FeniXX réédition numérique (Atelier Marcel Jullian)
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Il est plusieurs manières d'évoquer l'avenir. La fiction en est une. Celle que l'on va lire ne se veut certes pas prophétique. Au contraire : l'anticipation catastrophique peut être le moyen d'interdire à l'Histoire d'emprunter certains chemins. Ce monde, où la relation entre le bourreau et la victime prend la forme anodine de la lettre administrative, où le meurtre revêt les apparences de l'acte médical, pris en charge et remboursé par la Sécurité sociale, où la perfection des techniques assure au système de contrôle de l'État sur l'individu une emprise implacable, bref ce "Cambodge électronique" est-il l'un de nos destins possibles ? Ce n'est pas le seul. Il n'y a pas de fatalité historique. À imaginer une certaine forme d'horreur, ne se donne-t-on pas quelques chances d'y échapper ? Livre pessimiste ? Avant d'en décider, il faut y regarder de plus près. Ce vieux professeur, cerné de toutes parts par la meute administrative et qui se défend pied à pied, ce couple dans l'adversité qui se tient debout et qui refuse toute abdication, c'est le signe qu'aucune oppression n'est absolue et qu'il y a toujours un espoir. Aucun mur n'est sans fenêtre.
Le comte Aldebert de Chambrun vivait avec sa famille aux États-Unis. Il traverse l'Atlantique, se présente à un bureau de recrutement de l'armée française, et s'engage comme canonnier de deuxième classe. Devenu sous-lieutenant, il obtient de faire partie de l'expédition Foureau-Lamy, qui mettra deux ans pour traverser le Sahara. Il est blessé sur les bords du Tchad, à côté de son chef, le commandant Lamy, mortellement atteint. Quinze ans plus tard, il commande l'artillerie de la Division de fer à Verdun. Il rejoint Lyautey au Maroc, où il sauve Fez lors de la soudaine attaque d'Abd El-Krim. Il joue un rôle éminent, en 1939, auprès de Roosevelt, pour l'obtention de la loi prêt-bail, devient, pendant l'Occupation, le chef de l'Hôpital américain de Neuilly et négocie, au moment de la Libération, la reddition d'un régiment entier de la Wehrmacht, avec ses armes et son équipement. C'est d'abord l'époque où la France métropolitaine essaime sa couleur violette à travers les Atlas, et marque sa présence en A.E.F., en A.O.F., en Océanie, en Guyane, dans les cinq comptoirs de l'Inde. Un monde de devoir et de cloisonnement social. Une grande figure : le beau-frère du futur général, un certain Savorgnan de Brazza, vous savez, l'explorateur aux yeux de feu et à la barbe noire ! "Celui qui a donné un Empire à la France", et "dont la mémoire est pure de sang humain". Enfin, ce sont les arcanes des journées qui ont précédé la Libération de Paris, le déjeuner, Hôtel Matignon, d'Otto Abetz, ambassadeur d'Allemagne, Pierre Laval et Édouard Herriot... leur arrestation par les SS. Bref, plus de cinquante ans de vie intense au service de la France, reconstitués grâce aux archives familiales, et qui nous sont rendus par René de Chambrun, avec un rare bonheur de plume et une filiale considération.
Ce petit livre est un essai sans prétention, où l'ermite s'est fait diable, où il essaie de forcer la barrière qui nous sépare d'êtres que nous croyons comprendre un peu, et qui nous comprennent aussi. À la fin d'une carrière, où j'ai tenté de suivre la méthode scientifique la plus rigoureuse, ne m'est-il pas permis de me départir - un peu - de cette attitude, pour m'engager dans une voie peut-être hasardeuse, peut-être aussi quelque peu exploratrice. Au demeurant, ce livre ne prétend pas à la rigueur scientifique. Il n'est qu'un essai, qui, en langage sportif, peut ne pas être "transformé". Je me bornerai à parler des animaux domestiques les plus courants, chiens, chats, oiseaux, que je connais et que j'aime le mieux. Et comment faire autrement, que de tenter de donner un sens à leur langage, une intention à leurs gestes, en essayant d'en comprendre les nuances qui sont très variées ? Je ne chercherai pas à tirer des lois, à faire de la science abstraite, mais à montrer - par quelques anecdotes -, vécues par moi et par eux, qu'on peut beaucoup apprendre et comprendre de leur fréquentation assidue. J'ajouterai que les anecdotes rapportées ici, sont toutes vraies, même si elles sont contées sur un mode ironique. Seules les interprétations peuvent être mises en doute, encore que j'aie essayé de ne les avancer qu'avec des arguments sérieux. Qu'on veuille bien ne pas me chicaner sur l'emploi de certains termes. J'utiliserai, sans les définir, les plus courants du langage usuel. Ceux que l'on comprend sans insister sur leur sens : esprit, mentalité, conscience, psychisme, les implique tous. Je n'en abuserai pas.
Ce livre a une histoire. Nous étions en train d'en achever la composition quand l'auteur. Jacqueline de Caraman Chimay, soudainement, s'en est allée. Nous lui téléphonions pour convenir d'un détail de mise en page et une autre voix, triste, nous a répondu que c'était trop tard. Le livre devait paraître pour le centenaire de « La Revue des deux mondes » où ont paru les chroniques qui le composent. Jacqueline de Caraman Chimay, que sa naissance, sa famille et ses activités ont toujours placée au coeur des événements de l'époque, ne s'est jamais privée de dire ce qu'elle pensait. Elle le faisait "à bâtons rompus". Sur le dos de ses contemporains, qui le méritaient. Sans jamais se prendre au sérieux, et le plus naturellement du monde, elle écrit, au féminin, à la manière des chroniqueurs du XVIIe ou XVIIIe