FeniXX réédition numérique (Galic)
Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.
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Au départ de l'affaire Powers, il y a cette formule. Un journal, une carte postale, un cahier, venus d'une région reculée de l'URSS, avaient mis sur les dents les services secrets américains. Il fallait absolument dénicher l'endroit où la formule était née. Elle aiguillonnait les maréchaux soviétiques et les poussait à comploter contre Khrouchtchev, que cette formule terrifiait. Un jour de printemps, elle a mis le monde au bord du cataclysme. Elle pourrait, demain, faire basculer la Terre et la projeter vers le soleil, ou entraîner un déluge d'apocalypse. À bord de son U2, Powers cherchait - dans l'immensité russe - la preuve d'une formule mathématique. Et, lui-même, instrument inconscient, ne le savait pas.
C'est en entrant chez Joe, que j'ai commencé à penser que j'avais eu tort de venir. Ce n'était pas tant les changements apportés au bar lui-même, qui en modifiaient l'aspect, mais l'ambiance qui n'y était plus. Tout d'abord, il n'y avait personne, à part un ivrogne qui somnolait à table. (...) Qu'il n'y ait personne à cette heure-là, c'était déjà extraordinaire, mais l'absence de Joe l'était encore plus, lui qui n'avait jamais pu s'éloigner de plus de 20 mètres de son bar sans ressentir une pénible sensation d'exil !
Cartier trifouilla un instant dans son capharnaüm, et finit par découvrir ce qu'il cherchait : une chemise de carton rouge enfermant un très mince dossier. Il le plaça sur son buvard, le recouvrit de sa main posée à plat et, silencieusement, considéra son interlocuteur par-dessus ses lunettes. Enfin, au bout de quelques secondes, il parla : "Avez-vous lu les journaux de ce matin ? (...) Vous n'avez pas débouclé votre valise, j'espère, parce que vous partez pour Angoulême !"
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Pris d'un sombre pressentiment, Ahmed part en courant dans la direction d'un groupe d'hommes immobiles et muets, penchés vers quelque chose qui s'agite sur le sol. Il écarte brutalement un chamelier et voit Ali, un cousin de son âge, étendu sur le sable, se débattant sous l'empire d'atroces souffrances. Tous les yeux sont rivés sur le visage du supplicié, un visage agité de tics et de rictus et qui prend peu à peu, dans la lumière crue d'une torche électrique qu'un des hommes braque sur lui, une teinte mauve de plus en plus accusée...
Le fret arrimé, les cales avaient été bouclées, après une dernière vérification opérée par la gendarmerie maritime. Et, cependant, prudent, le commandant Reuillot avait organisé ses équipes de contrôle, lesquelles devaient s'assurer qu'aucun préparatif de sabotage, machiné en cours de route, ne menacerait la sécurité du bâtiment et de sa précieuse cargaison : quinze tonnes de munitions et de matériel de guerre, destinées à nos troupes d'Afrique du Nord. C'est que le maître à bord se tenait sur ses gardes. Il avait de bonnes raisons pour cela...
Carmen s'immobilisa sur le pas de la porte en le reconnaissant. "Diego ! qu'est-ce qui t'arrive ?" fit-elle d'une voix rauque. Il la poussa vivement, pour entrer dans la chambre qu'il traversa en quatre enhambées. La fenêtre donnait sur la rue Virdudes. Coup d'oeil sur les persiennes. Elles étaient bien fermées. Poussant un gros soupir, Diego regarda un moment les cheveux d'or cuivrés, le visage au teint mat. Un visage de Madone ! avait-il dit un jour. La fille restait immobile, adossée à la porte. Il se trouva soudain infiniment déçu. Inutile de risquer sa vie pour la revoir. Il s'était baladé dans toute la Havane pour venir jusqu'ici, et voilà qu'à présent tout ce qu'elle trouvait à faire, c'était de rester là, plantée comme une belle gourde, à le contempler sans rien dire, avec ce regard vert amande qui le troublait si fort jadis...
Tout en reprenant peu à peu contact avec les réalités, Tristan se remémora les principaux événements de la veille et, notamment, la visite qu'il avait faite, en compagnie de Paul Keller, dans le bureau du ministre de l'Intérieur. Ce dernier l'avait chaudement félicité pour sa belle réussite dans l'affaire dite "des émigrés polonais". Keller avait eu, lui aussi, des mots aimables, ce qui était plutôt rare dans sa bouche. Il avait sans doute tenu à racheter de cette manière son scepticisme et ses critiques. Ces heureuses dispositions n'avaient, d'ailleurs, pas été très longues. De retour dans les locaux de la Société Générale d'Importation, qui abritaient les services spéciaux du Deuxième Bureau, le "Patron" était redevenu lui-même, c'est-à-dire qu'une fois de plus, il avait parlé travail. "Marceau, j'ai une nouvelle mission pour vous, avait-il dit sans ambages. Il faut que vous preniez sans tarder l'avion pour Rio de Janeiro !"
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Abdul devait avoir dans les 40 ans. Court sur jambes, il était très fier de son torse puissant, et de la barbe qui lui rongeait les joues. Sa chevelure, d'un noir luisant, son regard sombre et enfoncé, son nez crochu, ses lèvres lippues, lui conféraient l'aspect d'un oiseau de proie. Pourtant, Abdul était très chic, mais le courage ne prenait pas, chez lui, une forme démesurée... Il se dressa brusquement. Quelqu'un montait l'escalier. Il aspira profondément puis, prenant un air naturel, il s'approcha de la muraille de verre. Il se tourna sans se presser quand la porte s'ouvrit. Une haute silhouette osseuse émergea de l'ombre, puis pénétra dans la pièce...
Debout sur le pont-promenade du Queen Mary, John Silver - on l'appelait souvent "John Quick Silver" pour l'incroyable rapidité avec laquelle il pouvait faire jaillir de sa poche - ou de son holster - un impressionnant automatique, et placer une balle juste entre les deux yeux de quelqu'un - laissait errer sur les docks de la Tamise que longeait le paquebot, un regard passionnément intéressé. (...) Quelques jours plus tôt, son chef l'avait fait appeler, et cela n'avait pas plu à Silver. C'était à Washington, dans l'immeuble d'où les chefs du FBI surveillent - et souvent dirigent - grâce à un réseau serré d'espions et d'affidés, ce qui se passe dans les six continents. Le "Boss" avait accueilli l'agent secret avec un aimable sourire et lui avait annoncé, d'un ton engageant : "J'ai un travail pour vous... un travail intéressant."
Un petit jour du mois de mars, un petit jour sale et grisâtre, qui n'arrivait pas à se lever. Le paysage revêtait une teinte uniforme et brouillée de blancheurs sans reliefs. Derrière la glace, défilaient et se mêlaient les messages ternes des nuages presque collés au sol et les volutes de vapeur de la locomotive, effaçant presque complètement les lointains au-delà de quelques centaines de mètres. Sur cette trame, chargée des fumées noirâtres des installations minières et industrielles de Dabrowa Huta, se dessinaient parfois - en trait de fusain - un arbre dépouillé de neige ou le trapèze d'un crassier. Horace frissonna instinctivement, bien que le compartiment fût très suffisamment chauffé, et se rencogna dans l'angle de sa banquette. Sans qu'il consente à se l'avouer, cette plate grisaille d'une aube d'hiver mal débarbouillée agissait sur ses nerfs, le déprimait. Quels obscur instinct aussi, peut-être...
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La DST était secouée par un rire homérique. Tout le monde s'interrogeait : "As-tu lu ?" Ce rire, qui arrivait à ébranler les murs de la rue des Saussaies, était dû à quelques lignes parues dans la plupart des journaux parisiens et d'allure anodine : "Suis acheteur de tous documents et brevets pouvant être exploités en URSS - s'adresser Agence Universelle, Tanger." Ainsi, les bruits qui avaient couru d'un cambriolage de l'Ambassade de l'URSS à Paris étaient exacts. Ce vol devait être d'importance pour que l'Agence Universelle ait été alertée...
Dix longs jours, il avait été entre la vie et la mort, délirant sans fin aussitôt qu'il reprenait un peu de forces, appelant son ami Ibn Youssef, le manchot, à son secours puis, un beau matin, il s'était réveillé, terriblement faible, mais relativement calme et apaisé et, de jour en jour, il avait repris lentement ses forces, pendant que sa blessure se cicatrisait. Dès qu'il avait pu bouger sans risquer de voir sa blessure se rouvrir, il s'était astreint à faire chaque jour, tourné vers La Mecque, les cinq prières rituelles, n'ignorant pas que les gestes qu'il accomplissait étaient une excellente culture physique, qui assouplissait ses membres et lui rendait sa force...
Bastion massif et hargneux, témoin de la lointaine épopée ibérique, la forteresse d'El Zhacao semblait monter une garde maussade, accrochée aux contreforts déchiquetés de la Sierra Madre. (...) Comme Alcatraz, le concours d'entrée de cette centrale demandait des références sérieuses : seul le dessus du panier des durs à cuire de Mexico y était admis... il fallait justifier d'une peine d'au moins 15 ans de prison pour pouvoir être hébergé aux frais de l'État à l'intérieur de ce nid d'aigle, d'où toute évasion était réputée impossible...
La chambre, blanchie à la chaux, était petite et très sommairement meublée. Sur un lit étroit en fer, un homme était étendu, à demi assis, le buste soulevé par deux oreillers. Autour de lui, un amas de feuillets de papier, de lettres, de cahiers, jonchait les couvertures et les draps en désordre. Parfois, il prenait son crayon et écrivait quelques mots. Mais de fréquents accès de toux le secouaient. Alors, d'un geste machinal, il essuyait avec une serviette la commissure de ses lèvres et la ramenait souvent tachée de sang... Avant, il était fort, enthousiaste, jeune. Il n'avait jamais eu peur de la mort...
L'animal détala, l'échine basse, et disparut dans la nuit. Ce fut à cet instant que le sergent Guiness aperçut la femme. Elle était allongée contre le mur, couchée de tout son long sur le dos. Son manteau de fourrure trempait dans la boue. Le sergent ne s'en émut pas outre mesure. Ce n'était pas la première fois que lui ou un de ses collègues trouvait une prostituée ivre-morte dans un coin des docks...
Ils étaient enfermés tous les cinq dans la boîte de corned-beef de la station : une vaste salle demi-circulaire, où étaient alignés dans l'ombre les écrans lumineux, que balayaient à intervalles réguliers les pinceaux verticaux des antennes. Mais, au-dessus des tables, il y avait des ampoules coiffées d'un abat-jour de carton noir, qui permettaient tout de même d'échapper à la nuit éternelle de cet antre, que des cartes d'état-major décoraient avec des ficelles et des drapeaux étoilés plantés sur des épingles. (...) Trois points étaient apparus sur l'écran, nets, brillants, comme en provoquent ordinairement les avions. Ces objectifs se trouvaient au nord-est de la station, c'est-à-dire au-dessus d'une région que les appareils, même russes, survolaient rarement : un désert de glace et de neige. Les quatre premiers contacts jaillirent sur l'écran ; au milieu du silence absolu...
Au-dessus des douves asséchées - qu'envahissait une végétation désordonnée -, le château dressait sa masse abrupte et rugueuse. Comme tous les manoirs que les Seigneurs du XVIIe siècle avaient construits dans cette région du Val de Loire, celui-ci était fait de blocs mal dégrossis de calcaire bleu et de tuffeaux blancs, que le temps avait écaillés. La "douceur angevine", les poètes de toutes les époques l'ont chantée.... malheureusement, ce n'était ni pour écrire des vers, ni pour rêver d'amour, que Moro se trouvait au domaine de La Hestraye. Quelques jours plus tôt, il avait reçu, au bureau de l'un des journaux auxquels il collaborait à Paris, un coup de téléphone de Frédéric Lemestrier, le richissime armateur et le non moins célèbre propriétaire d'une des plus riches collections au monde de tableaux flamands...
Après avoir laissé sa voiture dans un parking voisin, Tristan Marceau gagna, d'un pas souple et nonchalant, l'entrée de l'immeuble qui abritait les services du contre-espionnage. Tristan Marceau était l'un des plus brillants agents de cette organisation. C'était un garçon de 32 ans, svelte et robuste. Il avait des yeux bleus, des cheveux blonds bouclés, une petite moustache, l'attrait et l'entrain d'un bel animal plein de santé. Farouchement célibataire, l'agent BH 39 habitait, entre deux missions spéciales à l'étranger, un petit appartement du boulevard Poissonnière. Il y vivait avec sa mère, veuve depuis plusieurs années, et lui cachait avec soin, pour ne pas l'alarmer inutilement, les risques de son passionnant métier...
Le Patron reprit de sa voix sèche habituelle : "Serge Walter n'existe plus. Vous êtes Paul Chandra, originaire de Pondichéry, journaliste. Votre tendance politique est d'extrême-Gauche, et vous écrivez des articles anticolonialistes qui ont paru dans les journaux de langue française du Caire, de Rabat, et de Tunis. (...) Serge attendit la suite. Le Patron était un homme extrêmement méthodique, et ses directives étaient toujours claires et précises. "Mathilde vous donnera votre CV. Comme d'habitude, vous l'apprenez par coeur et vous le brûlez. Venons-en à votre mission. Vous avez su, par les journaux, l'accident arrivé à l'avion d'Abidjan ? Cet accident a été précédé d'un autre et, à chaque fois, l'avion transportait des hommes importants d'un État africain. La presse a lancé la version d'un attentat politique. C'est possible. Les débris de l'avion ont été passés au peigne fin par des spécialistes, et aucun indice d'attentat n'a été trouvé... Par contre, un fait n'a pas été rendu public, c'est la présence, à bord de cet avion, de Abou Aswadi..."
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