FeniXX réédition numérique (Jean-Pierre Delarge)
Les néons, le formica, et les huit heures derrière une machine, ça ne peut pas remplacer la terre quand on y est né, comme les arrière-grands-parents de ses grands-parents, et que l'on parle de sabots. En mariant la Jeanne, l'Arsène n'imaginait pas qu'il lui faudrait choisir entre la ville, ses rues animées, son travail à la chaîne, et la campagne, ses odeurs de terreau, la chasse dans le bocage, et les pulsions animales. Transplanté, l'Arsène se meurt du pays : c'est la ville ou la vie. Tobie, la sourde-muette, qui respire l'âme des champs et des bois, lui restitue avec sa terre un coeur réconcilié.
Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.
René Hebert aurait pu raconter ses souvenirs dans un style folklorique, en tirant des conclusions et des enseignements. C'eût été un roman passionnant. Il eût pu, plus facilement encore, disserter comme certains, dans un langage ésotérique et abscons sur des connaissances hâtivement et superficiellement acquises, fort mal digérées... Il a préféré rester clair, précis, profond, dans un style dépouillé qui n'exclut pas les phrases incisives, voire acides. Avec lucidité, il analyse des « expériences », la sienne, celle de nombreux amis techniciens, sans jamais consentir à se raconter ni à se juger, ni à juger les autres. La profession sera fière de ce livre, qui vient à son heure, quand les pouvoirs publics, l'opinion publique, les spécialistes prennent conscience qu'il est urgent de repenser concrètement, pour la nouvelle génération, la sélection, la formation, l'action, la réflexion des futurs travailleurs sociaux.
Le village cévenol est assoupi ; l'existence quotidienne du hameau perdu cache, sous son apparente sérénité, les secrets farouchement gardés des drames paysans. Un matin, en ouvrant sa porte, Gousta-Soulet - le vieux solitaire - découvre, échouée sur la plus haute marche de l'escalier, une silhouette imprécise : c'est Griotte, la petite sourde-muette venue de nulle part. Il recueille l'enfant et cèle soigneusement cette raison de survivre. Août ramène Frédéric, petit citadin ; sa présence transforme tous les comportements : l'aigreur du vieux et l'isolement de Griotte connaissent les joies de l'amitié.
Allô, Docteur ? Je viens ! Le Docteur, pour les habitants des H.L.M. de la Pierre Colinet à Meaux, c'est Jean-Louis Happert, le médecin de Même Santerre ; pour vous, c'est le médecin de béton, témoin quotidien de la tragédie humaine. Tragique et comique se mêlent, comme se mêlent la misère et la richesse, bizarrement unies, qui vont de la tendresse à la violence, de la dignité à la mesquinerie. Deux épisodes parmi tant d'autres : la petite noyée, que rien ne peut arracher à la mort ; l'étonnante consultation au chevet du vieux baron. Vous en aurez pour rire et pour pleurer. Le Docteur, c'est aussi l'homme qui s'épuise dans les escaliers d'immeubles ; celui qui, parfois, se sent impuissant, c'est surtout celui qui se bat, les mains nues. La vie du généraliste, la voici. Jugez ce qu'elle est. Moi, je crois qu'elle frôle l'héroïsme.
Si elle est un besoin social de plus en plus impératif, la relaxation est aussi une psychothérapie. Par la décontraction des différentes parties du corps, la relaxation vise la réduction des tensions psychiques. Ceci est possible et efficace dans la mesure où s'instaure une relation thérapeutique, qui permettra au sujet de verbaliser ses difficultés, ses angoisses, ses fantasmes et ses demandes. Le cadre, l'installation du patient, les formulations du thérapeute, la conduite d'une séance, et le déroulement d'une cure, s'inscrivent dans une démarche qui fait du corps détendu le modèle de restructuration du corps quotidien. Les cas exposés montrent comment le corps, grâce à la détente musculaire et à l'imaginaire corporel qu'elle fait naître, est repris dans la parole, symbolisé et assumé. La relaxation psycho-syntonique a pour effet de mettre « l'âme en accord » avec le tonus.
Quel est le véritable pouvoir de la publicité ? Vendre davantage ? Peut-être. Créer de nouveaux « besoins » ? Peut-être. Peut-être, mais pas simplement. Il y a autre chose - dans cette parole - qu'une influence économique ou une exacerbation des désirs : des effets culturels sur l'homme. Quels sont-ils ? À quels niveaux se situent-ils ? Comment se fait cette imprégnation, lente et discrète, chez les individus et dans la société ? Pour comprendre, il faut commencer par explorer les contenus des messages publicitaires, mettre à jour leurs structures et démonter leurs mécanismes, à l'aide des techniques des sciences humaines et de la sémiologie. Le discours publicitaire est envisagé ici, comme une « scène de théâtre » où est planté un décor, où se raconte une « histoire » (celle de l'homme, mais d'un homme mythique), où oeuvrent, invisibles pour le spectateur, des rouages qui orchestrent le jeu de la représentation. À titre d'exemple, une analyse patiente et rigoureuse de la publicité immobilière, indique comment s'y entrecroisent un certain modèle de l'habitat, et une certaine vision du monde. Symbolique, la publicité est aussi idéologique. Information, elle est aussi instance de formation.
De ce livre, né de l'étude de la maladie mentale dans une société de Côte d'Ivoire, jaillit la conviction qu'il existe - en Afrique - des connaissances et des pratiques psychiatriques absolument originales, qui ne doivent rien au « savoir » médical de l'Occident et qui sont - simultanément - la célébration d'un culte. Quelle est la relation de la maladie et du sacré ? Quand et où interviennent les figures, de plus en plus menaçantes aujourd'hui, de la sorcellerie ? Comment s'y prend le féticheur pour conduire un rituel thérapeutique qui consiste, ici, à écraser la maladie, là, à l'écouter et à la domestiquer, mais toujours à la faire circuler dans le but de réconcilier le groupe avec lui-même ? Loin de nous éloigner de notre propre « terrain », ces questions nous ramènent au contraire chez nous, car la « distance » de l'Afrique agit comme un révélateur qui permet d'occulter et de repérer des séquences, des tendances directrices, et aussi des aspects entièrement refoulés - mais pourtant présents - tant dans notre psychiatrie officielle, que dans notre « anti-psychiatrie ». Enfin, par ce même mouvement de va-et-vient, ce livre tente de mettre en évidence les différents systèmes interprétatifs possibles de la maladie, ainsi que les différents modèles implicites de la relation thérapeutique.
Des trois grands psychanalystes d'enfants de l'École anglaise : Mélanie Klein, Anna Freud, et Winnicott, c'est ce dernier qui a établi une théorie et une pratique les plus originales, fondées sur le jeu, sur le besoin plus que sur le désir, sur la relation mère-enfant plus que sur l'observation isolée de celui-ci. Faisant la synthèse des différents écrits de Winnicott, Claude Geets éclaire la démarche "ludique" de ce psychanalyste, et commente chacune de ses techniques : la spatule, le squiggle, qui sont autant d'étapes dans la maturation d'une pensée et d'une pratique, tout orientées sur les rapports de la mère et de son enfant, puis l'acquisition de l'autonomie de ce dernier, enfin sur la cure de l'enfant dans le patient adulte. Tracer l'originalité de Winnicott, c'est aussi éclairer les distances qu'il prend avec la psychanalyse freudienne orthodoxe.
L'angoisse au coeur de bien des hommes devant le saccage de la nature trouve, ici, des raisons de s'alarmer et des motifs d'espérer. Du constat des malversations écologiques, le récit passe rapidement aux recettes des agriculteurs respectueux de la vie, et éclate sur une véritable charte de la coopération avec la nature. Le propos ne se limite pas à la France, car il implique nécessairement des dimensions internationales.
La survivance des médecines populaires interpelle la médecine officielle, et l'interroge sur ses manques. Elle est plus qu'une nostalgie du passé, elle atteste la permanence du symbolique ancré au fond de l'homme malgré trois siècles de rationnalité. Comme la médecine officielle, elle comporte des traitements allopathiques ou homéopathiques. La psychanalyse, elle-même, peut s'inscrire parmi ces derniers. Si l'enquête de base porte sur les pratiques du Berri, où il a reçu une initiation de guérisseur, François Laplantine a mené ses investigations bien au-delà, en Bresse, en Corse, en Bretagne, en Moselle..., et ses travaux antérieurs en Afrique Noire lui permettent des rapprochements féconds. Il nous fait pénétrer dans l'univers fascinant de l'imagier populaire de nos campagnes, qui met en scène et mobilise des symboles vécus sous forme de réalités charnelles, palpables et vivantes. À l'heure où le cartésianisme desséchant des villes commence à lorgner vers la sagesse rurale, pour l'interroger et s'interroger, le travail rigoureux de François Laplantine apporte, par son refus de tout manichéisme, des perspectives stimulantes.
Toute réflexion sérieuse et vivante sur le cinéma, commence par un regard porté sur l'espace dans lequel se déroule et s'accomplit un film. Les grands théoriciens, esthéticiens et metteurs en scène, ont dit cette fonction spatiale, les uns dans leur exégèse, les autres dans leur travail créateur. Dualité du plan cinématographique, espace contracté et espace dilaté, espace off, espace sonore, espace abstrait et espace sacré : peu à peu, se noue un réseau qui donne à voir - avec un autre regard - les moments les plus beaux et les plus denses des films qu'ont signés Murnau, Mizoguchi, Dreyer, Renoir, Vigo, Lang, Rossellini, et tant d'autres, de l'expressionnisme allemand aux oeuvres de Marguerite Duras. L'auteur n'isole le cinéma ni de la peinture, ni de la poésie : il leur trouve un commun dénominateur. Et, ainsi, le mode d'expression qui a donné naissance à Métropolis, ou au Voyage en Italie, se révèle une voie privilégiée vers le mystère de l'être et du cosmos, comme un tableau de Klee ou un opéra de Mozart. Explorer l'espace du film, c'est tenter une sémiologie de la réalité, qui en laisse entrevoir les mouvantes et inépuisables significations.
De l'Être et le Néant, publié en 1943, à L'Idiot de la famille, publié en 1971 et 1972, Sartre n'a cessé d'occuper le devant de la scène de la pensée. Ses rapports avec Marx et Freud, deux autres références fondamentales de ce siècle, n'ont cessé d'évoluer durant les trente-cinq dernières années. L'enjeu de ces débats se situe au coeur de la problématique philosophique contemporaine : comment concilier la pensée de Sartre, philosophe de la liberté, avec celles de Marx et de Freud, théoriciens du conditionnement. Si Sartre écrit - dans l'Être et le Néant - que l'homme est condamné à la liberté, comment peut-il affirmer - dans La Critique de la raison dialectique - que l'individu est totalement conditionné ? Ces deux propositions ne relèvent-elle pas d'un inconciliable paradoxe ? La question est décisive. Sommes-nous condamnés à choisir entre la liberté et le déterminisme ? La philosophie peut-elle espérer sortir de l'impasse, qui consiste à renoncer aux conditionnements pour conserver la liberté, ou à proclamer l'absence de liberté - peut-être même la mort de l'homme - afin de garder les conditionnements ?
Sur le Causse, deux maisons isolées. Celle de Frédéric et de Griotte qui abrite, avec leurs brebis, un amour tout neuf. Celle des vieux, dont le fils aventurier va devenir, le temps d'un éclair, semeur de violence, de mort et de désolation. Mais Noémie et Fernand vont, avec la patience terrienne apprise au rythme des saisons, recréer le foyer ébranlé, le faire - par-delà l'amnésie - re-naître, dans ces murs mêmes que le Gousta-Soulet leur avait légués. Entre les sonnailles du troupeau, et les lueurs de l'incendie criminel, la candeur du jeune couple rafraîchit les Cévennes austères.
Vladimir Rossman, né en Roumanie, fit ses études à Bucarest, Rome et New York. Depuis 1973, date à laquelle il obtint son Doctorat à Columbia University, grâce à sa thèse "Perspectives of Irony in Medieval French Literature" (qui doit paraître en France), il enseigne la littérature française et comparée du Moyen Âge.
L'adolescent, personne concrète, est engagé dans des relations de divers types avec son environnement. Or, tout est particulier à chaque individu. L'adolescent est donc expliqué dans son originalité qui transparaît même à travers les groupes si caractéristiques de cet âge. Le développement bio-physiologique sert de base à une évolution de l'affectivité, de l'intelligence, du sens moral. L'adolescence apparaît comme le couronnement d'une évolution et, sous certains aspects, comme la réédition de périodes infantiles. Mais, le développement de l'adolescent est aussi conditionné par la perception, le jugement et l'influence des groupes familiaux et socio-économiques auxquels il appartient. Ce travail est une synthèse analytique, psychologique et sociologique.