Questions de sociétés
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Le travail social est « un sport de combat ». Devant les réformes qui modifient l'exercice de leurs métiers, les auteurs se mobilisent collectivement pour défendre leur histoire, leurs pratiques et leurs formations. Notre modèle social, nourri d'égalité et de solidarité, n'est pas qu'affaire de droits, d'allocations et de services. Pour les différents métiers du travail social, qui sont, quoi qu'en disent certains, bien adaptés aux exclusions et souffrances actuelles, la qualité de la relation doit rester centrale dans une clinique singulière du quotidien et des circonstances. La parole dédiée en est l'outil de base, elle s'impose et mérite considération. La relation clinique, tout comme la relation éducative, est et doit rester l'exact opposé de la relation client. Contre le social bussiness et pour une solidarité organisée et durable, les professionnels du travail social souhaitent légitimement faire bouger les lignes depuis qu'il est question de « réingénieriser » de façon autoritaire leurs professions, sans doctrine globale faisant projet commun, ni véritable engagement public sur le sens et la nécessité de la protection sociale aujourd'hui au XXIe siècle.
La défaite et l'exode de 1940 amplifient démesurément les problèmes de l'enfance et suscitent par là-même des situations inédites : un cinquième de la population erre le long des routes, de nombreuses familles sont disloquées, près de 90 000 enfants sont "perdus" et la délinquance des jeunes augmente de façon sensible. Pour faire face à cette désorganisation sociale, vont se créer, dans la France de l"0ccupation, de nouvelles institutions : initiatives publiques ou privées mais aussi entreprises de personnes agissant avec l'accord, l'appui ou même parfois à l'instigation des autorités en place. Ce sera le cas, exemplaire, de l'Institut pédotechnique de Toulouse Saint-Simon. Ces tentatives vont se situer, pour les pouvoirs publics, dans une visée politique à plus long terme : coordonner à l'échelle régionale l'ensemble des équipements concernant l'enfance en difficulté actuels et à venir. Créé le 22 juin 1941 par l'Abbé Plaquevent, l'Institut pédotechnique de Toulouse Saint-Simon peut être considéré comme significatif de ce qui deviendra après la guerre "le secteur de l'enfance inadaptée" par son double caractère 1 centre d"observation pour enfants en difficulté et centre de formation de personnel éducatif. Mais cette institution présente aussi une forte singularité : dès sa fondation, ces deux structures distinctes sont liées organiquement au sein d'un même ensemble. Cette recherche à visée historique s"appuie sur le dépouillement d'archives publiques et privées complété par des entretiens avec une vingtaine d'acteurs, témoins de l'époque. Elle s'est déroulée à l'initiative et dans le cadre d'institutions héritières de l'Institut pédotechnique - le collectif St-Simon, l'Institut régional de formation aux carrières éducatives et sociales - gérées par l'Association régionale pour la sauvegarde de ltenfant, de l'adolescent et de l'adulte (ARSEAA) créée en 1943. L'association Echo Saint-Simon a joué un rôle moteur dans ce travail collectif.
Ce volume est à la fois un livre d'histoire et un livre d'histoires : histoire de l'implantation du service social colonial et son devenir après les indépendances ; histoires de celles qui furent les pionnières et les actrices. Grâce à un considérable travail d'archives, Simonne Crapuchet, auteur coordinatrice, retrace un pan encore méconnu de l'histoire coloniale et post-coloniale. Sa triple position de chercheuse, enquêtrice et actrice de cette histoire explique la diversité et la qualité des témoignages qu'elle a su recueillir à côté du sien : témoignages savoureux parfois, instructifs toujours, de femmes qui, au Tchad, au Vietnam, en Côte d'lvoire, au Congo, au Burkina-Faso, à Madagascar, au Cameroun, au Sénégal, au Laos, en Guinée, en Centrafrique, contribuèrentà la création et au développement de services sociaux ruraux et urbains, furent assistantes sociales des Armées ou d'entreprises, qu'elles soient laïques ou religieuses, et quels que furent leur bord politique ou leur lucidité face à l'irréversibilité des indépendances. Ces femmes se trouvèrent parfois en butte à l'incompréhension des administrations et/ou des services divers, mais elles surent s'imposer grâce à leur volonté de pionnières et grâce à leur connaissance du terrain. Elles éclairent ici, avec leurs souvenirs et la mise à jour qu'en fait Simonne Crapuchet, bien des aspects encore vivants de continents qu'un Occident trop sûr de lui a tendance aujourd'hui à uniformiser dans une même misère.
Éprouver le corps. Au croisement des conformations sociales, des injonctions biopolitiques et des constructions biographiques individuelles, l'objet de cet ouvrage est de saisir les expériences dont le corps est le lieu, au sens d'abord le plus physique et sensible du terme. Cet éprouvé du corps est envisagé sous l'angle de « l'apprendre », d'un apprendre généralisé entendu comme la somme des processus de formation et des apprentissages de toutes natures dont le corps est à la fois l'objet et le sujet. À travers la polysémie d'un « éprouver » renvoyant aussi bien au ressenti, à la connaissance par l'expérience qu'à la mise à l'épreuve d'un moi-corps, les auteurs invitent à une approche sensible des corps. Corps angoissé des enseignants, corps contraint des élèves, corps extrême des conduites à risque, corps transformé ou assigné dans un sexe ou un genre, corps maternant, désirant, handicapé, corps de l'artiste ou du politique : le corps est appréhendé dans son espace propre et dans les espaces qu'il déploie à partir de lui. Ouvrage publié avec le soutien scientifique du Centre interuniversitaire de recherche EXPERICE (Paris 13- Paris 8).
Comment se construit-on socialement et professionnellement quand on est handicapé ? Cinq personnes avec un handicap physique nous confient les clés de leur art d'être différent. Deza Nguembock, Lalie Segond, Benoît Walther, Nicolas Bissardon et Marie Decker vivent chacun avec un handicap physique inné ou acquis au cours de l'enfance. Ils ont entre 31 et 45 ans, ont des vies professionnelles, personnelles, amoureuses, familiales et amicales riches et remplies. Dans leur dialogue avec Blandine Bricka, ils racontent sans pathos mais non sans nuances leur parcours de vie et d'initiation à soi, questionnent leur relation à eux-mêmes tout au long de leur développement et de leurs contacts avec les autres - corps médical et proches. Ils évoquent le rôle fondamental de leurs parents, et la manière dont aujourd'hui, ils sont à leur tour devenus parents ou envisagent de l'être.