Éditions de la Bibliothèque nationale de France
Ce nouveau volume de Trésors monétaires est consacré à un unique ensemble, le gigantesque trésor gallo-romain de Saint-Germain-lès-Arpajon (Essonne). Les quelque 34 000 monnaies qui forment ce dépôt représentent une accumulation de métal de plus de 100 kg. Si ce n'est sa taille hors norme, le profil de cet ensemble est assez classique en apparence. Il est constitué pour l'essentiel de petites pièces en alliage cuivreux frappées au cours de la période dite de « l'Empire gaulois » (260-274). Les monnaies les plus récentes datent du règne de Probus (276-282). La thésaurisation s'inscrit dans un contexte troublé, tant au niveau politique (usurpations, invasions et autres révoltes) qu'économique (inflation, réformes monétaires).
Ce nouveau volume de Trésors monétaires rassemble plusieurs trésors de monnaies d'or espagnoles perdus au xviie siècle : l'un découvert sur la plage de Donville-les-Bains, dans la Manche (24 monnaies, vers 1623-1629), un autre dans une maison de Castillonnès, dans le Lot-et-Garonne (45 monnaies, vers 1630-1635) ou bien encore d'Aurillac, dans le Cantal (24 monnaies et deux bijoux, vers 1665). S'y ajoute le spectaculaire trésor de monnaies d'argent espagnoles de l'épave de la Jeanne-Élisabeth, vaisseau suédois ayant sombré en 1755 au large de Maguelonne, sur la côte méditerranéenne. Ce trésor de quelque 4 000 pièces d'argent est remarquable par les péripéties qui accompagnent sa perte - course anglaise, naufrage, pillage - mais aussi par la richesse des informations qu'il nous livre. L'archéologie et l'examen des archives permettent de comprendre où et comment les lots ont été constitués, quelle a été la vitesse de circulation de cet argent depuis les ateliers américains jusqu'aux cales de la Jeanne-Élisabeth, etc. Il met aussi en lumière le rôle des marchands français dans la circulation des métaux américains, les zones privilégiées de circulation de l'argent dans une économie mondialisée qui va des Amériques à l'Inde et à la Chine en passant par l'Europe et le Proche-Orient. Ce volume s'accompagne également d'un article de synthèse sur la circulation de l'or espagnol en France au xviie siècle qui permet de situer ces ensembles monétaires dans leur contexte historique, politique, économique et financier.
Le département des Monnaies, Médailles et Antiques de la Bibliothèque nationale de France conserve une des plus importantes et des plus anciennes collections de pierres gravées au monde (près de dix mille). Dès le Moyen-Âge, certaines, d'une qualité exceptionnelle, exécutées pour des princes durant l'Antiquité, sont entrées dans les trésors des églises et des rois de France. Au début du XVIIIe siècle, le Cabinet du Roi en renferme déjà près de mille. Louis XIV, collectionneur passionné, fait orner les plus belles de montures d'or émaillées. Les confiscations révolutionnaires puis, aux XIXe et XXe siècles, les dons enrichissent considérablement le fonds. Les catalogues des pierres gravées grecques et romaines du département des Monnaies, Médailles et Antiques remontaient au XIXe siècle. C'est la plus éminente spécialiste de la glyptique antique, Marie-Louise Vollenweider, qui a relancé leur étude avec le catalogue raisonné des portraits antiques sur pierres dures. Le premier tome, intitulé Camées et intailles. Les Portraits grecs du Cabinet des médailles, illustrait la naissance du portrait en Grèce, les effigies des princes hellénistiques et des philosophes. Pour ce deuxième tome, consacré aux portraits romains, plus de 250 camées et intailles ont été sélectionnés. La richesse de la collection permet de présenter un panorama quasiment complet de l'histoire du portrait romain des débuts de la République jusqu'au Bas-Empire. Loin d'être un simple inventaire, cet ouvrage est une étude très personnelle mais rigoureuse, à la fois iconographique, technique, historique, stylistique et psychologique. Elle est accompagnée de plus de 500 photographies exécutées par l'auteur, dont de nombreuses macrophotographies qui révèlent des traits invisibles à l'oeil nu. Dans ces pierres, parfois minuscules, aux tons chatoyants, les visages des souverains et de leur famille ont gardé intacte toute leur expressivité. La présentation en deux volumes permettra au lecteur de suivre les descriptions très minutieuses de l'auteur tout en ayant sous les yeux les portraits eux-mêmes. Une table des concordances et des index des provenances, des collections, des artistes, des sujets et des matériaux complètent l'ouvrage.
Avec les 9 ensembles publiés dans ce nouveau volume de Trésors Monétaires, le vingt-sixième de la collection, on dépasse désormais les 200 000 notices. Ce vingt-sixième volume de Trésors monétaires est consacré à l'Antiquité romaine. Il rassemble six contributions portant sur neuf trésors tous enfouis dans la moitié nord de la France au IIIe siècle après J.-C. Cette concentration ne doit pas surprendre : la production monétaire du IIIe siècle a été abondante et les troubles invasions barbares, successions d'empereurs militaires, crise monétaire, épidémie ont conduit à une thésaurisation plus fréquente. Cela porte à 4 032 le nombre de monnaies publiées dans ce volume. Ces trésors offrent une vue très diversifiée sur les modes de thésaurisation, sur la nature de la circulation monétaire et sur les effets des réformes monétaires du IIIe siècle. 2014-2015 | Le trésor de sesterces de Saint-Sauveur (Somme), Un trésor de bronzes romains du Haut-Empire provenant du village de Bray (Eure), Le trésor de Courcelles-sur-Nied (Moselle) 132 deniers et 59 antoniniens, 253 AD et autres trésors.
Copiés sur parchemin ou sur papier, évangéliaires et recueils liturgiques s'ouvrent sur de magnifiques frontispices et se parent de miniatures aux couleurs vives illustrant les scènes de l'Ancien et du Nouveau Testament ou la vie des saints. Le fonds arménien de la Bibliothèque nationale de France est aujourd'hui riche de quelque 350 manuscrits et, pour les XVIe et XVIIe siècles, de près de 70 % de la production de livres imprimés. Pays à la géographie tourmentée ravagé par les invasions successives, l'Arménie, premier État converti au christianisme, s'est construite tout entière autour d'une religion et d'une langue. L'alphabet arménien, inventé au Ve siècle pour lire et traduire la Bible, déploie ici ses différents styles, tandis que dans les marges lettrines et lettres ornementées prennent la forme de végétaux ou d'animaux fantastiques. À partir du XVIe siècle, alors que se perpétue encore la tradition manuscrite, les premières imprimeries, installées alors en Europe, éditent, pour les marchands arméniens qui sillonnent le monde, des livres de dévotion et de divertissement agrémentés de gravures. L'impression de la Bible en arménien en 1666 à Amsterdam constitue un événement éditorial, que renforce la parution de nombreux ouvrages religieux mais aussi d'érudition et de littérature permettant, tant en Orient qu'en Occident, une plus large diffusion du patrimoine culturel arménien. La cinquantaine de pièces présentées, acquises dès le règne de François Ier puis principalement sous celui de Louis XV, témoignent de la constance de l'intérêt et de la curiosité que suscitent depuis toujours l'Arménie et sa culture en France. Illustration de couverture : Tétraévangile (détail), BNF, Manuscrits orientaux, arménien 333, f. 186 v° [cat. 35]
Ce quatrième tome des Monnaies chinoises, catalogue du département des Monnaies, Médailles et Antiques de la Bibliothèque nationale de France, est consacré aux quatre dynasties barbares, à la dynastie Ming et à celle des Ming du Sud, soit un éventail chronologique allant du début du xe siècle à 1661. Il présente près de 700 monnaies de bronze qui sont, pour beaucoup, peu fréquentes ; cette période est, en effet, marquée par l'usage régulier de la monnaie de papier et de l'argent dans les échanges quotidiens. Les quatre dynasties, khitane, djurtchète, tangoute puis mongole, qui occupent le Nord de la Chine où règnent provisoirement les Song, n'ont pas la même conception de la monnaie que les Chinois. Sous les Ming (1368-1644), la dépréciation du papier, en raison d'une maîtrise insuffisante des émissions, et de la valeur de l'argent - en raison des quantités de plus en plus grandes arrivant d'Amérique -, provoque une hausse de la valeur des monnaies de bronze. Comme les trois premiers volumes, le catalogue est précédé d'un commentaire historique et numismatique ; rédigé par François Thierry, conservateur général au département des Monnaies, Médailles et Antiques, il permet de comprendre l'importance du monnayage de cette période dans l'histoire monétaire de la Chine.
Dans ces essais sur le roman, Pietro Citati tente d'opérer la fusion du portrait psychologique et de l'interprétation littéraire, à travers trois figures, trois moments du roman : la folie de l'aventure (Dumas), la recherche théologique hantée par le Mal Absolu (Dostoïevski), les rapports de l'ombre et de l'écriture (Virginia Woolf).
Pour les Égyptiens, l'accès au séjour éternel nécessitait une préparation funéraire appropriée et tout défunt se devait d'avoir à ses côtés une armée de serviteurs destinés à le suppléer pour tous les travaux susceptibles de lui être imposés dans l'au-delà. Ces statuettes dites chaouabtis - puis ouchebtis à partir de la XXIe dynastie (1080-945 av. J.-C.) - sont apparues au Moyen Empire (vers 2040-1782 av. J.-C.) et se sont surtout diffusées et multipliées dans le matériel funéraire au Nouvel Empire (vers 1570-1070 av. J.-C.). Des 365 chaouabtis et ouchebtis de la belle collection d'antiquités égyptiennes constituée à partir du XVIIe siècle, seules 84 statuettes demeurent actuellement au département des Monnaies, Médailles et Antiques (les autres furent déposées au Louvre en 1907). Grâce à Liliane Aubert, à qui fut confié le soin de publier cette collection, et à son époux, Jacques François Aubert, ce fonds peu connu, mais parfaitement représentatif de la diversité des collections de la Bibliothèque nationale de France, est désormais à la disposition des chercheurs. Après une présentation de l'histoire de ces collections et de l'histoire de ces statuettes funéraires, le catalogue comprend 84 notices descriptives, avec la reproduction détaillée (face, profil et dos) de chaque pièce, ainsi qu'un relevé des inscriptions hiéroglyphiques qu'elle porte. Le lecteur trouvera, en annexes, l'inventaire des statuettes actuellement conservées à la Bibliothèque nationale de France, ainsi que les inventaires des pièces qui en proviennent et sont actuellement conservées dans d'autres musées, une chronologie, une bibliographie sélective et deux index.
La collection de matrices de sceaux médiévaux du département des Monnaies, Médailles et Antiques de la Bibliothèque nationale de France compte parmi les plus volumineux ensembles de ce type conservés en Europe. Ces objets, qui servaient à fabriquer les sceaux de cire que les hommes du Moyen Âge plaçaient au bas des chartes pour les authentifier, forment l'un des plus abondants corpus métalliques qui nous soient parvenus. Ayant été gravés pour des sigillants appartenant à toutes les strates de la société, de la reine Constance de Castille à l'artisan chaussier, de l'université de Paris à l'évêque de Squillace ou de la chartreuse royale de Miraflores à dame Dauphine du Broc, les matrices révèlent, parfois de manière émouvante, toujours de manière profitable, la façon dont des hommes, des femmes, des institutions du Moyen Âge mettaient en images leur identité. L'ambition de ce catalogue est bien de sortir de leurs réserves des objets longtemps ignorés susceptibles d'alimenter l'intérêt des chercheurs, historiens, historiens d'art ou des techniques mais aussi de susciter la curiosité du plus grand nombre.
À ce jour, les notices de près de 180 000 monnaies ont été publiées dans les Trésors monétaires. Si l'on compte les 8 ensembles publiés dans ce nouveau volume de TM, le vingt-cinquième de la collection, on dépasse désormais les 200 000 notices. Rien ne relie cette fois-ci ces différents ensembles entre eux, mais ils offrent, du iiie au xixe siècle, un échantillon de ce qui est régulièrement porté à la connaissance du département des Monnaies, Médailles et Antiques. Découvert en 1995, le trésor de Saint-Jean-d'Ardières (Rhône), restauré dans l'atelier du département, d'une qualité et d'une ampleur exceptionnelle (plus de 4 100 antoniniens auxquels se mêlaient 3 deniers) se clôt en 252 et offre l'occasion de revenir sur le classement des antoniniens frappés entre 238 et 252. Le dépôt double de Magny-Cours (Nièvre) s'achève autour de l'année 303, même si la composition des deux ensembles diverge. Ceux-ci ont fait l'objet d'un démontage stratigraphique qui apporte un éclairage intéressant sur leur mode de constitution. Ils permettent également de réexaminer des questions telles que celle du fonctionnement de l'atelier de Lyon de sa réouverture à la réforme de Dioclétien. Le trésor de Chitry (Yonne), qui vient buter sur la réforme de 318, est le premier trésor bien documenté de ce type pour la Gaule intérieure et vient compléter, par sa masse (quelque 2 500 nummi), notre connaissance des émissions produites dans les ateliers gallo-britanniques. Plus modeste (57 nummi), le dépôt de Roquemaure (Gard) offre un aperçu du stock monétaire en circulation au milieu des années 320. Le trésor de Gisors (Eure), formé d'environ 10 000 monnaies, est l'un des plus importants de son époque. Contenu dans un sac déposé dans un chaudron métallique, il regroupait pour l'essentiel des parisis royaux et baronniaux, des deniers rémois et, à part dans une bourse de cuir, des esterlins. Sa constitution donne ainsi une image de la circulation monétaire dans le Nord-Ouest du royaume au milieu du xiiie siècle. Autre trésor de l'Eure, mais plus tardif (vers 1465), celui de la léproserie de Saint-Thomas d'Aizier, inventé en 2001, est composé de 290 monnaies d'argent anglaises et de deux écus d'or français : comme à Magny-Cours, le dépôt a été démonté stratigraphiquement, ce qui a permis d'en comprendre la structure interne. Enfin le trésor de Tirepied (Manche), restauré également au Cabinet des médailles, se compose de 457 pièces d'argent qui étaient conservées dans un pot en grès : 116 écus royaux de 6 livres frappés entre 1726 et 1790 et 335 pièces de 5 francs frappées entre 1795-1796 et 1824. C'est le premier trésor de cette sorte publié dans les TM. L'étude de ces 7 dépôts est complétée par le supplément à l'inventaire des monnaies d'or découvertes isolément en Gaule romaine sous l'Empire, inventaire qu'avait dressé en 1990 Xavier Loriot. Ce supplément recense 351 trouvailles nouvelles.
La Bibliothèque nationale de France conserve plusieurs centaines de partitions vénitiennes, imprimées ou manuscrites, d'une très grande valeur musicale et culturelle, dont la simple présence dans notre pays constitue une énigme. Comment ces oeuvres sont-elles arrivées en France, alors que depuis 1672 - date à laquelle Jean-Baptiste Lully prend la tête de l'Académie royale de musique - et jusqu'à la fin de l'Ancien Régime, aucun opera seria ultra montain n'est créé sur une scène française ? C'est grâce à son excellente connaissance des rouages de la vie théâtra le et religieuse de Venise que Sylvie Mamy répond à cette question. Sa plume alerte suit à la trace le voyageur français qui, au xviiie siècle, frappe à la porte des copistes de musique de la Cité des doges avec l'ardent espoir de rapporter dans sa malle une aria chantée au théâtre par Farinelli ou par Faustina, fragile évocation de l'émotion d'un instant, qu'au retour on rangera secrètement sur les rayons de sa bibliothèque. Laissant la partition raconter son histoire, l'auteur jette un éclairage tout à fait inattendu sur la diffusion et la réception de l'opéra italien en France et sur les relations entre Paris et Venise au siècle des Lumières, tout en enrichissant un pan entier de l'histoire musicale européenne. Elle nous fait partager son plaisir et son rêve d'une Venise aujourd'hui disparue.
Avant de se figer comme d'autres, et peut-être plus facilement encore que d'autres, dans des attitudes satisfaites et des conduites convenues, la figure de l'honnête homme est dans son exigence d'origine, au XVIIe siècle, une figure inquiète de la culture : inquiétude vécue non pas dans les affres de la souffrance et la douleur grandiloquente des idéaux ascétiques, mais portée avec gaieté et naturel, dans la discrétion d'un détachement amusé de lui-même - bref, inquiétude ayant rang d'ironie. C'est de cette ironie qu'il est ici question, des formes qu'elle prend dans la considération des livres et des effets qu'elle produit dans leur maniement. Bousculant les habitudes et les représentations établies par l'humanisme savant de la Renaissance, revendiquant le patronage provocateur de Montaigne qui prétendait avoir « peu de pratique avec les livres », l'honnête homme construit un nouveau modèle de bibliothèque né de l'ambition de reconduire toujours le monde hiératique et autoritaire de l'écrit au monde changeant et mobile de la vie. Aussi la «bibliothèque de l'honnête homme» est-elle entendue ici dans un sens large, qui envisage les diverses voies qu'emprunte la résolution du conflit des lettres et du monde : elle est non seulement l'espace concret et arpentable des livres qu'on range sur les rayons d'une pièce désignée, qu'on classe en catégories (histoire et belles-lettres), qu'on distribue en genres (mémoires, livres de conversations, nouvelles galantes et historiques, etc.), qu'on relie de telle manière de préférence à telle autre, mais elle est aussi la métaphore des lectures idéales qu'on se prend à rêver d'être un prolongement naturel de l'entretien de vive voix - lectures menées, selon le mot de Montaigne, « par forme de conférence, non de régence », animées par la recherche d'une communication d'esprit au-delà de la transmission d'un savoir, comme un autre « art de conférer ». Bibliothèque réelle et bibliothèque imaginaire à la fois, la bibliothèque de l'honnête homme s'affirme ainsi l'expression d'un rapport au livre bien déterminé, apparu dans les bagages d'une morale aristocratique. Certes les modes et les enjeux de sa formulation évoluent à mesure que se modifient aussi, des années 1630 aux années 1730, les conditions générales de l'expérience propres à chaque génération. Mais sous la diversité des formes adoptées, de la définition d'un nouvel art de lire conçu comme art de l'écoute jusqu'à l'apparition de pratiques inédites de collection, du rapport du lecteur au rapport de l'amateur ou « curieux », ne cesse de s'affirmer et se préciser la nature esthétique de cette relation. Contre la tradition humaniste qui envisageait la bibliothèque avant tout comme un corpus, l'honnête homme en fait d'abord une question de style. J.-M. C.
L'inventaire des premières gravures italiennes regroupe plus de huit cents estampes exécutées au quattrocento et au début du cinquecento, toutes reproduites, à l'exception des doubles. Ce fonds exceptionnel - l'un des plus considérables avec ceux du British Museum et de l'Albertina - compte un grand nombre d'oeuvres uniques ou rarissimes parmi lesquelles la plus ancienne gravure italienne connue, une épreuve de nielle (plaque d'orfèvrerie), datée de 1452. C'est sous cette forme que l'estampe apparaît en Italie, dans les ateliers d'orfèvres de Florence. Elle connaît une évolution rapide dans les cités artistiques : Florence, Ferrare, Mantoue, Milan, Venise, Vicence, Bologne, Rome. Technique de reproduction et de multiplication de l'image, ce nouveau média utilisé par des orfèvres, des miniaturistes, des peintres, des artisans, parfois de grands maîtres, tels Pollaiuolo et Mantegna, devient un moyen d'expression artistique autonome. Imprégnés de l'idéal esthétique de la Renaissance, les graveurs affirment leur créativité par les valeurs subtiles du noir et du blanc, la recherche de la beauté formelle, l'expressivité de la ligne, le jeu de l'ombre et de la lumière, le sens de l'espace dans la feuille. Leur production facilite la diffusion du langage visuel de la Renaissance et de l'iconographie, de la culture humaniste. Les thèmes profanes se multiplient. Les mythes classiques servent souvent des allégories moralisatrices philosophiques. Les figures fascinantes inspirées de l'antique (satyres, tritons et néréides, centaures, monstres marins), les grotesques et les statues romaines récemment découvertes, animent un univers surnaturel et fantastique, proche de notre sensibilité. Cet inventaire comporte une introduction illustrée - synthèse historique et artistique des débuts de l'estampe en Italie - suivie par l'historique détaillé du fonds du Cabinet des estampes. Les oeuvres sont classées par école ou par graveur, chaque ensemble étant précédé d'un texte de présentation et d'une biographie de l'artiste, permettant au lecteur de les situer dans leur contexte. Les notices détaillées signalent l'historique des gravures et mentionnent les filigranes existants, tous reproduits, la plupart par bêtagraphie. On trouvera, à la fin, trois index (artistes, provenances et sujets).
Voici l'histoire de la rencontre des trois monothéismes avec ce qui allait devenir la science. Non pas à partir d'une réflexion théorique, mais d'une histoire locale, concrète. Multiple choc, d'où sont sortis l'individualisme et la raison, c'est-à-dire ce qui fait l'essentiel de la civilisation occidentale. En un lieu réduit : en Espagne, au Maroc, en France et en Italie. En un moment limité : aux XIIe et XIIIe siècles. Seul lieu et seul moment de l'Histoire où ces quatre regards sur le monde se sont nourris avec tolérance les uns des autres, pour donner naissance au meilleur de ce que nous sommes. Autour de trois hommes : Averroès, Maïmonide, Thomas d'Aquin.
Mieux connaître les caractéristiques des manuels de langue arabe composés et utilisés en France et dans l'empire colonial français, tel était l'objectif de la journée d'étude « Manuels d'arabe d'hier et d'aujourd'hui. France et Maghreb, XIXe-XXIe siècle », qui s'est déroulée le 29 septembre 2009 à la Bibliothèque nationale de France. La publication issue de cette journée d'études fait dialoguer des contributions sur les manuels en usage aux XIXe et XXe siècles avec des réflexions actuelles sur l'enseignement de la langue arabe : quelle place lui réserver dans le système scolaire primaire et secondaire français ? Doit-elle être le vecteur unique de l'enseignement primaire et secondaire au Maghreb ? À quel titre et sous quelles formes l'enseigner ? Ces questions ont été et restent encore aujourd'hui l'objet de vifs débats en France, au Maroc, en Algérie ou en Tunisie. Plus largement, les manuels imprimés constituent une source pour une histoire de l'enseignement en Afrique du Nord qui reste encore en grande partie à écrire. Ils fournissent aussi un matériau pour une histoire des usages, des représentations et des contacts linguistiques de part et d'autre de la Méditerranée, un domaine de recherche encore neuf et prometteur. Publié sous la direction de Sylvette Larzul et Alain Messaoudi, cet ouvrage rassemble les contributions de Barbara Airò, Kmar Bendana-Kchir, Khalid Ben-Srhir, Madiha Doss, Jérémie Dubois, Claire Gallien, Aurélien Girard, Sylvette Larzul, Denis Matringe, Alain Messaoudi, Michèle Sellès et Brigitte Trincard-Tahhan.
« Si Cervantes est l'écrivain dont je me sens le plus proche, cela tient à sa qualité de précurseur de toutes les aventures : si sa familiarité avec la vie musulmane donne à son oeuvre une indéniable dimension mudéjar, l'invention romanesque, à travers laquelle il assume la totalité de ses expériences et de ses rêves, fait de lui le meilleur exemple de l'attitude illustrée par le dicton : humani nihil a me alienum puto. Trois siècles et demi plus tard, les romanciers font encore du "cervantisme" sans le savoir : en composant nos oeuvres, nous écrivons à partir de Cervantes et pour Cervantes ; en écrivant sur Cervantes, nous écrivons sur nous-mêmes, que sa ferveur islamique nous soit étrangère ou familière. Cervantes reste le point vers lequel toujours convergeront nos regards. » Juan Goytisolo, extrait de « Vicissitudes du mudéjarisme », in Chroniques sarrasines, Paris, Fayard, 1985.
Le Cabinet des médailles de la Bibliothèque nationale de France compte parmi ses trésors la plus importante collection de pierres gravées au monde (près de dix mille). Nombre d'entre elles, d'une qualité exceptionnelle, gravées pour des princes durant l'Antiquité, nous ont été transmises par les rois de France qui les firent orner de montures d'or décorées de pierres précieuses et d'émaux. C'est la plus éminente spécialiste de la glyptique antique, Marie-Louise Vollenweider, qui inaugure l'étude des pierres grecques et romaines avec le catalogue raisonné des portraits antiques, résultat de trente années de travail. Pour ce premier tome, consacré à la naissance du portrait et à son développement à l'époque hellénistique - qui sera suivi d'un second sur les portraits romains -, 283 camées et intailles ont été sélectionnés. D'une conception résolument nouvelle, ce catalogue ne se contente pas d'établir un classement des oeuvres, selon le style d'une époque et la manière d'un graveur, mais cherche à comprendre l'esprit du temps, le talent des graveurs et la psychologie des personnages représentés. Ceux-ci, restés jusqu'ici anonymes, ont retrouvé leur identité de princes et de princesses hellénistiques - ptolémaïques, séleucides, pontiques, cappadociens -, d'artisans ou de philosophes, mais aussi une vie nouvelle. Car pour Marie-Louise Vollenweider, le visage parle et elle en comprend parfaitement le langage. Notons aussi certaines attributions inédites à des artistes, dont la plus novatrice est celle d'un camée d'Alexandre le Grand au plus célèbre graveur de l'Antiquité, Pyrgotélès, connu par le témoignage de Pline l'Ancien, mais dont aucune oeuvre n'avait été jusqu'à présent identifiée. Ce serait là le seul portrait du grand souverain réalisé de son vivant.
De 1739 à 2002, la BNF s'est enrichie d'une collection de plus de deux mille volumes manuscrits en persan, dont beaucoup sont enluminés, anciens ou contiennent des copies uniques de textes rares. La longue histoire de la constitution du fonds persan de la BNF met en scène savants, voyageurs, interprètes et collectionneurs les plus divers, militaires ou médecins, qui déposent ou vendent les collections accumulées durant leurs voyages et missions diplomatiques en Inde et en Perse. Dans ce tableau des études françaises sur la civilisation persane classique, émergent les noms prestigieux de L. M. Langlès, S. de Sacy, A. L. de Chézy, Otter, Simon de Vierville, ou encore Anquetil-Duperron. La transmission des textes persans pose le problème de la filiation des manuscrits, discipline érudite de l'histoire des textes où les arguments philologiques et stylistiques corroborent ou infirment les données de l'analyse codicologique. Francis Richard se livre à une véritable traque des variantes, marques de relecture ou corrections et fait revivre des grands ateliers comme ceux de la ville de Chîrâz entre le XIIIe et le XVIIe siècle ; il apporte des éclairages sur le rôle du mécénat princier. À la frontière entre transmission orale et transmission écrite, l'étude du mode de survie des textes poétiques peut être illustrée, juste avant que la Perse n'adopte le chiisme comme religion officielle au début du XVIe siècle, par la vogue extraordinaire de l'oeuvre de Djâmî, figure emblématique du Hérât timouride et poète adulé des Ottomans. Quelques exemples montrent de quelle manière s'est manifesté le succès de son oeuvre, recopiée et illustrée à l'envi. Enfin, Francis Richard attire l'attention sur un type de décor à la fois omniprésent dans les manuscrits persans et éclipsé par la miniature qui a beaucoup plus attiré l'attention des amateurs et des spécialistes d'histoire de l'art, les frontispices initiaux ou sarlowh que l'on trouve en tête de nombre de manuscrits. Or il s'agit d'un des décors les plus classiques dans les manuscrits persans. Une certaine évolution des styles s'accompagne d'une extrême fidélité à des modèles et à un répertoire d'éléments auxquels on puise. Leur étude systématique pose de redoutables problèmes du fait de leur abondance et de leur caractère non figuratif. Rassembler systématiquement un corpus d'images est la condition préalable à une histoire véritable de ces chefs-d'oeuvre qui, avec la calligraphie, sont presque emblématiques de l'art du livre persan.
Le présent volume, qui présente six trésors, est entièrement consacré aux trésors médiévaux du xe au tout début du xiie siècle : le trésor dit « du Loiret », le trésor du xe siècle de Maffliers, le trésor de Cuts, le trésor monétaire double de Vignacourt, le trésor de Bordeaux-en-Gâtinais, un petit dépôt de monnaies royales du début du xiie siècle à l'église de Marly-la-Ville.
À partir des années 1550, des familles d'éditeurs d'estampes s'installèrent à Paris, rue Montorgueil, près des Halles, et proposèrent au public une production de gravures inédite en Europe jusqu'à la fin des années 1640. Très mal connue, leur activité est pourtant un témoignage capital, permettant de mieux saisir l'importance de l'estampe française à cette époque. L'ouvrage qui leur est consacré s'inscrit dans la lignée des volumes d'inventaires du fonds français des graveurs des XVIe et XVIIe siècles rédigés par les conservateurs du département des Estampes et de la Photographie. Toutefois, si la Bibliothèque nationale de France est la seule institution à conserver autant de gravures de la rue Montorgueil, elle n'a pas constitué le seul lieu d'investigation du présent volume : les fonds de bibliothèques ou de musées étrangers ainsi que les estampes passées en ventes publiques ont également été pris en compte. Ce catalogue décrit donc méthodiquement plus de 650 estampes classées par ordre alphabétique d'éditeurs. Les notices des estampes conservées à la BnF sont accompagnées d'une reproduction. Le volume est complété d'une riche introduction, synthèse historique et artistique sur la longue activité des éditeurs de la rue Montorgueil pendant près d'un siècle, et recense toutes les informations biographiques connues sur les imagiers ou éditeurs actifs dans cette rue parisienne.
« Lorsqu'il publie Le Contrat naturel (éditions François Bourin, 1990), Michel Serres fait plus qu'exprimer un état de sa recherche philosophique. En intellectuel, il s'engage au coeur même d'une question fondamentale pour l'avenir de l'humanité : le souci écologique. Quelles sont les limites de la planète terre ? Quels sont les devoirs des civilisations modernes envers elle ? Y a-t-il une fin de la nature prévisible ou prévue ? A la croisée des chemins entre sciences humaines, sciences dures et droit, les thèses de Michel Serres ont eu nombre de résonances dans les débats et les institutions internationales chargées de la question écologique, et ont évolué dans un aller-retour permanent avec l'actualité. Revu en 1992 pour une réédition chez Flammarion à l'occasion de la conférence de Rio et de l'appel d'Heidelberg, Le Contrat naturel est en réalité l'objet d'une actualisation permanente, véritable work in progress du philosophe. En 1998, la Bibliothèque nationale de France invitait Michel Serres à effectuer un Retour au Contrat naturel dans une conférence publique suivie d'un débat. A l'heure de la prise de conscience par les politiques du monde entier du problème écologique (Grenelle de l'environnement, prix Nobel de la Paix d'Al Gore et du GIEC pour leur campagne de sensibilisation aux dangers du réchauffement climatique...), la prise de parole et de position de Michel Serres reprend tout son sens éthique et délivre la pensée du philosophe sans médiation aucune, avec toute la clarté du pédagogue et la finesse de l'Académicien. » Patrick Frémeaux
J'ai choisi pour thème « L'analyse, l'archive », évoquant ainsi en un même mot l'analyse des textes et le processus de la cure psychanalytique. L'analyse, l'archive, et non pas « psychanalyse de l'archive » ou « archive de la psychanalyse ». Le lien entre les trois conférences n'est pas apparent au premier abord ; pourtant, entre « Le pouvoir de l'archive », « Le stade du miroir » et « Le culte de soi et les nouvelles formes de souffrances psychiques », un fil rouge existe. Si, comme on le verra, le pouvoir de l'archive est d'autant plus fort que l'archive est absente, il existe bien un lien entre la première et la deuxième conférence. En effet, la théorie lacanienne du stade du miroir s'est développée depuis 1936 en se fondant sur une conférence dont le contenu a disparu : une conférence introuvable, retirée par son auteur des actes d'un congrès international qui se tenait à Marienbad. Par la suite, ce texte a dû sa place aux traces qu'il a laissées dans l'ensemble du corpus lacanien, c'est-à-dire à des fragments déposés par Lacan çà et là, puis reconstitués par l'historien, par moi en l'occurrence, à partir de témoignages et de notes. Quant à la question du culte de soi, elle a trait à la fois à l'archive et à la psychanalyse et, plus précisément, à l'émergence, durant le dernier quart du XXe siècle, d'une « archive de soi », d'un culte du narcissisme mettant au premier plan, contre et au-delà de la cure psychanalytique, une pratique de l'autoanalyse ou de l'autothérapie, fondée sur une valorisation de l'image de soi. Or, Lacan en avait saisi la dialectique dans sa fameuse conférence de 1936 sur « le stade du miroir ». Voilà donc le fil rouge qui unit ces trois interventions.
Encore trop peu connu, le fonds de dessins du département des Estampes et de la Photographie de la Bibliothèque nationale de France constitue une des collections les plus riches qui soient, sans doute équivalente à celle du département des Arts graphiques du musée du Louvre. Cet inventaire consacré à cinq cent soixante feuilles de l'école française du xviie siècle conservées à la Réserve du département vient mettre en valeur une partie essentielle de ce fonds. Formant le coeur de la collection de dessins de maîtres français du xviie siècle, cet ensemble, d'une profonde originalité, renferme, à côté de feuilles de maîtres connus et bien représentés dans les collections publiques françaises, de nombreux dessins en rapport avec des estampes. Couvrant les vastes champs de création de la gravure, il révèle des artistes oubliés ou trop souvent assimilés par l'histoire de l'art à un seul genre (tels Louis Richer, Marin Desmarestz, Daniel Rabel ou Claude Spierre). Fruit de recherches approfondies, qui ont permis de vérifier les attributions et de préciser l'appareil bibliographique de chaque pièce, ce travail s'inscrit dans un cadre chronologique qui va de la génération des artistes nés vers 1590 (celle de Simon Vouet, Jacques Callot ou Pierre Brebiette), jusqu'à celle, qui naît vers 1650-1655, des Bonnart, grands diffuseurs des gravures de mode. Illustration de couverture Brebiette, Cérès entre Junon et Amphitrite, détail (voir n° 36, p. 34)
La réflexion anthropologique a longtemps perçu dans le sacrifice sanglant une espèce d'énigme qu'elle s'est efforcée de résoudre, mais sans y parvenir. On s'est dit alors que le sacrifice en général, le sacrifice en soi, n'existe peut-être pas. L'hypothèse d'une illusion conceptuelle est légitime en tant qu'hypothèse mais, dans la seconde moitié du xxe siècle, elle s'est durcie en un dogme d'autant plus intolérant qu'il croit triompher de l'intolérance occidentale, de notre impérialisme de la connaissance. Sous l'emprise de ce dogme, la majorité des chercheurs a rejeté la théorie mimétique qui réaffirme la nature énigmatique du sacrifice et enracine son universalité dans la violence mimétique de tous les groupes archaïques. Pour illustrer la théorie mimétique, René Girard interroge la plus puissante réflexion religieuse sur le sacrifice, celle de l'Inde védique, rassemblée dans les vertigineuses Brahmanas. On trouve dans la Bible des violences collectives semblables à celles qui engendrent les sacrifices mais, au lieu de les attribuer aux victimes, la Bible et les Évangiles en attribuent la responsabilité à leurs auteurs véritables, les persécuteurs de la victime unique. Au lieu d'élaborer des mythes, par conséquent, la Bible et les Évangiles disent la vérité : on y trouve l'explication du processus sacrificiel, le processus victimaire ne peut donc plus servir de modèle aux sacrificateurs. En reconnaissant que la tradition védique peut conduire elle aussi à une révélation qui discrédite les sacrifices, loin de privilégier indûment la tradition occidentale et de lui conférer un monopole sur l'intelligence et la répudiation des sacrifices sanglants, l'analyse mimétique reconnaît des traits comparables mais jamais vraiment identiques dans la tradition indienne. Même si nous restons incapables de débrouiller vraiment le rapport qui unit et sépare ces deux traiditons, ces trois conférences nous permettent d'apprécier un peu mieux leur richesse et leur complexité.
Cet ouvrage constitue le deuxième volet de la fabuleuse collection de dessins du XIXe siècle conservés par la Bibliothèque-Musée de l'Opéra. Mais alors que le premier volume ne présentait que des décors et des costumes exécutés pour cette institution, celui-ci révèle l'activité de décorateurs français pour les autres théâtres, à Paris principalement, mais aussi en province et à l'étranger. Des notices sur les décorateurs (parmi lesquels Ciceri, Cambon, Despléchin, Chaperon) et de nombreuses illustrations permettent de mieux comprendre la fascination que ces magiciens de la scène exercèrent sur leurs contemporains, bien au-delà de nos frontières. Illustration de couverture : Fragonard, Ricciardo e Zoraïde.
L'ouvrage comprend une liste chronologique (de 1800 à 1914) des oeuvres données au théâtre de l'Opéra et, pour chacune, tous les renseignements relatifs aux artisans des décors et costumes. Avec une bibliographie et un index. Illustration de couverture : Ciceri, Aladin, n° 2.
Gauguin intervient non seulement par le titre de son grand tableau de Boston, mais aussi parce que, à un tournant décisif de notre histoire, il a tenté, Occidental, de s'immerger dans une culture antérieure au livre. D'où venons-nous ? Réflexions sur l'évolution du livre, instrument fondamental de notre civilisation, notamment au coeur des trois grandes religions monothéistes, dans sa forme et dans sa teneur. Où sommes-nous ? La place du livre a déjà profondément changé dans notre vie. Devant les problèmes actuels de la librairie, on assiste à la floraison d'un certain nombre de travaux qui mettent en question son fonctionnement et proposent des voies différentes. Une certaine confusion règne dans l'éclosion de genres plus ou moins nouveaux : livres illustrés, livres de peintre, livres de luxe, livres de poche, etc. Il s'agit d'y mettre un peu de clarté. Où allons-nous ? Les progrès des communications confrontent le livre auquel nous étions habitués à de nombreux défis. Quel parti peut-on tirer de ceux-ci pour améliorer le passage vers l'océan qu'on espère pacifique d'un nouveau millénaire ? Reproduction du tableau de Paul Gauguin, D'où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ? sur le site du Museum of Fine Arts de Boston.
En février 1946, Geneviève Massignon, la fille du grand orientaliste Louis Massignon, a 24 ans. Elle part affronter le rude hiver canadien pour y conduire une étude sur le parler acadien, prenant note de tous les contes et de toutes les chansons populaires qu'elle peut recueillir dans cette province canadienne francophone. Puis, en 1961, à la veille de sa soutenance de thèse, elle décide de retourner sur les lieux, munie cette fois d'un matériel d'enregistrement plus fiable. Elle récolte ainsi plus de 500 chansons, qu'elle classe par thèmes. Elle meurt en 1966 sans avoir achevé l'édition de son étude, et son frère, Daniel Massignon, fait don en 1988 à la Phonothèque nationale de ces enregistrements et notes manuscrites. C'est le folkloriste Georges Delarue qui prendra en charge l'édition définitive de cet ouvrage dont le premier volume contient les textes de 50 chansons présentées avec toutes leurs variantes, conservées, vivifiées et transformées dans les provinces maritimes du Canada et le Madawaska américain. Elles sont accompagnées de commentaires détaillés visant à les situer dans leur histoire et leur devenir. Les mélodies, présentées dans le second volume, sont chaque fois notées avec une très grande précision permettant une analyse mélodique fouillée. Pour chaque chanson, une bibliographie détaillée ainsi que diverses remarques dans les commentaires permettent de la situer par rapport à ses homologues recueillies sur le territoire français.