FeniXX réédition numérique (Coop Breizh)
Une légende peut habiter un individu assez fortement pour qu'il organise sa vie et sa mort autour des lignes de force et des mythes qui structurent cette légende. C'est le cas d'Alban, qui mêle à sa découverte du sentiment amoureux la passion qu'il nourrit pour la mer. La maîtrise de la houle et des ouvrages portuaires sera, pour lui, subvertie par une belle intrigante égarée dans un délire pervers. Les lieux s'inspirent de la baie de Douarnenez et de la légende de la ville engloutie, revisitée dans le contexte des années 1950-1960. Le personnage principal du roman reste la mer, qui avive de ses énigmes les pratiques d'une secte et la perdition d'un amour. L'atmosphère fantastique et sensuelle de La Passe des soeurs évoque Huysmans ou Mirbeau et s'incarne à travers une large érudition et un sens affirmé de l'esthétique.
Bretagne, fin du XVIIIe siècle. Joseph-Anne Loaisel, quartier maître-général de la coalition bretonne, risqua tout pour défendre sa région et ses idéaux.
Fin VIe siècle, en Armorique. Une flottille de migrants bretons accoste près de l’embouchure de la Laïta, attirant convoitises et tensions au sein des communautés locales.
Découvrez 20 pièces courtes et hilarantes spécialement conçues pour les 7-11 ans, idéales pour éveiller les enfants au théâtre en classe ou en atelier. Un outil pédagogique malin pour allier rire, mémorisation et travail d'équipe !
1737, Danemark. Louis de Plélo, colonel et ambassadeur, abandonne tout pour sauver l’honneur de la France en Pologne. Entre raison des Lumières et idéal chevaleresque, découvrez le destin oubliée de ce Breton mort pour une cause perdue.
Quand Gildas Le Mussec, juge d’instruction, rouvre le dossier de la secte du Soleil Lunaire, il ignore encore que cette affaire va bouleverser sa vie.
Un ancien parachutiste revient en Bretagne, hanté par la guerre et l’amour perdu. Les fiancés de la Toussaint est un roman initiatique où la quête de rédemption et la puissance des paysages bretons s’entrelacent.
Découvrez l’histoire secrète du prince Pie, bâtard royal au destin maudit, dont la naissance et le règne ont bouleversé le royaume des Six-Duchés.
Jeune auteur de Saint-Brieuc, Ollivier Ruca signe ici quatre textes forts, par leur humour et leur sensibilité, voire un certain esprit de révolte. « Copyright Electre »
1480, Bretagne. Un corsaire solitaire, assoiffé de vengeance et de liberté, défie les flottes ennemies à bord de sa nef. Quand son destin croise celui d’une duchesse enfant, Anne, leur alliance scellera le sort d’un duché en péril.
Après les maquis du centre Bretagne, Jud a connu les rizières d'Indochine. Il serait revenu de tout si ne le hantait l'image du Petit Homme exécuté neuf ans plus tôt par des soudards déguisés en héros. La belle jeunesse de Denise suffira-t-elle à lui redonner le goût de vivre ? Ou lui faudra-t-il attendre Leda, l'autre victime de ce jour de haine ? Derrière le parcours amoureux du soldat paysan, se profile le dilemme du justicier : jusqu'où un homme doit-il aller pour garder son âme et que vive sa terre ? Pour que ne s'éteignent les derniers feux de la vallée.
On l'appelait Lorient la Jolie retrace la vie quotidienne et les luttes sociales d'une ville ouvrière de Bretagne, Lorient, sous la IIIe République. Cette chronique plonge en plein dans une période où la violence des grèves se montre à la mesure des espoirs soulevés. Espoir de conquérir le repos hebdomadaire et les huit heures de travail journalier. Espoir de paix, aussi, quand résonnent tant de bruits de bottes. Écrit à partir des journaux d'époque, On l'appelait Lorient la Jolie représente un vivant reportage dans le passé, empreint de beaucoup de chaleur humaine. Clair et concis, il nous rappelle, à sa façon, tout ce que la vie d'aujourd'hui doit à celle d'hier, en Bretagne comme ailleurs.
Et si notre fantastique légendaire breton n'était pas si loin de nous ? Et si notre banal quotidien croisait sa route ? Et s'il était ancré au plus profond de notre Histoire et de nos luttes ? Et s'il était partie prenante dans Bretagne en devenir ? Et si, pour réveiller le roi qui dort, nous n'avions pas encore crié assez fort ? Et si à chaque aube ressurgissait Ys quelque part chez nous ? Et en nous ?
Éloignée de Versailles et de la fréquentation des grands de son époque par son mariage avec Henri de Sévigné dont la famille appartient à la vieille noblesse bretonne, Marie de Rabutin-Chantal, la célèbre marquise épistolière, est empreinte des préjugés de son époque à l'égard de la Bretagne. À l'occasion de ses séjours dans son château des Rochers à Vitré, elle va apprendre à découvrir une terre et un peuple dont elle ignore tout. Elle suivra la lente évolution d'esprit de la noblesse dans la Bretagne de son époque qui va connaître bien des bouleversements révolte du « papier timbré » ou des « bonnets rouges », exil du parlement à Vannes, mise au pas de la Province par le pouvoir central. Bien que donnant à sa fille peu de commentaires, on sent la Marquise affectée par l'humiliation infligée. « Me voilà bien bretonne comme vous voyez. Mais vous comprenez bien que cela tient à l'air que l'on respire, et aussi à quelque chose de plus, car, de l'un à l'autre, toute la province est affligée... ». Cet ouvrage convie le lecteur à un voyage réel ou virtuel dans la Bretagne de la Marquise, à travers les lettres à sa fille Madame de Grignan, regroupées autour de quelques thèmes et accompagnées d'une courte notice.
Il ne s'agit ici ni d'une autobiographie, même si l'ouvrage en comporte les matériaux, la forme et l'énonciation, ni d'un collectage d'informations historiques, ethnologiques ou folkloriques L'auteur y a revendiqué le droit d'imaginer et de se fabriquer un destin à sa convenance. Tant pis pour la vérité estampillée et le pittoresque régionaliste. Car il a aussi cherché à célébrer l'esprit particulier du Trégor (que Renan appelait l'Attique de la Bretagne) à travers certaines figures locales, mi-réelles, mi-rêvées. Mais au-delà d'une célébration de la vie, il s'agit surtout d'une quête de soi, comme individu singulier et entité de l'universel. Le texte mélange les genres et les tons passant volontairement du récit au poème, du rapport impressif à la caricature ; il mêle le grave au burlesque, l'émotion au cocasse, utilise le pastiche et la parodie, parce que tout simplement cette façon impressionniste ou kaléidoscopique était la seule façon de rendre compte de souvenirs, vestiges ténus de ce que l'on appelle une vie.
L'atelier du sociologue ressemble à celui de la couturière. Le sol est jonché de « chutes » qu'il ne se résigne pas à détruire : morceaux de vie, fragments de destin, histoires glanées lors de ses observations et de ses entretiens. Agencées, assemblées, ces bribes d'existence prennent forme peu à peu et deviennent des personnages, des figures familières présentées en huit nouvelles. Derrière ces héros, tiraillés entre devoir et aspirations, désir de dissidence et fidélité, on sent bien le pays d'ici et sa culture. Le bien et le mal, le paradis et l'enfer s'entrechoquent. Les êtres consacrés qui peuplèrent l'enfance de l'auteur se révèlent généreux et fragiles, humains et graves. Jacqueline, l'agricultrice décrite en quelques pages, est l'archétype des femmes de la terre, obstinée et meurtrie. Dans les bourgs, le jeu du hasard ravive les envies, dope la croyance et la chance sourit parfois au-delà de l'espérance. On fait un bout de promenade avec Marie, la pensionnaire désorientée de la maison de retraite, comme avec Angeline, la voyageuse qui aime les enterrements. On s'étonne que l'ingénieur qui a tant appris ignore encore l'inépuisable réserve créatrice des femmes.
Iseult, qui a tant enrichi la littérature romanesque du Moyen Âge et qui reste l'un des mythes les plus célèbres et les plus attachants d'Occident, est la figure centrale de cette étude. Moins connues mais tout aussi attachantes, les légendes de ses soeurs celtiques permettent d'approcher l'esprit dans lequel les conteurs des temps anciens ont créé ces femmes. Les premières Deirdré, Grainné et Medb, proviennent de la mythologie irlandaise. La littérature galloise apporte d'autres modèles féminins : Riannon d'abord, puis la dame de la Fontaine et sa servante Lunet ; enfin, Blodeuwedd la femme-fleur. Les héroïnes bretonnes des romans de la Table Ronde, Viviane « La fée Viviane », puis Guenièvre la femme d'Arthur et enfin, « Les pucelles » tour à tour enchanteresses ou maléfiques couronnent ce florilège d'héroïnes aux fortes personnalités. De la mièvrerie en elles, jamais. De la volonté, la conscience et l'orgueil de leur féminité et de leur beauté, souvent. De la tendresse et de la lucidité, toujours. Par comparaison les fortes figures de la littérature germanique telles Brunhild et Kriemhild apparaîtront aussi libres, mais moins pourvues de charme et de séduction que leurs homologues celtiques. L'influence de ces mythes celtiques est sous-jacente à bien des textes de la littérature contemporaine et elle est manifeste pour qui sait la découvrir. La liberté de la femme : cette exigence actuelle, trouve dans ces héroïnes des modèles de référence.
« Roman des « illusions perdues », « Les Rochers de Garchine » sont également et dans le même élan, un roman d'aventures et d'évasion. Dépaysement garanti. C'est l'un des charmes les plus inattendus de l'ouvrage, qui d'une aile légère nous emporte, de Portsall englué dans la marée noire à la jungle parisienne et aux rivages polynésiens. Au passage, l'auteur déboulonne quelques clichés : l'homme sous toutes les latitudes demeure un loup pour l'homme et les lagons enchanteurs des mers australes peuvent n'être que l'antichambre de l'enfer. Sous ce titre aux allitérations nostalgiques, la psychologie est à l'honneur. Personnages fouillés à coeur (même les seconds rôles ont de la présence), scènes d'action menées au son du tambour battant, peintures d'atmosphère, tels sont quelques-uns des atouts de ce texte âpre et sensible. Avec la sortie des Rochers de Garchine, je suis heureux de saluer la naissance d'un écrivain. » Jean François Coatmeur
La trentaine largement dépassée, Tremeur Rouzig, Breton comme son nom l'indique mais désormais Parisien, se complaît dans son existence surchargée de travail et son célibat entrecoupé de conquêtes diverses et passionnées. Libre, tel est bien ce qui le définit, lui qui a mis un point d'honneur à se départir de toute contrainte, relationnelle, financière, ou tout simplement géographique. Homme moderne par excellence, la ville est son domaine et c'est en son sein qu'il semble assouvir sa quête de bonheur. Mais il est des bonheurs fragiles. La férule du passé, de l'apparente insouciance de la jeunesse ramènera inévitablement Tremeur Rouzig à ses anciens et impossibles amours, à sa terre qu'il a fuie et qu'il avait pourtant cru à jamais oublier...
Descendant d'une longue lignée de banquiers, Édouard Miremont se morfond, à Paris, dans cette profession qui lui a été imposée par son père. Ayant participé activement à la révolte des étudiants de 1968, il rêve à présent de mettre en pratique le slogan : « Plaquez tout et vivez ». Il part alors en Bretagne, avec sa femme, tenir un café en milieu rural. Très vite, il va s'apercevoir que cette vie ne correspond pas exactement à ce qu'il imaginait. Elle a ses règles, ses traditions, ses coutumes qu'il n'accepte pas toujours volontiers. Ce roman, qui met l'accent sur le dépérissement du monde rural, se veut à la fois une peinture de moeurs et l'illustration des désillusions auxquelles ont conduit certaines théories développées en 1968. Son héros suscitera à coup sûr l'admiration de ceux qui, malgré tout, ont encore quelques idéaux.
Avant que ne s'embrouillent ses souvenirs, un grand-père retrouve pour sa petite fille Youna les accents des traditionnels conteurs bretons. Douze histoires inédites, captivantes et poétiques, sous tous les cieux armoricains. Autant d'invitations à lire, réciter ou même chanter : chaque conte devient comptine et sa partition est retranscrite.
Un matin de juillet 1853, sur une côte qui n'est pas encore d'Émeraude, la fille d'un pauvre pêcheur de Saint Énogat rencontre un couple d'Anglais. C'est un signe des temps, car avec la mode des bains de mer importée d'Outre-Manche, son village va bientôt devenir une des plus célèbres stations balnéaires d'Europe. En suivant la famille Roux sur quatre générations, revit toute une époque. Celle où les Anglais partent à l'assaut de la côte bretonne, où les voiles des yachts claquent au large du cap Fréhel, où Saint-Briac, bien avant Pont-Aven, est la cité des peintres. La Belle Époque affiche tout son éclat aux terrasses des grands hôtels et bien des têtes couronnées cèdent là au luxe de la baignade. C'est aussi l'histoire des Bretons du bord de mer qui voient leur environnement bouleversé, à travers les destins de quatre femmes. Entre touristes mondains et autochtones se nouent des relations complexes d'intérêt, d'amour ou de dépit. L'auteur s'attache dans ce roman foisonnant et très documenté à restituer l'émergence des stations balnéaires de Saint-Malo, Dinard, Saint Lunaire, Saint-Briac. Le second tome de Rivages évoquera l'apogée des bains de mer bretons dans l'entre-deux-guerres : lancement de La Baule, création de Sables d'Or Les Pins.
La Bigoudénie est une vraie terre d'accueil, où les hommes, tout au bout du monde, de « l'ancien monde » comme le disait Michelet, à sa proue, sont facilement exubérants et spontanés dans leur fief. Mais l'histoire est là, fidèle au rendez-vous, sur terre, sur mer, dans les airs. Comme le disait si bien le poète, « si notre quotidien vous paraît pauvre, ne l'accusez pas, accusez-vous, vous-mêmes, de n'être pas assez poète pour appeler à vous ses richesses ». Cette fresque, c'est, dans les jardins de l'enfance, une façon de recomposer, de ressusciter la Bigoudénie d'un certain moment au travers d'épisodes, de figures que le kaléidoscope tendre et sauvage nous livre les unes après les autres au gré du vent, au fil du temps. Et l'on n'est pas près d'oublier l'éolienne de Yann ar Soner, les noces de Youen et Maria, le paysan marin ou le marin paysan Per Goasguen, les cuites de Lannick... et tous les jeux, les travaux de tous les jours. Quelle galerie d'une incomparable joie et envie de vivre pleinement, autant que faire se peut. Et son enfance était toute de Bigoudénie.
Lioubova aux confins des steppes caucasiennes, Nuvem dans les marais de Camargue, Kurun sur les champs de l'Argoat, Golden Star au fond des mines galloises... et quelques autres destins humbles ou glorieux, tristes ou passionnés. L'originalité de ces douze récits cosmopolites tient d'abord au fait que les héros en sont des chevaux. Loin de toute idée de « noble conquête ». Le monde des chevaux n'est pas moins grand que celui des hommes, qui tantôt les traitent sans pitié, tantôt les aiment à leur égal. À chaque récit d'Anne-Marie Le Mut correspond une facette sensible, finement psychologique, entre chevaux et cavaliers. L'inscription universelle du cheval dans les cultures des pays traversés y est particulièrement bien rendue, de la Bretagne au Maroc, de l'Espagne à l'Irlande. Tous ne sont pas des fictions, mais bien des récits d'histoires parfois vécues ou rapportées. En regard des textes, les dessins de Marie-Anne Garin, amie et complice de l'auteur, en captent l'esprit et la lettre.
Pour que la Bretagne devienne une nation indépendante - un royaume par exemple - il faudrait une série d'événements extraordinaires, merveilleux, voire invraisemblables. Mais chacun sait que dans cette même Bretagne les dolmens s'envolent le plus aisément du monde, les sorcières inventent en permanence d'admirables élixirs et les korrigans se promènent en liberté dans la forêt de Brocéliande. Rien n'est donc impossible en cette terre magique et c'est ce que Georges Chaulet démontre d'une manière rigoureuse. Une étude entreprise avec le plus grand sérieux, menée par l'auteur de 150 ouvrages (Fantômette, albums 4 as, Inspecteur Gadget...) qui illustrent l'admirable devise : Le rire, c'est la santé !
D'un côté, il y aura l'ombre. On y mettra la laideur de Charles et la vasière de sa ville portuaire, lieu d'échouages et d'échecs. On ajoutera les nuits de la mère Dantec devant le téléviseur muet, la location saisonnière d'un taxi parisien et, toujours présente, la lancinante souffrance d'un enfant mal aimé. De l'autre côté, celui de la lumière, il y aura le basculement des navires derrière la ligne d'horizon, Monsieur Raymond, diamantaire en chambre, les rayonnages des bibliothèques de la lettre A à la lettre H, le goût du thé dans un samovar de Sakhaline, et surtout, Louis Merlin, maître des mots et des voyages, dont le secret bouleversera la vie de Charles. Allant de l'un à l'autre dans un rythme de marée, résonnera la voix du narrateur chargée de tendresse et d'impitoyable lucidité. Et puis, tout s'enchevêtrera : passé et présent, ici et ailleurs, amour et mort, ombre et lumière. Tout trouvera sa place au-delà des regards, au cours d'un voyage qui mènera Charles aux confins de sa mer intérieure.
« Tenter d'y voir plus clair dans les temps obscurs de l'histoire des Bretons (...) ressaisir la plume trop tôt tombée des mains de Léon Fleuriot (...) chercher à comprendre (...) les raisons d'être profondes d'une revendication identitaire bretonne que les siècles (...) ont échoué à faire disparaître, tels sont les principaux desseins qui ont conduit Christian Kerboul à mettre ses pas dans les traces de ces hommes qui, des deux côtés de la Manche, (...) ont établi des « royaumes » aux limites incertaines et mouvantes (...) ». Extrait de la préface de Jean Kerhervé.
cet ouvrage n'est pas un nouveau dossier historique sur Brest. Il entend plus précisément mettre en valeur les hommes et les femmes qui ont permis l'évolution de la marine de travail, ces petits peuples de la mer, constructeurs, marins, navigateurs et pêcheurs qui au travers des siècles ont tissé cette gigantesque toile d'activités. À travers eux, nous retrouvons le commerce de l'étain, du sel, de la toile, de la pierre, la culture du chanvre et du lin comme la pêche à la coquille Saint-Jacques. NOUS retrouvons ces corsaires, ces marins qui ont su avec des navires de faibles tonnages découvrir le Nouveau Monde. D'une richesse exceptionnelle, cette grande histoire de la marine dans la rade de Brest n'appartient pas définitivement au passé, elle peut et doit se poursuivre. Ainsi, une politique nouvelle de la mer dans le cadre de l'Europe pourrait voir perdurer cette culture et ce mode de vie original lié à la voile.
Avec cet itinéraire, nous sommes conviés à partir à la recherche des poètes romantiques, des dramaturges engagés, des satiristes réjouissants dont on pourra, plus aisément, découvrir la beauté et la saveur des textes dans le cadre même où ils ont été conçus, situés et exprimés. Ce peuple chez qui se conjuguent l'amère nostalgie d'un passé douloureux, le désir d'un avenir triomphant et la certitude d'une éternité sereine, ce pays royaume de l'éloquence où la parole est reine a donné le jour à d'innombrables écrivains dont quatre Prix Nobel de littérature. C'est à un tour presque complet de l'île auquel Edmond Rébillé nous invite pour visiter la plupart des auteurs qui ont fait de l'Irlande une grande république des lettres. Pour citer l'un d'entre eux et savourer une pinte de l'humour qui les caractérise, ne nous privons pas de ce bon mot : « Les Anglais nous ont donné leur langue et nous en avons fait de la littérature ».
« Mon fils est un poète », confiait mon père, entre deux donnes, à ses partenaires de cartes, sans admiration, Dieu merci, ni étonnement, en isolant le mot pour en accentuer l'étrangeté, souligner qu'il s'agissait d'une fatalité à laquelle, bon gré mal gré, il se soumettait. Il se serait servi de la même intonation s'il avait déclaré que j'étais contrebandier, ou moine (moines et contrebandiers, les poètes ne le sont-ils pas ?). Il aurait en tout cas annoncé avec plus de fierté que j'étais guichetier dans une banque ou rédacteur dans un ministère. Puisque j'étais poète, à mon âge, cela ne le regardait plus. Lorsque répondant à son interrogation tantôt muette, tantôt détournée, je lui avouais que l'exercice de la poésie nourrit peu son poète, suscite même plus de dépenses d'argent qu'il n'attire de rentrées, que, somme toute, la poésie est une distraction de riche, il plissait les lèvres comme s'il flairait quelque malhonnêteté. « Ça sert alors à quoi si ça ne rapporte pas ? » s'enquérait-il soudain à découvert. Je m'esquivais par un bougonnement agacé, par un haussement d'épaules. Il n'aurait pas compris que la poésie aide à vivre parce que, justement, elle ne sert à rien.