sur le tronc d'un chêne-liège. Dès les premières pages de "Sauvegardes", on est plongé dans l'univers étrange et bouillonnant de Michel Sauquet : il nous faut découvrir le monde avec les yeux étonnés de ses personnages. Depuis le succès de son roman : Cris étouffés de Tadjoura - sélectionné à l'automne 1987 pour le Prix Médicis - Michel Sauquet n'est plus un inconnu. On a pu apprécier la richesse de son style, de ses évocations. Dans Sauvegardes, on retrouvera, améliorées encore par l'inspiration et le travail, ces qualités qui font de lui un écrivain puissamment original.
À mi-chemin de la cybernétique et de la vie cellulaire, ces textes nous plongent dans un monde froid et cruel, où la menace est constante, où le vivant ne connaît pas de répit. L'hostilité de l'environnement contraint les Babilou, Fafaf, Borbos, Bourru et autres créatures déréglées à se replier sur leur espace intérieur, tantôt réduits à l'impuissance pitoyable d'un nain au rire méchant, tantôt pris d'une folie salutaire, tantôt fortifiés par ce contexte, mariés à la machine, et prêts à détruire tout ce qui passe à leur portée. Il arrive qu'on trouve - au fond de ces grottes retranchées, ou dans l'espace intersidéral - des situations étranges, comiques ou sérieuses, qui ne sont pas évoquer le présent du monde où nous vivons.
Mi-corse, mi-wallon, ayant passé dix ans de sa vie à naviguer, Horace Pérès aime la variété et les contrastes. D'où, en littérature, sa prédilection pour les nouvelles, qui permettent d'observer et de décrire le monde d'une infinité de façons. L'accueil favorable des connaisseurs à ses trois précédents ouvrages, lui a donné - après quelques années de silence - l'envie de revenir à ce genre très apprécié des Anglo-Saxons, peu aimé chez nous, mais qui est, pour lui, par rapport au roman, ce que le quatuor à cordes est à la musique symphonique : la quintessence de l'art. Le volume qu'il nous offre a pour thème majeur l'indifférence, dans laquelle il voit un excès de passion.
Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.
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Comment empêcher le temps de détruire, de créer, le monde de changer, notre personnalité de se modifier ? Peut-on vaincre la mobilité universelle, en menant délibérément une existence de cloporte, en comptabilisant, dans un journal tenu sans relâche, les plus infimes variations de son moi, en consacrant ses forces à des travaux d'érudition si vastes qu'on n'en verra jamais la fin ? Que peuvent les thèses très savantes, les 17 000 pages de notes accumulées au fil des années, les habitudes les mieux enracinées, quand une femme, tout à coup, tombe dans votre vie, quand l'amour, ce raz de marée, vous submerge ? Doit-on accepter de succomber ? Est-il possible de résister ? Quel prix faut-il payer pour rester soi ? Sommes-nous inexorablement voués à l'éparpillement ?
Indexical, ale, aux adj. (linguistique). Qui ne prend de signification que par le contexte. Termes indexicaux, nommés aussi déictiques ou shiftears (embrayeurs) : termes dépendant de l'instance du discours, indexés à l'énonciation. Exemple : je, tu, ici, hier, maintenant. Expressions indexicales : « Expressions dont le sens ne peut être décidé par un auditeur sans que, nécessairement, il sache ou présume quelque chose de la biographie et des objectifs du locuteur, des circonstances de l'énoncé, du cours antérieur de la conversation, de la relation particulière et des interactions actuelles ou potentielles existant entre celui qui parle et celui qui écoute » (Harold Garfinkel, commentant Husserl). Indexicalité n.f. (ethnométhodologie). Caractère de ce qui est indexical. Indexicalité restreinte : état de certains mots et de certaines expressions. Indexicalité généralisée : état du langage et des actions. « Le langage tout entier est soumis à l'indexicalité » (Paul Loubière). « La nature indexicale du langage pose la généralité de l'indexicalité » (Jacqueline Signorini). « Le corrélat naturel de l'indexicalité des expressions, c'est l'indexicalité des actions » (Alain Coulon). « Les indexicalités sont des polysémies infinies, assorties d'une large imprévisibilité » (Yves Lecerf) (Lexique encyclopédique des sciences humaines). L'indexicalité fondamentale du langage et des comportements ne permet qu'une connaissance approximative des êtres. C'est une source d'infinis malentendus. Un homme et une femme qui s'aiment peuvent-ils s'en affranchir ?
« Sauve ton âme ! » m'avait crié Marijke dans la gare de La Haye, au moment où le train démarrait. Je réalisais tout à coup combien ce souhait correspondait à une vision étriquée de mon devenir. Pouvais-je me contenter d'une seule âme, moi, Cyril, l'éternel assoiffé de résurrections ? C'était dérisoire. Une évidence m'envahissait : j'avais - je pouvais avoir - une multitude d'âmes. Il me fallait tenter de les faire éclore toutes. Parabole ou confession - il est impossible de le savoir exactement - l'ouvrage posthume de Cyril Ferroud, achevé par Hubert de Luze, nous fait assister aux tentatives d'un homme hanté par la crainte d'être unique, pour se détruire et se recréer perpétuellement. Même au risque de sombrer dans l'infamie. Mais peut-on échapper à l'identité ? Devenir, à volonté, une infinité d'autres ?
Un jeune homme erre, de place en place, rues, bars, cafés, squares, piaules, drogues, filles, rêves, extases, à la recherche de sa propre vie, dont il ne sait pas s'il l'a jamais connue. À vrai dire, ce qu'il recherche est assez indéfinissable, il ne sait pas ce qu'il veut, mais il le veut avec toute la violence d'une bête traquée, allez savoir pourquoi. Les mots lui manquent, bien sûr, aussi essaie-t-il d'écrire.
Parce qu'il est impassible, distant, taciturne, parce que sa situation de chef comptable lui donne - dans son quartier - beaucoup de prestige, Albert Motte, sans le vouloir, suscite les confidences. Chacun lui soumet ses problèmes, lui demande conseil. Et parce que, pour lui, par l'analyse et la déduction, on peut, sans difficulté, découvrir les éléments qui constituent les individus, les mécanismes qui les propulsent, les solutions les plus adaptées à chaque cas, il n'hésite pas à formuler des avis, à donner des directives. Il décrète. Il ordonne. On lui obéit avec empressement. Les hommes ne sont bientôt plus, à ses yeux, que des pantins dont il est grisant de tirer les ficelles. « Si je le voulais, songe-t-il avec orgueil, je ferais faire n'importe quoi à n'importe qui. » Mais que savons-nous réellement des autres ? Quand nous croyons les comprendre parfaitement - grâce à l'habileté de nos raisonnements - est-ce que nous ne les façonnons pas, en grande partie, avec des matériaux fournis par notre sensibilité ? Avons-nous le droit, sur des bases aussi incertaines, d'intervenir dans leurs destinées ?
Thérèse Vaillant, abandonnée par son mari avec deux enfants, est employée comme contre-maîtresse dans un laboratoire pharmaceutique. Au fil des mois, elle prend conscience du plan - discrètement prévu et systématiquement appliqué - pour avantager un des partenaires aux dépens de tous les autres. En dépit des menaces à peine voilées de la Direction, elle présente sa candidature au Comité d'entreprise. Le risque qu'elle prend ainsi affecte gravement sa vie personnelle. Et lorsque la Direction passe à la contre-attaque, c'est le drame. Avec un réalisme sans complaisance, tout en gardant un souci constant d'objectivité, l'auteur nous révèle les aspects pittoresques - ou attristants - de la vie quotidienne dans une firme française d'importance moyenne. Son humour cinglant évoque les égoïsmes, vengeances, rivalités, tout un bouillonnement - plus ou moins camouflé en conflits hiérarchiques ou sociaux - couvert par de bonnes raisons ou de convaincantes excuses.
« Il était une fois, accrochés aux murs, semblables à de royales icônes, des portraits multiples représentant une seule et même jeune femme d'une très grande beauté. Ces peintures observaient le seul être humain en leur présence, Tristan qui, après de longues et muettes contemplations, s'approcha des tableaux, caressa l'image du bout des doigts, et appuya son front contre la fine couche de peinture, la séparant de la toile blanche originelle, comme si cette mince épaisseur pouvait être franchie... » La voix du narrateur est douce, grave, rauque, parfois chaude. Parfois aussi, il bégaie ou s'écarte un peu de l'histoire, mais Ulysse écoute patiemment, en auditeur attentif qui veut surtout entendre la fin du conte, avant de s'endormir.
Tout à la fois une histoire d'amour du théâtre, et celle d'une passion à trois, Combat avec l'ombre s'anime sans cesse du ton naturel des personnages, de leurs mouvements au quotidien et par l'intrigue dramatique qui se joue. Engagés malgré eux dans des destins parallèles, en quête chacun d'une vérité difficile à admettre par l'autre, et comme manipulés par leur propre destin, ils iront au bout de leur route, seuls. Installé dans l'apparente tranquillité que lui confère une confortable célébrité, en proie aux seuls problèmes de sa création théâtrale, Étienne semble ne plus prendre plaisir qu'à mettre en scène son oisiveté d'amant blessé et, tel Dorian Gray, à détruire - dans sa victime - toute apparence de pureté. Déployant - avec délectation - un égoïsme sans bornes, Pygmalion tyrannique, amusé de se provoquer lui-même et prêt, comme Don Juan, à relever ses propres défis avec une rare cruauté, Étienne mènera Patrick et Olivier jusqu'aux limites où il n'aura pas eu le courage d'aller. Le Combat avec l'ombre, c'est aussi de vraies tendresses et des émotions fortes, simples et sincères, même si elles ont du mal à cacher le combat sans merci des personnages, distribués dans des rôles complexes et contradictoires tout à la fois. Combat avec l'ombre, c'est l'aventure de deux êtres qui se sont aimés à contretemps. L'histoire d'un malentendu. C'est aussi un crime parfait.
Entre la corne de l'Afrique et l'Europe, des milliers de kilomètres, que l'esprit peut franchir instantanément, pour peu qu'un souvenir, un doute, ou un espoir le pousse à voyager. Le narrateur de ce livre insolite se faufile au coeur d'événements sur lesquels il n'a aucune prise. Il ne sait d'ailleurs jamais trop bien où il se trouve, même s'il se laisse aller à décrire, avec tendresse, les terres qu'il découvre et les gens qui l'entourent. Une marche forcenée, l'errance d'une voix troublée, au travers d'un continent meurtri par la sécheresse et la guerre. Le livre de l'ubiquité et des certitudes jamais acquises.
Récit en trompe l'oeil, où il est difficile de démêler le vrai de l'imaginaire, où se heurtent, se fondent, les impressions, les suggestions, où passent d'évanescentes et inquiétantes silhouettes (Adam le trop aimé, Elfaniel au regard de laser et son double l'équivoque Laurseen, Ophelia la fille des dunes, Quetzal le destructeur), mais où, en fin de compte, le personnage principal est - peut-être - le morceau de miroir brisé, grâce auquel le narrateur se regarde et se démultiplie.
Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.
Évocations - lancinantes - et autopsie d'une passion. Éphémère. Mais qui n'eut jamais d'équivalent, ni en d'autres lieux ni en d'autres temps. Comme toujours.