Direction des Archives
Le ministère de l'Europe et des Affaires étrangères a acquis en 2019, avec le concours de l'association des Amis des Archives diplomatiques, le chartrier de la famille de L'Aubespine. Cet ensemble regroupe des correspondances diplomatiques du XVIe siècle en grande partie inédites. Parmi elles se trouvait une pièce exceptionnelle : une minute du traité de Cambrai du 3 août 1529, portant les signatures autographes de Louise de Savoie, mère de François Ier, et de Marguerite d'Autriche, tante de Charles Quint. L'étude de ce document permet de mieux appréhender le conflit entre la France et les Habsbourg et les Guerres d'Italie sur la période 1520-1540.Cet ouvrage réunit les contributions d'universitaires et de conservateurs afin de décrypter les dessous de cet événement conduit par deux femmes de pouvoir. L'enjeu est de comprendre la maturation des processus juridiques et la formation des archipels documentaires qui constituent le support de l'histoire internationale du XVIe siècle. Autour de cette étude consacrée à la « paix des Dames », les chercheurs interrogent la diplomatie de la Renaissance, et surtout le rôle joué par les femmes dans le contexte des Guerres d'Italie.
Comment passer d'un rapport impérial, fortement polarisé par une métropole, à des relations plus équilibrées, qui s'inscrivent dans un cadre associant des diplomaties bilatérales et multilatérales ? La question se pose aux États africains nouvellement indépendants. Croisant une histoire des relations internationales et une histoire sociale du politique, ce livre explore les reconfigurations des diplomaties euro-africaines, alors que le continent s'insère dans un système international dominé par les enjeux de Guerre froide et reconfiguré par l'arrivée des pays du Tiers-Monde.La boîte à outils de l'historien permet d'envisager cette vaste question de manière empirique. Fruit d'une collaboration entre les Archives diplomatiques et Nantes Université, l'ouvrage dresse un état des lieux des fonds diplomatiques français concernant l'Afrique au tournant des indépendances. Le dialogue entre archivistes et historiens met en lumière la richesse de ces archives et nourrit une réflexion méthodologique quant à leur interprétation.L'ouvrage examine la combinaison de continuités et de ruptures qui caractérise la décolonisation des relations entre Europe et Afrique. Aux Nations Unies, les États africains doivent prendre en compte les antagonismes de la Guerre froide, et tentent de renforcer leur place par des regroupements continentaux (panafricanisme) ou transcontinentaux (non-alignement, afro-asiatisme). L'ouvrage interroge aussi les notions d'aide et de développement - idéaux centraux de l'après-guerre - qui structurent les ambivalences des relations euro-africaines.
Au début du xxe siècle, la diplomatie se professionalise et s'adapte aux mutations profondes de la vie inter-génération, sorti du rang (Gabriel Hanotaux) ou issu du concours tout récemment institué aux Affaires étrangères (Jean-Jules Jusserand), sont représentatifs de cette époque. Liés, notamment, par l'intérêt qu'ils ont porté aux relations franco-américaines, ils ont contribué à définir les grands axes de la politique extérieure mais ont aussi laissé une oeuvre inscrite dans la vie intellectuelle de leur temps. Grâce à l'exploitation de leurs archives personnelles et des fonds conservés aux Archives du ministère des Affaires étrangères, les contributions réunies dans ce volume évoquent leur ascension, la construction de leurs réseaux, leurs pratiques sociales et professionnelles et le rôle pionnier qu'ils ont joué dans l'élaboration d'une diplomatie culturelle, voire sportive dans le cas de Jusserand. Elles éclairent aussi la façon dont ces deux diplomates ont appréhendé la montée des États-Unis sur la scène internationale, dès le début duxxe siècle, et, avec elle, l'apparition de nouvelles formes de l'action diplomatique, ainsi que les moyens qu'ils ont chacun déployés pour oeuvrer au rapprochement franco-américain.
Avec l'inventaire des dossiers du gouvernement de l'État français de Vichy s'achève la campagne d'ouverture des archives de la Seconde Guerre mondiale aux Archives diplomatiques, engagée avec la publication de l'inventaire Londres-Alger et des Papiers 40. Les chercheurs disposent désormais d'un instrument de recherche complet qui présente toutes les archives produites pendant le second conflit mondial par les services de Vichy et notamment celles des trois dernières sous-séries encore inédites : les archives du service des oeuvres françaises, c'est-à-dire des questions culturelles pendant la période, celles de la délégation générale du gouvernement français dans les territoires occupés dont une large partie est conservée aux Archives nationales et celle enfin de la délégation du service du personnel à Paris.Les milliers de volumes recensés dans les pages qui suivent évoquent les vicissitudes de l'État français qui, en dépit de la défaite et de l'occupation, partielle puis totale du territoire national, s'efforce de maintenir une action extérieure de plus en plus concurrencée par celle de la France Libre.
Bien que les études européennes ne constituent pas un champ cohérent et qu'un tassement de la « demande d'Europe » dans la société soit sensible, on enregistre l'émergence, au cours des dernières années, d'une historiographie des « coopérations européennes » dynamique et pertinente, qui s'est renouvelée et a élargi son champ d'investigation, aussi en relation avec l'ouverture des archives institutionnelles ou l'accès à des fonds documentaires diversifiés (personnalités, mouvements, business archives, archives syndicales et des partis politiques, think tanks). Le colloque international organisé aux Archives diplomatiques de La Courneuve les 30 juin et 1er juillet 2016, dont les actes sont publiés dans le présent volume, se proposait d'explorer le renouvellement de ce champ d'investigation à partir de l'examen des thèmes suivants : les États membres et les Institutions de l'Union européenne ; l'apport des archives privées à l'historiographie de la Construction européenne ; l'action des fondations, le rôle des groupes de travail et portails européens dans la collecte, la diffusion et l'exploitation des sources et études sur la construction européenne.
Si de nombreux ambassadeurs, de nos jours, écrivent leurs mémoires, il n'en allait pas de même pour les diplomates du xixe siècle. Parmi les agents du Quai d'Orsay, c'était même exceptionnel. D'où l'intérêt historique des Souvenirs d'Hippolyte Desprez, dont le manuscrit inédit est conservé aux Archives du ministère de l'Europe et des Affaires étrangères. La carrière de Desprez commence avec le Second Empire, en 1852, juste avant l'inauguration du splendide ministère au 37, quai d'Orsay. Desprez devait y rester près de trente ans. D'abord simple rédacteur, bientôt promu sous-directeur, il conserva de 1866 à 1880 la plus haute fonction, celle de directeur politique. Principal collaborateur des ministres successifs, à une époque où il n'existait ni directeur de cabinet ni secrétaire général, Desprez occupa une position discrète mais cardinale au coeur de la diplomatie française. Il fut à la fois observateur et acteur des événements qui bouleversèrent l'Europe, notamment la guerre de 1870. Voici donc l'édition de ce témoignage unique sur le Quai d'Orsay au xixe siècle et sur la politique étrangère de Napoléon III.
Plus que jamais, le monde a besoin d'une solidarité internationale pour relever les multiples défis auxquels il est aujourd'hui confronté : faire prévaloir la paix et le droit face au recours à la force qui mène aux conflits ; pourvoir au développement économique et social et lutter contre les inégalités ; assurer collectivement la gestion des grands réseaux et des biens publics mondiaux (climat, énergie, environnement, santé, numérique...) dont dépend l'avenir de l'humanité.Face à une crise du système international qui évoque certaines heures sombres de notre vingtième siècle européen, cet ouvrage propose au lecteur quinze portraits parmi celles et ceux qui, confrontés à la violence de leur temps, décidèrent de mettre leur vie au service de la paix, de la solidarité et de valeurs humanistes. Ces Français, loin de travailler seuls, surent s'associer à d'autres de ces acteurs visionnaires, Européens, Américains, Asiatiques ou Africains, qui voulurent aller aussi loin que leur époque le permettait.Ces portraits et études ont été conçus et rassemblés pour rappeler au lecteur le chemin parcouru et éclairer sa réflexion sur le multilatéralisme et sa quête inlassable de la paix et du bien commun.
L'année 2020 marque un double anniversaire, celui des 75 ans de la fondation des Nations unies mais aussi le centenaire de la création de la Société des Nations (SDN), qui a posé les premières pierres du système multilatéral à l'issue de la Première Guerre mondiale. Au-delà de son impuissance à éviter le déclenchement d'un second conflit mondial, il s'agit dans cet ouvrage de rendre accessibles des sources françaises permettant de mieux comprendre l'action de la SDN. Celle-ci s'est pleinement affirmée dans le domaine de la collaboration fonctionnelle en jouant un rôle pionnier et important en matière d'organisation internationale dans de multiples domaines. Elle a ainsi été chargée de gérer au mieux les territoires coloniaux détenus en 1914 par l'Allemagne ou par la Turquie, confiés sous son autorité à la suite des traités de paix par le système des mandats à des puissances victorieuses, ouvrant la voie à la décolonisation. Le rôle économique et financier de la SDN n'est pas moins important. Par le biais de comités d'experts et de grandes conférences internationales en faveur des pays dont les finances avaient été désorganisées par la Grande Guerre, elle a abordé presque toutes les questions qui se sont posées dans ce domaine. La protection des minorités est devenue, à l'initiative du président Wilson, une mission essentielle de la SDN, rendue indispensable par les bouleversements territoriaux subis par l'Europe centrale. Le rôle humanitaire au profit des plus faibles a été également une des priorités de cette organisation internationale. Soulignons qu'après la Grande Guerre, la constitution d'un droit international en matière sociale lui est confiée. Enfin, puisque ce volume est consacré à l'inventaire des archives françaises relatives à la SDN, il est également frappant de constater à quel point la France était déjà investie dans ces premiers efforts pour mettre en place un ordre international. De nombreuses reproductions de documents et photographies dont certaines sont inédites, contribuent à nourrir la réflexion sur l'importance que revêt aujourd'hui, comme hier, un système international basé sur la coopération plutôt que sur la confrontation.
Tour à tour conspirateur sous la Révolution et l'Empire, diplomate, homme politique et ministre sous la Restauration, Jean-Guillaume Hyde de Neuville fait partie de ces personnages historiques dont la vie mouvementée vaut un roman. Ce fut aussi une personnalité complexe, royaliste fanatique au point de fomenter un attentat sanglant contre Napoléon, homme politique aux idées libérales défendant la liberté de la presse sous Charles X. Fidèle pourtant à ses idéaux (la royauté légitime), fidèle à ses amitiés (Chateaubriand surtout, dont il fut l'un des proches), observateur attentif aux États-Unis où il passa sept ans d'exil, il demeure une personnalité attachante. L'ouvrage de Françoise Watel fait revivre ce personnage à la fois connu et méconnu des historiens.
Camille Barrère fut ambassadeur de France à Rome pendant un quart de siècle (de 1897 à 1924) : c'était un temps où les ambassadeurs n'étaient pas de simples exécutants des instructions du Quai d'Orsay, mais de vrais conseillers des Ministres, bien plus éphémères dans leurs fonctions. Son rôle dans les relations internationales ne fut pas mince puisqu'il contribua à éviter que l'Italie entre en guerre aux côtés de l'Allemagne et de l'Autriche-Hongrie et à faire qu'elle rejoigne la Triple Entente. Sur son action, l'auteur Enrico Serra qui partageait avec Barrère sa passion du journalisme, écrivit en 1950 un livre d'histoire diplomatique à la fois savant et élégant. Utilisant toutes les sources alors disponibles ainsi que plusieurs archives privées, l'auteur arrive à des conclusions qui ont été confirmées par les recherches les plus récentes. Il nous offre une oeuvre pleine de perspicacité et de sympathie pour l'hôte du Palais Farnèse, tout en ne cachant pas les foucades de ce Républicain à la fois épris de la grandeur de la France et attaché au rapprochement des soeurs latines. Par amitié pour Serra (avec lequel il avait fondé et animé le Comité franco-italien d'études historiques), et par admiration pour Barrère, ce diplomate exceptionnel qui avait tenu tête à Clemenceau, Jean-Baptiste Duroselle avait entrepris la traduction de ce livre. Plus d'un demi-siècle plus tard, voici donc cette étude enfin disponible en français.
Oublié Léon Bourgeois ; dépréciée son oeuvre : ingratitude du temps qui passe ! Et cependant, en dehors de sa formidable idée de solidarisme, véritable projet de société voilà une personnalité qui a consacré sa vie à la paix. D'abord, lors des conférences de la Haye, imposant son idée de l'arbitrage, ensuite en bâtissant patiemment la trame d'une Société des Nations, enfin malgré l'échec de sa conception d'une institution internationale, réussissant à faire naître cette Société : tout cela lui valant le prix Nobel de la Paix en 1920. Loin d'être le rêveur qu'on a fait de lui, il sait que la révolution qui « substituera le règne de l'ordre et de la justice à celui de la force et de la violence » ne se fera pas en quelques années. C'est à cet « homme d'action de la paix » qu'on doit-en grande partie-toutes les tentatives de gouvernance mondiale, tous les efforts pour le multilatéralisme au xxe siècle. Les contributions de Christophe Bellon, Carl Bouchard, Jean-Louis Debré, Xavier Desbrosse, Jean-Michel Guieu, Stanislas Jeannesson, John Keiger, Christine Manigand, Clément Noual, Marc Sorlot, Caroline Tixier, Samuel Tomei et Maurice Vaïsse rassemblées dans ce livre visent à remettre à l'honneur et simplement en mémoire ce que l'on doit à Léon Bourgeois.
Les Archives des Affaires étrangères issues du règlement de la Grande Guerre n'ont pas été épargnées par la Seconde Guerre mondiale. Document emblématique, objet de la vindicte d'Hitler, l'original du traité de Versailles (28 juin 1919) dont la France était le dépositaire officiel, pourtant mis à l'abri au château de Rochecotte près de Tours, fut dérobé, avec le traité de Saint-Germain, par une délégation conduite par Otto Abetz et disparut, sans doute après avoir été exposé à Berlin. Les archives de la conférence de la paix, ouverte au Quai d'Orsay le 18 janvier 1919 et qui poursuivit ses travaux au-delà de la signature des traités de Versailles, Trianon, Saint-Germain-en-Laye et Sèvres, ont aussi, dans leur ensemble, subi de graves dommages après avoir été emportées par les nazis, des dommages que la direction des Archives des Affaires étrangères a entrepris de réparer en lançant une campagne de classement et de restauration (523 cartons répartis en cinq séries, de 1918 à 1930, comprenant des rapports, correspondances, imprimés et cartes). Ces archives viennent compléter les traités, les cartes et atlas qui constituent des documents essentiels pour comprendre la redéfinition des frontières de l'Europe à l'issue de la Première Guerre mondiale. Il convenait, par ailleurs, d'attirer l'attention sur un certain nombre de collections d'origine privée que le caractère incomplet de leurs inventaires avait empêché de communiquer aux chercheurs.