Trésors du bouddhisme
L'Opalescent joyau est l'une des productions les plus remarquables dc la culture tibétainé dans le domaine de la philosophie au XIXe siècle. C'est une oeuvre de Mipham (1846-1912), l'un des penseurs les plus considérables du bouddhisme dans les derniers siècles. L'auteur y élucide tous les points clefs difficiles de la pensée du Madhyamaka ou " Voie Médiane " en commentant un grand texte classique du bouddhisme indien, tel un miroir où la pensée bouddhique tibétaine s'est reflétée et récapitulée à son crépuscule, moins d'un siècle avant l'invasion chinoise qui allait briser la société au sein de laquelle elle avait fleuri pendant plus de mille ans.
Vasubandhu (IVe s.), «le second bouddha», est l'une des figures les plus importantes de la philosophie bouddhiste indienne. Commentateur des Abhidharma, sa pensée évolue constamment jusqu'à épouser les thèses mahayanistes de son frère Asanga sur «l'esprit seulement» dont il deviendra le plus brillant défenseur. Les cinq traités présentés ici témoignent de l'évolution spirituelle de Vasubandhu. Si Le Traité des cinq agrégats et La Discussion sur les preuves du karma sont des compositions de transition, La Vingtaine, La Trentaine et L'enseignement qui certifie les trois natures sont des oeuvres de maturité qui élucident les points difficiles de la philosophie Yogâcâra. La Trentaine est ici accompagnée du grand commentaire de Sthiramati, un disciple réputé pour la clarté de ses explications. Après la publication des Soûtras du Dévoilement du sens profond et de L'Entrée à Lanka, ces traités livrent les clés indispensables à l'étude de ce courant de pensée que l'on désigne parfois comme un «idéalisme bouddhique».
Le Soûtra de l'Eveil parfait (VII-VIIIe siècle) et le Traité de la Naissance de la foi dans le Grand Véhicule (VIe siècle) sont deux soûtras dits apocryphes, c'est-à-dire rédigés directement en chinois, qui comptent parmi les plus beaux fleurons de la littérature bouddhique chinoise et ont exercé une influence considérable en Chine, mais aussi en Corée et au Japon, notamment sur les écoles du Chan (Zen) et de l'Ornementation fleurie (Avatamsaka). Le Soûtra de l'Eveil parfait expose au cours de dialogues entre le Buddha et douze bodhisattva autant d'approches différentes de l'éveil, depuis la première et la plus éminente, celle de l'accès subit, jusqu'aux méthodes graduelles. Le Traité de la Naissance de la foi dans le Grand Véhicule est un écrit de synthèse des idées majeures du Grand Véhicule et plus particulièrement de l'école idéaliste (Vijñanavada). Il présente différentes formes d'éveil comme autant de saisies d'une même réalité, qui résultent de différences de compréhension ou de pureté des esprits des êtres.
Si le Soûtra du Diamant et le Soûtra du Coeur sont célèbres dans l'ensemble du monde himalayen et sino-japonais, faisant l'objet de récitations et de méditations quotidiennes sur le sens de la vacuité universelle dans le bouddhisme tibétain et zen, il n'en est pas de même du Soûtra de la Pousse de Riz, injustement méconnu, et traduit ici pour la première fois en français. Il s'agit pourtant d'un texte clé des débuts du Mahâyâna, qui traite de tous les aspects de la production interdépendante en soulignant l'irréalité fondamentale des éléments qui la constituent. Loin d'être un culte du néant, cette insistance sur la vacuité, propre au Grand Véhicule, fait voler en éclats le cadre étroit de l'être et de la substance, si chers à nos philosophes occidentaux, et débouche sur la mise en oeuvre d'une compassion sans limites.
L'école de la Terrasse Céleste (Tiantai en chinois, Tendai en japonais, Ch'on-t'ay en coréen) est l'une des principales représentantes du courant de la scolastique bouddhique de l'Extrême-Orient. Fondée sur le Sûtra du Lotus tel qu'il fut traduit en langue chinoise par Kumârajîva en 406, elle doit à l'oeuvre de son troisième patriarche, le chinois Zhiyi (Tchi-I ; 538-597), de reposer sur une structure doctrinale très élaborée où une place importante est aussi accordée à la méditation. Le présent recueil regroupe quatre courts traités qui reflètent à la fois la diversité et la continuité de la Terrasse Céleste: ils concernent les deux grandes parties en lesquelles se divisent l'enseignement de l'Ecole - la doctrinale et la contemplative - et proviennent des trois grands pays où l'Ecole a prospéré : la Chine, le Japon et la Corée. Rédigés entre le VIe et le Xe siècle, ils se veulent l'élaboration réfléchie du message du Sûtra du Lotus. Ce sont : 1. - La "Contemplation puérile" ; oeuvre de Zhiyi, c'est à la fois le traité le plus ancien et le plus facile à lire des quatre ; il est resté répandu au Japon comme une sorte de manuel de méditation à des fins thérapeutiques et utilisé dans les "médecines parallèles". 2. - Le "Sens général des huit doctrines de la Terrasse Céleste" est attribué généralement au religieux chinois Mingkuang (VIIIe siècle), disciple du grand Sixième Patriarche Zhanran. Il s'agit d'un ouvrage chinois dont l'influence au Japon fut considérable. 3. - Le "Compendium des doctrines de l'école du Lotus" est l'oeuvre d'un religieux japonais actif dans le premier tiers du IXe siècle, Gishin. Opuscule rédigé sur ordre de l'empereur, c'est le texte le plus long du recueil. 4. - L'"Ordonnancement des quatre doctrines de la Terrasse Céleste" du moine coréen Ch'èguan (Xe siècle); sa présentation très claire des doctrines en a fait un ouvrage très lu dans l'école de la Terrasse Céleste au Japon, où il est toujours constamment étudié et commenté. Par delà les milieux monastiques, les doctrines de la Terrasse Céleste ont imprégné la culture japonaise médiévale : le Dit du Genji en est pénétré, et les milieux intellectuels y ont trouvé une vision de l'histoire du bouddhisme qui subsista jusqu'au XIXe siècle. La lecture de ces quatre traités permettra d'avoir une idée plus exacte de cet univers de pensée. Le livre se compose d'une brève introduction, des traités traduits accompagnés de brèves notes indispensables à la compréhension et d'un glossaire-index qui permet de retrouver les mêmes notions à travers les quatre textes.
Voici la première traduction française du Soûtra de l'Entrée à Lankâ (Lankâvatâra) qui, avec le Soûtra des Dix Terres (Dashabhûmika) et le Soûtra du Dévoilement du sens profond (Sandhinirmocana), forme l'assise scripturaire de ce qu'il est commode mais inexact d'appeler l'«idéalisme bouddhiste». Négation pure et simple des Idées - platoniciennes, cartésiennes ou «modernes» -, cet idéalisme singulier n'est pas le contraire du matérialisme car, s'il ramène effectivement l'être au concept et les choses à la pensée, il n'admet pas non plus la réalité ultime de la conscience ni de tout ce qui entre dans les catégories du spirituel : il s'agit plutôt, comme l'ensemble de la philosophie bouddhiste, d'une dénonciation rationnelle des limites et dangers du réalisme naïf qui semble dominer la pensée humaine. Manuel de réalisation intérieure, le Lankâ décrit la vacuité de la matière, où il ne voit que les représentations, et la vacuité du psychique, lequel peut se ramener à autant d'idées fictives, avant de proposer une méthode contemplative radicale, fondée sur la «nature de bouddha» en tant que «claire lumière naturelle de l'esprit», dont le chan/zen et le tantrisme sont les applications les plus abouties. La présente traduction, réalisée sur la version chinoise de Shikshânanda (702), est agrémentée de quelques indispensables notes que devraient compléter les brillantes remarques de Fazang du Huayan, assistant styliste du traducteur, dans ses Mystères essentiels de l'Entrée à Lankâ, à paraître prochainement.
Le Soûtra du dévoilement du sens profond ou Sandhinirmocanasûtra compte parmi les plus importants des soûtras du Grand Véhicule. On le considère en effet comme le texte fondateur de l'un des deux principaux courants philosophiques du Mahâyâna indien, le courant idéaliste du « Rien qu'esprit » qui se développera à partir du IVe siècle sous l'influence des écrits d'Asanga et de Vasubandhu. À la différence des Prajñâpâramitâsûtras radicalement vacuistes comme le Soûtra du Diamant déjà publié dans cette collection, le Soûtra du dévoilement du sens profond met l'accent sur le rôle de la conscience dans la génèse de l'illusion et sur une interprétation plus modérée de la vacuité. Mais il se présente surtout comme un manuel de méditation qui inspirera nombre de pratiquants indiens, chinois et tibétains. Les méditations de la quiétude (shamatha) et de la vision éminente (vipashyanâ) sont ici décrites avec précision, dans leur relation avec le franchissement des Dix Terres que doit parcourir le bodhisattva pour atteindre l'Éveil final d'un bouddha. Quel est donc ce sens profond que le Soûtra prétend dévoiler ? L'intention véritable du Bouddha, c'est-à-dire un enseignement dont le sens définitif permet d'éliminer toute tentation ou tentative d'interprétation nihiliste du bouddhisme. Faisant écho au Soûtra des Dix Terres, le Soûtra du Dévoilement du Sens profond s'inscrit dans la logique d'une collection qui a vocation de faire découvrir aux amateurs de sagesse les fleurons de la pensée et de la mystique bouddhiste. La traduction présentée dans ce volume a été réalisée à partir de la version tibétaine du VIIIe siècle.
Le Senchaku-shû de Hônen (1133 - 1212) est le texte fondateur de l'École de la Terre Pure, l'un des principaux courants du bouddhisme japonais. Encore peu ou mal connue en Occident, cette tradition propose une méthode a la fois facile et efficace, permettant a tout un chacun de parvenir à l'éveil en allant naître, après la mort, dans la Terre Pure du Buddha Amida grâce à la pratique de la commémoration du Buddha (nembutsu). Composé comme un traité méthodique, ce texte est étayé de nombreuses citations des Écritures bouddhiques de l'Inde et de la Chine, qui en font une véritable anthologie de la Terre Pure. Établie sur l'original sino-japonais et accompagnée d'une introduction historique et doctrinale, la présente traduction met pour la première fois à la disposition du public francophone cette oeuvre importante, qui appartient au trésor de la spiritualité mondiale et continue d'inspirer la foi et la pratique d'une tradition toujours vivante depuis plus de huit siècles.
Ce texte enseigné par le Bouddha est essentiel dans le bouddhisme sino-japonais : il énonce et explique les règles de la discipline des bodhisattvas, les adeptes de l'esprit d'Eveil, cette vision du monde qui unit la compassion et la connaissance de la vacuité universelle. Dans le premier livre, le Bouddha revêt un aspect «absolu» pour enseigner l'irréalité de toutes choses, y compris des «valeurs morales», qui sont toujours relatives, de même que la nécessité de l'apparence du bien. Dans le livre II, ses enseignements prennent la forme de règles de discipline qui constituent en fait la pratique de l'union de la compassion et de la vacuité. Dix fautes extrêmement graves (tuer, voler, forniquer, etc.) peuvent détruire l'esprit d'Eveil du bodhisattva jusqu'à sa vie suivante. Quarante-huit fautes «moins graves» (manger de la viande, etc.) forment autant de souillures dont il est possible de se purifier sans attendre. Le Soûtra du Filet de Brahmâ est un manuel de théorie et de pratique de l'esprit d'Eveil en même temps qu'un «disciplinaire» pour la confession bimensuelle des adeptes du Grand Véhicule du bouddhisme. La traduction ici présentée a été réalisée à partir de la version chinoise de ce texte, due à Kumârajîva (traducteur du Soûtra de la Liberté inconcevable). Daté de l'an 402 de notre ère, il s'agit d'un autre classique du bouddhisme chinois peu connu en Occident.
Le Soûtra des Dix Terres décrit la progression du bodhisattva, pratiquant du Grand Véhicule, en dix «terres», qui sont autant de «niveaux» spirituels que de «champs» où les qualités de la sagesse peuvent s'épanouir. Sur la première terre, qu'il a atteinte au terme d'innombrables millénaires de pratiques fondées sur le voeu d'atteindre l'Eveil pour le bien de tous les êtres, l'apprenti bouddha découvre la vacuité de toutes choses, leur totale interdépendance et leur essence véritable. Le lecteur trouvera ici une traduction française originale du «Chapitre des Dix Terres» en six rouleaux, le 26e titre de la traduction chinoise du Soûtra de l'Ornementation Fleurie (ssk Avatamsaka, chn Huáyánjing) réalisée par Shikshânanda vers l'an 700 de notre ère. Aucun auteur de contes et légendes, aucun génie de science-fiction spéculative n'aura jamais rêvé pareille démesure ! Puissant remède à l'esprit de pesanteur et à la petitesse sous tous ses aspects, ce discours du Bouddha devrait nous aider à enrichir le sens que nous donnons à la sagesse, ainsi que le besoin que ses qualités nous inspirent.
Rédigé dans la langue même du Bouddha, «Le Chemin de la Pureté » constitue le noyau central des commentaires sans lesquels on ne peut comprendre les textes primitifs ni l'enseignement originel du bouddhisme. Ce texte n'est pas un exposé philosophique, mais une description pragmatique et complète des exercices qui permettent au pratiquant persévérant d'atteindre le but ultime. Il ne s'appuie pas sur des croyances, mais prône au contraire l'expérimentation directe dans la vie quotidienne comme dans la pratique contemplative. Ce livre décrit les trois étapes du chemin spirituel : la discipline extérieure et intérieure, qui n'est rien d'autre qu'une cohérence totale de l'individu en harmonie avec son environnement, l'état d'être, qui se caractérise par la qualité de la connaissance, et la sagacité, observation attentive des instants de conscience dont la succession forme la vie, de leurs composants physiques et psychiques, et de leurs interactions. Autant de façons d'accroître la lucidité et la responsabilité.
Abondamment cité dans les traités philosophiques déclenchés par le " vide " bouddhique, le Vimalakîrti est un grand roman poétique à la gloire de l'irréalité - donc de l'absence de problème - non seulement du moi mais de toute substance. Rien d'ignoblement, de déliramment nombriliste comme souvent dans le nihilisme à l'européenne. Justement pas ! Aux héros démesurés d'incarner l'exact contraire de la petitesse de ce qui n'est pas infiniment grand ! Jongleurs atemporels, montreurs de vertiges, magiciens des sens toujours offerts aux farces de l'appropriation : aux héros d'incarner les bienfaits de la claire vacuité ! Ce soûtra émane essentiellement d'un autre grand personnage que le bouddha historique, Vimalakîrti ; ce texte, l'un des plus célèbres et des plus étudiés du bouddhisme, est ici traduit de sa version chinoise de 406.