Psychothèque
Décryptez l’héritage intellectuel de Jacques Lacan à travers le regard aiguisé de Jean-Michel Palmier.
1977 : Guy Hocquenghem, figure majeure du Front homosexuel d'action révolutionnaire, publie un essai percutant sur la place de l'homosexualité dans la société française.
René Hebert aurait pu raconter ses souvenirs dans un style folklorique, en tirant des conclusions et des enseignements. C'eût été un roman passionnant. Il eût pu, plus facilement encore, disserter comme certains, dans un langage ésotérique et abscons sur des connaissances hâtivement et superficiellement acquises, fort mal digérées... Il a préféré rester clair, précis, profond, dans un style dépouillé qui n'exclut pas les phrases incisives, voire acides. Avec lucidité, il analyse des « expériences », la sienne, celle de nombreux amis techniciens, sans jamais consentir à se raconter ni à se juger, ni à juger les autres. La profession sera fière de ce livre, qui vient à son heure, quand les pouvoirs publics, l'opinion publique, les spécialistes prennent conscience qu'il est urgent de repenser concrètement, pour la nouvelle génération, la sélection, la formation, l'action, la réflexion des futurs travailleurs sociaux.
Carl Rogers est actuellement l'un des psychologues et pédagogues américains les plus en vue, et les plus discutés. Au cours de sa carrière de thérapeute, il met au point une méthode et des principes nouveaux de la « relation d'aide » - qu'il définit d'abord comme « non directive » - puis, plus tard, comme « centrée-sur-le-client ». Il applique ces idées dans son enseignement et, grâce à un changement complet des relations entre maîtres et élèves, propose un plan pour une révolution totale de l'éducation. En particulier, à la notion d'enseignement - qui lui paraît futile ou nuisible - il oppose celle d'apprentissage, libre, volontaire, motivé - seul capable de procurer à l'étudiant aussi bien l'épanouissement de sa personne, que la possibilité de s'adapter au monde moderne en constante évolution.
Née au sein de controverses passionnées, l'oeuvre de Mélanie Klein s'inscrit aujourd'hui parmi les réalisations les plus remarquables, et les plus fécondes, de la psychanalyse. Des passions et des controverses, cette oeuvre hardie, originale, parfois excessive, mais surtout la personnalité hors pair de son auteur, ne pouvait qu'en susciter. Fort heureusement, la sérénité scientifique a succédé aux anathèmes, et l'on s'accorde à reconnaître unanimement le génie d'une pensée aux intuitions profondes et pénétrantes, même si cette reconnaissance n'exclut pas, à juste titre, l'esprit critique. Quelle que soit la position adoptée à l'égard de Mélanie Klein, on ne peut l'ignorer totalement, si l'on veut s'engager tant soi peu dans le monde phantasmatique de l'enfance.
Du surréalisme - auquel il participe dès 1924 - à l'ethnologie qu'il découvre lors de la mission Dakar-Djibouti, du Collège de sociologie - qu'il fonde aux côtés de Bataille et de Caillois - aux voyages récents en Chine et à Cuba, une même recherche gouverne la vie et l'oeuvre de Michel Leiris. Échos multiples de la poésie et de la science, des jeux surréalistes sur le langage, et des études sur la langue secrète des Dogons ; convergence des essais sur le cubisme et des réflexions sur la statuaire africaine ; accord profond de l'ethnologue et de l'écrivain dans l'investigation d'un sacré de la vie quotidienne. L'oeuvre dite « autobiographique » n'accepte plus que l'écriture soit le simple instrument d'une introspection : il s'agit moins, comme le souligne Leiris lui-même, d'une littérature « engagée », que d'une littérature dans laquelle l'homme « essaye de s'engager tout entier ». Ethnologie, poésie : non point deux activités parallèles, ou deux démarches qui s'expliqueraient réciproquement, ni surtout une quelconque « littérature ethnologique », mais les deux versants d'une même exigence, d'une anthropologie généralisée, qui préside aussi à la naissance d'une autre littérature.
La pédagogie institutionnelle, ce fut d'abord - vers 1965 - Freud à l'école (Vasquez, Oury), mais aussi Rogers (Lobrot)... Il y eut aussi l'influence des thèses auto-gestionnaires sur la pratique pédagogique d'instituteurs primaires (Fonvielle, Bessière) ou de professeurs du secondaire et du supérieur (Lapassade, Lourau). Aujourd'hui, ces différentes tendances continuent à co-exister... Mais la pédagogie institutionnelle s'enrichit d'expé
La socianalyse s'inscrit dans un projet global d'analyse institutionnelle. « L'intervention socianalytique peut être définie comme une action, dans laquelle les analyseurs naturels et construits permettent d'explorer et de travailler la dialectique énergétique des rapports conflictuels entre l'institué et l'instituant, entre l'énergie sociale liée et l'énergie sociale libre. » (Lapassade). Alors que la psychanalyse freudienne valorisait le « tout dire », la socianalyse tend vers une valorisation du « tout faire » pour mettre à jour l'inconscient politique de nos institutions.
« Radiographie affective » des groupes, la sociométrie, dans l'optique de son fondateur, Jacob Levy Moreno, se définit comme « un instrument, qui sert à évaluer le réseau de relations qui fondent les groupes sociaux, à la lumière des attractions et des rejets qui se manifestent à l'intérieur de ce groupe », mais aussi comme une étude mathématique - ou quantifiée - des propriétés psychologiques d'une population. Cet ouvrage s'attache surtout à présenter et à approfondir cette méthode. Il devrait être utile à l'étudiant en sciences humaines, comme au cadre de l'industrie.
Le corps, longtemps « oublié » par les psychanalystes, formateurs, pédagogues... s'impose aujourd'hui comme « analyseur », à tous les niveaux de la pratique sociale. Le mouvement du potentiel humain regroupe un certain nombre de techniques qui, dans la ligne de la psychanalyse américaine, ont opéré
Jean Piaget est, très certainement, le psychologue vivant le plus prestigieux. Commencés il y a près d'un demi-siècle, ses travaux sur la psychologie de l'intelligence des enfants et des adolescents font unanimement autorité aujourd'hui. Mais Jean Piaget n'est pas seulement un psychologue de génie. Il a des préoccupations beaucoup plus vastes, qui sont d'ordre épistémologique. De par sa double formation initiale de zoologiste et de philosophe, et ses recherches ultérieures, aussi bien en logique que dans l'ensemble des sciences humaines, il a accompli une oeuvre considérable, qui fait de lui un des plus authentiques savants de notre époque.
Nier la nature pathologique de la folie, c'est se heurter à une pratique médicale millénaire, qui ne saurait s'expliquer par la simple mauvaise foi ou le désir d'exploiter la misère d'autrui. L'antipsychiatrie considère donc que la maladie mentale - et toute pratique sociale qu'elle entraîne - est fabriquée de toutes pièces par le mythe de la maladie mentale lui-même. Ce serait là le véritable « microbe
Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.
Au Brésil, pendant trois mois, l'auteur fréquente les centres de la possession, enseigne et pratique en même temps l'analyse institutionnelle. Il organise des interventions en chaîne, apparemment disjointes, utilisant le psychodrame, l'expression corporelle, le théâtre-journal, les rythmes noirs, la provocation émotionnelle... Cette dérive qui ne parvient pas à s'organiser en un ensemble, aboutit à l'éclatement : il devient clair alors, que le prix payé pour une reconnaissance professionnelle assez illusoire, était le renoncement « politique » aux plaisirs offerts, et la méconnaissance des désirs, de leur capacité de subversion. La conclusion s'impose : il faut réinventer l'analyse. Il s'agit de savoir comment, en des rencontres instituées ou aléatoires, l'énergie stockée, endiguée, enclose dans les corps et dans les organisations, peut enfin exploser. Et cela ne peut se faire qu'à la condition d'inventer de nouvelles pratiques d'intervention et d'agitation, conduites selon des stratégies transversalistes, instituant la rencontre intempestive d'individus et de groupes qui n'étaient pas faits, apparemment, pour se rencontrer. Par exemple : un Noir d'Abomey en transe « rencontre » - sur la couverture de ce livre et dans les fantasmes de l'auteur - un garçon travesti, manifestant insolite et transversal d'un cortège du 1er mai. Ils indiquent la possibilité, inscrite en chacun de nous, d'être « chevauchés », comme on dit dans les rites de possession, par les dieux et les démons, de devenir les chevaux du Diable.
Médecin et philosophe, Georges Torris présente sous le titre Essai sur l'hominisation (biologie - psychologie) non pas l'histoire paléontologique de l'émergence humaine, mais une étude des deux termes de la geste évolutive, l'animale et l'humaine. Le monde animal est examiné dans une perspective « psychobiologique », c'est-à-dire opposée au mécanisme commun aux théoriciens contemporains de la biologie moléculaire, en prenant argument dans les faits morphologiques, physiologiques, éthologiques et paléontologiques apportés par la zoologie la plus récente. Ainsi apparaît de plus en plus une intelligence en action, intelligence que l'on retrouve au niveau de l'homme en des manifestations à la fois parallèles et entièrement originales. Or, une « phénoménologie » du corps de l'homme est, pense l'auteur, favorable à la thèse d'un corps humain non pas « raté », par rapport au corps mammifère, mais conçu avec précision en d'autres desseins, qu'une réflexion psychobiologique n'a pas à juger.
Accusé par l'intelligentsia d'avoir tué l'homme et les sciences humaines, pris pour le porte parole de la philosophie technocratique, renié par les structuralistes ou rejeté dans leur clan selon la mode et le vent de la critique, Michel Foucault, professeur au Collège de France a, pour le moment, déserté les pages littéraires des magazines pour réapparaître quelquefois dans celles des faits divers - puisque c'est là que se traitent les actes politiques extra-institutionnels. Les voix qui s'étaient élevées nombreuses et bruyantes autour des Mots et les choses, ne font plus aujourd'hui qu'un murmure. Sans doute est-il temps, une fois le silence revenu, de commencer enfin à lire. Peut-être s'apercevra-t-on que la production de Michel Foucault est une pièce maîtresse dans la construction d'une épistémologie que les sciences humaines revendiquent, depuis plusieurs années déjà, pour leur propre compte.
Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.
Pour Reich, le désir et la répression sont des phénomènes actuels et corporels, et non seulement des expériences passées. Ils sont inscrits dans le corps du sujet. Ils sont donc directement accessibles, sans passer nécessairement par une reconstitution psychanalytique de l'histoire du sujet et de son inconscient. Le conflit entre le désir et sa répression, certes masqué par l'histoire du sujet et ses conditions de vie sociale, est inscrit dans le corps : voilà la thèse fondamentale de W. Reich dès le début de sa carrière de psychanalyste. Voilà le fondement de l'analyse bio-énergétique ou de ce qu'on appelle plus souvent la « bio-énergie ». Les techniques « californiennes » actuelles des groupes de rencontre des ateliers de bio-énergie de l'Esalen Institute permettent et surtout promettent la libération du corps et de la vie. Mais dans certains groupes actuels de thérapie d'entraînement et d'animation bio-énergétique, on occulte les dimensions sociales et politiques des problèmes posés par Reich. Il y a distorsion et appauvrissement du message de Reich, dont on n'a « retenu » que la moitié : l'énergie libidinale libérée, mais non l'énergie sociale dont MARX a montré les lieux d'investissement. On se propose ici au contraire de montrer la relation indissociable entre ces deux libérations de l'énergie. Ce livre montre d'abord l'apport positif des nouvelles psychothérapies, notamment par rapport à la conception psychanalytique du désir et de sa répression. Il développe ensuite la signification socio-politique, institutionnelle, idéologique de la libération de l'énergie sociale dans les groupes, les organisations et les institutions.
Il nous parle de télévision, de bandes dessinées ou de l'oeuf du petit-déjeuner. Il emploie le style de Joyce, mais l'applique à l'argot américain. Préoccupé d'art, lié aux avant-gardes, spécialiste de littérature anglaise très influencé par les auteurs américains contemporains, il se fait philosophe, psychologue, sociologue. Un bavard éclectique, guidé par le goût des associations d'idées, ou un prophète ? Il se pourrait bien que, malgré le caractère touffu ou délirant de son discours, Mac Luhan prenne place parmi les auteurs les plus importants de notre époque, car il nous propose de faire face au défi de la technologie nouvelle et des communications de masse.
Il est devenu banal, aujourd'hui, d'insister sur la mise en question de la morale traditionnelle, surtout en matière de sexualité, et d'y associer le nom de Freud et les concepts de la psychanalyse. Pourtant, la complexité de la réponse freudienne en ce domaine a trop souvent fait place à des simplifications et à des caricatures. Qu'en est-il, dès lors des rapports de la morale et de la psychanalyse ? Comment Freud interprète-t-il la moralité humaine, en particulier la conscience morale dans son « archéologie » ? Quelle est la morale effective qui se dégage des textes de Freud ? Où se situent les virtualités éthiques à l'oeuvre au sein même du dialogue analytique ? Telles sont les questions auxquelles ce livre s'efforce de répondre, en recourant à une lecture attentive de l'oeuvre freudienne, à partir de cette étonnante « psychanalyse de la morale » que représente Totem et Tabou.
Pourquoi les mots « structures » et « structuralisme », qui sont vieux comme le monde, ont-ils soudain paru surgir du néant ? Expliquer une mode, ce n'est pas rejeter ce phénomène dans les marais d'un devenir informe et inepte, c'est d'abord mettre en lumière l'aspect nouveau, insolite pour le profane, d'une manière de voir ; puis c'est chercher pourquoi cet insolite-là a plu de préférence à d'autres ; c'est enfin présenter, en une fresque qui en dessine les grandes lignes, la pensée des auteurs que l'on appelle structuralistes. Le « structuralisme » est-il une nouvelle vision de l'homme et du monde ? Permet-il encore de parler de « l'homme », ou bien le remplace-t-il par autre chose, par des « structures inhumaines » ? Les auteurs ont voulu préciser ces questions, et parfois y répondre, en exposant ce qui leur paraît essentiel dans l'état présent des sciences humaines (linguistique, ethnologie, idéologie politique, psychanalyse, psychologie sociale et philosophie).