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La biographie d'une figure majeure de l'histoire de la pensée, par un historien du Maghreb médiéval. Collection : " Zéna ". Depuis sa redécouverte en Europe il y a deux siècles, la renommée d'Ibn Khaldûn (1332-1406) n'a cessé de grandir, au point qu'il est aujourd'hui le seul des intellectuels issus du monde arabo-musulman à jouir d'une audience universelle. L'auteur du monumental Kitâb al-'ibar, ou Livre des Exemples, est comparé aux grands noms de l'Antiquité et des Temps modernes, de Thucydide à Machiavel, de Montesquieu à Marx. Il y a gagné sa réputation de précurseur des penseurs contemporains de la société, de l'État et de l'économie. Pour aller au-delà de la figure romantique du "génie" esseulé, cette enquête s'attache à restituer le parcours d'Ibn Khaldûn dans une période marquée à la fois par la peste noire et par l'échec du sultan mérinide Abû l-Hasan (r. 1333-1348) à unifier le Maghreb. Elle restitue les pérégrinations de celui qui fut d'abord un praticien du pouvoir dans les cours de l'Occident musulman Tunis, Fès, Grenade, Bougie et Tlemcen avant son exil auCaire, alors la plus brillante des cités de l'Islam, où il se consacre à l'enseignement et à une carrière de magistrat. Cet ouvrage jette de la sorte une vive lumière sur les conditions de formation de sa théorie de la civilisation, et permet en retour d'interroger les modalités de la construction d'une figure de la philosophie de l'Histoire, dans les mondes musulmans puis en Occident.
Conakry. Une utopie panafricaine Récits et contre-récits, 1958-1984 Cet ouvrage raconte comment les récits ont structuré la Révolution guinéenne, autrement dit comment l'État guinéen a construit une machine narrative pour asseoir son utopie politique panafricaine et anticoloniale. Trouvant son point d'ancrage mythique dans le " non " adressé par Sékou Touré au Général de Gaulle lors du référendum de 1958 appelant à la création d'une nouvelle " Communauté " franco-africaine, ce régime a d'abord suscité beaucoup d'enthousiasme, rassemblant un temps à Conakry de grands intellectuels et artistes du monde entier tels que Miriam Makeba, Maryse Condé, Stokely Carmichael, Djibril Tamsir Niane et Fodéba Keïta. Mais ce livre décrit également l'envers du décor : dans les cahiers intimes, dans des bribes de poèmes, dans des carnets de notes se racontent, au quotidien, d'autres récits, ceux de la propagande, de la répression et des purges politiques, de l'atmosphère de terreur et de l'arbitraire du pouvoir. Aucune de ces deux faces, l'endroit, l'envers, n'est plus vraie ou plus fausse : elles fonctionnent ensemble. Elara Bertho écrit au plus près des voix des acteurs. Elle nous livre une histoire sensible de la Guinée contemporaine, des circulations transatlantiques des artistes et des idées, mais également une réflexion sur les mémoires contrastées des dictatures socialistes.
Une autre manière d'éclairer l'histoire des mondes africains : l'établissement d'une source orale qui nous projette au pied du mont Makabay, en 1989, aux côtés d'Oumarou Tchinda. Comment articuler histoire et tradition orale ? À cette question structurelle pour l'histoire de l'Afrique et bien au-delà , il est répondu ici par l'exemple, par l'établissement d'une source nouvelle : les récits historiques de la région de Maroua, aujourd'hui au nord du Cameroun, du traditionniste Oumarou Tchinda, enregistré au tournant des années1980 et1990. Placés en première partie du volume, ces récits originaux en fulfulde, traduits en français, conservent toute la spontanéité et la musicalité de la parole vive. Ils sont éclairés par une introduction qui donne les clés de l'histoire de la région et présente les conditions d'enquête comme celles de l'établissement du texte. En deuxième partie, la chronique en langue originale est enrichie d'un vaste commentaire, nourri des récits de plusieurs autres traditionnistes rencontrés et enregistrés au fil des années, parmi lesquels Saïdou Mal Hamadou et Hamadou Dalil. Cet ensemble documentaire d'une très grande richesse permet de revenir sur les principaux moments qui ont marqué la région du XVIIIe au début du XXesiècle entre conquête peule, chefferies traditionnelles et période coloniale. Il nous transmet des mémoires enchâssées conduisant de la période mythique des hommes à queue qui vivaient jadis dans les termitières jusqu'aux hauts faits de Zigla Greng, le prince des brigands, qui défrayait la chronique à l'heure de l'occupation allemande.
L'histoire médiévale et moderne de l'Éthiopie et de sa région a longtemps été écrite en prenant pour source et pour cadre la tradition scripturaire des moines orthodoxes : celle d'un royaume chrétien dont les origines légendaires remonteraient au roi Salomon et à la reine de Saba. En plaçant au coeur de l'analyse le Futh· al-H·abasha, un manuscrit du XVIesiècle rédigé par un auteur musulman surnommé Arab Faqh ("le Juriste arabe"), cet ouvrage propose un profond changement de perspective. Le Futh· al-H·abasha est le récit épique du début de la conquête du royaume chrétien, au cours des années 1530, par les armées du sultanat du Barr Sa'd ad-Dn placées sous la conduite de l'imm Ah·mad. Le texte explique l'ordonnancement des troupes, retrace les différentes batailles et relate ainsi comment l'essentiel des territoires chrétiens est provisoirement passé sous domination islamique au cours de cette guerre qui donne corps au projet d'une " grande Éthiopie musulmane ". Exceptionnel à plus d'un titre, ce document permet d'appréhender l'organisation du sultanat et donne à voir, au-delà d'un conflit auxquels participent aussi bien un contingent portugais que des combattants venus d'Afrique du Nord et d'Arabie, les interactions entre sociétés chrétiennes et musulmanes ainsi que les éléments d'une culture partagée. En cela, il permet d'interroger, dans la longue durée, les dynamiques religieuses, commerciales, politiques dans la Corne de l'Afrique. Préface de Bertrand Hirsch
Entre le viiie et le XVesiècle ont existé au Sahel nombre de villes-marchés, de cité-États, de royaumes et de sultanats. La plus célèbre et la mieux documentée de ces formations politiques est le sultanat du Mali (XIIIe-XVe siècle). S'y rapportent tant l'épopée de Sunjata, texte monument de la tradition orale, que la "charte du Manden", parfois présentée comme la première déclaration des droits humains. Il est évoqué dans plusieurs des "manuscrits de Tombouctou" rédigés au XVIIesiècle. Au milieu du XIVe, Ibn Battuta aurait séjourné dans la capitale du sultanat, relatant son voyage dans sa fameuse Rihla. Quelques décennies plus tôt, en 1323-1325, son chef Mansa Musa avait défrayé la chronique des savants mamelouks lors de son pèlerinage vers LaMecque via LeCaire. C'est alors, sans doute, que nous sommes au plus proche du Mali médiéval. À défaut de sources internes, ce pôle majeur de l'Afrique au Moyen Âge n'est en effet accessible qu'au travers de ces regards portés sur lui au fil du temps. D'où la nécessité d'une archéologie du savoir, à même de démêler et de comprendre les multiples transformations des manières d'appréhender le Mali, du XIVesiècle à nos jours. C'est à cette ambitieuse entreprise qu'est consacré cet ouvrage qui, de manière régressive, restitue les métamorphoses des représentations du Mali, pour mieux éclairer ce qu'il est possible de connaître de son histoire. Préface de Bertrand Hirsch